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Jean-Marc Jancovici : « On vit à crédit écologique »
Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 11/05/2009 | 16H56
Dans « C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde », Jean-Marc Jancovici nous force à voir une vérité qui dérange : notre économie vit comme si l'énergie était infinie et bon marché. Continuer à l'ignorer, c'est aller au-devant d'un chaos certain. Entretien.
Jean-Marc Jancovici est le « monsieur crise énergétique » de Nicolas Hulot, dont il avait contribué au pacte écologique. C'est à ce titre qu'il a participé au Grenelle de l'Environnement dans le groupe « changement climatique ». Cet ingénieur polytechnicien partage aussi son temps entre l'enseignement, l'écriture, et sa société de conseil en réduction d'impact climatique pour les entreprises, Carbone 4 (fondée avec son co-auteur l'économiste Alain Grandjean). Il a aussi créé les outils permettant de faire son bilan carbone personnel.
Au fil de ses conférences, sur un ton jovial et spirituel, à la limite du moqueur, il répète que ce qu'il avance est « juste destiné à sauver la planète ». Pourquoi ? C'est très logique :
« Le prix de l'énergie conditionne la transformation du monde. Et si on n'a plus d'énergie abondante à un prix faible, l'économie freine. Or le prix du pétrole a été multiplié par dix entre 2000 et 2008. On l'avait tragiquement oublié. »
« En apparence, la vie continue comme avant »
Petite explication pour comprendre le titre de son livre : c'est « maintenant » que la production de pétrole atteint son maximum, avant de décliner. Cette énergie dont toute l'économie dépend ne sera bientôt plus disponible, il est donc urgent de s'adapter.
« Pour un tas de gens, en apparence la vie continue comme avant. Mais si on ne réoriente pas l'économie avec un préavis suffisant, cela se fera de manière spontanée et extrêmement violente. » (Voir la vidéo)
« Pas de repas gratuit »
Qu'on soit prévenu : le seul choix qu'il reste est « entre la souffrance et la mise au régime, mais il n'y aura pas de repas gratuit ». Et puisqu'en économie tout passe par le prix, il faut en donner un à ce qui nous pose problème, donc taxer la consommation de carburant (et donc les émissions de CO2) par le biais de la « taxe carbone ».
Une taxe douloureuse certes, mais qui ferait naître des opportunités. Avec ses recettes, l'Etat pourrait augmenter ses ressources, diminuer la TVA ou d'autres taxes, ou les consacrer à la nécessaire transformation de l'économie.
Car demain, dans un monde qui aurait entendu Jean-Marc Jancovici, les maisons seraient mieux isolées et moins chauffées, les conseils d'administration se réuniraient par visioconférences au lieu de prendre l'avion… autant de choses que « nous avons du mal à admettre dans nos cervelles d'enfants gâtés ». (Voir la vidéo)
Le court-termisme des élus
Deux ans après la réunion du Grenelle de l'Environnement, « il nous faut gravir l'Everest et on a fait le huitième du quart du chemin jusqu'au camp de base », résume Jean-Marc Jancovici.
Nos élus sont guidés par une vision à court-terme qui les empêche d'imposer aux électeurs ce qui serait, à long terme, bon pour eux.
« Les gens qui nous gouvernent sont nuls sur la compréhension de la
contrainte : ils n'ont pas fait de physique et continuent à raisonner
dans un univers infini qui n'existe pas. » (Voir la vidéo)
« On confond nos besoins et nos désirs »
Jean-Marc Jancovici n'a pas de téléphone portable, ne mange pas de viande rouge et se déplace en transports en commun. Une certaine frugalité qu'il nous propose d'adopter, par nécessité. Nous ne sommes visiblement pas prêt :
« La barrière de ce qu'on appelle un luxe n'arrête pas de se déplacer, sauter dans un avion comme on respire est devenu normal. On confond nos besoins, qui sont de boire, manger, se reproduire et socialiser, avec nos désirs solvables. »
Et à ceux qui croient que le progrès scientifique pourrait nous tirer d'affaire, il répond tout net :
« La technologie s'investit là où le système socio économique lui dit d'aller : c'est la loi qui orientera le progrès. Jusqu'ici nous vivons à crédit écologique. »
S'il a écrit ce livre après « Le Changement climatique expliqué à ma fille », c'est qu'il pense que le consommateur a le pouvoir de réveiller les politiques sur ces enjeux.
« C'est maintenant ! Trois ans pour sauver le monde » de Jean-Marc Jancovici et Alain Grandjean, Seuil, 2009.
