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La France plus chère que ses voisins : voici les preuves
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 09/03/2009 | 12H11

Grâce à ses riverains installés en Espagne, Italie, Allemagne, Eco89 a mené une enquête participative sur l'inflation depuis la naissance de l'euro, il y a dix ans.
L'idée de cette « wiki-enquête » est née le jour où Pascal Riché a exhumé des archives de Libération un relevé des prix de produits de grande consommation pratiqués dans des grandes surfaces, en 1999, en France, Espagne Italie et Allemagne. Nous avons ensuite lancé un appel à nos internautes, qui ont pris la peine de nous envoyer les prix des mêmes produits, pratiqués aujourd'hui.
Voici les quelques enseignements que nous en tirons et nos tentatives d'explications, sachant que la méthode est empirique et que la fiabilité de ces données repose sur nos internautes. (Voir le tableau ci-dessous)
Par exemple, nous avons remarqué qu'en Allemagne, les prix sont plus élevés à Hambourg qu'à Berlin. En Italie, notre seule source étant Bergame, elle est forcément non représentative de la péninsule (nous comptons sur vous pour affiner ces données).
1 - Pas vraiment d'harmonisation
Méthode
La compilation des taux d'inflation annuels entre 1998 et 2008 faite par Rue89 à partir de la base Eurostat donne le même classement que le nôtre, pour une moyenne européenne de +23,9%. L'Espagne est championne de l'inflation (+37,3% en dix ans), suivie de l'Italie (+27,1%), de la France (+20,9%) et l'Allemagne est le pays qui a le plus maîtrisé la sienne (+18,2%).
Le classement est identique pour les seuls produits alimentaires. En revanche, pour ce qui est de l'énergie (électricité, gaz et autres combustibles), l'Allemagne a subi plus que les autres la hausse des prix (88,2% sur les dix ans selon Eurostat, contre 40,9% pour la France).
La naissance de la monnaie unique en 1999 n'a pas vraiment permis d'harmonisation des prix. Pas un des produits recensés dans le tableau téléchargeable n'est identique, ni hier ni aujourd'hui. Les écarts sont importants, et globalement, la France reste le pays le plus cher parmi ses voisins. C'était le cas en 1999 pour les spaghettis Barilla et pour le menu Big Mac, pour le paquet de cigarettes et le litre d'essence.
Dix ans plus tard, la France est le pays où le thé Lipton, le jean Levi's 501, le whisky, les spaghettis, le menu Big Mac, les cigarettes coûtent le plus cher.
L'Espagne a beau avoir connu la plus forte inflation, elle apparaît aujourd'hui comme un pays bon marché, puisque sur aucun des produits relevés elle n'est en tête du classement.
Les Italiens subissent des prix plus élevés que leurs voisins seulement pour le riz et le Coca Cola.
Quant aux Allemands, il subissent un prix comparativement plus élevé pour la lessive, le Nescafé, le km de taxi, le litre de gazole et le litre d'essence.
Parmi les taux d'inflation les plus élevés, on relève des chiffres étonnants :
- En France, une hausse de 90% sur le thé Lipton, de 102% sur la bouteille de Coca, de 49% sur le jean Levi's
- En Espagne des baisses de prix sur le café, le thé, mais une hausse de 150% sur le gazole, de 98% sur le paquet de cigarette et de 82% sur le menu Big Mac.
- En Italie une baisse de 7% sur le whisky, de 12% sur le thé
- En Allemagne, le whisky a également baissé, mais encore plus nettement, de 14%.
2 - Zoom sur trois produits

S'il est un produit dont le prix est presque homogène, c'est bien le litre de gazole, qui varie de 0,90€ en Espagne à 1,05€ en Allemagne. On sait que le cours mondial du baril de pétrole n'explique pas tout puisque l'essentiel du prix du litre d'essence est composé de taxes.
La France qui a longtemps favorisé les véhicules roulant au diesel, a modéré la hausse de ce carburant, contrairement à l'Espagne, où son prix a doublé.
Ce qui étonne plus, c'est la répercussion de l'inflation du carburant sur le prix du kilomètre de taxi. En Allemagne, selon notre relevé, le prix de la course n'a pas augmenté d'un centime. La seule explication que nous avons trouvée est que ces prix étaient déjà très élevés il y a dix ans.

Les pâtes, le plat du pauvre, ne le sont pas tant que ça en France. Le kilo de spaghettis Barilla a flambé de 48% en France en dix ans pour frôler les 3 euros le kilo. Un phénomène sans rapport avec la récente baisse des prix du blé, comme nous l'avions décrypté.
