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Question séléctionnée par Eco89
Pourquoi la presse ne cite-t-elle que des économistes nazes ?
Ou pour reprendre l'intitulé exact de la question : « pourquoi la presse française publie t-elle les commentaires des économistes les plus nazes du pays ? » Je traduis à ma façon votre question, en la divisant en deux : 1) Pourquoi les grands médias et la télé font-ils appel à un nombre réduit d'économistes très en vue ? 2) Pourquoi sont-ils assez constants dans l'erreur, surtout quand se profile une crise ?
Aucun d'entre eux n'a vu venir la crise actuelle, et tous nous disaient qu'il s'agissait d'un trou d'air passager, que le système financier « moderne » avait les moyens de s'en arranger, et que la France était à l'écart de la pandémie financière, un peu comme pour le nuage de Tchernobyl.
1) Pourquoi toujours les mêmes ?
D'abord parce qu'on peut compter sur eux pour ne pas mettre en accusation le système, mais seulement quelques défaillances de sa régulation. Ensuite parce qu'il s'agit d'un réseau bien constitué (« grands » économistes et quelques « grandes » rédactions) de gens qui se côtoient, se valorisent mutuellement (citez-vous les uns les autres comme je vous ai cités), font partie des mêmes clubs, cercles ou fondations, ont des liens avec les milieux d'affaires.
C'est une cour à sa façon : la cour des grands. Nous sommes dans le système de la connivence au service d'idées de « réforme » d'un système inchangé, les seules nuances portant sur le degré de libéralisme de cette réforme, pas sur son principe.
D'autres économistes (ou sociologues, ou chercheurs d'autres disciplines) existent, ils ont les mêmes diplômes, la même capacité de s'exprimer clairement tout en pontifiant moins, et ils avaient assez bien vu venir la crise. Mais on ne les a pas invités et on ne les invite toujours pas, ou si peu.
Ils pourraient dire des choses qui dérangent. Par exemple que la Bourse n'est absolument pas nécessaire pour qu'une économie fonctionne bien au service de la société. Qu'il faut nationaliser les banques ou en tout cas refuser que le système financier, qui est ou devrait être un service public, soit dirigé par des actionnaires. Qu'il faut un salaire maximum admissible.
Tout cela ferait désordre. La cour des grands libéraux veille au grain.
2) Pourquoi sont-ils aussi constants dans l'erreur en cas de crise sérieuse ?
Un peu pour la même raison : quand on est convaincu qu'il n'y a pas de meilleur système que le capitalisme libéral (assorti de quelques corrections) et le marché concurrentiel, ce que « prouvent » leurs théories de l'équilibre et de l'optimum, alors la dénégation de la crise leur apparaît comme la seule position permettant à la méthode Coué de fonctionner.
Dire qu'une crise grave se profile, ou pourrait advenir, serait l'accélérer en minant la confiance dans le système, dans la Bourse, etc. Sauf que, en économie comme pour les pandémies, lorsque des virus toxiques, financiers ou pas, sont planqués hors de leur vue, plutôt courte, la situation leur échappe totalement. Mais ce n'est pas grave, l'impunité leur est acquise, leurs émoluments aussi.
Le libéralisme, c'est pour les autres : eux sont le plus souvent grassement payés par l'État dont ils dénoncent l'obésité. S'y ajoutent, pour certains, des conférences rétribuées à des montants inouïs, la participation parfois rémunérée à de multiples comités bidule « d'experts de haut niveau », ou de juteuses missions de conseil.
Et ce sont les mêmes qui vont à nouveau être invités à pontifier pour nous expliquer comment sortir d'une crise qui n'aurait jamais dû exister et qu'il faut vite oublier.
Une note d'optimisme : aucune domination idéologique n'est éternelle, et ceux-là ont quand même accusé le coup. Il faut continuer à les dénoncer. Pas seulement parce qu'ils se trompent, mais parce qu'ils font des dégâts.
► Vous pouvez retrouver le blog de Jean Gadrey sur le site d'Alternatives Economiques.
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De JAGGY
Homme libre | 12H30 | 12/05/2009 |
En réalité, les « économistes » qui ont accès à la presse française sont en général des personnes proches des milieux influents c'est à dire politiques ou économiques.
Ils sont donc liés (grâce à leurs études dans certaines grandes écoles, ou grâce à d'autres biais), à des personnalités qui souhaitent leur donner une tribune publique pour qu'ils puissent relayer les idées qu'ils partagent.
Le problème, c'est que les vrais économistes, eux, ne sortent pas de l'ENA ou des grandes écoles. Ce sont souvent des universitaires, qui ont travaillé pendant des années sur des modèles/thèses économiques.
