témoignage

Afpa : être payé pour être formé, ça ne va plus être possible

Par Jean-Luc Guichard | Formateur en infographie à l'AFPA | 10/03/2009 | 18H23

Le centre de l'Afpa à Poitiers (DR).

Formateur en infographie à l'Association nationale pour la formation professionnelle de adultes (Afpa) en région Poitou-Charentes, je
participe au recrutement. Après une période d'incertitude, on m'apprend
que les critères d'entrée en formation viennent de changer, alors que les dossiers de candidature s'amoncellent sur ma table.

Accéder à un stage : le nouveau parcours du combattant

Aujourd'hui les formations infographie ne rentrent pas dans le périmètre du futur Service d'intérêt économique général (SIEG) régional de la formation professionnelle. Seuls les programmes consacrés aux publics déterminés par le Conseil régional échappent à la logique de marché concurrentiel.

Pour faire simple, pour une personne qui s'est présentée au baccalauréat ou qui a entamé des études supérieures, plus question de financement subventionné : il faut trouver d'autres modes de financement. C'est un nouveau parcours du combattant qui commence. Le candidat doit rechercher le financement de sa formation.

C'est le cas de Pierre, rencontré lors d'un entretien. Aide-éducateur, passionné de graphisme, il envisageait d'en faire son métier. Nous avions échangé sur son projet, je l'avais invité à rencontrer des professionnels. Sans formation graphique, l'accès à ces emplois lui est interdit. Une formation multimédia peut être le sésame pour mener à bien sa reconversion. Bien qu'il n'ait aucune formation artistique, il fait preuve d'un potentiel graphique évident, sa motivation l'aidera à franchir les derniers obstacles.

Pour l'instant, il lui faut trouver l'interlocuteur qui voudra bien régler l'addition. Région, Pôle Emploi, Contrat de professionnalisation… un véritable jeu de piste commence. Une porte vient déjà de se refermer : Pierre, ancien salarié de l'Education nationale, ne peut prétendre au congé individuel de formation (CIF).

Autre situation : il y a quelques semaines un groupe débutait une formation. Alors que les personnes avaient déjà pris place dans la salle, l'examen de documents administratifs met en évidence un problème délicat : un des stagiaires présents ne peut suivre le programme. Tout simplement parce que, bien que demandeur d'emploi, il ne dispose pas de droits suffisants pour assurer le financement de sa formation. Hormis ce critère discriminant rien ne le distingue de ses congénères. Conciliant, « l'intrus » a accepté sans rechigner de quitter les lieux ! (Mais ce type d'événement ne devrait bientôt plus se reproduire : les systèmes informatisés s'adaptent à la nouvelle donne et seuls les candidats répondant aux critères des financeurs pourront être inscrits.)

Il y a formation et formation…

Au delà de ces deux tranches de vie, je souhaite attirer l'attention sur les difficultés rencontrées par de nombreux candidats à la formation.

A 47 ans, Catherine avait une expérience dans la communication, deux ans de chômage. Ne maîtrisant pas les logiciels, elle était systématiquement écartée lors des recrutements. Après sa formation, il lui faudra deux ans pour trouver un emploi stable. La PME qui l'a recrutée cette chargée de communication n'a pas regretté son choix…

Frédéric, depuis son BAC, enchaînait les missions d'intérim ; il y a peu, il cueillait les pommes. La durée de ses contrats ne lui permettait pas d'obtenir un CIF financé par un organisme collecteur, mais il a pu suivre le stage en tant que demandeur d'emploi. Il est désormais infographiste au sein d'une mutuelle niortaise.

Tous mes collègues formateurs pourraient citer de tels exemples de réussite de leurs stagiaires à l'issue de leur parcours plus ou moins long vers la réinsertion professionnelle. Mon propos est de montrer à quel point, quel que soit le niveau de diplôme, personne n'est préservé des accros de la vie. Le manque ou la perte de l'estime de soi, c'est un phénomène fréquent après une scolarité difficile ou en dent de scie, des échecs, des difficultés personnelles ou des périodes de chômage. Est-il utile d'insister davantage sur des situations que la plupart d'entre nous ont connues ou côtoyées ?

Alors pourquoi faut-il mettre fin aux dispositifs qui permettaient à un grand nombre de personnes de se former dans des conditions matérielles minimales mais leur permettant de faire l'investissement nécessaire ?

De passage à Paris, je retrouve d'anciens stagiaires. Parmi eux, Gregory me résume son parcours depuis son départ de l'Afpa. A l'issue de sa formation, ce jeune homme était revenu chez lui en Bourgogne où il a peiné à trouver un emploi. En cours de stage, il m'avait dit craindre de replonger dans un désœuvrement qu'il n'avait que trop connu. Des expériences sporadiques au cours des deux années suivantes lui ont permis d'acquérir de l'expérience. Sa persévérance a fini par payer, il est aujourd'hui employé par une agence parisienne.

