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Continental à Clairoix : les salariés trahis
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 14/03/2009 | 13H36
C'est plus grosse fermeture d'usine depuis le début de la crise. A Clairoix, dans l'Oise, Continental cesse la fabrication de pneus dès l'an prochain, malgré les promesses de maintien de production jusqu'en 2012, réitérées depuis deux ans et jusqu'à la semaine dernière.

Les représentants syndicaux l'ont appris mercredi matin par la bouche du représentant de leur actionnaire allemand, les autres l'ont su par le journal télévisé.s
« Depuis qu'il s'est pris des œufs sur la tête, on ne l'a plus revu, le directeur de l'usine », remarque Albano Abreu, 51 ans dont 31 dans l'entreprise.
« Ici, on gagnait bien notre vie, c'est pas un hasard si tous les jeunes de la région voulaient venir bosser chez Continental. Moi, je tournais à 2000 euros nets par mois, sans compter les 1000 euros de prime vacances et le mois supplémentaire qu'on touchait en fin d'année. »
L'usine en chiffres
L'usine Continental de Clairoix tournait, jusqu'à mercredi, 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour produire 25 000 pneus par jour (997 références), soit 8,5 millions de pneus en 2008 pour 28 millions d'euros de bénéfices. 44 millions d'euros ont été investis ces dernières années, notamment pour automatiser la mise en palettes. Troisième producteur mondial de pneus, l'Allemand Continental a des usines en Roumanie, au Portugal, en République tchèque. Cette semaine, sa direction a annoncé la fermeture d'un site à Hanovre.
« Pourquoi tu parles au passé ? », lui lance un camarade. Fini, pas fini ? Les « Continental » sont paumés. Deux jours plus tôt un membre de la direction venu d'Allemagne les a réunis en catastrophe pour leur annoncer que la décision était prise : Clairoix serait rayé de la carte.
Tout le monde a cessé le travail sur le champ. Depuis, les ouvriers pointent à l'heure où ils sont censés prendre leur poste (6 heures, 14 heures ou 22 heures, week-end compris), et font le pied de grue pendant toute leur vacation. Regroupés par unités de production, ils se réchauffent devant le feu, se serrent les coudes en attendant la suite. Bloquent un rond-point de temps en temps, jettent des palettes pour empêcher la sortie d'un camion de livraison.
L'usine de Clairoix était peu touchée par les mesures de chômage partiel : trois jours en décembre, quatre en février. Deux semaines étaient prévues en mai et deux autres en septembre. « On était moins touchés que les autres en Europe, on se disait que ça irait… Avec la crise, on pensait bien à un plan social, mais la fermeture totale, c'était inimaginable », jure Albano.
Les syndicats ont négocié un arrangement : sécurisation du site, en d'autres termes interdiction de mettre le feu -certains étaient tentés sous le coup de la colère- en échange d'un versement du salaire garanti jusqu'à mardi matin 6 heures. Et après mardi ?
Personne ne compte laisser le moindre pneu sortir de l'usine de Clairoix. Patrice prédit ce qui va se passer :
« On va assurer nos rotations, on va pointer, on va se mettre en bleu et puis c'est tout, on produira peut-être un pneu de temps en temps histoire de… mais c'est tout. »
La priorité des syndicats : éviter tout dérapage
« Ça a l'air bon enfant comme ça parce que les gars n'ont pas encore réalisé que c'était foutu mais le jour où ils recevront leur lettre de licenciement, on ne sait pas jusqu'où ça ira », confie Serge, récemment embauché et qui craint un tout petit chèque pour solde de tout compte.
Une minorité d'énervés aurait imaginé s'en prendre à l'outil de travail. Les syndicats tentent de les calmer, ont déjà mis sur pied une cellule psychologique et veillent sur les machines, qu'ils qualifient de « trésor de guerre » et qui sont « à eux ». La direction a mandaté des vigiles pour faire des rondes sur le site. Accompagné de délégués syndicaux, Rue89 a réussi à déjouer leur attention pour faire une visite secrète. (Voir la vidéo)
Les promesses des politiques ces derniers jours passent complètement au-dessus de la tête des salariés déboussolés. Il n'y a pas encore de mot d'ordre, mais Serge évoque un dilemme :
« C'est simple : ou ils remettent l'usine en route ou bien ils nous paient jusqu'en 2012. »
Tant qu'ils n'ont pas épuisé toutes les voies de recours juridiques, les salariés ont encore un vague espoir. Ils misent principalement sur une promesse : l'accord sur les 40 heures signé en 2007 contre la garantie de pérennité du site jusqu'en 2012, sur lequel les syndicats vont s'appuyer.
