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Bonus, stocks : le vrai salaire des patrons aidés par l'Etat

Par François Krug | Eco89 | 29/03/2009 | 22H23

Société Générale, BNP Paribas, Renault, Valeo : Eco89 dresse les fiches de paie complètes de leurs dirigeants.

Principaux enseignements :

  • Le directeur général de la Société Générale dispose de conditions de départ confortables
  • Malgré la crise, BNP Paribas a été généreuse en stock-options
  • Chez Renault, on ne rigole pas : le PDG n'ayant pas atteint ses objectifs, ses stock-options ont été supprimées
  • Mis en cause pour son parachute doré, le PDG de Valeo bénéficiait d'autres avantages, comme un fonds de pension au Royaume-Uni

La rémunération de ces patrons ne se limite pas à un salaire fixe. Elle comprend aussi :

  • Une part variable, le fameux « bonus », dont le montant dépend des résultats de l'entreprise
  • Les jetons de présence, qui rémunèrent la présence aux conseils d'administration du groupe
  • Les avantages en nature, comme la voiture ou le logement de fonction

Cette rémunération est complétée par les stock-options. Ces options permettront, plusieurs années plus tard, d'acheter des actions de l'entreprise à un prix fixé d'avance. Si le cours de l'action a progressé, elles offrent une jolie plus-value. Dans le cas contraire, elles ne valent plus rien. Selon le code du Medef, elles doivent être liées à des critères de performance. Ce qui n'est pas toujours le cas.

Autre élément important : les indemnités pouvant être versées au dirigeant s'il quitte l'entreprise, et qui s'ajoutent à celles prévues par le code du travail. Les « parachutes dorés » sont au centre de la polémique sur la rémunération des patrons, mais tous n'en bénéficient pas.

Cliquez sur le nom d'un dirigeant dans la colonne de gauche pour connaître sa rémunération.


Daniel Bouton
Président de la Société Générale

Contexte. Après l'affaire Kerviel, Daniel Bouton a dû renoncer à une partie de son salaire fixe, à son bonus et à ses jetons de présence, et il n'a pas reçu de stock-options. En contrepartie du plan d'aide au secteur bancaire (10,5 milliards d'euros débloqués à l'automne, 11 milliards en janvier), il ne touchera pas non plus de bonus en 2009. Ni de stock-options : sous la pression politique et médiatique, le conseil d'administration a finalement renoncé à en octroyer aux dirigeants cette année.

Rémunération. En 2008, Daniel Bouton a dû se contenter d'un salaire fixe largement amputé : 350 000 euros. En 2007, il avait reçu un salaire fixe de 1,25 million d'euros, 2 millions d'euros de bonus, près de de 48 700 euros en jetons de présence, soit une rémunération totale de 3,3 millions d'euros.

Stock-options. Autre conséquence de l'affaire Kerviel : Daniel Bouton n'a pas reçu de stock-options en 2008. Mais il a pu « exercer » (racheter puis, le cas échéant, revendre) des options accordées en 2002 et 2003, et valant au total 4,3 millions d'euros.

Indemnités de départ. Aucun « parachute » n'est prévu pour Daniel Bouton en cas de départ de la Société Générale.


Frédéric Oudéa
Directeur général de la Société Générale

Contexte. Après l'affaire Kerviel, les attributions de Daniel Bouton ont été réduites. En mai 2008, le poste de PDG a été scindé en deux. Daniel Bouton est devenu simple président, la direction générale étant confiée à Frédéric Oudéa.

Rémunération. Frédéric Oudéa a touché au total près de 618 700 euros. Son salaire fixe s'est élevé à 612 700 euros (il aurait été de 850 000 s'il avait effectué une année pleine au poste de directeur général). Comme Daniel Bouton, il a été privé de bonus et de jetons de présence. Mais ses avantages en nature ont représenté 5 940 euros.

Stock-options. En mars, deux mois avant d'être nommé directeur général, Frédéric Oudéa a bénéficié de stock-options valorisées alors à 522 000 euros.

Indemnités de départ. S'il quitte la Société Générale, Frédéric Oudéa sera soumis à une clause de non-concurrence d'un an. En contrepartie, il continuera à toucher son salaire fixe. Mais une seconde indemnité est prévue, « si son départ n'est pas consécutif à un échec ou une démission ». Son montant dépendra des résultats financiers du groupe, et représentera au maximum deux ans de rémunération (fixe et variable).

(Source : document de référence de la Société Générale remis à l'AMF)


Michel Pébereau
Président de BNP Paribas

Contexte. BNP Paribas bénéficie elle aussi du plan d'aide de l'Etat, et a donc dû priver ses dirigeants de bonus. Et après la polémique déclenchée par la Société Générale, elle devrait renoncer à leur accorder des stock-options cette année.

