Sur le terrain

Continental : le travail reprend lundi, les ouvriers n'ont plus envie

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 17/03/2009 | 12H29

Les ouvriers de Continental à Clairoix, dont l'usine est promise à la fermeture dans un an, se préparent à une lutte longue. Mardi soir, ils ont signé un accord de reprise du travail avec la direction qui leur laisse un répit jusqu'à lundi. Ils restent payés jusque là.

En échange, les syndicats se sont engagés à ce que la production atteigne rapidement « un niveau acceptable » selon les termes de l'accord. « On a pris nos
responsabilités, on est satisfaits que les gens soient payés, oui, mais
le combat contre la fermeture continue », a déclaré Antonio Da Costa, le secrétaire du Comité d'entreprise (CFTC). Les syndicats ont aussi obtenu de la direction l'engagement qu'il n'y aurait pas de
chômage partiel.

Les salariés ont trop peur de perdre des euros sur leur paie, ils « se chient dessus », nous confie un délégué syndical. A part annuler les vacances de cet été, impossible de voir plus loin. Perdus, abandonnés par la direction de l'usine qui reste invisible depuis mercredi 11 mars, les salariés de Continental n'ont qu'une idée en tête : ne pas perdre un centime sur leur paie de mars. Ils s'en sont donc remis à la parole des élus du personnel, qui ce mardi matin, se sont engagés à obtenir le paiement des salaires. Un « comité de lutte » allant au-delà des syndicalistes espère entretenir la flamme et fédérer toutes les énergies. Mardi matin, les quelque 400 salariés présents sur le site avaient voté la reprise du travail. (Voir la vidéo)


Certains se prennent à calculer la somme qui leur semblerait raisonnable d'accepter pour solde de tout compte. « 100 000 euros, c'est ce qu'on mérite pour tous les efforts accomplis, les nuits à bosser, le corps abimé », nous lâche Jean-Louis, qui, à 52 ans dont vingt-huit passés dans cette usine, n'a pas grand d'espoir de retrouver un boulot ailleurs.

Xavier Mathieu, élu au comité d'entreprise et délégué CGT, les a prévenus :

« 20 000 euros d'indemnité, 23 mois de chômage et après vous boufferez des cailloux, voilà ce que vous aurez si vous ne vous battez pas. »

« Huit heures devant les machines ça va être long »

Pour ce leader, la priorité de court terme a donc été de remettre les travailleurs dans la boutique. Mais ce n'est pas pour autant que les machines tourneront à régime normal.

Les ouvriers entament une grève du zèle, espérant faire sortir le moins de pneus possible de l'usine. De toutes façons, les stocks débordent et la direction allemande a déjà fait savoir que les objectifs devaient être revus à la baisse. Comme le constate Jean-Michel Breton, ouvrier :

« Les Allemands espèrent bien qu'on va bosser mais demain ça va faire une semaine qu'on est là à attendre et là, on n'a plus envie. On n'a aucune info, on ne sait pas qui nous dirige, alors tout ce qu'on peut faire c'est que rien ne sorte de l'usine. Huit heures devant les machines, ça va être long, on bidouillera quelques trucs mais maintenant tout ce qui compte pour nous, c'est de toucher notre salaire… »

La direction invisible

Introuvable, la direction a quand même réussi à envoyer quelques lettres de licenciement. Ces derniers jours, certains, qui étaient en arrêt maladie longue durée, ont reçu des recommandés pour être mis à la porte. Et les derniers embauchés craignent d'être les oubliés du plan social.

Toutes les rumeurs circulent. Seul Jean-Pierre Bibaud, responsable de la sécurité du site, était visible ce mardi matin, mais il n'avait pas de marge de manœuvre pour négocier quoi que ce soit. Le directeur de l'usine, Louis Forzy, serait terré dans un hôtel de Compiègne ; le directeur des ressources humaines arriverait par bateau… « mais ce sont que des pantins », soupirent les ouvriers.

Les vraies décisions se prennent outre-Rhin. Dans un entretien paru lundi dans le journal allemand Handelsblatt, le directeur du personnel du groupe, Heinz-Gerhard Wente, a simplement dit qu'il n'était pas question de revenir sur sa décision.

Mise à jour le 18/03/2009 à 11h32 après la conclusion d'un accord écrit avec la direction tard mardi soir. Article retitré.

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Ballantrae

De Ballantrae

enseignant | 12H57 | 17/03/2009 | Permalien

Merci pour cet article qui, je l'espère, sera suivi de « petits frères » dans les les jours à venir. Tout cela est terrible et on sent que, pour beaucoup effectivement, il n'est plus même possible de penser à longue échéance avec le couperet qui commence à érafler la gorge.je souhaite de tout coeur que les continental réussissent à vendre chèrement leur peau : c'est le prix de la dignité…
Mais je n'ai pas le droit, ne serait-ce qu'un peu, d'apparaître comme un donneur de leçon. Provenant d'un milieu modeste exposé à de tels aléas, je sais combien un « regard extérieur » ne peut mesurer dans quelle merde on se trouve dans ces moments et combien ce peut être rageant d'écouter les commentaires.
Le seul commentaire décent, c'est « bon courage pour les mois à venir » et sincères amitiés syndicales à tous ceux qui sauront soutenir leurs camarades dans un combat juste.
Et n'oubliez jamais tous vos élus : ils ont des comptes à rendre. vous n'êtes pas à leur service mais ils sont censés être au vôtre, sans se défausser.

Portrait de petit pain

De petit pain

13H41 | 17/03/2009 | Permalien

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Hier, au retour des cars après la décision de bloquer la voie ferrée…

http://www.youtube.com/watch ? v=Am4W3X48oyQ

Ici, des images d'hier :
http://forum.reggaefrance.com/post595308.html ? hilit=#p595308

(Quelles sont les balises pour mettre des images et du youtoub » sur ce site ? Sioux plaie merci)
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Portrait de Trelawney

De Trelawney

visiteur | 13H30 | 17/03/2009 | Permalien

« comme pour punir ces entreprises pour les emplois qu'elles ont fournis,
donnant ainsi raison à ces autres entrepreneurs qui pas fous, ont préféré délocaliser, plutôt que de prendre le risque de créer des emplois en France. »

C'est pourtant ce que Continental a fait : délocaliser en France.
Maintenant qu'il y a crise, cette société préfère conserver un maximum d'emploi dans son pays d'origine l'Allemagne et dégraisser dans les autres pays.
Il y a quand même une petite différence entre un pays comme la France et un pays d'europe de l'est, c'est qu'en France il y a encore les personnes qui ont les moyens d'acheter des pneus.
Perdre des employés français ca les dérangent peu. Perdre la clientèle française les ennuieraient beaucoup.
C'est pour cela que je n'acheterai plus de pneu Continetal !
J'achete ce qui est fabriqué en France et ce n'est pas forcément des marques françaises

Portrait de petit pain

De petit pain

16H03 | 17/03/2009 | Permalien

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Merci Marie-Sophie,

Alors voici quelques images de l'usine Continental prises ce dimanche…

Légende (crédit).
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Légende (crédit).
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Légende (crédit).

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Portrait de petit pain

De petit pain

16H25 | 17/03/2009 | Permalien

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Hier, lundi 16 mars 2009

Légende (crédit).
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Portrait de petit pain

De petit pain

20H18 | 17/03/2009 | Permalien

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Vous allez voir et entendre Mme Caroline Cayeux, maire de Beauvais UMP, conseillère régionale de Picardie, affirmer « absolument » qu'elle va demander au Parlement d'interdire les licenciements quand les boites font du profit…

Etonnant non.

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