Si le site de Barilla ne dit pas où sont fabriqués ces types de pâtes (sur les 54 sites de production, seuls 14 se trouvent en Italie), il est rassurant pour les Italiens de savoir que ce sont eux qui paient ce plat national le moins cher.

Le prix du menu Big Mac, produit mondialisé par excellence, est un véritable étalon du niveau de vie d'un pays. Et étrangement, il ne reflète pas l'inflation en France, puisque Mc Donald's a baissé son prix dans l'Hexagone. Peut-être parce que la concurrence sur les fast food s'est développée et que l'enseigne a dû faire un effort, ou bien parce qu'en 1999, son prix était déjà élevé.
A presque 5 euros, ce repas est nettement moins cher en Allemagne que chez nous. Mais ce qui étonne surtout, c'est l'inflation qu'a subi ce repas en Espagne. Est-ce le signe ultime du développement ?
3 - Tentatives d'explications
Si l'on voulait expliquer produit par produit les écarts de hausse et les écarts de prix, il faudrait faire autant d'enquêtes que de pays et que de produits. Une tâche qui serait titanesque.
Interrogé sur les chiffres que nous avons collectés, Eric Dubois, chef du département conjoncture de l'Insee, avance deux hypothèses, tout en confiant modestement qu'il lui « faudrait un mois ou deux de travail pour les vérifier ».
- Un rattrapage des pays les moins avancés : cela s'appelle « l'effet Balassa-Samuelson ». Ces deux économistes expliquent que plus les pays sont pauvres plus ils rattrapent leurs voisins en matière de productivité, et donc de prix, notamment en important les technologies des pays les plus avancés. Eric dubois détaille : « Les gains de productivité se transforment en hausse de salaires, ce qui tire les prix. C'est ce qui s'est passé en Espagne par exemple. »
- Les politiques monétaires nationales. La peseta était très dévaluée avant l'entrée de l'Espagne dans l'euro, probablement au-delà du niveau normal, idem pour l'Italie. Il y a donc eu des phénomènes de rattrapage des prix dans ces pays après leur passage à la monnaie unique. Pour l'Allemagne, c'est l'inverse, le Deutschmark était surévalué, il y a donc eu un effet inverse de modération des prix.
Par ailleurs, l'Allemagne a mené depuis des années une véritable politique de désinflation compétitive afin d'améliorer sa compétitivité internationale. Les lois Hartz votées sous le gouvernement Schröder ont « durci l'indemnisation du chômage, affaibli les marges de négociation des salariés et donc modéré l'inflation », ajoute Eric Dubois.
Merci à Elodie Cuzin, Habib Lioe, Lemmy Nothor, Sandrine Castres, Jean-Pierre Vernet, Catherine Garcia, Nadine Gevret, Patrizia Santoro, pour leur participation à cette enquête.
Données recueillies par Anne-Sophie Popon.
Photo : à la caisse d'un supermarché de Nice en octobre 2008 (Eric Gaillard/Reuters).
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De Homer555
travailleur plus qui à gagné moins | 12H46 | 09/03/2009 |
Étant frontalier, je peux parler de ce que je connais : l'Allemagne.
L'Allemagne à depuis toujours une prédisposition pour le discount et les prix bas. Ce n'est pas pour rien que les concept de hard discount ont été inventé là bas. Les premier prix y sont légion, bien pensé et de bonne qualité. Ce sont les premier prix que les Allemand achètent le plus.
Les Allemand ont subis il y a 2-3 ans une hausse de leurs TVA. Une partie de leurs hausses dans le tableau sont issues de l'état Allemand. Notez que chez eux, l'équivalent de notre TVA 5.5% est à 7%.
Contrairement à la France, la grande majorité pour ne pas dire la quasi totalité des produits alimentaires sont à la TVA « basse » de 7%. Nombres de produits alimentaires en France ont une TVA à 19.6%. Soit sur ces produit, une différence de 12% entre la France et l'Allemagne expliquée par la différence de TVA.
Pour le chiffre sur le Coca cola, et c'est valable pour toutes les boissons, il ne faut pas oublier que les bouteilles (verre et plastiques) et les canettes sont consignées. Ce qui implique, sans la consigne, un prix plus bas. Comment sont vos chiffres, avec ou sans consigne ?
Cette enquête aurais mérité non pas une analyse précise des produits, mais une analyse des conditions d'achats dans chaque pays.
De le roncier
Princesse | 13H02 | 09/03/2009 |
Intéressant. En ce qui concerne le Big Mac, je ne suis pas économiste, mais est-ce que cette baisse de prix n'est pas finalement cohérente avec le reste ? Je veux dire, si le prix du sandwich est indicatif du niveau de vie, on peut dire que le niveau de vie a baissé en France. Le but de McDo n'est pas de vendre cher mais de vendre beaucoup. Pour garder des clients, ils s'adaptent (et bien, si je me souviens bien).
