Droit de suite

François Pérol finira-t-il devant un juge ?

Par David Servenay | Rue89 | 14/03/2009 | 23H37

Combien François Pérol a-t-il gagné sur l'opération Natixis ? 1,5, voire 2 millions d'euros comme l'affirme Mediapart ? En tout cas, le nouveau président du Conseil de surveillance va devoir faire face à un nouveau front. Sa nomination était déjà contestée, parce que la Commission de déontologie n'avait pas été consultée. Voici qu'il est soupçonné de ne pas avoir respecté la loi…

Jusqu'à maintenant, François Pérol était un haut fonctionnaire au parcours idéal. HEC, Sciences Po et l'ENA (promotion Jean Monnet, 1990) dont il sort major en 1990, comme inspecteur des finances. La voie royale. Suit une longue carrière à la direction du Trésor, puis dans les cabinets du ministère des Finances à partir de 2002.

L'homme a de l'humour -il imite les politiques à la perfection- et des amitiés à droite comme à gauche (Michel Charasse, Jean-Louis Bianco). En 2004, il devient directeur adjoint du cabinet de Nicolas Sarkozy, alors à Bercy. Il suit de nombreux dossiers, dont celui du rachat d'Ixis par la Caisse des dépots et consignations, prélude à la création de Natixis.

En 2006, François Pérol a quitté l'administration. Il est devenu associé-gérant de Rothschild & Cie, la banque d'affaire chargée de fusionner les deux banques d'investissement des groupes Caisse d'Epargne et Banque Populaire. Il est l'un des deux banquiers chargés de piloter le dossier Natixis. Pour ce travail donc, François Pérol aurait touché une commission oscillant entre 1,5 et 2 millions d'euros, soit 10 à 15% du total perçu par Rothschild & Cie. Or, pendant trois ans à compter de 2005, il n'avait pas le droit de travailler sur ce dossier. Comme l'a rappelé dans un entretien à La Croix Michel Bernard, ex-président de la Commission de déontologie :

« La loi interdit à un fonctionnaire de travailler dans une entreprise privée qu'il contrôlait ou surveillait dans le cadre de ses fonctions précédentes. La commission de déontologie est chargée d'apprécier la compatibilité de toute activité lucrative dans une entreprise avec les fonctions exercées au cours des trois années précédant le début de cette activité. »

Lorsqu'il a demandé sa mise en disponibilité pour rejoindre la banque Rothschild, ce point lui a évidemment été rappelé. Par écrit.

La chute de Natixis et le slalom de la nomination sarkozyenne

La suite est connue : François Pérol retrouve la fonction publique en devenant en 2007 le monsieur économie de l'Elysée. Natixis ayant massivement investi dans les subprimes, notamment par la société américaine CIFG, la banque d'investissement perd plus de 90% de sa valeur boursière. Pour 2008, la perte est évaluée à deux milliards d'euros.

Arrive l'épisode qui nous occupe aujourd'hui. Là encore, Michel Bernard est formel, la loi interdit formellement le mélange des genres de ce pantouflage à double sens :

« La commission doit être obligatoirement saisie dans un certain nombre de cas. Dans celui de M. Pérol, qui serait nommé à la tête de la Caisse d'épargne-Banque populaire, la question est de savoir s'il a été chargé de surveiller ou de contrôler ces deux banques, ou leur filiale commune, Natixis. S'il apparaissait que oui, en principe, il ne pourrait pas aller travailler dans ces entreprises. »

Le risque pénal ? Il est évoqué en creux par les membres de la commission

Depuis le début de cette affaire, le chef de l'Etat s'appuie sur la nécessité. L'idée que la situation est si urgente, qu'une consultation de la commission de déontologie trop tardive ne permettait pas de faire face dans les délais impartis. Vendredi 13 mars, un décret signé Nicolas Sarkozy est publié au Journal officiel. Il valide la démission de François Pérol, qui n'appartient plus à la fonction publique depuis le 11 mars.

