Décryptage

Chômage des jeunes : Sarkozy condamné à l'échec ?

Par François Krug | Eco89 | 23/04/2009 | 18H50

Nicolas Sarkozy présente ce vendredi son plan contre le chômage des jeunes. Un de plus : depuis trente ans, les contrats réservés aux 15-25 ans et les aides aux entreprises se sont enchaînées, sans beaucoup de résultats. Des TUC au CPE, Eco89 passe en revue les dix dispositifs les plus marquants. Sarkozy réussira-t-il là où tous ses prédécesseurs ont échoué ?

Selon Le Monde, le nouveau plan représentera un milliard d'euros. Pas question, semble-t-il, de créer un nouveau type de contrat de travail. Sarkozy aurait choisi de relancer les dispositifs existants, comme le contrat initiative emploi ou le contrat de professionnalisation, et d'encourager la formation en alternance.

« Mettre les jeunes dans des parkings »

En apparence, rien de bien nouveau. Martin Hirsch promet pourtant un plan « original ». Invité du congrès de l'Unef ce jeudi, le haut commissaire à la Jeunesse a expliqué :

« Ce n'est pas un plan dans lequel on mettra les jeunes dans des parkings en attendant que le couvercle de la crise se lève. »

Des parkings ? C'est un résumé peu flatteur des plans lancés à droite comme à gauche pendant trente ans. Au cours de cette période, le taux de chômage des jeunes a oscillé entre un minimum de 9,7% et un maximum de 23,1%, selon les chiffres de l'Insee. Fin 2008, il s'élevait à 20,4%.

Comme le montre cette chronologie des dix plans les plus importants, deux stratégies ont alterné : inciter les entreprises à embaucher à coups d'aides et d'exonérations, voire en réécrivant le code du travail, ou créer des emplois de toute pièce dans le secteur public et les associations.

Paradoxe : au sein du gouvernement, l'UMP Laurent Wauquiez penchait pour la solution privilégiée par la gauche, celle des emplois publics. Et Martin Hirsch, proche de la gauche avant son arrivée au gouvernement, misait au contraire sur le privé.

Faut-il compter sur les entreprises ?

Comme le montre notre chronologie, c'est la solution privilégiée par tous les gouvernements de droite, de Raymond Barre en 1977 à Dominique de Villepin en 2006. Le recrutement de jeunes qualifiés coûterait trop cher, et l'Etat doit donc encourager les entreprises :

  • En réduisant les charges, comme pour le Pacte national pour l'emploi des jeunes de Barre ou le Plan d'urgence du gouvernement Chirac en 1986
  • En prenant en charge une partie du salaire, comme pour le Contrat jeune en entreprise de Jean-Pierre Raffarin en 2002
  • En réduisant le salaire minimum appliqué aux jeunes, comme pour le Contrat d'insertion professionnelle d'Edouard Balladur en 1994, retiré après une vague de manifestations
  • En assouplissant le Code du travail, comme avec la période d'essai de deux ans du Contrat première embauche de Villepin en 2006, un projet lui aussi abandonné sous la pression

Pour Mathieu Plane, économiste à l'OFCE, miser sur le privé n'est pas la solution idéale. Sensible aux « effets d'aubaine », les entreprises recruteront peut-être des jeunes, mais le nombre total de chômeurs ne reculera pas pour autant :

« A volume d'activité constant, ce sera au détriment d'une autre catégorie. Le chômage fonctionne un peu comme une liste d'attente : si on aide les moins de 25 ans, on risque d'avoir un problème sur les plus de 25 ans. »

Faut-il créer des emplois publics ?

C'est la solution privilégiée par la gauche. Les travaux d'utilité collective de 1984, les contrats emploi solidarité de 1990 et les emplois jeunes de 1997 ont tous suivi la même logique : créer des emplois de toute pièce dans le secteur « non marchand » (administration, collectivités locales, associations…), sans remettre en cause les emplois déjà existants.