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 13H52 | 09/03/2009 |
Trois euros le kilo de spaghettis Barilla ? Ce niveau ne se vérifie pas par chez moi. Au Casino de ma ville du sud-ouest, le kilo de spaghettis Barilla s'établit aujourd'hui même à 1,93 €, ce qui représente quand même une augmentation de 15% en un peu plus d'un an. Par contre, les linguine ont beaucoup augmenté et je n'en achète plus. Elles ont même quasiment disparu des gondoles. C'étaient mes pâtes préférées… mais faute de grives on prend des merles. Qui dit que les pâtes sont le plat du pauvre, à propos ? Vous n'en mangez jamais, Sophie ?
Je ne me prononce pas sur les autres produits comestibles indiqués, car je n'en consomme quasiment jamais.
Une question m'intrigue : des classes entières de produits ont disparu des gondoles. Ex. le baquet d'un kg de fromage blanc 20% MG de la marque distributeur (Casino) ou de toute autre marque est introuvable. S'est substitué un produit analogue ne contenant que 3% MG. J'en déduis que le distributeur élimine systématiquement les produits sur lesquels il ne réalise pas une marge jugée satisfaisante.
Il aurait été intéressant de comparer les prix des denrées d'importation. Ex. le café. Dans mon coin, 500 g de Lavazza Espresso moulu coûtent 5,19 €. Je vais au supermarché (ainsi que chez le maxidiscompteur Leader Price) une fois par semaine, et je suis bien obligé de noter que le café est ce qui me revient le plus cher.
A noter : les prix de mon boucher (au marché couvert de la ville) sont pratiquement stables depuis deux ans, ainsi que ceux des fromages AOC préemballés chez Leader Price. Ex. entrecôte (18 €/kg), rumsteak (22 €/kg), côtes de filet de porc (moins de 9 €/kg), comté (16 €/kg), reblochon (13 €/kg), saint-nectaire (16 €/kg). Exception : filet mignon de porc, passé en une semaine de 17€ à 19 € le kilo (prix vérifié le 9 mars).
Je ne peux pas faire de comparaison avec d'autres pays européens, sauf l'Espagne, où je constate une forte volatilité des prix (pour des denrées de qualité médiocre par rapport à la France). Il faudrait demander à Lemmy Nothor (qui réside à Barcelone) ce qu'il en pense.
De kawaayi
2012??? | 17H03 | 09/03/2009 |
voici un autre exemple…les prix de certains produits de consomation (prix en France et en Guadeloupe)
pour plus d'info consulter aussi :
http://www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i3780.asp
De screugneugneux
râleur-NRV | 17H23 | 09/03/2009 |
ouaiiis,…. merci, c'est chouette de pouvoir comparer avec l'etranger, mais c'est quand meme ce qui se passe ici qui nous concerne,
moi je paye mon paquet de feuilles à rouler : 0,90€ en province, 1,20€ sur paris et 1,50 € dans le 8ème arrondissement….. avec un sandwich c'est presque du simple au double entre la province et les beaux quartiers.. ( oui, je sais, je consomme comme un pauvre..)
Un magasine moto a récemment fait une comparaison entre les prix en france dans les années 70 et maintenant (en franc constant ou corriger de l'inflation…), c'était très instructif, il peut etre intéressant de comparer certains biens ( assez couteux en general : voiture, moto etc) de pays à pays et de voir a quel point il y a des disparités, certains pays surpayent le bien, pour qu'il puisse rester abordable dans d'autres pays ( soit parce qu'on est « riche » soit parce qu'ils sont trop « pauvre », ou alors des questions de stratégie marketing)
ce qui peut egalement etre interréssant pour comparer des prix c'est de prendre le prix d'un café comme étalon…
Celà dit, il en ressort que mon salaire n'a pas augmenté dans les memes proportions….. hèlas….
De J_M
Ingénieur reconvertit dans la vente | 17H40 | 09/03/2009 |
Analyse intéressante, ce serait encore mieux si on pouvait faire une comparaison franco-française sur des produits identiques avant euro et en 2009.
Et pas seulement sur les produits de marque.
Aussi, je reste fasciné par le prix d'un 501. la globalisation nous a amené des habits à prix bas parcequ'ils sont fabriqué dans des conditions dont on ne souhaite pas parler. Le point est que les prix ont été tiré vers le bas, mais pas forcément en Fance. Les écarts sur les vêtements de marque sont ridicules : un 510 se trouve entre 20 et 30 dollar aux US.
Quelle est la raison ? Ou passent les marges énormes de la distribution ?