Evoluer professionnellement, se reconstruire prend du temps. Pour y parvenir, il faut trouver des réponses adaptées. Ce travail de fond peut difficilement répondre à des objectifs de résultats immédiats et s'accommoder de la recherche de profits financiers ?

L'AFPA à travers ses services d'orientation, ses stages, son hébergement, sa restauration… constitue une véritable école de la deuxième chance. Assimiler ses activités à une activité marchande la détourne de sa vocation de service public de la formation professionnelle.

Vers de nouvelles formes d'inégalités

Puisque nous y sommes et que l'Etat se désengage, nous devons déjà constater que la régionalisation de la formation professionnelle ne peut répondre à l'ensemble des problèmes posés. L'interprétation des directives européennes ne doit pas faire surgir de nouvelles formes de discriminations. En l'absence de régulation, l'accès aux formations dispensées par l'AFPA en dehors de sa région d'origine n'est plus garanti.

Dans ma région Poitou-Charentes, compte tenu des choix politiques qui ont été faits, les formations de niveau IV et III (Bac, BTS) deviennent difficilement accessibles aux demandeurs d'emplois. La difficulté de recruter des chômeurs pourrait remettre en cause ces programmes pourtant appréciés par les employeurs. D'ores et déjà, on assiste à la réduction des moyens matériels sur les formations dont l'avenir est aujourd'hui incertain. Les investissements sont réservés aux activités dont la rentabilité est assurée. Si cette logique se confirme, de nombreuses formations qualifiantes Afpa de niveau IV et III pourraient disparaître.

Formateur dans un centre construit il y une dizaine d'années près du Futuroscope et aujourd'hui menacé de délocalisation, j'éprouve le sentiment d'un énorme gâchis.

Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'emploi, insiste : « la solution, c'est la formation, la formation, la formation. Ça ne se prépare pas quand la casse arrive, mais avant ». Au cours de ses vœux, Ségolène Royal souhaitait aux jeunes d'accéder à la formation et aux métiers de leurs choix. A son tour Nicolas Sarkozy rappelait cette semaine le rôle important joué par l'Afpa qui forme à elle seule plus de 200 000 personnes chaque année.

Au delà de belles déclarations et avant qu'il ne soit trop tard, il est urgent d'arrêter la destruction de l'Afpa. L'association a montré qu'elle sait former et accompagner les réinsertions professionnelles dans de nombreux métiers. Moi, formateur, quand je regarde ce qui se passe chaque jour, je me dis qu'il faut aujourd'hui investir dans l'Afpa plutôt que de préparer sa restructuration.

Mesdames, messieurs les politiques, ceux qui souhaitent se former attendent vos réponses.

Dessin de Chimulus (DR).

Photo : le centre Afpa près du Futuroscope de Poitiers.

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de TARPON

De TARPON

19H03 | 10/03/2009 | Permalien

La formation professionnelle en Fance c'est environ 25 milliards d'euros balancés dans la nature à travers des organismes paritaires (environ une centaine) pratiquement sans controle (à peine le dixieme ) qui gerent et depensent en totale opacité cette manne ,dont une grande partie est gaspillee en frais de gestion.Or ces OPCA sont controlées par les syndicats .Cela donne lieu à un veritable marché noir de la formation où se cotoient le pire et le moins bon pour des resultats quasi nuls (d'apres justement l'AFPA).Un directeur à mi temps d'une OPCA ,epinglé,percevait une remuneration annuelle de pres DE 250000 euros ! QU'ont à dire les syndicats sur ces derives ,sinon qu'eux memes ont cree des emplois fictifs et des officines bidons pour en mettre le plus possible à gauche.Si l'AFPA en paie les pots cassés,ce n'est pas du coté de l'UMP qu'il faut chercher mais de celui des syndicats ; où est passé l'argent ?

Portrait de YoshiL7

De YoshiL7

10H50 | 11/03/2009 | Permalien

Si je comprends bien le contenu de l'article :
1. si vous etes chomeur sans droit, il n'y a plus grand chose à vous proposer puisque pas d'organismes financeurs intéressés par votre cas…
2. si vous avez possibilité de financements parce que vous etes demandeur d'emploi avec des droits suffisants par exemple, ca risque de vous couter aussi bonbon. On va vous demander d'aller faire un pret à votre banquier en qq sorte…
3. si vous optez pour des formations qualifiantes à bac+2 et plus, peu de chance qu'on vous y donne accès, on préfère tout ce qui est très court pour une employabilité rapide en qq sorte…
4. si vous espérez un financement d'un organisme quelconque, il faudra certainement rester dans leur périmètre défini en terme de métier… pas question d'aller faire ce que l'on veut…

C'est bien compliqué finalement… les marges de manoeuvre sont bien limitées et peu réjouissantes… Y a t il moyen auprès de son conseil général par exemple ou autres organismes financeurs d'avoir la liste des domaines acceptées pour les financements ou cela doit rester entre les murs de ces gens la ?
 black-out