Pour Mathieu Plane, cette stratégie de « traitement social du chômage » est encore la plus efficace :

« Dans le secteur marchand, il y a un effet d'aubaine. Dans le public, vous pouvez augmenter le volume global et ce ne sera pas au détriment d'une autre catégorie. Les entreprises sont dans une logique d'ajustement très forte, et la seule entité qui peut contrebalancer cet effet, c'est l'Etat, en jouant le rôle de recruteur. »

Une seule solution : le plein emploi

Mais pour Mathieu Plane, le véritable problème est celui de l'enseignement et de la formation. Le taux de chômage des jeunes doit être interprété avec précaution, rappelle l'économiste de l'OFCE :

« Il ne porte pas sur l'ensemble des jeunes, mais sur la population active de cette classe d'âge. C'est celle qui est sortie le plus tôt du système scolaire, elle est moins qualifiée que la moyenne des jeunes. Ça reporte le problème à la question de la qualification. »

Ce manque de qualification condamnerait une partie des jeunes à la précarité :

« Les jeunes sont sur-représentés dans la précarité, dans les CDD et les intérims. Ils sont une variable d'ajustement très forte pour les entreprises. »

La seule solution, « c'est le plein emploi », résume Mathieu Plane. C'est-à-dire une situation où le rapport de force entre les recruteurs et les jeunes s'inverserait :

« Le problème est lié au chômage de masse. Tant qu'on aura ce chômage de masse et qu'il n'y aura pas de tension sur le marché du travail, les entreprises ne se tourneront pas vers cette main-d'oeuvre. Ou alors il faudra mettre énormément d'aides sur les jeunes, mais ça ne fera que déplacer le problème. »

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Ubu Trodvers

De Ubu Trodvers

Glisseur d'instant | 10H48 | 24/04/2009 | Permalien

Le réel problème du chômage des jeunes c'est aussi leur volonté de faire que ce qui leur plait ! Loin de moi l'idée de les bannirs mais faire une fac de lettre, de psycho ou d'histoire quand on voit les débouchés et le nombre de personnes à l'entrée c'est de la pure folie ! ! Il faut que cela soit une vraie passion et être conscient qu'à la sortie il faudra se battre pour travailler dans le domaine de son choix.
Faire un master de sociaux pour comprendre Bourdieux ça ne permet pas de trouver du boulot partout et facilement.

La première solution pour réduire le chômage des jeunes je pense que se serait de mieux les dirigés pendant leurs scolarités. Pour éviter post bac à prendre des voies de garages et sortir à 25 ans de ces études après avoir changé 2 fois de filière.

tant qu'on laissera vadrouiller des amphis de 400 places pleins dans des filières qui n'embauche plus qu'on ne soit pas surpris d'être à 20% de chomeurs sur ces tranches d'âges.

Portrait de erqzor

De erqzor

Détecteur de Greenwashing | 12H08 | 24/04/2009 | Permalien

Petit témoignage :

Premier stage à Bac+2 : Pas payé, 50h par semaine. (déplacements + week-end). 12 semaines
Deuxième stage Bac+2 intégré à la formation : Pas payé, pas d'obligation de présence. 8 semaines.
Troisième stage Bac+2 pour le plaisir en extra de mes cours : Pas payé, pas d'obligatoin. 4 semaines.
Troisième stage Bac+3. Bruxelles, 50€ / jour. Avec transport dans toute l'Europe gratuit. 12 semaines.
Quatrième stage Bac+5. Contrat d'apprentissage. 950€ / mois + tickets restau » + transport IDF. 12 mois

Un emploi après ca, je n'en veux même pas, surtout à Paris. Si c'est pour vivre dans la misère pendant les 5 prochaines années pour espérer concrétiser une « promesse de carrière » qui m'emmènera pas au delà de 50k€/annuel brut dans 10 ou 15 ans. J'ai envie d'autre chose dans ma vie que de la donner au bon vouloir de l'économie de marché qui ne peut satisfaire que mes minuscules rêves matérialistes.

