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Douteuses méthodes de pression chez Continental
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 25/03/2009 | 11H28
Ce mercredi, les salariés de Continental Clairoix, dont la fermeture est prévue l'an prochain, montent à Paris pour être reçus à l'Elysée. Alors que le débat s'est largement focalisé sur le passage aux 40 heures qui devait leur permettre de sauver leur usine, Eco89 a retrouvé deux documents inédits.
En 2007, pour faire travailler plus les salariés de ses deux usines françaises de pneus, Continental a usé de méthodes brutales :
- à Sarreguemines, une vidéo qualifiée par les concernés de « propagande » destinée à convaincre les 1400 salariés de voter oui au référendum sur le passage aux 40 heures, après que les discussions entre syndicats et direction avaient échoué.
- un accord avec seulement deux syndicats (CFTC, majoritaire, et CFE-CGC) à Clairoix après l'échec d'un référendum sur le sujet.
Eco89 publie des extraits de ces deux documents pour mieux éclairer le débat et le sentiment de « trahison » des salariés, qui à Sarreguemines ont du repasser aux 35 heures et à Clairoix vont perdre leur emploi d'ici un an.
Si l'on scrute ce que dit le management allemand de l'entreprise, rien de surprenant dans ce qui se passe aujourd'hui. Un seul discours est tenu depuis deux ans aux salariés : « seuls les sites les plus performants seront gardés ».
A la façon d'un vrai reportage
La vidéo intitulée « Donnant-gagnant » distribuée à chacun des 1400 salariés de Continental Sarreguemines, alterne sur 49 minutes, description idyllique de la condition des ouvriers dans cette usine et menaces sur l'avenir si les 40 heures n'étaient pas acceptées.
Commandé à une société de communication locale, Mosaïk, dont le directeur n'a pas souhaité répondre à nos questions, elle a bien fonctionné puisque les salariés ont voté « oui » à 75% et que, depuis, Mosaïk fournit un journal télévisé mensuel à l'entreprise.
« Donnant-gagnant » utilise les grosses ficelles de la communication pour faire passer son message. Tout est fait pour donner l'illusion d'un « reportage » : le plateau ressemble exactement aux décors de la télé, celle qui se fait appeler « journaliste » prend un air faussement impertinent pour poser au directeur les questions convenues à l'avance. Entre les interviews défilent des images très pro donnant l'impression que Sarreguemines est l'usine idéale, où « l'homme tient une place fondamentale », où « les équipes ont su s'adapter », où « les résultats sont excellents » et « les investissements énormes ».
Le ton se fait encore plus mielleux quand il s'agit de passer à la menace : « A long terme, seules les activités en position de leader sur leur marché seront conservées », dit la voix off, avant de laisser le soin à la hiérarchie allemande de trancher tout net ces questions : « les actionnaires investissent là où ils peuvent espérer de meilleurs bénéfices », précise un membre du directoire de Continental AG. Puis, on apprend que « les exigences des clients sont de baisser les coûts de 3 à 5% par an », et c'est au directeur de l'usine de Sarreguemines de faire la leçon de pédagogie. (Voir la vidéo)
A Clairoix, la direction n'a pas utilisé pas le même procédé : d'abord consultés par référendum, les salariés ont refusé (à 51%) les 40 heures… avant que deux syndicats ne signent quelques mois plus tard un accord amélioré qui engage tous les salariés.
Les sacrifices consentis n'empêchent pas la fermeture des sites
Aujourd'hui, quand ils regardent ces images, les ouvriers ont
des réactions violentes : « c'est de la propagande », « ça me fait gerber », lâchent de futurs chômeurs de Clairoix, écœurés d'avoir fait tant d'efforts pour ne pas arriver à sauver leur usine.
Aux salariés de Lorraine, on explique que leurs petits camarades de l'Oise ont accepté d'augmenter leur temps de travail et que s'ils ne font pas de même, ils seront « les plus chers du groupe ». La voix off ne cesse de répéter que Continental est le premier employeur du coin, on voit une médiathèque, des pistes cyclables qui ont fleuri grâce à la fabrique de pneus, le député-maire se félicite des 3 millions d'euros de taxe professionnelle perçus, et sans parler des intérimaires, des sous-traitants… Seulement, la roue pourrait tourner comme pour ces usines en Allemagne, aux Etats-Unis et en Belgique qui ont été fermées.