Rémunération. Michel Pébereau a reçu 731 400 euros en 2008, contre 1,6 millions l'année précédente. Un écart qui s'explique par la perte de son bonus de 875 000 euros et une réduction de ses avantages en nature. En revanche, il a continué à toucher 29 700 euros en jetons de présence.

Stock-options. L'an dernier, Michel Pébereau a reçu des stock-options valorisées au total à 836 450 euros, davantage qu'en 2007. Et il a pu utiliser celles qui lui avaient été accordées dix ans plus tôt. Leur valeur : 2,25 millions d'euros.

Indemnités de départ. Aucune n'est prévue pour le président de BNP Paribas.


Baudouin Prot
Directeur général de BNP Paribas

Rémunération. La rémunération totale de Baudouin Prot s'est effondrée en 2008 : 1,07 million d'euros, contre 3,3 millions en 2007. Une conséquence de la perte de son « bonus ». Son salaire fixe a néanmoins progressé (845 800 euros). Il a également reçu 119 000 euros en jetons de présence et plus de 5 000 euros d'avantages en nature.

Stock-options. Les stock-options accordées à Baudouin Prot en 2008 étaient valorisées à plus de 2,8 millions d'euros, un montant supérieur à celui octroyé en 2007. Le directeur général de BNP Paribas a lui aussi « exercé » ses stock-options reçues en 1998. Valeur : 1,13 million d'euros.

Indemnités de départ. Pas de « parachute doré ». Le directeur général de BNP Paribas touchera simplement l'indemnité de fin de carrière prévue pour les salariés du groupe, qui ne peut pas dépasser 164 545 euros.

(Source : document de référence de BNP Paribas remis à l'AMF)


Carlos Ghosn
PDG de Renault

Contexte. L'Etat a fait du sauvetage de l'industrie automobile une priorité. Il a notamment accordé un prêt de 6 milliards d'euros à Renault et PSA. Contrepartie : les dirigeants des deux groupes devront renoncer à leurs bonus et sauvegarder les emplois en France. Le premier engagement a été tenu. Le second, un peu moins, les deux constructeurs recourant largement au chômage partiel.

Rémunération. Carlos Ghosn n'ayant pas atteint les objectifs fixés pour 2008, il n'a pas reçu de bonus. Sa rémunération totale est passée de 2,6 à 1,238 millions d'euros. Pas de changement pour son salaire fixe (1,2 million d'euros) ou ses jetons de présence (28 000 euros), mais ses avantages en nature ont diminué (10 000 euros, soit 4 000 de moins qu'en 2007).

Stock-options. Chez Renault, les stock-options sont « expressément » liées « au respect de critères de perfomance individuels et collectifs ». Pas de chance pour Carlos Ghosn, qui n'a pas reçu d'options en 2008. Pire, il a perdu celles accordées en 2007 : « L'objectif de marge opérationnelle n'ayant pas été atteint, toutes les options de ce plan sont perdues. » Mais il a pu toucher 2,5 millions d'euros en utilisant des options acquises en 2002 et 2003.

Indemnités de départ. S'il quitte ses fonctions, le PDG de Renault ne bénéficiera d'aucun « parachute doré ».

(Source : document de référence de Renault remis à l'AMF)


Thierry Morin
PDG de Valeo

Contexte. L'Etat est venu au secours de l'équipementier automobile via le Fonds stratégique d'investissement, qui a pris 8% du capital. Le PDG, Thierry Morin, a été remercié lundi dernier. Mais il est parti avec un « parachute doré » très généreux, alors que l'entreprise a perdu plus de 200 millions d'euros en 2008 et va supprimer 1 600 emplois.

Rémunération. En 2008, Thierry Morin a gagné au total 1,7 million d'euros, 200 000 euros de moins qu'en 2007. Il a perdu son bonus, mais il s'est en partie rattrapé grâce à ses jetons de présence, passés en un an de 65 750 à 94 750 euros.

Stock-options. Thierry Morin n'en a reçu ni revendu aucune en 2008. Mais l'année précédente, il avait bénéficié de l'équivalent de 2,853 millions d'euros en options.

Indemnités de départ. Le PDG de Valeo est parti avec un « parachute » particulièrement doré. Son indemnité de départ représentait l'équivalent de deux ans de rémunération (fixe et variable), soit 3,4 millions d'euros. Pour toucher cette somme, Thierry Morin devait remplir plusieurs critères de performance. Comme l'a révélé Libération, il ne les a pas remplis, mais le conseil d'administration a décidé de lui accorder quand même l'indemnité. En revanche, il a supprimé le fonds de pension dont Thierry Morin disposait comme patron de la filiale anglaise de Valeo. Le groupe y déposait 80 000 euros par an.