Le chômage des jeunes, même qualifié, c'est aussi le refus d'une vie de merde.

Portrait de Influenzae

De Influenzae

Consultant | 13H52 | 24/04/2009 | Permalien

A mon sens, l'état peut contribuer à l'emploi indirectement. Prenons le cas de la Recherche par exemple : si on augmente son budget, alors on augmente le besoin en chercheur, en technicien, en employé administratif, en employé de maintenance, etc…On évite la fuite des cerveaux, contribuables en puissance, créateurs potentiels d'entreprise et d'emplois. On augmente le besoin en matériel, en locaux, etc..

Consécutivement à ces besoins, l'argent injecté dans la Recherche n'est alors plus injecté dans les assedic, ni dans les aides sociales. Et cela touche tous les corps de métier, pas seulement les docteurs bac+8 comme on peut le croire facilement en prenant des raccourcis.
La Recherche n'est qu'un exemple parmi d'autres.

Si le gouvernement mets son énergie et notre argent dans la création de poste de l'état dont on n'a pas réellement besoin, ce ne sera qu'une rustine qui ne tiendra pas longtemps. A l'instar du développement durable, créons de l'emploi durable.

Portrait de Badgud

De Badgud

Athée | 14H54 | 24/04/2009 | Permalien

Pour ma part :
- Deux stages intégré à la formation avant le bac de 2 semaines : Pas payé
- Troisième stage Bac+2 intégré à ma formation : Pas payé, 5 semaines.
- Quatrième stage Bac+2 intégré à ma formation : Pas payé, 9 semaines.
- Cinquième stage Bac +3 intégré à ma formation : 500 euros par mois, 14 semaines.
- Sixième stage Bac +5 intégré à ma formation : Payé à 300 euros par mois, 5 semaines.
- Septième stage Bac +5 intégré à ma formation : Payé 500 euros par mois, 7 mois

Les déplacements, le logement et les repas ont toujours été à ma charge. Au final, mon « salaire » a toujours été inférieur à l'argent que j'ai dépensé pour vivre durant ces stages. En clair, j'ai toujours payé pour travailler.

Mon secteur est l'agroalimentaire, mes chances de trouver un job en France seraient très faibles. Je connais suffisamment le monde du travail français pour savoir que très souvent jeune et stage font (trop) bon ménage. Le pire, c'est que c'est difficile de trouver un stage (parfois dans les faits, il n'y avait aucune différence entre un stage et un job) à 300 euros voir pas payé du tout.
Et encore, je suis dans un secteur qui recrute. Je connais une formation de design (un de mes amis y était) où un quart de la promo n'avait pas obtenus son master pour ne pas avoir réussi à trouver un stage. Les boites de design sont remplis de stagiaires, résultat elles recrutent rarement, elles se contentent de tourner avec des stagiaires.

Un stage de fin de cursus, c'est très utile. Mais lorsque nos écoles nous obligent à enchaîner les stages (j'en ai fait 7 tout de même, ils étaient tous obligatoire), il est clair qu'on prive pas mal de jeunes diplômés de job.

Les écoles, qui obligent les jeunes à effectuer des stages à répétition, appartiennent à l'état, notre pays n'a jamais réellement essayé de diminuer le chômage des jeunes. Dans les faits, les politiques ont toujours essayé d'exploiter les jeunes le plus possible.

Portrait de Influenzae

De Influenzae

Consultant | 14H02 | 24/04/2009 | Permalien

Le plein emploi dans le secteur informatique est arrivé au début des années 90, où les entreprises venaient chercher les étudiants directement sur le banc de leur amphi. C'est arrivé encore une fois avec la bulle internet et les start-up. Il y a avait eu l'automobile à une époque, on y entrait dès la sortie du bac. Encore avant, les télécommunications, l'électricité, etc…

Il faut une innovation, il faut être moteur pour innover, aujourd'hui les états se reposent sur la finance, qui malheureusement ne joue qu'avec de l'abstrait.

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