Les images de la friche d'Herstal, en Belgique, ont marqué les esprits. Un ancien responsable de production et se souvient : « Certes, ce fut une désagréable surprise pour les 775 travailleurs, d'autant que l'usine dégageait des bénéfices, mais cette entreprise, c'est pas l'Armée du Salut ! »
(Voir la vidéo)
En fait, les salariés ont été mis au pied du mur, à Sarreguemines comme à Clairoix. Dans « Donnant-gagnant », François Gérard, directeur du site, explique clairement que pour continuer à faire partie des sites performants, il faudra non seulement accepter le passage à 40 heures mais aussi une modération salariale. Des sacrifices consentis à Clairoix aussi et qui n'empêchent pas aujourd'hui la fermeture du site.
Dans l'accord des 40 heures dit « accord portant sur le futur du site de Clairoix par l'amélioration des coûts et de la productivité », signé en septembre 2007 entre la direction de l'usine de l'Oise et les syndicats CFTC et CFE-CGC, il est sous-entendu que l'avenir du site sera préservé.
Mais ce texte, qu'Eco89 s'est procuré, ne mentionne nulle part que la pérennité de l'usine est garantie jusqu'en 2012. Le secrétaire du comité d'entreprise, Antonio da Costa, nous explique pourquoi un tel engagement écrit était impossible. (Voir la vidéo)
Pour les autres syndicats que la CFTC, la fermeture de Clairoix était programmée depuis longtemps et les aides publiques dont a bénéficié le site de Sarreguemines ont pénalisé l'usine de l'Oise. Rentable, certes, mais pas assez au regard des exigences de l'actionnaire.
Un document de comparaison des coûts de production par sites (« conversion cost » dans le langage maison) que la CFDT s'était procuré fin 2007 et que le Courrier Picard a publié récemment avait fait grand bruit.
Il montre une projection des coûts sur les années à venir : ceux de l'usine de Clairoix (en rouge sur le document) vont exploser d'année en année. La direction a beau avoir démenti les rumeurs de fermeture jusqu'à la semaine précédent son annonce, tout semblait écrit d'avance. (Voir le bulletin d'information ci-contre)
Aujourd'hui, la direction allemande a beau expliquer que « le différentiel de productivité entre Clairoix et les autres sites n'a jamais pu être résorbé malgré les efforts fournis par le groupe et les salariés » et que « produire à Clairoix coûte en moyenne 13% plus cher qu'à Sarreguemines », pour les concernés, tout était plié d'avance.
Les salariés, variable d'ajustement d'une mésaventure boursière
Les élus locaux tentent désormais de se battre sur un front légal qui semble fragile. Même si Nicolas Sarkozy a dit qu'il veillerait à ce que les promesse soient tenues, il semble de plus en plus clair que le politique sera impuissant face à la direction allemande. Le sénateur-maire (UMP) de Compiègne, Philippe Marini, estime la procédure « juridiquement douteuse » et pense encore pouvoir obtenir un renoncement de la direction à la fermeture de l'usine. D'autant qu'un nouveau conseil de surveillance doit être élu à la tête de Continental AG cette semaine.
Claude Gewerc, président socialiste de la région Picardie, estime que puisque « Schaeffler [le fonds qui a mis la main par une OPA sur Continental, ndlr] n'est plus majoritaire depuis ses déboires en bourse, ses décisions sont illégitimes ». Lui craint que les 1120 salariés de Clairoix et leurs sous-traitants soient la « variable d'ajustement d'une mésaventure boursière ».
« Il se dit que Schaeffler, pour obtenir du cash, vendrait le site de Clairoix mais pas à un fabricant de pneus afin de garder ses parts de marché. Qu'adviendra-t-il des compétences acquises par les ouvriers de l'Oise ? On va se retrouver comme à Sarreguemines après la fermeture des mines… »
En attendant de savoir qui sont leurs actionnaires, les salariés de Clairoix espèrent beaucoup de leur rendez-vous à l'Elysée.
