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Afpa : dépenser moins pour former vite et mal

Par ajuga | informaticien champêtre | 12/03/2009 | 12H24

Suite à l'article « Afpa : être payé pour être formé, ça ne va plus être possible », publié le 10 mars, Ajuga, formateur qui souhaite rester anonyme, souhaite témoigner de son expérience : pour lui, les conseils régionaux de gauche appliquent exactement la même technique de réduction des coûts que la droite gouvernementale.

Moi aussi je suis formateur à l'Afpa. En réseau informatique. Bac+2.
Je ne me lancerais pas dans le débat sur l'UMP et les syndicats.
En revanche, il y a des éléments indépendants de ça.
La volonté de base, c'est de dépenser le moins possible, donc de baisser au maximum les coûts. Nationaux d'abord par la régionalisation et les appels d'offres. Là, les conseils régionaux dits de gauche appliquent exactement la même technique de réduction des coûts que la droite gouvernementale, faut pas croire.

Une productivité en hausse constante

En dix ans, notre formation est passée de vingt à trente stagiaires. Avec l'expérience professionnelle, c'est jouable. Mais du coup, les formateurs n'ont plus le temps de travailler sur l'évolution des produits, ce qui peut, à moyen terme, obérer fortement la qualité des stagiaires qui sortent. Et le niveau national n'a pas assez de personnel pour le faire (car non productif directement des fameuses « heures stagiaires », seul critère pris réellement en compte) et doit compter sur les formateurs éventuellement dégagés par leur directeur.

Je peux dire que ça fait maintenant dix ans que je n'ai eu aucun dégagement pour ça, mon directeur m'a expliqué qu'il ne voyait pas d'inconvénient à ce que je participe à ce genre d'étude… le week-end).

Des temps de formation réduits

Le temps de formation est réduit : dans mon cas, 300 heures, ce n'est pas rien. Ça fait presque deux mois ! Sur une formation d'un an, ça fait mal. Et ce n'est qu'un début : l'idée développée en ce moment, c'est de faire des modules courts, très adaptés à des produits donnés, qui permettra aux gens d'être immédiatement employables sur le produit en question, mais sans compétences générales.

Pour faire court, il est plus difficile et plus long d'enseigner à faire un cahier des charges ou une proposition d'organisation informatique que de savoir utiliser Linux version X.Y.Z. ou Windows server).

La sélection à l'entrée

Ensuite, on sélectionne les « clients » qui rapportent : priorité aux CIF. Ah, bien sûr, comme les Fongecifs (fonds de gestion du congé individuel de formation) et autres organismes veulent eux aussi dépenser moins, ils vont demander une participation (on vient de faire signer à un stagiaire un apport de 3000 euros, oui, trois mille ! ).

Par anticipation, certaines Afpa régionales ont supprimé les formations informatiques (vu l'âge moyen des profs, ce n'est pas dur). Bien sûr, si vous êtes chômeur dans une telle région, vous pouvez, en théorie, aller dans une autre région. Mais pourquoi la région X financerait-elle les chômeurs de la région Y, qui ont toutes les chances de repartir chez eux ? Et ma foi, c'est ce que nous commençons à voir : en gros 90% des gens qui entrent dans notre formation sont des locaux.

La suppression des coûts annexes

Hébergement, cantine, foyer… ça a un coût, que les régions ne veulent pas voir, et surtout pas intégrer dans le prix des formations en général (au nom de la concurrence, on n'en parle pas dans les appels d'offre). Prenons un exemple : un nouvel hébergement est en construction à Toulouse, il sera géré par une boite extérieure et réservé totalement aux gens ayant l'aide au logement (et qui ne l'utilisent pas déjà pour loger une famille). Les autres ? euh, qui s'en soucie ? Eh bien pour l'instant, il y a les vieux hébergements, que ladite société extérieure n'a pas voulu reprendre tellement ils sont en mauvais état. Et qui entretiendra ces derniers ? Bonne question.

J'espère donc que vous n'êtes pas un chômeur avec une famille qui veut faire de l'informatique et qui habite, tiens, Mendes par exemple, parce que vous pourrez crever la gueule ouverte. Tout le monde s'en fout. Enfin, pas exactement : on vous répondra qu'on est absolument désolé, mais que c'est la seule chose que nous puissions faire, que c'est l'évolution de la société, et « vae victis ».

