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Payer pour faire pipi dans les avions, un écran de fumée ?
Par Lise Barcellini | Journaliste | 23/03/2009 | 19H25
Payer pour utiliser les toilettes en plein vol ? Un beau coup de pub low-cost pour Ryanair, qui en dit long sur l'état du marché aérien, où toutes les compagnies rognent sur les coûts.
Le 27 février, le PDG de Ryanair, Michael O'Leary, annonce à la BBC qu'il envisage de faire payer 1 livre (1,12 euro) pour l'usage des toilettes à bord de ses avions. « Nous cherchons toujours des solutions pour rendre le voyage aérien moins onéreux », justifie-t-il.
Provoc ou réalité ? En interne, on veut croire à une blague : « C'est de la provocation, mais de la provocation calculée », lance Fabien*, jeune stewart. Pourquoi payer une agence de pub et un cabinet d'audit quand une interview fait l'affaire ? Roi des compagnies aériennes à bas coût, Michael O'Leary a aussi inventé la pub low-cost.
Ses provocations ne se comptent plus. A l'automne par exemple, il estimait que la crise était une chance. Dans une drôle de blague, il avait aussi promis que les hôtesses feraient des pipes aux passagers en classe business (en éco, il faudrait demander à sa copine). (Voir la vidéo, en anglais)
Le 12 mars, un communiqué de Ryanair indique que la possibilité de faire payer les toilettes n'est pas une blague. La compagnie lance même un concours pour déterminer quel sera le prochain « service annexe » payant. Parmi les « idées les plus ingénieuses, loufoques et créatives », l'une sera mise en place et son auteur gagnera 1000 euros.
Parmi les suggestions reçues jusqu'ici, « 1 euro par masque à oxygène », « 25 euros pour utiliser l'issue de secours » ou encore « 50 euros pour du personnel navigant en bikini ».
Depuis 2007, une parodie cicrule sur le Net… Preuve que la fronitère entre réalité et fiction est de plus en plus fine. (Voir la vidéo, en anglais)
Payer pour regarder par le hublot !
Quand le billet est bon marché, le passager est plus enclin à dépenser pendant le vol. Chaque compagnie rivalise donc d'ingénuosité pour proposer des prestations payantes. Selon une étude, Ryanair se classe, là-encore, numéro 1 : c'est elle qui pratique les prix les plus élevés. Sa dernière trouvaille : payer pour téléphoner en plein vol (50 centimes pour un SMS, de 2 à 3 euros par minute pour une communication).
Dans les low-cost, le stewart est avant tout un commercial : chez Ryanair, il touche 10% de commission sur tous les achats. Somme répartie entre tous les personnels naviguants. Fabien explique :
« On doit être des vendeurs. On a des objectifs à remplir : telle quantité de Pringles à vendre, tant de cartes à gratter… Si un stewart est très bon en sécurité, mais nul en vente, ils le virent. »
Et tout peut ainsi devenir payant, comme l'emplacement. Chez l'américaine United Airlines, il faut payer un supplément pour avoir une place avec plus d'espace… Interloquée, Mary, une passagère américaine, l'a appris à ses dépends :
« Lors de l'enregistrement, ils te demandent si tu veux une place “Economy Plus” pour 50 dollars de plus… Mais en fait, “Economy Plus” c'est pour être assis à la fenêtre ou sur le couloir. Si tu dis non, tu es coincée au milieu. »
Chez Air France, depuis l'année dernière, il faut débourser 50 euros supplémentaires pour être assis au niveau des sorties de secours sur les vols long-courrier. Jusqu'alors, il suffisait de se présenter en avance au guichet d'enregistrement et de le demander gentillement au personnel au sol.
L'eau rationnée
On peut (encore) aller faire pipi gratis chez Ryanair… mais qu'importe, puisqu'on ne peut pas demander un verre d'eau. Il n'y a pas d'eau potable gratuite à bord. Seulement de l'eau chaude, ou des bouteilles payantes. Pas non plus de couvertures ni d'oreillers. « Ryanair, c'est comme prendre le train », explique le stewart Fabien.
Chez Air France, on peut demander un verre d'eau, mais pas en quantité infinie. Les bidons d'eau potable ne sont désormais remplis qu'aux 3/4. « On s'est rendu compte qu'en moyenne seulement 3/4 de l'eau embarquée était consommée », explique Bérénice, chef de cabine principale.
