A débattre

La BD, de la collection plaisir au placement juteux

Par Marie Conquy | Etudiante en journalisme | 03/04/2009 | 14H36

Au Salon du livre de Paris, le 12 mars 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

Les originaux du dessinateur Enki Bilal s'arrachent aujourd'hui entre 100 et 150 000 euros. En 2002, ils valaient dix fois moins. La cote de la bande dessinée est en plein boom. Un succès qui commence à faire venir amateurs d'art contemporain et investisseurs de tout poil sur le marché de la BD, au grand dam des passionnés.

Malgré la récente flambée des prix des planches originales ou des éditions collector, la BD reste globalement bien plus abordable que l'art contemporain. « En BD, le prix moyen d'une œuvre originale est de 500 euros », explique Roland Buret, propriétaire d'une librairie dédiée à la bande dessinée à Paris.

Cela n'a semble-t-il pas échappé aux investisseurs néophytes qui commencent à s'intéresser de plus près à la BD, autrefois considérée comme un art mineur réservé aux enfants. Julien Brugeas, de la Galerie du 9e art à Paris, commente :

« La venue des investisseurs, c'est un mal pour un bien. Je déplore la récente spéculation sur la BD, c'est mauvais pour les acheteurs et les artistes mais cela a au moins le mérite de redorer l'image de la BD qui est aujourd'hui considérée comme un art à part entière. »

Un investissement sûr

En 2007, Christian Desbois, galeriste, a organisé deux ventes aux enchères de BD. Le succès fut bien supérieur à ses attentes :

« Les pièces ont été vendues cinq à huit fois plus chères que nos estimations. Une œuvre d'Enki Bilal estimée à 35 000 euros s'est vendue à 175 000 euros, ça a créé un cataclysme. Le marché est sur la pente ascendante, ceux qui investissent dans la BD ne prennent pas de gros risques. »

Même son de cloche avec Roland Buret, libraire :

« Les investisseurs sont sûrs de retrouver leur argent car les prix augmentent et le marché est très sain. »

Pour lui, les valeurs sûres sont les artistes déjà reconnus. Il cite pêle-mêle Hergé, Uderzo, Franquin, Hugo Pratt, Enki Bilal ou encore Moebius.

Mais si l'on espère de meilleures retombées économiques, là n'est pas la meilleure stratégie :

« Les investisseurs qui font une vraie plus-value sont ceux qui vont à contre-courant, qui achètent pour pas cher, avant que les artistes soient connus. »

Quant aux précautions à prendre pour éviter les mauvaises surprises, tous sont d'accord. Il faut acheter dans des endroits sûrs (ventes aux enchères ou galeries renommées) pour ne pas se faire arnaquer et éviter de tomber sur des faux.

« Les spéculateurs ? On n'en veut pas »

Galeristes et libraires redoutent la récente intrusion d'investisseurs sur un marché longtemps resté aux mains d'une poignée de collectionneurs et de passionnés. Eric Leroy, expert BD pour la maison de vente Artcurial, ne mâche pas ses mots :

« La BD, ce n'est pas un investissement, ça se collectionne. Les investisseurs, on n'en veut pas. C'est, et il faut que ça reste, un marché de passionnés. »

Roland Buret est plus nuancé :

« Aujourd'hui on voit apparaître des investisseurs qui achètent sans s'y connaître, mais dans un sens, un collectionneur est toujours un investisseur, je ne fais pas la distinction. »

Les libraires refusent le plus souvent de jouer le rôle de conseiller financier et de considérer la BD comme une valeur marchande. Lorsqu'on leur demande quelles sont les affaires les plus juteuses, nombre d'entre eux n'hésitent pas à botter en touche, à l'image de Jean-Louis Rasquain, directeur de la librairie Boulevard des Bulles :

« Quand on vient me demander dans quoi investir, je réponds que je sais simplement conseiller les bonnes BD. »

Photo : Au Salon du livre de Paris, le 12 mars 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de caiuspupus

De caiuspupus

Extrême centre | 15H12 | 03/04/2009 | Permalien

Je suis un fondu de BD et je fais parfois des festivals de dédicaces, histoire de rencontrer les dessinateurs et obtenir un dessin sympa. Par contre, je croise pas mal de professionnels ultra organisés qui se mettent dans toutes les files d'attentes, demandent une dédicace « anonyme » (l'autreur demande, « c'est pour qui », et ils répondent « non, ne mettez rien »), et s'en vont le sac rempli de BD fraîchement dédicacées. Le lendemain, les annonces fleurissent sur ebay…

Parfois, les auteurs préfèrent organiser le marché parallèle, j'ai entendu parler de certains auteurs qui vendent leurs dédicaces à leur entourage qui les revend ensuite sur ebay, et comme ils ne font jamais de festivals, la valeur des dédicaces prend de l'importance assez vite.

Pour l'anecdote, lors d'un festival, il y avait le dessinateur Delaby, je voulais absolument avoir un dessin de lui, je suis un fan absolu. Je suis donc allé à 4heures du matin pour la séance de dédicaces de 14h. J'étais huitième dans la file, d'autres personnes étaient là depuis la veille. Et, une chance pour moi, il ne faisait que 8 dédicaces.

Portrait de Homer555

De Homer555

travailleur plus qui à gagné moins | 19H07 | 03/04/2009 | Permalien

C'est étrange cette spéculation entre les éditions originales. Je ne comprend pas vraiment pourquoi il y a une telle euphorie. L'histoire et les dessins sont bien les même dans les rééditions ?

Je possède environ 200 BDs peut être plus, une petite collection donc et souvent des grandes séries (XIII, Décalogue, triangle secret…), mais si je cours les festivals, c'est pour connaitre les dernières œuvres des artistes qui font du bon boulot donc des scénarios prenant avec de beau dessins. Si j'achète une BD, c'est pour la lire. De toute façon il ne me viendrais jamais à l'idée de vendre une BD.

Je pense être encore plus radical que Eric Leroy : La BD ce n'est pas un marché.

Portrait de sup. à la demande du riverain 29 juin

De Waldo

bye bye ... | 19H47 | 03/04/2009 | Permalien

outre les éditions originales (qu'il faut en fait appeler 1ere édition / 1er tirage) il existe aussi les « Tirages de tête » tirés entre 100 et 900 exemplaires, numérotés et signés, en général accompagnés d'un dessin original signé portant le même numéro que l'album.
le format est en général double d'une BD normale. et le papier d'une haute qualité.

il existe également des « ex libris » : album de taille standard (1ere édition) mais accompagné d'un dessin original pour une librairie ou un événement particulier.
par exemple les premiers albums de XIII ou Largo ont eu 3 ex libris différents en Belgique.
la différence entre collecton et spéculation -dans ces cas là - n'existe plus.

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