Entretien

Un céréalier se convertit au bio : « difficile, mais rentable »

Par Florent Pommier | Journaliste | 06/03/2009 | 09H01

Rémi Garnot agriculteur à Garnot (DR).

Depuis 2000, le chiffre d »affaires des produits bio a enflé, passant de 1,2 à 2,3 milliards d »euros… Il y a urgence. La demande des consommateurs est grandissante et la France est à la traîne de la production en Europe, loin derrière l »Italie et l »Allemagne.

D'autant que le projet de loi adopté par le Sénat en première lecture reprend les objectifs du Grenelle de l'Environnement : 20 % de repas totalement
ou partiellement bio dans la restauration collective de l »État dès 2012, 20 % des surfaces agricoles consacrées à la production biologique d »ici à 2020 (contre seulement 2 % aujourd »hui).

Rémi Garnot est agriculteur en cours de conversion au bio. Producteur de céréales à Réau (Seine-et-Marne), en phase de conversion partielle –bientôt 15 hectares sur un total de 110–, il estime qu »il y a encore trop de freins techniques et psychologiques :

« Il est difficile de faire un saut dans l »inconnu, de changer ses techniques, son matériel et ses habitudes, surtout lorsque la filière est encore peu constituée et qu »on manque de soutiens techniques et scientifiques. Dans ma région, le fait que je sois un peu isolé ne m »aide pas. »

INC Hebdo : Pourquoi avoir choisi de convertir au bio une partie de votre production ?

R.G. : C »est d »abord pour mettre mon discours social et écologique en pratique. Je veux vendre des produits sains à mes clients tout en respectant l »environnement et en développant le tissu économique et social local. J »utilise une partie des céréales que je produis (blé, épeautre, orge, sarrasin, etc.) pour faire du pain bio vendu à la ferme.

J »ai créé des emplois pour cette activité. Ensuite, je réponds à une demande pressante des consommateurs ; je l »ai sentie quand j »ai commencé les ventes directes. Je produis donc des légumes bio et je vends du foin à des particuliers. L »an prochain, je planterai de la luzerne et je convertirai peut-être davantage de surfaces en céréales bio… mais je reste prudent.

Qu »est-ce qui vous freine ?

Il est difficile de convertir les grandes cultures. Il faut fournir de gros efforts personnels, changer d »outils et de matériels. Or, dans les environs, je n »ai pas de collègues avec qui les partager.

Cela demande aussi une évolution des techniques et la structuration d »une filière locale courte. Là encore, je me sens un peu isolé : l »assolement est plus long (7 à 10 ans), et il y a peu d »élevage dans la région donc les débouchés pour les légumineuses et la luzerne sont rares. Il faut que mon exploitation trouve son équilibre écologique.

Je ne veux pas suivre le modèle de certains agriculteurs qui convertissent très vite 100% de leurs surfaces. Aujourd »hui, il faut quasiment être un ingénieur pour réussir à franchir ce cap sans souci !

Ensuite, la conversion présente un inconvénient économique majeur, source d »inquiétude : les rendements peuvent être moindres car on a moins de certitudes sur la résistance des cultures. En agriculture conventionnelle, si on a un bon cahier des charges, on n »est qu »un « applicateur de recettes ».

Enfin, pendant les deux années de la conversion, les produits ne peuvent pas arborer le logo AB, ce vrai « plus » qui nous différencie et qui rassure sur notre démarche qualité.

Perdez-vous de l »argent en produisant bio ?

Non, car la tonne de blé bio est payée environ 500 euros, contre 130 pour le conventionnel.

C »est rentable si on est techniquement prêt. Il y a aussi des aides publiques : de l »Union européenne (40 % de mon budget vient de la PAC), du ministère de l »Agriculture (aides à la conversion) et de la région pour la certification AB.

Enfin, il y a des aides au maintien pour éviter de revenir à l »agriculture conventionnelle après une conversion en demi-teinte.

L'exploitation de Rémi Garnot (DR).