Portrait de jipèelgé

De jipèelgé

au bout du monde | 15H13 | 11/03/2009 | Permalien

A Tarpon
Vous semblez avoir une vision simpliste du monde de la formation et votre propos est un raccourci qui désigne les organisations syndicales comme auteur de détournements. Votre propos vise d'évidence les organisations de salariés. Vous portez des accusations qui frisent la diffamation. On peut manifester une hostilité aux organisations qui défendent le droit du travail et des salariés mais cela n'autorise pas à écrire n'importe quoi. Pour ce qui est de l'AFPA, car c'est un article sur ce sujet qui vous fait réagir, sachez Mr Tarpon que cet organisme est géré par l'Etat,des représentants des organisations syndicales patronales, des représentants des organisations syndicales salariés et depuis peu des représentants des régions de France.Sa mission est de permettre l'accès à la qualification des demandeurs d'emploi. Depuis sa création en 1946, l'AFPA a fait preuve d'efficacité dans l'utilisation de l'argent public qui lui est confié et a su remplir les missions que l'Etat lui avait confié. Aujourd'hui la défaillance de l'Etat, au moment où l'on annonce des plans sociaux tous les jours, met en danger le bras armé du ministère du travail que constitue l'AFPA. On peut légitimement s'interroger sur la responsabilité de qui détourne les fonds publics qui servaient à qualifier les plus éloignés de l'emploi et au profit de qui ? La volonté de considérer la formation comme une marchandise aboutira à éloigner de plus en plus de la formation ceux qui en ont le plus besoin. Soyez assuré Mr Tarpon que les organisations qui gèrent l'AFPA sont très vigilantes à ce que l'argent public soit au service de ceux qui en ont le plus besoin : les publics en difficulté

Portrait de IMAC_2001

De IMAC_2001

Infographiste | 22H04 | 11/03/2009 | Permalien

Sorti de formation IMPPAO à l'AFPA du Futuroscope en 2001, je pensais avoir vécu une expérience formidable. Il me semblait que le pays pouvait s'enorgueillir de soutenir un organisme de formation capable de redonner un véritable élan aux stagiaires. Un élan professionnel, mais aussi un élan social : le parcours, depuis la candidature jusqu'au dernier jour de la formation constitue un véritable « ascenseur social ». C'est en tous cas ce que j'ai ressenti.

Il m'a fallu, à plusieurs reprises, comme à tous ceux qui comme moi souhaitent la pérennisation de l'Afpa, porter témoignage de ce que nous y avons vécu. Nous l'avons fait, nombreux, et avec la plus grande sincérité. Il est assez peu probable que je puisse un jour bénéficier à nouveau d'une formation aussi complète que celle que j'y ai reçu de la part de l'auteur de l'article publié ci-dessus.

Et pourtant, comme le broyeur social est en route, il faut redire, il faut témoigner à nouveau. Souhaiter que TARPON soit seulement guidé dans ses propos par une idéologie partisane qui ne s'embarrasse pas d'humanité, qu'il lui soit épargné d'avoir un jour à devoir compter sur une réelle solution de formation ou le stagiaire n'est pas envisagé seulement du point de vue comptable.

Poser comme principe la corruption des hommes dans un système en citant un exemple, montre le degré de pertinence de l'analyse ! Nos exemples ne valent-ils pas autant que le sien ?

Ci-dessous, le parcours que j'ai suivi pour cette formation tel que je l'ai livré dans un précédent témoignage.

 »… J'ai suivi une formation d'infographiste « IMPPAO » à l'AFPA de Poitiers en 2001, après un parcours professionnel assez destructurant pendant plus de 20 ans.

Un sursaut, une rencontre du FONGECIF, un bilan de compétence, un dossier, des tests, …
Un parcours fléché, sur lequel des personnes compétentes, attentives, ont su me redonner la confiance que le monde du travail avait mis à mal.
10 mois de formation, une expérience inoubliable. Un travail passionnant.

Depuis, chaque jour, quand je m'installe à ma table de travail, quand je mets en œuvre les techniques enseignées dans cette formation très complète de l'AFPA, je goûte la chance que j'ai eu de ne pas avoir dû passer par les marchands de la formation professionnelle.

Je les rencontre ceux qui n'ont pas eu ma chance et qui sont passés chez les marchands de la formation professionnelle : ils ont reçus une formation partielle à un outil. Ils ont l'idée du travail à effectuer, mais ils dépendent de celui qui a reçu la formation sur « l'autre module »… Celui qu'il faut mettre en œuvre pour toucher au résultat…

Formations tronçonnées. Moindre coût. Retour rapide sur le marché du travail. La logique marchande est là, au cœur de ces phrases brutales.

En secret, ils ajoutent sûrement captation des budgets, du patrimoine ! !

Concurrence… Concurrence… Et si l'on mettait aussi le personnel politique en concurrence !
La meilleure offre ! Pour le profit du plus grand nombre ! … »

Et tant pis s'il existe encore des esprits chagrins qui règlent ici les comptes qu'ils ne savent pas régler ailleurs : nous sommes nombreux à n'avoir pas grand chose à reprocher à l'AFPA !

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