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De marie 75 3563
17H06 | 25/03/2009 |
…Enfin, voici les revendications établies par le Comité de lutte de Continental Clairoix :
« Nous affirmons le refus du site de Continental. Ensuite, nous exigeons zéro licenciements, pas un seul salarié à l'ANPE.
Garantie du paiement des salaires quelque soit les circonstances jusqu'à obtention des garanties exigées par le personnel.
Obtention de la continuation des contrats de travail et des salaires jusqu'en 2012 quoiqu'il arrive, pour tous les salariés du site.
Mise sur pied d'un plan de retraite anticipée avec maintien du salaire à 50 ans.
Engagement de l'Etat à mettre sous séquestre les biens de Continental en vue d'obtenir le respect de nos droits.
Engagement de l'Etat à donner les aides et les garanties nécéssaires pour le personnel en vue d'obtenir les garanties qu'il demande.
Retour de Continental-Clairoix, 15 mars 2009
http://reveilcommuniste.over-blog.fr/article-29078820.html
De PhiLyon
17H30 | 25/03/2009 |
Travaillant moi-même dans la communication, je me permets quelques précisions. En ce qui votre remarque sur « J'ai toujours du mal à comprendre qui décide de ces actions de com » qui visiblement, sont de mauvaises foi, et qui de plus ne font que décridibiliser la posture des dirigeants. » la réponse est : les dirigeants.
Pour l'anecdote, j'ai travaillé voilà une douzaine d'années à la réalisation d'une exposition de communication interne pour un célèbre verrier français. L'idée était de justifier la nécessité de fusionner avec un géant du verre Allemand. Les arguments ? La conjoncture, sa position délicate sur ses marchés… sauf qu'il était soit leader, soit en seconde position sur ces fameux marchés. Dès que la demande nous a été présentée, nous avons passé notre temps à les alerter, en leur expliquant que les cadres et les syndicats ne seraient pas dupes, qu'ils connaissaient les chiffres aussi bien qu'eux. Ils n'ont rien voulu entendre. Résultat ? deux jours après la présentation de l'expo, les employés se sont mis en grève générale, bloquant le siège près d'une semaine.
Les agences de com » définissent rarement la stratégie de communication des entreprises, il y a des directions interne pour ça. Les agences sont mêmes souvent beaucoup en pointe sur des questions de transparence et d'honnêteté que leurs commanditairse. à ce titre, la communication des « bons patrons visionnaires » que vous évoquez était souvent bien plus opaque, condescendante et manipulatrice que ce qui se réalise aujourd'hui. à l'époque, on n'aurait même pas justifié quoi que ce soit…
De Oeillet rouge
rêve générale | 17H43 | 25/03/2009 |
Excellent article Sophie ! Un vrai travail de journaliste d'investigation avec témoignages et documents à l'appui. Merci de nous tenir informer de cette lutte exemplaire à bien des égards.
Tout cela éclaire d'un jour nouveau l'injustice que subissent des centaines milliers de travailleurs, tous menacés par les licenciements. Bonne continuation donc…
Aujourd'hui, à la demande du groupe communiste, les sénateurs ont observé une minute de silence en hommage à un salarié, responsable syndical CGT qui s'est suicidé en raison de la pression patronale dans son entreprise.
De Sophie Verney-Caillat (auteur)
Rue89 | 22H20 | 25/03/2009 |
J'ajoute que leur rendez-vous à l'Elysée ce mercredi n'a pas donné grand chose selon cet article. Extrait : « Nous sommes à vos côtés », a assuré mercredi le conseiller social de Nicolas Sarkozy, Raymond Soubie, aux ouvriers de l'usine Continental de Clairoix (Oise) dont il a reçu une délégation à l'Elysée. Ces derniers n'en ont pas moins caché leur déception.
« Le comportement de Continental n'a pas été digne. Ce comportement n'est pas celui que l'on peut attendre d'une entreprise responsable. Nous veillerons à ce que Continental assume toutes ses responsabilités », a promis M. Soubiel.
« Nous, ça nous suffit pas comme discours », a réagi Antonio da Costa, délégué CFTC et secrétaire du CE de Continental-Clairoix.