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Continental : « Le gouvernement se fout de notre gueule »

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 22/04/2009 | 13H51

Après le sac de la sous-préfecture de Compiègne, les « mensonges » de Fillon ont encore fait monter la tension d'un cran.

Un employé de Continental Clairoix devant le poste de garde saccagé par des grévistes (Benoit Tessier/Reuters)

Contrairement à ce qu'a déclaré François Fillon ce mercredi matin sur France Inter, la mise à sac de la sous-préfecture de Compiègne (Oise) mardi par les salariés de Continental en colère n'est pas « le fait d'une petite minorité ».

Lassés de se faire « balader » depuis cinq semaines, les salariés de Continental sont devenus des « lions », selon les termes du leader CGT Xavier Mathieu, qui a admis sur TF1 :

« J'avais le pouvoir de retenir les gens, je les ai laissé faire. Les moutons se sont transformés en lions et à l'abattoir ils n'iront pas. »

Selon les sources interrogées, les salariés de Continental étaient au moins 200 à l'intérieur et autant à l'extérieur de la sous-préfecture (l'usine emploie au total 1 120 personnes) lorsque la nouvelle est tombée : la procédure de fermeture de l'usine a été jugée légale, les discussions sur le plan social vont donc pouvoir commencer.

C'est alors que, spontanément, des salariés s'en sont pris au matériel de bureau, cassant quelques ordinateurs, photocopieuses et du mobilier, dispersant des papiers.

« En assemblée générale juste avant, on a dit qu'on allait monter d'un cran parce que ça suffit d'être gentil, mais la préfecture ça a été instinctif, des gens ont pété les plombs », raconte Patrice, pourtant « mitigé » sur ce débordement auquel il n'a pas participé.

« Fillon ne fait pas peur »

Interrogé sur France Inter ce matin, François Fillon a tenu un discous très dur, dénonçant une « petite minorité qui rend les choses très difficiles (…) très agissante, très violente, pour laquelle il y aura des poursuites ». (Voir les deux premières minutes de la vidéo)


Un discours qui ne « fait pas peur du tout », explique Christian Lahargue, « futur licencié » après trente-quatre ans de boutique :

« [J'estime que je n'ai] plus rien à perdre, étant donné la tournure que prennent les négociations : on nous propose 6/10e de mois de salaire par année d'ancienneté sur vingt ans, pour moi ça ferait 20 000 euros et huit mois de plan de reconversion sans aucune chance de retrouver du boulot, c'est ridicule. »

« J'irai me suicider dans les murs de Continental »

Sandy Martin, un trentenaire syndiqué à la CFDT, prévient qu'il va y avoir « un drame ». Il le clame : « J'irai me suicider dans les murs de Continental et je crois que je ne serai pas le seul. » (Ecouter le son)

Audio placeholder

Autre motif d'exaspération pour les « Conti » : ce mercredi matin, sur France Inter, le Premier ministre explique avoir proposé « depuis plusieurs jours la médiation de l'Etat ».

Ce mercredi la réunion tripartite a été fixée au 29 avril. Or, à l'intersyndicale, on affirmait n'avoir « rien reçu » jusqu'ici. Philippe Biernacki, élu CFDT, joint au téléphone depuis Nice pendant le comité d'entreprise, précise :

« Il y a dix jours, l'intersyndicale a envoyé des documents au bras droit de Luc Chatel, Philippe Gustin, pour lui demander une réunion entre représentants de l'Etat, de Continental, et des salariés. C'est dommage qu'on ait une réponse par voie de presse et qu'il faille attendre le saccage d'une sous-préfecture pour démarrer ces discussions qu'on réclame depuis des semaines. »

Les projets de reprise du site ? « De la poudre aux yeux »

D'autres propos tenus ces derniers jours font bondir les salariés, ceux sur une éventuelle
« reprise » du site de Clairoix : le ministre chargé de la Relance, Patrick Devedjian, a affirmé qu'il y avait des « pistes sérieuses » de reprise, tandis que Luc Chatel a tempéré en parlant de simple « hypothèse », et François Fillon a indiqué sur France Inter que le gouvernement était « à la recherche » d'un repreneur.