Ils ne passent pas à la télévision, parce que nos médias préfèrent encore les « économistes » que leur vendent les partis politiques ou les milieux économiques.
Quand allez-vous chers médias, cessez de vous vendre aux dirigeants de ce pays ?
De nemo3637
Déchoukeur | 12H53 | 12/05/2009 |
J'avais ma petite idée mais je voulais connaître l'avis des riverains et internautes. Il y a des types géniaux en France - comme ailleurs - mais la presse semble engoncée dans le conformisme, censurant ce qui dérange, ce qui ne fait pas « sérieux », pas « vendeur ». Et en fin de compte on reste au niveau de Mickey Mouse contre Pif le Chien. Aucune analyse sérieuse n'est publiée mais plutôt des « états d'âme » (« Et si l'on… »).
Avec amusement je constate l'évolution du discours de quelqu'un comme Elie Cohen qui, il y a quelques mois, sortait de sa prudence, pour affirmer avec suffisance, que le surendettement public n'était qu'un moindre mal, puisque « appuyé sur les revenus des contribuables“( ! ). C'est très drôle en tant que discours. Ce l'est moins dans la réalité, notamment aux Etats-Unis…
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 05H16 | 13/05/2009 |
Une fois de plus(http://blogules.blogspot.com/2007/07/mondialisation-du-free-market-au-fa… ), ce n'est pas une crise economique mais une crise de l'economie, pas une crise financiere mais une crise de la finance. Les specialistes ont oublie leur coeur de metier a tous les niveaux de la chaine y compris et surtout la ou on est sense avoir le recul et le jugement pour eviter les emballements.
Dans les media, il convient d'ajouter deux biais qui suffisent a expliquer que ce casting de tocards est un choix delibere :
=> la presse economique (y compris TV, comme l'a encore recemment rappele le debat autour de CNBC) n'est pas independante puisqu'elle depend des annonceurs. c'est un phenomene courant, comme on le voit par exemple dans l'immobilier (ex aucun supplement special n'a titre sur la crise de l'immobilier en France avant la fin 2008).
=> la presse au sens large n'est pas independante, en Sarkozie tout du moins. le chef de l'Etat et son gouvernement ont joue la carte du deni pendant un an et demi et n'ont ete contraints a admettre que la France n'etait pas a l'abri qu'apres le coup de pompe boursier de l'automne dernier. aucun patron de presse n'a voulu se mettre a dos l'Elysee en criant au loup le premier, meme si le loup avait deja bouffe les deux tiers du poulailler.
L'implosion de l'automne 2008 n'a surpris personne a part un grand public deliberement maintenu dans l'ignorance. Si les economistes ont demissionne, les politiques ont clairement aggrave la situation : plus on retardait l'echeance en restant dans le deni, plus le choc allait etre violent et la depression durable (je me demande comment un Paulson ou un Bernanke peuvent encore se regarder dans un miroir). La campagne presidentielle 2008 n'a vraiment pas arrange les choses. Heureusement, la cabane est tombee sur le chien avant le 4 novembre.
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 12H30 | 13/05/2009 |
Je ne suis pas d'accord avec le constat global. Si la plupart des économistes liés à des entreprises (bancaires ou autres) sont passés complètement au travers des phénomènes annonçant la crise, ce n'a pas été le cas de certains universitaires en France comme aux Etats-Unis. Je ne sache pas non plus qu'ils aient été exclus systématiquement du circuit médiatique. Je pense notamment, en France, à Elie Cohen, qui clame que le système court à sa perte depuis des années, plus spécifiquement depuis la « bulle » Internet à la fin des années 90 et au début des années 2000. Il en a fait une apte démonstration avant le déclenchement de la crise dans un programme diffusé un soir sur Arte, et régulièrement dans l'émission C dans l'air diffusée sur France5. La semaine dernière encore, il a été particulièrement cinglant en ce qui concerne les « stress tests » appliqués aux banques américaines, ainsi qu'à propos des prévisions lénifiantes du gouvernement français. Elie Cohen n'est pas un révolutionnaire ni même un anti-libéral, mais c'est un scientifique sérieux qui ne s'en laisse pas compter.
De même, aux USA, Nouhiel Roubini, Joe Stiglitz et Paul Krugman avaient vu venir la crise. Roubini, régulièrement cité dans le New York Times, en a même quantifié les effets de manière assez effrayante il y a déjà longtemps. Là où je suis d'accord avec l'article, c'est que les médias conventionnels invitent régulièrement des économistes dont la fonction principale consiste à donner dans l'optimisme de façade.