A débattre

« Non à la lutte des classes dans le patronat ! »

Par David Servenay | Rue89 | 05/05/2009 | 21H57

Sophie de Menthon (DR).

Sophie de Menthon a enfourché le cheval blanc du patronat. Surfant sur la vague vertueuse de la crise, la présidente de l'association Ethic milite pour une plus grande transparence des rémunérations. En prenant souvent le contre-pied du discours Medef/Afep. Ce mardi encore, dans Les Echos, elle traite les patrons accros aux stock-options « d'alcooliques anonymes ». Rencontre.

Au lendemain de l'annonce de la création du Comité des sages, présidé par Claude Bébéar, pourquoi vous en prendre avec autant de vigueur à cette initiative du Medef et de l'Afep, puisque vous comparez les patrons à des alcooliques anonymes « accrocs à leurs stock-options » ?

Sophie de Menthon : Non, c'est une trace d'humour. Je ne prends pas les patrons pour des alcooliques et encore moins anonymes, malheureusement ils ne sont pas anonymes. J'ai été un peu caricaturale, sur le fait que ce Comité des sages n'aurait pas le droit de s'auto-saisir. C'est une cellule d'assistance psychologique, si vraiment vous êtes patron, ça me paraît curieux, vous pouvez appeler Claude Bébéar en lui disant : « Je crois que j'ai une retraite un peu trop importante, ça fait sourire. Moi je pense que cette cellule, c'est insuffisant. (Ecouter le son)

Audio placeholder

Comment analysez-vous les effets de cette crise ?

S. de M. : Là où je suis très embêtée, c'est que le grand public, les salariés, les médias ont tout mélangé : Madoff, Kerviel, les salauds de banquiers qui prêtent aux entrepreneurs, les patrons qui touchent trop d'argent, les stock-options scandaleux, les actionnaires et les dividendes… Il y a une espèce de boule de neige qui roule, qui roule… en emportant tout sur son passage, c'est ça qui est nouveau. Il est dangereux de faire un clivage : il y a le “ méchant CAC 40 ”. Moi j'ai beaucoup d'admiration pour ces boites. Il faut qu'on arrête ce clivage et cette dérive. (Ecouter le son)

Audio placeholder

Laurence Parisot et Claude Bébéar, qui siègent dans de nombreux conseils d'administration, sont-ils les mieux placés pour faire le ménage dans ces pratiques du CAC 40 ?

S. de M. : Laurence Parisot, elle est élue, elle est représentante de tous les patrons de France. Donc, si ce n'est pas elle, je vois pas qui ça peut être. Elle est à la tête du patronat, elle représente aussi bien les petits que les gros, ça devrait être le cas en principe. Elle est capable de taper du poing sur la table, elle aurait peut-être dû le faire tout de suite, très vite… Elle est capable de proposer une régulation et de réfléchir sur des enjeux de contrat social.

Quant à Claude Bébéar, c'est autre chose : un grand patron français, le commandeur, une icône. Le Premier ministre avait demandé quelqu'un d'incontestable, il semble qu'il le soit. (Ecouter le son)

Audio placeholder

Certains grands patrons ont des rémunérations équivalant à 400 fois le salaire de leurs employés. Comment sortir de cette spirale ?

S. de M. : A Ethic, nous sommes pour la rémunération du vrai risque entrepreneurial, des gens qui ont créé leur boite, qui ont le droit de s'enrichir… On a un petit problème en France : on est capable de fêter le gagnant du loto et de faire un reportage entier sur lui, mais le patron qui gagne de l'argent, il est pas bien vu, on trouve ça louche. Moi, ce que je n'aime pas, c'est qu'on a fait rejaillir un peu la lutte des classes dans le patronat et je trouve ça navrant.

Il n'y a pas de multiples possibles d'un salaire. Je suis assez embêtée pour vous répondre. Ce sera toujours trop, il y aura toujours des gens scandalisés… On est dans une économie mondialisée. Il y a des formes de rémunération qui sont insupportables en période de crise. On ne peut pas donner un multiple du salaire dans un pays mondialisé où les patrons peuvent aller ailleurs, on ne peut pas le faire. C'est pour ça que je suis sévère envers le patronat, si on ne prend pas la mesure des choses, on est capable d'avoir des lois iniques. (Ecouter le son)

Audio placeholder

Photo : Sophie de Menthon (DR).