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De TSA7516
artisan | 19H06 | 11/05/2009 |
Je suis étonné par les quelques réactions des riverains que je viens de lire. La position de monsieur JANCOVICI, que je ne connaissais pas d'ailleurs, n'est pas facile à tenir tant les animosités sont fortes de tous les côtés. Pourtant le raisonnement est difficilement contestable. Comment peut-on mettre tous les experts dans le même sac ? Faire preuve d'esprit critique ne signifie pas tout critiquer ou se méfier de tout, c'est justement essayer de faire fonctionner ses neurones pour différencier une démarche honnête d'une démarche intéressée.
Le tord de ce monsieur ne serait-il pas justement d'avoir une cravate, un aplomb, une tête d'économiste, etc… un problème de forme, quoi. Moi je trouve qu'il est bon d'entendre ces arguments dans de telles bouches, avec un tel ton.
Bref. Un peu d'efforts, s'il vous plaît les riverains, au moins sur l'écologie ! Je me sens bien dans ce quartier, j'ai pas envie de déménager tout de suite !
De manu mosan
pote au graf | 20H33 | 11/05/2009 |
Je crois qu'il faut passer outre le coté un peu pédant de ce monsieur.
Ce qu'il dit est malheureusement réaliste.
Je crois que nous ne nous rendons absolument pas compte, dans notre quotidien, que si un virage globale important n'est pas rapidement pris (pas trop vite non plus, car gare au dérapage et sortie de route…) c'est le platane qu'on va se chopper de plein fouet.
Je crois que nous avons connu (et connaissons encore) un modèle de société passionnant, mais qui montre ses défauts aujourd'hui. Et l'épuisement des ressources, la pollution à outrance, les destructions diverses,… sont un de tout gros défaut.
Prendre un virage, ce n'est pas reculer, c'est évoluer en retenant les leçons. Nous avons l'occasion de réformer en profondeur la société, de nous re positionner dans l'environnement. C'est un défi passionnant à saisir.
Je crois que l'homme, si il fait preuve de sagesse , d'humilité, et de générosité, à le pouvoir de modifier la trajectoire afin d'évoluer vers une société moderne, humaniste, confortable, qui soit plus en harmonie avec la survie durable de cet environnement qui nous fait vivre.
Les défis à relever devraient plus nous stimuler que nous effrayer.
Il est temps pour l'humain de sortir de la crise d'adolescence pour entrer dans l'âge adulte.
Mais je suis un petit bonhomme naïf et rêveur, car je crains que malheureusement le changement ne se produira que suite à un immense cataclysme tant social qu'environnementale.
La nature y survivra… mais l'homme ?
De poypoy
pas | 20H44 | 11/05/2009 |
en complément, une conférence (très bonne à mon avis) pour eclairer les hurleurs du dessus :
http://storage02.brainsonic.com/customers2/entrecom/20080227_Spie/sessio…
il existe une version longue de 16 heures (cours de l'école des mines) : http://www.ensmp.fr/ingenieurcivil/SitesIC/Balado/Climat_som.html
De raskol
à vélo | 20H44 | 11/05/2009 |
Jancovici est un peu plus qu'un « spécialiste en tout genre » et je t'invite à regarder une de ses conférences. Il explique qu'en gros l'augmentation du « niveau de vie » au cours du XXème siècle s'appuie presque seulement sur un pétrole abondant et presque gratuit, et que lorsqu'il commencera à manquer, ça va pas être drôle.
Aujourd'hui nos modes de vies et nos économies baignent entièrement dans le pétrole et c'est uniquement ça qui permet à tout le monde de bouffer à sa faim (du pétrole transformé d'ailleurs) pour trois fois rien.
Jancovici montre clairement qu'on va bien droit et bien vite dans un méchant gros mur, et que c'est pas parce qu'on ferme les yeux qu'on y échappera.
C'est sûr que son analyse peut faire peur mais elle fait surtout réfléchir : qu'est-ce que je peux faire à mon échelle pour limiter la casse à venir ?
De Yakuza8567
Journaliste en environnement | 21H13 | 11/05/2009 |
Jean-Marc Jancovici a tout compris. Attention tout de même : il faut quand même voir qu'une partie de son raisonnement - pas affichée ici - en faveur d'une économie décarbonée fait la part belle au nucléaire 100% sans CO2… Argument typiquement français pour se présenter comme des champions de la réduction des émissions de CO2, et promouvoir le nucléaire dans le monde pour notre Mère à tous, la déesse Areva. Ca me rappelle… Sarko ?