Seulement voilà : la rôle de la commission de déontologie -qui ne peut plus se prononcer sur ce cas- est justement d'éviter la commission de délit type corruption ou prise illégale d'intérêt. L'article 432-13 du code pénal est limpide :

« Est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende le fait, par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions. »

Lorsqu'Olivier Fouquet, l'actuel président de la commission de déontologie, est interrogé par Le Monde, il n'hésite pas à mettre en garde l'intéressé, au cas où il se passerait de l'avis des sages :

« C'est à ses risques et périls (…) C'est un délit pénal. »

Et de citer un « proche », qui évente un secret de polichinelle :

« Tous les membres du cabinet n'ont pas passé des mois à travailler sur un dossier comme l'a fait M. Pérol. Toutes les réunions sur cette fusion bancaire avaient lieu dans son bureau. »

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de TARPON

De TARPON

00H10 | 15/03/2009 | Permalien

Cette histoire est pliée ,personne ne reviendra en arriere .Seuls ,les clents ,les epargnants des caisse d'epargne et des banques populaires ,qui ont cru un instant au pire ,se demandent si vraiment la presse qui semble prise d'une deontologique aigue ,elle qui a pourtant dans ce domaine beaucoup de travail à faire dans ses rangs ,ne serait pas mieux inspiree de se pencher sur les problemes qui agitent le monde social.Comme dirait ma concierge « yen a vraiment qui n'ont rien à foutre » .

Portrait de affreuxjojo

De affreuxjojo

01H51 | 15/03/2009 | Permalien

Tarpon ne comprends visiblement pas que la crise est largement née de la confusion entre intérêts privés et intérêt général. Les allers retours professionnels entre le privé et le public illustre cette confusion. On pourrait citer Breton travaillant dans le privé puis ministre avant de retourner dans le privé. On peut citer également Dutreil qui a concocté quelques lois fiscales sur mesures comme ministre pour passer ensuite à la direction de LVMH. C'est bien pour éviter ce pantouflage dans des entreprises que l'on a précédemment favorisé en tant que responsable public qu'il existe des règles déontologiques.
Depuis des décennies aux Etas-Unis les ministres du budget viennent tout droit des banques et y retourne ensuite. Comment s'étonner dans ces conditions si l'état a laissé faire n'importe quoi à la finance : subprimes, LBO, CDS. C'est l'effondrement de ces montages irresponsables et incontrôlés qui a conduit à la crise actuelle.
Perol dans le privé (Banque Rothschild & Cie) monte Natixis, filiale de la Caisse d » Epargne et de la Banque Populaire. Cette filiale veut jouer dans la cour des grands de la finance internationale et s'y fait plumer de quelques milliards. Entre temps Perol a rejoint le public comme conseiller de Sarkosy. Simultanément, l'état renfloue les banques privées au bord du gouffre et Perol monte la fusion de deux de ces banques mises en difficulté par les bons conseils de Perol. Enfin Sarkosy nomme Perol à la tête de ce conglomérat.
Tarpon trouve tout cela normal. Sans doute trouve-t'il tout ce que fait Sarkosy excellent. Mais visiblement, pour un nombre grandissant de Français, cette succession ininterrompue de magouilles dignes des pires républiques bananières ne passe plus.
En s'affranchissant des règles et du contrôle obligatoire de la commission de déontologie Sarkosy et Perol deviennent délinquants. C'est pourtant simple.

Portrait de tox

De tox

www.dessins-tox.com | 06H40 | 15/03/2009 | Permalien

Portrait de DBL8

De DBL8

Retraité | 06H45 | 15/03/2009 | Permalien

Charasse à droite ?
ça c'est une nouvelle !
Comment les médias n'en ont-ils pas parlé ?

Portrait de yovojazz

De yovojazz

musicien | 20H22 | 15/03/2009 | Permalien

tout d'abord Ixis a été racheté à la Caisse des Dépots par la Caisse d'Epargne et non l'inverse … et a ensuite fusionné avec Natexis … sinon Natixis appartiendrait à l'Etat …

ensuite les pertes de Natixis ont été publié (c'est société cotée) et elle s'élève à 2,8 milliards d'euro pour 2008

enfin et pour finir, je ne comprends pas trop pourquoi la presse ne signale pas que la quasi totalité des activités des dérivées de credit ayant affichées de lourde perte en 2009 était issue d'Ixis qui était une filiale à parité de la Caisse d'Epargne et de la Caisse des Dépots (et donc de l'Etat) … s'il n'y avait pas eu de fusion (Ixis / NatexisBP) on se serait aperçu qu'une banque appartenant à l'Etat à 50% perdait des milliards sur les marchés …

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