Photos : Rémi Garnot devant la boulangerie paysanne à Réau (77). Une vue exploitation (DR).

 

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de telepopmusik

De telepopmusik

smile | 09H56 | 06/03/2009 | Permalien

Nos enfants nous accuserons
Film de J-P JAUD. Bande annonce :

http://www.nosenfantsnousaccuseront-lefilm.com/

Portrait de DéCRoiSSaNTE de LuNe

De DéCRoiSSaNTE de LuNe

AnTi BLinG BLinG | 10H43 | 06/03/2009 | Permalien

Appel aux porteurs de projets… ! ! !

Bonjour à tous,

Vous avez tous entendu parler du film « Nos enfants nous accuserons », centré sur l'initiative de restauration collective bio de la commune de Barjac dans le Gard ?
La suite actuelle tourne autour de la question : Comment approvisionner la cantine de Barjac avec des produits bio locaux ?

Une piste en cours de réflexion :

Une ferme de 120ha de plaine, accompagnée de nombreux bâtiments d'habitation et agricole est actuellement à la vente sur la commune de Barjac.
La SAFER est sur le coup, mais « subit » les pressions des paysans voisins qui se sont tacitement partagé le lot.

Le Maire de Barjac a convoqué dernièrement une réunion avec la Safer, le conseil général, les Civam, Terre de Liens, l'ADDEARG, le réseau Biocoop, et le réalisateur du film. conclusion : consensus général pour dire que ce domaine doit passer intégralement en bio et pas de décision sur la destination des terres : agrandissement et/ou installations ? ? ?

Au vu de la pression qu'exercent les agriculteurs du voisinage qui sur la Safer qui sur le Maire, il semble urgent de montrer aux acteurs la demande en termes d'installation (car il va sans dire qu'à la Safer on nous rétorque que « personne ne veut plus être paysan de nos jours ! … » no coment ) :

Porteurs de projets, manifestez vous ! ! !

Caractéristiques de la ferme :

- foncier agricole : 120ha, parcellaire regroupé, terres argilo calcaires, dont 10ha irrigables.
- foncier bâti : environs 1000m² de bati (maison d'habitation+granges)

- portage : Terre de Liens serait partie prenante pour l'acquisition de tout ou partie du foncier

- productions envisagées par les paysans voisins : céréales bio + élevage

- productions possibles pour installation : maraîchage, petit élevage (volailles, porcs), céréales pour un paysan boulanger….

=> large majorité des débouchés garantis via la cantine de la commune

Merci de diffuser largement l'info auprès de vos porteurs de projets « sans terre ».

Pour une fois que le contexte à l'installation Bio est favorable (large partie des débouchés déjà trouvés ! ! ) ce serait dommage que cette ferme parte, comme trop d'autres, à l'agrandissement.

Pour tout renseignement, nous contacter :

ADDEARG

20, route de Nîmes
30190 St Géniès de Malgoires
Tel/fax : 04 66 63 18 89

Courriel : addearg@wanadoo.fr

Pauline, animatrice

Portrait de jeffouletofou

De jeffouletofou

cddiste | 13H24 | 06/03/2009 | Permalien

j'attend une reponse a ma question.

ce monsieur cultive a quelques km d'un incinerateur qui il y a quelques annees avait fait parler de lui.

certaines personnes ont fait des test et malheureusement, leur taux de dioxine etait bien superieur à la moyenne, pareil pour les oeufs ….

bien entendu l'incinerateur a ete ferme pour etre mis aux normes en 2001, il y a eu egalement un proces contre la communaute d'agglomeration de melun val de seine

ou en sont les taux de pollution ?
et y a t'il encore des risques ?

Portrait de kawouede

De kawouede

12H54 | 06/03/2009 | Permalien

Surtout, sur les difficultés de l'installation des agriculteurs bio (surtout des jeunes), face à la bureaucratie administrative et aux lobbies productivistes, voir le petit documentaire très instructif

http://www.actus-durables.fr/2008/11/sans-terres-et-sans-reproches/

à acheter dans les bonnes librairies et chez biocoop

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