décryptage

Le curieux classement des entreprises où il fait bon travailler

Par Rodolphe Helderlé | Miroir social | 23/03/2009 | 19H24

Miroir socialMicrosoft et Leroy Merlin en font partie, mais ni Continental ni Total… Le Great Place to Work Institute a « labelisé » 30 entreprises où il fait bon travailler.
C'est sur la base d'un questionnaire et d'un « audit » que la sélection s'est opérée sur les 107 entreprise candidates.

Mais comment fait-on pour choisir ces sociétés exemplaires ?

Le modèle international de l'enquête (modèle déposé) du Great Place to Work (nom tout aussi déposé) Institute vise à promouvoir les « entreprises où vous faites confiance à votre encadrement, vous êtes fier de votre travail et vous vous réjouissez d'avoir à travailler avec vos collègues ».

Le questionnaire est adressé à la direction candidate qui doit ensuite le distribuer « à un échantillon préétabli et représentatif de 250 salariés ». La note qui résulte des réponses se trouve pondérée à hauteur d'un tiers par un audit externe du Great Place to Work Institute sur les pratiques et des indicateurs sociaux de l'entreprise candidate.

Dans les entreprises de moins de 250 salariés, tous les salariés doivent répondre au questionnaire pour postuler.

La participation n'est pas gratuite. Poser sa candiature coûte 3500 euros hors taxe. Cela passe à 6200 euros si l'entreprise veut se comparer aux résultats des autres entreprises. Il en coûtera 7900 euros avec l'option analyse par un consultant du Great Place to Work Institute. Une série
de prestations sur mesure est également au programme.

Qui sont donc les heureux élus ?

Les cinq « best worplaces France 2009 » sont donc W.L Gore & Associés, Accuracy, Microsoft, Leroy Merlin et Coca-Cola France.

Des classements qui se retrouvent à l'honneur dans les rubriques recrutement des entreprises récompensées. Ainsi peut-on lire sur le site de Microsoft France : « En 2008, d'après l'institut “Great Places to Work”, nos collaborateurs ont fait de Microsoft France la cinquième entreprise où il est agréable de travailler et la première en Europe ». Quelle place en 2009 ?

Le palmarès annuel du Great Place to Work Institute repose avant tout sur la volonté des entreprises de « marketer » leur « marque employeur ». On est dans la communication de recrutement. Ce n'est pas un hasard si 30 des 109 entreprises candidates peuvent se prévaloir du label « Great Place to Work » qui se décline aussi à l'échelle européenne sur plus de 1000 entreprises.

Veronica de Voss, directrice France du Great Place to Work Institute (qui compte près de 40 filiales en Europe, Amérique du nord, Amérique latine et Asie) justifie ces trente labelisations par « un niveau général de confiance élevé ».

C'est Réussir, la filiale commune de L'Express et du Figaro sur le terrain des offres d'emploi, qui se trouve être le partenaire média du palmarès. Voilà qui explique la présence de beaucoup d'agences de communication de recrutement lors de la remise du palmarès.

Et du côté des syndicats ?

Les entreprises labellisées sont toutes « innovantes et créatrices d'emploi ». « Aucune entreprise n'est une “great place to work” tous les jours », souligne pour autant Veronica de Voss. Elle précise : « Notre enquête reflète un niveau de perception globale. »

Les revendications exprimées par les syndicats de Leroy Merlin ou encore de Microsoft ne seraient donc que des épiphénomènes non représentatifs ?

La CFTC de Leroy Merlin se demandait le 12 mars dernier « pourquoi la direction n'avait toujours pas ouvert de négociations en vue de la mise en place d'un Perco ». De son côté, FO s'oppose à la volonté de la direction de développer le travail le dimanche, si besoin en appelant les salariés à se mobiliser devant la préfecture de Cergy Pontoise comme le fut le cas le 17 avril 2008. L'exemple d'un employeur qui appelle ces salariés à manifester, sans perte de salaire bien entendu.

Chez Microsoft, l'accord télétravail négocié à l'occasion du déménagement du siège d'Ivry vers Issy-les Moulinaux serait restrictif et les recrutements partiellement gelés. Pour la CFTC du moins qui constate que les départs ne sont plus remplacés.

Continental, Sony, Total ne font pas partie du top 30 du palmarès.

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de affreuxjojo

De affreuxjojo

22H38 | 23/03/2009 | Permalien

On est exactement dans la logique de ces entreprises de notations des risques financiers qui étaient clientes des entreprises notées. Inutile de dire que pour les bons clients les notes étaient toujours favorables ; les affaires sont les affaires. C'est précisément de cette manière que les actifs toxiques ont contaminé la finance mondiale.
Le « Great Place to Work Institute » m'a l'air tout aussi fumeux.

Portrait de Sophie Verney-Caillat

De Sophie Verney-Caillat

Rue89 | 11H22 | 24/03/2009 | Permalien

J'ai été soumise au questionnaire dans une entreprise où j'ai travaillé, et ce qui est intéressant dans cette démarche c'est quand elle se fait sur plusieurs années car elle oblige implicitement la direction et les RH à donner des pistes d'amélioration.
Une direction qui ne réagit pas à de très mauvais résultats pourrait être accusée de ne pas prendre en compte les récriminations de ses salariés, surtout si les résultats sont très nets sur des points précis.
L'avantage est que ce questionnaire est anonyme et que quand les gens en ont lourd sur le coeur, c'est l'occasion ou jamais de se lâcher.

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