Sur le fond (la fiscalité environnementale), il faut considérer qu'en donnant un prix qui augmenterait à l'infini à une émission de carbone -c'est ce que propose JMJ dans son livre « Le plein s'il vous plaît“-, il faut bien admettre qu'à un moment, on tue l'assiette de la taxe (plus l'émission sera chère, moins il y aura d'émissions, donc moins de revenus).
La question est : créons-nous une fiscalité destinée à apporter des revenus à l'Etat ou destinée à changer les comportements ? Dans le premier cas, la France dispose déjà de taxes ‘environnementales’ mais trop disparates (TIPP, taxes sur les permis de construire, etc. L'OCDE en recense 2000 (vous avez bien lu ! ) pour les 30 Etats membres). Il suffirait de les réorienter et de mieux les coordonner, et surtout qu'elles soient mieux réparties. Aujourd'hui, en gros, les taxes environnementales sont le plus payées par les ménages, et les industries manufacturières y échappent en grande partie… (même dans de magnifiques pays égalitaires comme la Suède…)
Dans le second cas, cela suppose de créer un impôt ou taxe neutre pour le contribuable (il paie, mais redistribution environnementale pour les plus modestes), donc pas d'excédent budgétaire pour l'Etat.
Malheureusement, l'Europe a choisi une toute autre option en créant un marché du carbone dont les quotas, alloués pour l'instant gratuitement à une majorité d'entreprises, ne génèrent que des revenus captés par les entreprises vertueuses (alors que nous, consommateurs, achetons leurs produits plus chers). Par la suite, ces quotas seront achetés par les entreprises aux Etats et les revenus iront aux Etats. Sauf qu'ils auront toute latitude pour les redistribuer (et pas forcément dans un but environnemental).
L'Europe aurait pu être précurseure en la matière si l'idée d'une taxe carbone n'avait été rejetée par la France dans le tout début des années 1990. Amusant de voir aujourd'hui Sarko crier à qui mieux mieux qu'il est pour, alors que les entreprises françaises font le pied de grue de la Commission à Bruxelles tout ça parce que le marché européen du carbone devient (un peu) contraignant…
Enfin, l'an dernier presque jour pour jour, le Sénat a rejeté un amendement du gouvernement qui proposait de taxer les émissions des électriciens français (10% du parc électrique français est issu du charbon). Le Sénat, qui n'a rien compris, a rejeté la proposition. A part quelques canards spécialisés, les médias sont complètement passés à côté de l'info ! Mais le jour où l'environnement sera considéré comme un vrai sujet…
De thorkil76
Le viking vert | 21H34 | 11/05/2009 |
Bonjour,
Pour repondre a Pablocito, et a Jeyden … quelques remarques
1 Concernant Jancovici, ca fait un peu plus de 5 ans que je ne manque aucune de ses interviews, c est juste un mec brillant que l on pourrait classer dans la catégorie des cynico-réalistes (en France on aime bien ce genre de construction arf arf ! ) Cynique et realiste disais je parce qu encore une fois le suffrage universelle ce n est pas la panacee… le premier tour de 2002 nous l aura montre, le populisme ca marche bien et celle de 2007 aussi -a laquelle plus de 50% des votants on vote pour l un des candidats qui rasaient gratis ! ! ! -
Vous le trouvez un peu virulent ? mais quand tu es passager d un mec qui fonce -sans le voir- comme une balle dans le mur avec sa voiture tu n » hurles pas « freine ! » ? tu ne saisis pas le frein a main ?
j ai l impression que lui pense qu on est dans la meme situation….
effectivement l abus d experts peu gravement nuire a la sante, mais la le cas est mal choisi.
« l electeur de base » … « comprend » dixit Jeyden … Mouarf arf arf arf ! Il comprend quoi ? qu il consomme comme un boit sans soif !
Il comprend le programme qu il n a pas lu, du mec ou de la nana pour qui il va voter ?
