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Pour conjurer la crise, sortez vos minijupes

Par Zineb Dryef | Rue89 | 10/04/2009 | 15H10

Modèle Castelbajac à la Semaine de la mode à Paris, en mars 2009 (Benoit Tessier/Reuters).

On appelle ça très sérieusement la « hemline theory » (la théorie de l'ourlet). Elaborée par un obscur économiste américain dans les années 20, elle prétend que la prospérité se mesure à la longueur des jupes.

Là, vous vous dites que le type enfonce des portes ouvertes et qu'une jupe longue, puisqu'il y a plus de tissu, montre évidemment que les élégantes ont un super pouvoir d'achat. Vous n'y êtes pas du tout.

Selon George Taylor, la Bourse et la jupe sont intiment liées parce que quand l'une grimpe, l'autre rétrécit. Démonstration :

  • les années 20 : la jupe se porte au genou ce qui, à l'époque, signifie court. Wall Street se porte bien.
  • les années 30 : après le crash de 1929, les jambes disparaissent sous les robes longues.

Jusque là, historiquement, cette théorie tient la route. Sauf… que les années 40 vont ruiner le beau raisonnement. Pendant la guerre, pour des raisons pratiques, les jupes sont courtes.

Il faut attendre les années 60 pour (re)donner raison à la « hemline theory ». Cette décennie marque les débuts de la consommation de masse, le boom du prêt-à-porter et la naissance de la minijupe attribuée à la créatrice anglaise Mary Quant.

La décennie suivante signe la dégringolade de l'économie et du tissu : les hippies portent la robe longue. Un bon point pour le visionnaire américain.

Montrer ses jambes pour soutenir l'économie

Les trente dernières années sont plus difficiles à décoder. Au gré des collections, les jambes se couvrent et se découvrent sans donner particulièrement raison à George Taylor. Qu'importe. Cette théorie a séduit les publicitaires de la marque de rasoirs Quattro. Au Canada, Shick Quattro for Women clame que les femmes doivent choisir des jupes plus courtes pour soutenir l'économie (et donc, se raser).

Une timeline illustrant ces liens fragiles entre jupes et indices boursiers a été mise en ligne par la marque.

Pub pour le rasoir Schick Quattro (DR).

Interrogée par le Telegraph, Harold Koda, du Metropolitan Museum de New-York, a expliqué que si la théorie de l'ourlet ne s'applique pas à tous les coups, elle montre toutefois que les grands créateurs savent prendre le pouls de la société :

« Quand on est psychologiquement abattu, empiété par le pessimisme, on a une tendance à se couvrir ce qui signifie porter de longues manches, des décolletés moins plongeants, de longues jupes et des collants opaques. »

Que disent alors les dernières tendances sur la crise ? Les économistes qui n'ont rien vu venir n'avaient visiblement pas assisté aux défilés printemps-été 2008 où ont fleuri les robes interminables façon 70's. Les magasins de prêt-à-porter regorgent de ces modèles cette année.

Et que ceux qui craignent un prolongement de la récession se rassurent. La collection Paul & Joe pour l'hiver 2009 annonce bien mieux que la prospérité.

Défilé Paul & Joe à la Semaine de la mode à Paris, en mars 2009 (Jacky Naegelen/Reuters).

Photos : Modèle Castelbajac à la Semaine de la mode à Paris, en mars 2009 (Benoit Tessier/Reuters). Pub pour le rasoir Schick Quattro (DR). Défilé Paul & Joe à la Semaine de la mode à Paris, en mars 2009 (Jacky Naegelen/Reuters).

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 16H12 | 10/04/2009 | Permalien

Moi aussi j'ai une théorie !
C'est la crise, les gens se font virer, ils dépriment, ils se mettent à boire, ils deviennent fous, ils violent les femmes à jupes courtes, du coup les femmes portent des jupes longues.

Autre théorie : ce n'est pas la crise, l'avenir est assuré pour la descendance, il faut pondre, les femmes portent des jupes courtes pour attirer les mâles et se faire engrosser.

Moins drôle : c'est la crise, plus de sous pour le fuel, donc on a plus froid, donc on s'habille plus chaudement.

Portrait de Hugues Serraf

De Hugues Serraf

Chroniqueur | 15H45 | 10/04/2009 | Permalien

C'est bien le radicalisme de Rue89, ça… On parle de journée de la jupe et tu débarques avec la décennie de la mini-jupe !

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