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De webastien

Développeur | 14H18 | 12/03/2009 | Permalien

On trouve également de nombreuses écoles privés qui réfléchissent bien plus au profit qu'à la qualité de formation… J'en ai fait les frais il y a quelques années : Pas ou peu de sélection à l'entrée, des formateurs incompétents et pire que tout… le nombre d'heures de formation truqué !

Le directeur nous a menacé de ne pas nous faire passer l'examen final si on ne signait pas des feuilles vierges avec le nombre d'heures passées au centre… Le document comportait un feuillet avec le programme officiel, qui était très très loin de la vérité.

Il a même été jusque fermer à clef la salle de cours pour nous empêcher de sortir si on ne signait pas et a chassé sous nos yeux le formateur, qui prenait notre défense à coup de pied au cul !

Je faisais la formation sur 2 ans en alternance. Encore une preuve de sérieux, ils s'étaient trompé dans les inscriptions et donc tous les premières années ont passé le diplôme final…

Heureusement que l'entreprise où je travaillais me laissait me former, je squattais le soir pour utiliser leur connexion haut débit, me téléchargeait des tutoriaux et quand j'allais en cours, c'était pour faire des parties en réseau avec les autres élèves… et souvent le prof.

A l'inverse, quand j'ai changé de secteur, j'ai eu la chance de décrocher une formation financé par le conseil régional d'île de France… l'organisme que j'avais choisi était très sérieux. Grosse sélection à l'entrée, des devoirs à la maison, un mémoire à écrire, des tests toutes les semaines, un projet professionnel à présenter pour l'examen final devant un jury de professionnels, un stage en entreprise et ils nous demandaient de noter nos formateurs après chaque module.

A l'heure d'internet, je ne peux que conseiller d'éplucher les forums, d'aller interroger les élèves, … avant de choisir un centre de formation. Il ne faut pas se fier aux publicités ou aux arguments des [rabatteuses, heu non…] conseillères.

Petite anecdote, j'ai rencontré ma conseillère lors d'un mariage… elle a eu un discours « off » radicalement différent et m'a expliqué qu'elle était payé au chiffre… comme l'article sur les banques, le terme « conseiller » est usurpé et il faut comprendre « commercial ».

Bien sûr, la qualité d'une formation dépend surtout du formateur et de votre motivation : Il ne faut pas se contenter de ce qu'on nous donne, sinon on a peu de chance d'être prêt à entrer sur le marché du travail.

Portrait de ajuga

à webastien Portrait de webastien De ajuga (auteur)

informaticien champêtre | 15H34 | 12/03/2009 | Permalien

je cite :
« j'ai eu la chance de décrocher une formation financé par le conseil régional d'île de France… l'organisme que j'avais choisi était très sérieux. »

eh oui, mais ce qui est valable dans cette région ne l'est pas dans les autres, essaye de faire la même chose si tu habites n'importe quelle petite ville d'une région pas très riche.
Tu fais comment pour financer tes déplacements et ton hébergement ? en ce moment sur les 30 stagiaires il y en a un bon petit paquet au RMI ou pas loin.
J'ai eu aussi des stagiaires qui ne trouvaient pas de période en entreprise, parce qu'ils n'avaient pas les moyens de réparer leur bagnole en panne..
tu crois que l'organisme privé va s'occuper de ce genre de truc ?

Portrait de webastien

à ajuga Portrait de ajuga De webastien

Développeur | 16H15 | 12/03/2009 | Permalien

Aucune idée, je ne parlais que de mon expérience et c'était il y a quelques années. J'étais, à ce moment là, au chômage (après de l'alternance, tu images que je n'étais pas fortuné) et chez mes parents. A l'époque, je recevais une aide pour mes déplacements… ça me rapportais d'ailleurs plus que les assédics. J'imagine que depuis, ça a été fortement revu à la baise et je ne sais pas du tout si toutes les régions le font.

J'avais déjà eu du mal à décrocher mon stage parce que j'habitais loin de Paris… Donc, entièrement d'accord avec toi : On est pas tous logés à la même enseigne, sans compter que 4h30 de transport par jour pendant une formation, on est moins en forme que ceux qui sont proches du centre.

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