Do it yourself
Autre stratégie pour faire des économies : demander aux passagers de faire eux-mêmes une tâche qui était jusque là effectuée par le personnel de la compagnie.
Une nouvelle fois, Ryanair est en pointe sur le sujet. D'ici le 1er octobre 2009, il n'y aura plus de guichet d'enregistrement Ryanair dans les aéroports. Les passagers devront eux-même enregistrer leurs bagages par avance sur Internet. Ryanair n'aura plus besoin de personnel au sol. Cette petite révolution est passée inaperçue, en pleine polémique sur les toilettes. Et si c'était un leurre savemment orchestré ?
Chez Air France aussi, le « do it yourself » se développe. Ticket électronque, carte d'embarquement sur téléphone portable, etc. Grâce aux nouvelles technologies, les procédures d'embarquement s'automatisent de plus en plus. Dernière nouveauté, en test depuis le 17 mars sur le Paris-Amsterdam : le service d'embarquement automatique, ou « smartboarding ».
Voler à l'économie
Autre grande piste d'économie : le carburant. Première règle d'or : alléger l'appareil. Pas de petites économies. Air France a diminué l'épaisseur de ses gobelets (de 13,5g à 9g), et allégé ses chariots. Les sièges sont aussi en train d'être allégés, tout comme l'ensemble de la vaisselle. Air France espère ainsi économiser 36 000 tonnes de carburant.
Deuxième règle : les pilotes sont priés de lever le pied. Exemple : la compagnie scandinave SAS vole désormais à 780km/h au lieu de 860km/h. Dans le même ordre d'idées, la descente de l'avion ne s'effectue plus par paliers, mais en continu. Air France explique, petit schéma à l'appui :
« Les moteurs tournent au ralenti sur une descente continue tandis que, sur les paliers, ils consomment davantage. Par conséquent, diminuer la durée des paliers permet de diminuer la consommation de carburant. »
Chez Corsair, de nouvelles consignes ont été passées pour économiser la climatisation : quand l'appareil est au sol et que les passagers sont sortis, la climatisation est arrêtée. Tant pis si le personnel naviguant qui, lui, est encore à bord pour ranger le matériel, sue à grosses gouttes.
A force de faire des économies de carburant, certaines compagnies jouent avec le feu. En juin dernier, un rapport des autorités américaines révèle que Continental Airlines fait pression sur ses pilotes pour économiser du carburant sur des vols transatlantiques en économisant une escale carburant. Avec le risque de se retrouver en panne de fuel. Le rapport estime que cela aurait contribué à une forte augmentation des demandes d'atterrissage d'urgence en 2007.
* A leur demande, tous les prénoms des personnes citées ont été changés.
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De bleuet1
espère malgré tout | 23H19 | 23/03/2009 |
L'année dernière je faisais régulièrement la navette entre l'Irlande et la France, toujours avec Ryanair.
A bord, j'avais l'impression que l'avion était une affiche publicitaire géante.
J'avais vraiment l'impression d'être du bétail. Les sièges n'étaient même pas nettoyés entre chaque vol puisqu'un avion déposait les passagers et les bagages, en enfournait d'autres et repartait. Il y avai régulièrement des miettes ou des mouchoirs qui trainaient.
Quand l'avion atterrissait à l'heure, une voix enregistrée déclamait sur ton victorieux que je ne sais quel pourcentage mirobolant de vols étaient arrivés à l'heure sur les derniers mois, et juste après ça on entendait un clameur de ferveur populaire enregistrée, genre : super, ryanair, vous êtes vraiment trop forts ! Quand on entendait ça, on se regardait souvent entre passagers avec un air consterné.
Cela dit, je n'ai pas entendu ce refrain si souvent, mes vols arrivaient régulièrement en retard…
Comme on paye pas cher, on ne songe pas à se plaindre.
Mais si même Air France lui emboîte le pas, on va avoir du mal à accepter leurs tarifs, parce qu'ils ne jouent pas du tout dans la même cour.
De LGD
écolo | 07H36 | 24/03/2009 |
Désolé de faire le pisse-froid, mais je trouve putôt bien qu'on cherche à économiser la carburant. De même, l'enregistrement en ligne fait gagner un temps fou aux passagers.
Bon c'est sur, cela fait des emplois en moins. En cours d'économie, on appelle cela le progrès technique…
De Sally.
en alerte | 12H13 | 24/03/2009 |
bientôt on paiera le prix du billet en fonction de notre poids…