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Le tragique destin d'un émule fictif de Kerviel
Par Augustin Scalbert | Rue89 | 25/04/2009 | 11H36
Travailler dans le IIe arrondissement de Paris peut causer une mort violente. Ce quartier a la particularité d'héberger deux symboles majeurs de l'économie contemporaine malade et mondialisée : le Sentier (et ses ateliers de confection où suent des immigrés clandestins) et la Bourse (qu'on ne présente plus).

« La Bourse ou la vie », polar de Laurence Biberfeld (remarquée en Série Noire), prend ces deux piliers de l'économie comme toile de fond. Mais le roman, écrit d'une plume leste et volontiers argotique, reste un polar, dont des personnages meurent avant que d'autres essaient de comprendre pourquoi.
Ce livre de poche est le troisième volet des aventures de la journaliste bimbo Mona Cabriole, qui reprennent un principe inauguré par Léo Malet dans « Les Nouveaux mystères de Paris » (nonchalamment élucidés par Nestor Burma) : une aventure par arrondissement.
L'arrière-plan économique, bien dépeint malgré quelques invraisemblances (un trader ne travaille pas dans une agence comme ma conseillère en clientèle ; les livreurs du Sentier apportent rarement des fourrures chez les gens à 3 heures du matin), est incarné deux personnages : une journaliste chinoise enquêtant dans le milieu des ouvriers clandestins, et surtout Aliocha, trader de la Banque générale. On ne souhaite pas son destin à Jérôme Kerviel, dont il reproduit les bêtises, comme on peut le lire dans cet extrait.
Il n'avait pas fait la connerie inconséquente d'autres, qui éveillent l'attention par des prises de position portant sur des centaines de millions en quelques heures. Bien sûr, il avait bidonné ses résultats et ses risques, jour après jour. Il avait enregistré de fausses provisions pour se couvrir, envoyé sur le marché des transactions fictives. Qui ne le faisait pas ? Mille trillions de dollars se baladaient autour de la terre, dont cinquante correspondaient à des transactions concrètes. Le virtuel pompait le sang du réel comme une tique géante. La toile serrée destinée à saigner l'humanité de tout son numéraire, de toutes ses ressources se charpentait sur un réseau solide de zones d'exception et de paradis fiscaux. Les banques ne cessaient d'inventer de nouveaux outils, des produits financiers de plus en plus complexes et opaques. La règle du jeu, sur cet échiquier géant, était de tricher. C'était une règle tacite et absolue. Ses résultats étaient bidouillés, mais que dire de ceux de ses patrons ? Comme toutes ses sœurs, la Banque générale multipliait les sociétés écrans dans les paradis fiscaux. Aliocha savait qu'aucun organisme financier au monde n'est transparent sur sa comptabilité. Une banque honnête est un oxymore.
A son rythme, il avait monté une véritable tour Eiffel en allumettes, sans colle, avec des actifs pourris. Bien que théoriquement contrôlé par le back-office, il y avait bossé et savait que ces contrôles allaient toujours beaucoup plus lentement que les transactions et les prises de position. De surcroît, le back-office, aussi avait intérêt aux gains importants des traders. Et il gagnait énormément de pognon. Pour lui, pour la banque, pour tous les autres banquiers.
Il était détendu. Les informations lui arrivaient, se déposant une à une en flocons variables pour dessiner une forme cohérente qui bientôt s'animerait. Il attendait. Tout le monde, dans cette agence de merde, était habitué à sa pondération, d'autres caractériels focalisaient la vigilance des contrôleurs, qui du reste n'étaient que deux pour vingt-cinq traders. On le considérait comme un de ceux -rarissimes- qui dureraient vingt, trente ans, dans ce métier où les jeunes hommes restent rarement plus de dix ans. Il était assez sage pour couper ses positions. On lui faisait une confiance absolue.
Sauf qu'il n'avait rien coupé. Pas d'options haussières pour équilibrer les options baissières. Il chantonna entre ses dents :
…Avant que la paupière du jour retombe…
Maintenant. Il voyait clairement les mouvements du marché, des fronts qui se déplaçaient
comme des anticyclones, des courants jet de haute altitude, des rouleaux de perturbations orageuses.
Il se lança.
A onze heures, comme tous les jours, il mit son ordinateur en veille pour aller boire un café au Vaudeville. En sortant du café, il héla un taxi. Il venait de leur foutre huit milliards d'euros dans le cul en deux heures.
► La Bourse ou la vie de Laurence Biberfeld - éd. La Tengo - 155p. - 7€.
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De DavorS
Etudiant | 21H14 | 25/04/2009 |
Encore un bouquin édulcoré sur la finance ou se mêlent pseudo vérités financières et bling bling présidentiel
De Michel P.
Retraité | 09H38 | 27/04/2009 |
D'après les dernières informations données, la situation de « La Socièté Générale » ne serait pas très briante. Des pertes dissimulées sur les Produits dérivés et structurés n'auraient pas toutes été révèlées et il n'y a plus de « KERVIEL » pour en endosser la responsabilité. Mais que va devenir le Père BOUTON et sa retraité dorée. ? Va-t-on devoir faire une Kermesse pour ce pauvre hère dans la nécessité. ?