L'accord sur les 40 heures à dénoncer
En avril 2007, en pleine campagne présidentielle, l'usine Clairoix fait figure de pionnière du « travailler plus pour gagner plus » vanté par Sarkozy. La direction propose par référendum un accord de passage à 40 heures, sans quoi l'usine est menacée de fermeture. Les 1210 salariés, majoritairement des ouvriers qui tournent sur un rythme de « trois huit » et travaillent donc de nuit une semaine sur trois rejettent le projet de justesse (il aura manqué 16 voix).
Pourtant, quelques mois plus tard, la CFTC, syndicat majoritaire, signe, avec la CGC, un accord sur les 40 heures, en échange de 130 embauches et la promesse que le site ne serait pas inquiété jusqu'en 2012.
Aujourd'hui, son principal représentant, Antonio da Costa, secrétaire du comité d'entreprise, est particulièrement mal à l'aise. Il est le premier à se sentir trahi, et ses collègues, syndiqués ou non, l'accusent d'avoir donné à la direction les moyens de se moquer du monde.
Ce vendredi, il était à Amiens, au Conseil régional de Picardie -vous savez, cette région qui est appelée à disparaître- pour négocier une enveloppe afin de payer les cars pour qu'ils soient nombreux à aller au comité central d'entreprise, ce lundi à Reims. Il s'agit de faire nombre avec les salariés de l'autre usine Continental française, celle de Sarreguemines en Lorraine, pour peser le plus possible face à la direction. Cela, en sus des recours juridiques qui ne manqueront pas d'être déposés.
Dans les environs de Compiègne, si l'usine ferme, ce ne sont pas seulement les 1210 emplois du site qui sont menacés. Mais les sous-traitants, environ 2000 personnes, qui trinqueront du même coup, sans parler des commerces… Et dans la région, entre Rieter qui baisse le rideau, Colgate qui est menacé, Saint-Gobain qui licencie (on arrête là car la liste serait longue), ce n'est pas comme si les futurs licenciés avaient espoir de retrouver du boulot.
► Modifié le 16/3 à 11h46 : Sarreguemines n'est pas en Alsace mais en Lorraine.
Photo : Albano Abreu, 51 ans, salarié de Continental à Clairoix depuis 31 ans (Sophie Verney).
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De Le Yéti
yetiblog.org | 14H10 | 14/03/2009 |
LA MORALE DE L'HISTOIRE
S'il y a une morale cette très mauvaise fable Continental, c'est que ceux qui croit obtenir une promesse à venir en faisant un sacrifice au présent, finissent toujours par être les dindons de la farce.
Les ouvriers de Continental pensaient se faire bien voir en revenant des trente-cinq aux quarante-heures. Et les voilà le bec dans le ruisseau.
Que cela serve de leçon à tout le monde. Et particulièrement à ceux qui s'abandonnent à des syndicats godillots toujours prompts à signer le premier compromis qui passe, toujours dans le sens de la régression.
Ce n'est pas par le compromis que l'on gagne, mais par la fermeté. (Cf. le LKP.)
S'en rappeler le 19 mars.
De TL2590
14H43 | 14/03/2009 |
Il y a de quoi être écoeuré et comment imaginer le désarroi de toutes et intervenir en rase campagne ces familles touchées par cette décision.
Détruire l'outil de travail ne servirait à rien car l'assureur rembourserait la holding de Continental qui passerait cette somme en provision exceptionnelle et qui améliorerait le résultat net .
Par contre, il suffit de faire de la résistance en surveillant les camions sortant de l'usine déplaçant le matériel ça et là.
Il faut les suivre et intervenir en rase campagne.
Jour et nuit, il faut les harceler.
De Alain59
14H47 | 14/03/2009 |
Mais que disait le plus sérieusement du monde Thierry Wipff, le directeur du site de Clairoix en 2007 suite à l'accord sur les 40heures ?
« La fin de ces négociations répond à une attente du personnel. Nous allons à la fois réaliser des économies et assurer la pérennité du site. Aujourd'hui, je peux le dire : il y a un futur pour Continental Clairoix ».
Un futur auquel il ne devait pas croire tant que ça puisqu'il est parti en direction du site de Roumanie quelques semaines après cet accord.
Lire aussi ici :
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Fermetu…
De AlexG2008
temporaire | 15H20 | 14/03/2009 |