(Source : document de référence de Valeo remis à l'AMF)

La Société Générale, BNP Paribas, Renault et l'équipementier automobile Valeo ont en commun d'être cotées en Bourse, d'avoir subi des difficultés depuis le début de la crise économique et de bénéficier d'un apport financier public.

Elles font aussi partie des rares entreprises ayant déjà remis à l'Autorité des marchés financiers (AMF) leurs documents de référence pour 2008, fournissant ainsi les chiffres nécessaires pour établir des comparaisons.

Le gouvernement s'apprête à publier un décret sur le sujet la semaine prochaine. Objectif : interdire les bonus et les stock-options dans les entreprises qu'il soutient. Le Medef, lui, reste discret. Pour l'instant, peu de conseils d'administration appliquent son code éthique.

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5 commentaires sélectionnés

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De Warp

00H41 | 30/03/2009 | Permalien

il y a beaucoup plus d'entreprises aidées par l'État via les allègements de charges sociales, les contrats aidées, les contrats d'insertion…
l'État devrait imposer des règles à toutes ces entreprises en matière de limitation des hauts salaires et de maintien de l'emploi

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De Stronk

pataphysicien | 07H29 | 30/03/2009 | Permalien

C'est une honte…
Mais pourquoi diable ce genre de scandale doit il se cantonner aux simples entreprises aidées par l'Etat, certes c'est encore plus choquant, mais une entreprise qui fait des bénéfices et qui licencie, même si elle n'a pas reçu d'aides, la situation en est tout aussi inacceptable … Aucune éthique morale, ces patrons détruisent des vies et se remplissent les poches…. sans commentaire.

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De lisbeth

07H32 | 30/03/2009 | Permalien

Je trouve que le plus important et le plus choquant dans toute cette affaire, c'est l'ENORME différence entre les salaires des patrons et les autres. ET ça, pas grand monde le relève. Si il y a des sous pour des primes ou des avantages en nature, il doit bien en avoir un p'tit peu pour les salaires ?

Portrait de Filoulou

De Filoulou

retraité | 12H58 | 30/03/2009 | Permalien

Avant la guerre de 39-45, on montrait du doigt les « 200 familles » qui détenaient une majorité de la finance et des moyens de production français.
Cette guerre a eu au moins un effet bénéfique : une remise à plat des avantages acquis par ces familles et par les possédants de l'époque. Un certain nombre d'acquis sociaux ont été obtenus dès 1946, permettant une France plus égalitaire. Les « trente glorieuses » ne sont pas dues qu'à ça, mais cela y a contribué. Alors, notamment, les écarts de salaires n'ont plus été que de un à vingt.
Depuis, les dirigeants ont refait leur chemin, surtout depuis les trente dernières années. Nous revenons à une situation explosive, car ces dirigeants sont redevenus cette « noblesse » avide de possessions, sans limite, sans retenue et sans aucune préoccupation de l'intérêt général. Hélas, ils ont fait élire président l'un des leurs ( voir la liste des invités du Fouquet's), il y a donc fort peu de chances que les choses changent spontannément ( le décret pris sur les rémunérations des dirigeants en est un bon exemple).

Portrait de Gil BERT

De Gil BERT

Je suis un humain, mais je me soign... | 14H50 | 30/03/2009 | Permalien

A vrai dire je commence à en avoir un peu marre de ces hurlements de loups. Attention, il est évidemment scandaleux que des patrons - qu'ils soient ou non aidés par l'état et qu'ils licencient ou pas - se versent des ou se fassent faire verser par les actionnaires des sommes hallucinantes dont la plupart des gens n'auront pas atteint le premier pour cent à la fin de leur existence même en cumulant de leur premier à leur dernier centime. C'est plus que choquant : c'est écœurant ! Là va l'indignation de tous, médias, citoyens politiques et même certains patrons honnêtes ou pas encore gaulés. Et il n'est plus 1 jour sans qu'une nouvelle affaire ne soit proposée à la colère populaire. Indignation et colère sont légitimes, plus encore dans ce contexte de crise. Et c'est effectivement le bon moment pour éradiquer ces pratiques définitivement et qu'elles ne reviennent pas si la crise, un jour, finalement se tasse.
Mais j'en viens au fait : ce qui me choque, ce qui m'indigne, c'est que quand on dit
« Telle boite à versé à ses dirigeants X,Y millions d'euros alors même qu'elle prévoit (ou à déjà réalisé) Z mille licenciements (ou départs volontaires, quelle rigolade ! ) »
on prétend se battre, décréter ou légiférer sur X,Y milliards d'euros mais on ne peux rien, on n'évoque plus qu'à peine les Z qui se retrouvent sur le carreau.

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