2 concernant l ultimatum : difficile evidemment de predire le pick oil, quand la fonte du pole nord va ouvrir de nouvelles zones de prospections. mais la terre est finie et mieux vaut prendre un peu d avance… Moi je suis papa d une petite fille de 3 ans et j ai toujours cette phrase de St Ex en tete « on n herite pas de la terre de ses ancetres, on l emprunte a ses enfants »
ou celle la aussi qui n a pas d auteur « y a deux choses qui donnent une idee de l infini… l ocean dechaine et la connerie humaine »
3 concernant le courage de nos congeneres ou compatriotes face aux changements de comportements… c est vrai qu une grande majorite ont peur ou manquent de motivation . Mais moi j accuserai plutot les politiques qui ne donnent aucune vision de la societe vers laquelle ils veulent nous conduire …alors pour quel objectif final se mobiliser ? profitons !
avec nos couches lavables on a ete la risee de nos familles et amis pour qui on revient aux langes et aux corvees
nos graines d inde ne lavent pas
nos filtres a eau ceramique /charbon et notre gaezifieur d eau ; des lubies
l arrivee en velo et en costard au boulot ; une originalite
nos achats a des producteurs locaux … une contrainte d organisation
bon j arrete j en ai des tonnes encore
personne n imagine la vie sans la voiture … comment on fait pour aller voir ,les potes et la famille, pour aller au boulot ? Pour partir en vacances ? bref aucune visibilite
4 j adore les raccourcis ecole de commerce fils de bourge … J ai fait l une des 5 premieres (probablement donc l une ou il y a le plus de bourges non ? ) et ………… 75 % des eleves avaient un emprunt pour payer la scolarite et le logement reste donc 25% de la categorie FDB ! ! !
quelle belle analyse ! quel discernement !
Bon, pour ceux qui seront arrives jusqu ici, je vous invite a ne rater aucune des interventions de Jacovici, au risque de me repeter, il est brillant et pedagogue. Probablement qu une interview ecrite et quelques minutes de video en donnent une vision imparfaite (sans mise en cause des talents des journalistes)
voila
bon vent et merci a rue 89 d avoir zoomer sur Jacovici
Ah oui, si jamais tu lis ce message Jean Marc et que tu veux me faire une proposition de poste n hesite pas a passer par rue 89 pour me contacter, j accepte toute offre (professionnelle bien sur)
Le viking vert
De Patttt
(étudiant) | 00H51 | 12/05/2009 |
« qu'il ne reste que la souffrance ou le régime »
« on peut tout simplement vivre heureux avec moins de consommation »
C'est justement ce qu'il explique depuis des années, le régime dans le but de vivre heureux avec moins de consommation.
Mais soit on s'impose les limites maintenant en ce donnant le temps de s'adapter de maniere a vivre heureux avec moins de consommation, soit ça sera brutal !
« quand au pic de pétrole, à la “ finitude ” du monde : là il decouvre l'amérique. D'autres avant lui ont parlé de la dépletion et de la necessaire sobriété qu'il en découlera »
Ça fait plusieurs années qu'il en parle (rien que son site, des articles remontent à 2000, et il était déjà écologue avant…)
« Mais l'auteur semble vouloir instituer par sa taxe carbonne un monde qui continuera celui que nous connaissons alors qu'il faut absolument inventer autre chose »
C'est justement pour qu'un nouveau modele soit inventer qu'il veut instauré une taxe carbonne ! Pas pour continuer sur le même ! (Quand le prix du pétrole monte, les constructeurs automobile font un effort pour produire des voitures qui consomment moins… Au USA, où l'essences est tres peu taxé, les voitures consomme bien plus qu'en europe… Bref l'augmentation (virtuel ici) du prix de l'energie entraine des modifications de consommation et des remisent en cause de modele et solution… (tous en apportant de l'argent permettant de financer des projets pour reduire la consommation, pour faire de la R&D etc…)
(Après y a toujours le problème du fait que ça va pénalisé surtout les pauvres tous ça, mais justement faut le faire dans une modification global de la fiscalité (réduction de la TVA sur les produits plus respectueux, augmentation sur les autres, modification des plafonds et de l'assiettes de l'impot sur le revenu, aide pour faire des travaux de reduction de consommation en fonction des revenus etc…))
(PS : Je suis pas d'accord avec tous concernant ce monsieur, il est un farouche partisan du nucleaire, ce que je ne suis aucunement, cepandant je connais sont travail depuis pas mal de temps et ces analyses sont souvent brillante et juste. Après il a aussi tendance à prendre les gens pour des cons EN MASSE. Et il a parfaitement raison pris individuellement les gens sont souvent intelligent et son pres a faire des efforts, mais il y a toujours le probleme de « l'autre » qui ne fais pas l'effort (et on est TOUS un peu des 2 ! ), et donc pris en masse on ce retrouve avec un tas de gens plus ou moins égoïste avec leur petite habitude et une inertie importante, les politiques doivent parfois faire preuve de fermetter et d'ambition (si on avais écouter le peuple on aurais encore la peine de mort) pour l'interet général… (le probleme c'est qu'en ce moment c'est fermetter et ambition pour l'interet de 10 gus dans des conseil d'administration)