Pour Christian Lahargue, tout ça c'est « de la poudre aux yeux : alors qu'il y a des dizaines de millions de pneus en trop dans le monde et que Goodyear supprime mille empois à Amiens, je ne vois pas qui nous reprendrait, ils disent juste ça pour casser le mouvement ».

Dans l'immédiat, les « Conti » vont faire appel du jugement du tribunal de Sarreguemines et tenter de se battre pour améliorer leurs indemnités de licenciement. L'ambiance à l'usine est pour le moins étrange, comme raconte Christian :

« Ça fait six semaines qu'on glande devant nos machines car on ne veut pas produire, même les chefs d'équipe ont pas de directive, on est un bateau sans capitaine. »

Mercredi soir, l'usine a été fermée « jusqu'à nouvel ordre pour raisons de sécurité » après la destruction du pavillon d'accueil abritant l'ensemble des systèmes de contrôle de sécurité de l'usine.

Mis à jour le 21/04 à 19h04 après l'annonce de la date de la réunion tripartite.

Photo : Un employé de Continental Clairoix devant le pavillon d'accueil saccagé par des grévistes (Benoit Tessier/Reuters)

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Bête à part

De Bête à part

parmi nous autres. | 14H45 | 22/04/2009 | Permalien

.

Je suis allé sur le site ce matin…

Légende (crédit).

(avant : Légende (crédit). )

J'ai croisé de bonnes personnes. Ce soir, je suis du voyage.
Rendez-vous à 19h00 devant l'usine, une navette fera le parcours vers la gare de Compiègne. Départ du train à 20h22. Direction Hanovre…

J'ai compris que dans ce train spécialement mis sur ligne, il y aura du Peuple.
Un peu énervé…

Ce matin j'ai croisé aussi des salariés de Lear Corporation, en grève depuis trois semaines. J'ai compris qu'ils n'avaient pas fait le déplacement pour flânner sur les bords de l'Oise, qu'ils voulaient rencontrer des responsables syndicaux.

Légende (crédit).

J'n'avais pas prévu d'être à Hanovre demain, wouam ! …

Mais bon. J'pouvais pas refuser l'invitation.

Légende (crédit).

.

Portrait de Pictulo

De Pictulo 23785

15H08 | 22/04/2009 | Permalien

Ne nous y trompons pas : il faut du courage pour faire ce que les Conti ont fait hier en préfecture. Car entre dire« il faut tout péter » au café du commerce et le faire à la préfecture, il y a un pas particulièrement difficile à franchir : celui de la transgression. Ces employés ont tous une famille, des enfants, les risques pour eux sont énormes. Crainte des poursuites, des représailles. En gros le dilemme, c'est « on reste clean ou ont devient enragé ? ». En choisissant ils deviennent des hors-la-loi, et ils le savent parfaitement. Parce qu'ils sont pas cons, les Conti.
La fermeté gouvernementale, lamentablement réitérée ce matin par Fillon avec cette morgue faussement modeste qu'on lui connaît, prouve que les Conti vont encore en baver.
La moindre des choses, c'est d'affirmer notre solidarité avec ces mecs, et de regarder à la loupe la façon dont le gouvernement va solutionner ce problème qui commence à lui échapper.

Portrait de Bête à part

De Bête à part

parmi nous autres. | 15H26 | 22/04/2009 | Permalien

.

Ouai. C'est sujet à discussion la question des revendications.

Néanmoins, pour ce que j'entends, ce n'est pas à l'Etat de la France que ce paquet de tunes est réclamé, mais à ceux de là-haut, dans les sphères de l'entreprise.

Perso, je ne la soutiens pas. Elle ne résout pas le problème, notamment si l'on pense à tous les sous-traitants et autres espaces de vie organisés autour d'une entreprise qui emploie 1200 personnes.

