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Au Pérou, le travail informel devient statistiques officielles
Par Clément Gaillard | nouvellesdenbas.tk | 21/03/2009 | 18H38

Il y a peu, à la faveur d'un glissement de terrain meurtrier dans un campement, l'on découvrait la situation de mineurs de la région de Puno, travaillant six jours gratuitement et obtenant ainsi le droit de travailler pour leur compte le septième. L'un des actionnaires majoritaires de la concessions minière était un parlementaire appartenant à la majorité présidentielle…
Une situation d'autant plus préoccupante que, selon le ministère du travail péruvien, chaque mois, 80 % des emplois créés au Pérou -par des micros ou des grandes entreprises- sont informels. Ce secteur, qui, selon une étude de la Banque mondiale, représente entre 40% et 60% du produit intérieur brut (PIB), est devenu le poumon économique du pays et un véritable garde-fou social pour la majorité des Péruviens sans emploi déclaré.
Dans un contexte de crise internationale, la vague de licenciements et de faillites devrait grossir de nouveau les rangs des petites mains invisibles.
Le gouvernement de centre-droit d'Alan Garcia a donc décidé de lancer un inédit programme de mesure de la création d'emplois dans les micro et petites entreprises informelles.
Un revirement de situation pour un gouvernement qui, il y a encore peu, minimisait ce phénomène dans l'optique de la signature d'un traité de libre échange avec les Etats-unis. Celle-ci étant notamment conditionnée par des conditions salariales satisfaisantes.
Les gérants ne voient pas les bénéfices de la légalité
S'il est une tradition ancrée dans la culture péruvienne, c'est bien la subversion des lois face à l'absence de l'Etat. Depuis l'indépendance au XIXe siècle, le pouvoir liménien créole et métisse, très centralisé, a souvent ignoré l'existence d'un autre Pérou. La rupture a été consommée dans les années 1970 et 80, quand des mouvements migratoires massifs en partie déclenchés par les violences politiques du Sentier Lumineux et de l'armée régulière, ont déferlé sur les grandes villes.
A Lima, les nouveaux arrivants ont souvent dû envahir des terrains pour y construire leur logement, recherchant ensuite des moyens de subsistance et découvrant en la subversion de la légalité une condition à leur survie. Au fil des années, la liste des occupations « informelles » est devenue un inventaire à la Prévert : vendeurs de bonbons à la sauvette, menuisiers, remplisseurs de trou de bitume sur les grandes avenues, vendeurs d'appels téléphoniques, chauffeurs de taxis, comptables, etc.
Le travail chronique des enfants coexiste avec le développement de sagas familiales à succès dans les secteurs du textile ou de la construction civile.
Souvent parties de rien, elles ont fait de l'illégalité leur norme. De fait dans les années 80, enregistrer une entreprises prenait souvent plus de 250 jours ! Aujourd'hui, ne voyant pas quels bénéfices tirer de la légalité, les gérants persistent à contourner la loi.
Aussi, la place du secteur informel dans la société péruvienne n'est pas seulement un problème économique, mais participe d'une complexe « attitude contestataire, une rébellion des masses populaires pour affirmer leur présence, survivre, atteindre le bien-être et, surtout, devenir citoyens à temps plein », comme l'écrit le sociologue Jose Matos Mar dans son livre « Débordement populaire et crise de l'Etat ».
Des associations légales de commerçants informels
De leur côté, la plupart des municipalités se sont vues obligées de s'adapter, en régulant notamment le commerce ambulant dans les rues. Pour ce faire, elles ont développé leur propre système de location des espaces publics par tour du soir et du matin, ferment les yeux quand certains riverains en font de même avec le bout de trottoir devant leur porte.
La plupart des commerçants ainsi sédentarisés créent leur propre formalité en se regroupant dans de paradoxales associations légales de commerçants informels.
La dynamique qui accompagne ce secteur extrêmement inventif n'a pas échappé aux banques et autres organismes de prêts, qui ont développé tout une gamme de crédits à la mesure de ce capitalisme microscopique.
Que ce soit pour améliorer son poste de vente ou consommer, depuis un an, chaque citadin péruvien ou presque peut faire appel à un prêt.
Ceci souvent à des taux prohibitifs, qui atteignent parfois les 200% pour des crédits à la consommations sur un an.
Au-delà de représenter un manque à gagner non négligeable pour l'Etat en terme de recouvrement de l'impôt, le travail informel est un véritable creuset pour la pauvreté. Inutile de préciser que ces travailleurs ne jouissent d'aucune couverture sociale, vacances ou garantie de leur emploi.
Voilà donc l'Etat confronté à un défi : persuader ses administrés de payer leurs impôts et faire bénéficier toute la population de l'exceptionnelle croissance du produit intérieur brut (9,84 % en 2008).
Photo : la police expulse des vendeurs illégaux du marché Santa Anita de Lima, le 28 mai 2007 (Enrique Castro-Mendivil/Reuters).
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De bourdon41
enseignant | 23H02 | 21/03/2009 |
Article très intéressant mettant en évidence la compléxité de l'économie sud-américaine.
Malheureusement, peu à peu, en France on se dirige vers ce genre de précarité organisée.
à bourdon41
De FolleDeRage
Noé reviens avec ton arche, on est ... | 12H25 | 22/03/2009 |
parfaitement,
précarité et corruption au bas de l'échelle, ce à quoi nous ne sommes pas habitués en france