24 votes

6416 visites  |  30 réactions

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Xavier Denamur

De Xavier Denamur

Restaurateur | 10H26 | 06/05/2009 | Permalien

Pendant que l'on discute de la juste rémunération des patrons qui en économie de marché s'apparente à de la pure dialectique à la limite de l'onanisme, on nous fait oublier que l'on nous dirige droit dans le mur, que les politiques sociales et économiques sont décidées sous la pression des lobbies et des échéances électorales au détriment de l'intérêt général. La baisse de la TVA dans la restauration contre lequel j'ai pris des engagements publics clairs en est un exemple révélateur. Mon combat dans ce domaine est loin d'être terminé et je donne rendez-vous à tous les restaurateurs, clients et citoyens qui préfèrent l'augmentation des salaires, du rapport qualité-prix et des investissements à une baisse des prix en trompe l'oeil à me contacter à xavier@cafeine.com
A l'heure actuelle, la politique ou ce qu'il en reste est en crise plus profonde que l'économie. La manière dont on dirige ce pays et sûrement d'autres en Europe délabre la cohésion sociale d'une manière plus dangereuse que n'aurait pu le faire n'importe quelle crise économique et conduit les citoyens à l'apathie.

PS : petites réflexions d'un patron moyen…
« Laurence Parisot, elle est élue, elle est représentante de tous les patrons de France. » A bon ?

« Elle est à la tête du patronat, elle représente aussi bien les petits que les gros, ça devrait être le cas en principe. » Comme les syndicats de salariés représentent tous les travailleurs de France, les gros comme les petits…

Portrait de Cadre modele

De Cadre modele

Consultant RH | 12H34 | 06/05/2009 | Permalien

Madame Sophie de Menton devrait peut-être revoir son argumentaire, elle qui était spécialiste de la vente à distance il y a peu de temps.

Tout d'abord, il est important de ne pas associer l'affaire MADOFF et l'affaire KERVIEL sauf si l'objectif est de montrer qu'il existe de graves carences de management et de gouvernance au sein de grandes entreprises.

N'oublions pas non plus que,
depuis les 35H, la productivité des travailleurs français s'est fortement amélioré contrairement aux salaires et primes (CF les différentes études de l'OCDE et du BIT).

La question n'est pas de baisser la rémunération des patrons, ni de ne pas récompenser les efforts et les résultats obtenus.

La force d'une chaine réside dans son maillon le plus faible.

Il nous semble Madame de Menton que l'entrepreneur qui réussit bénéficie de revenus confortables (CF statut autoentrepreneur), simplement quand le succès est le résultat d'un effort collectif, il semble opportun pour maintenir la motivation et la compétitivité de partager équitablement les fruits du succès.

Un basic du management ?

Bien Cordialement,

Vous pouvez retourner chômer

Portrait de Alexad

De Alexad

19H35 | 06/05/2009 | Permalien

S. de Menthon fait sa pub, un point c'est tout ! !
Elle publie avec Alexia Delrieu (sa belle-fille je crois) une collection de livres « vraiment gratinés » pour les enfants, du type « l'armée racontée aux enfants », « l'économie racontée aux enfants », la politique etc., que Gallimard Jeunesse devrait avoir honte d'éditer.
Mais bon, petite affaire familiale d'auteurs, éditée par gros profits en vue, ça peut rapporter gros…. pour peu qu'on la voit partout et elle s'y emploie. L'air du temps étant, comme vous le dites justement du Sarkosysme aïgu envers les patrons « voyous » l'agence de com a dû faire ses recommandations en faveur de ce positionnement.

Allez la Rue lis donc ces morceaux d'anthologie stp ! !

Portrait de chinois contrarié

De chinois contrarié

Pékin moyen... | 20H54 | 06/05/2009 | Permalien

Je connais Mme de Menthon pour ses interventions dans les « GG » de RMC. Dire qu'elle a toujours été en pointe pour défendre un patronat qui ne le mérite pas et un gouvernement guère meilleur, c'est un euphémisme….
A l'écouter aujourd'hui, elle serait a deux doigts de prendre sa carte au PS…
Sophie de Menthon qui quitte la présidence du comité Ethic du MEDEF pour cause de mésentente avec Mme Parisot…. Je me roule par terre…
Au vu de toutes les « horreurs » qu'elle a raconté sur RMC, je ne m'attendais pas à celà… Comme quoi…

Portrait de Lucius Sergius

De Lucius Sergius 28239

Citoyen | 00H40 | 07/05/2009 | Permalien

« Tous les Crétois sont des menteurs. » Epiménide le Crêtois.

« Il n'y a pas de multiples possibles d'un salaire. » Signé une dame qui établit quand-même couramment des salaires et des échelles qui vont avec…
Peut-être que les chiffres ne sont pas son truc ?

Encore :
« On ne peut pas donner un multiple du salaire dans un pays mondialisé où les patrons peuvent aller ailleurs. » Signé : une « patronne » dont on pourrait tout de même se demander si elle pourrait aller bien plus loin qu'elle n'est vu ses « activités ».
Mais ça peut peut-être se faire rapidement au galop du « cheval blanc » ?

J'adore le baratin de type management et grande communication où l'on touille un peu tout et n'importe quoi pour réussir l'embrouille, où l'on donne de la pseudo information, où on crée de l'agitation dans l'immobilisme, histoire de faire espérer une évolution qui n'arrivera jamais… Pour essayer d'apaiser les « tensions »…

Sont trop drôles ces gens « de pouvoir ».

Delenda Carthago

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code