Ce combat pour « ramasser un max » est largement partagé dans l'usine, mais pas unanime.

Peut-être aussi faut-il considérer que la fermeture était programmée pour 2012… alors nous sommes plus à même de discerner la pertinence de cette revendication.

De là à déraper et s'énerver à frapper sur un clavier : « C'est en Allemagne qu'il fallait casser ! »… heu…

Encore, si le sujet intéresse le petit monde de l'Info, c'est sans doute qu'il est exemplaire… et non unique, donc. Peut-être même « l'affaire » Continental-Clairoix sera-t-elle fédératrice des Luttes, ou étincelle. Vas savoir.

Enfin, si je me fis à mon odorat, ces gens de Conti sont très déterminés.

.

Portrait de helios33

De helios33

15H33 | 22/04/2009 | Permalien

A priori ça parait ridicule qu'un trentenaire veuille se suicider à cause d'un licenciement. A ce compte là la planète serait quasiment déserte. Mais je crois qu'il y a un autre problème qui se profile derrière, celui de la bulle immobilière. Des centaines de milliers de jeunes se sont lourdement endettés ces dernières années. Aujourd'hui aucun espoir de revendre sans essuyer de lourdes pertes. Le moindre accident de la vie se transforme en catastrophe. On se retrouve scotché à son bien pour 20 ou 30 ans.

Portrait de watashi_baka

De watashi_baka

... | 16H25 | 22/04/2009 | Permalien

Cette phrase me fait très peur

[J'estime que je n'ai] plus rien à perdre […]
sans aucune chance de retrouver du boulot, c'est ridicule. »

On nous parle de flexibilité de formation continue d'évolution de la carrière tout au long de la vie.
Mais en réalité un ouvrier licencié c'est un ouvrier sur le carreau

Ou sont les formations continue qui devrait permettre à un salarié de changer de metier
Ou est l'évolution de carrière qui fait qu'en rentrant ouvrier à 18 ans il devrait être (au moins) cadre subalterne à 50 ?

Il y a des milliers d'emplois vacant dans le batiment pourquoi l'ouvrier de chez continental ne peux pas avoir une formation pour devenir maçon ou plombier
Les biotechnologie sont un secteur d'avenir, Pourquoi ne peut on pas former ces gens là à devenir au moins technicien de labo et plus si affinitée ?

J'ai envie de reprendre une citation classique
-Si tu donne de l'argent à une usine qui ferme pour sauver l'emploi, les ouvriers travailleront un an de plus
-Si tu donne de l'argent à une usine qui ferme pour former les salarié, les ouvriers travailleront toute leurs vie

Portrait de haiker

De haiker

17H35 | 22/04/2009 | Permalien

« Pour terminer, je suis fort étonné que les journalistes consacrent tous leurs efforts à rendre compte de ce conflit, comme s'il était unique en ce pays […] »

Unique, hélas non.
Symbolique, hautement.

Les ouvriers de Continental ont été le symbole Sarkoziste de l'absolue nécessité d'une flexibilité maximale du droit du travail, seule apte d'après les ultra-libéraux, le MEDEF donc et Sarkozy donc, à développer la compétitivité des français, et indirectement leur pouvoir d'achat.

Les « Contis » sont le symbole de cette flexibilité, ayant été jusqu'à accepter de travailler plus pour gagner moins mais conserver un job.
Ils ont été également le symbole sarkoziste du « tout est de la faute des 35h », et sont très probablement le symbole type de la classe ouvrière qui a votée Sarkozy en 2007.

Tout juste 2 ans après, ce symbole de la flexibilité solution à tous les problèmes tombe brutalement le masque pour montrer sa vérité nue : merci de tous vos efforts mais on ferme le site quand même pour délocaliser, vous pouvez passer prendre votre lettre de licenciement.

Rien d'étonnant à ce qu'il soit à nouveau au centre de l'intérêt médiatique.

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