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Pourquoi l'Europe semble plus touchée par la crise que les USA ?

Question posée par tooms4444 | p'tit con | 19/05/2009 | 18H58
La réponse de Jean Matouk

Au premier trimestre, le Produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a chuté de 2,5%, marquant le quatrième trimestre de repli, tandis que, sur la même période, il n'a baissé « que » de 1,6% aux Etats-Unis d'où est partie la crise. Nous avons demandé à notre économiste blogueur Jean Matouk d'expliquer cette contradiction. Sa réponse :

1) L'Europe est plus dépendante des exportations que les Etats-Unis. Dans le PIB américain, elles ne représentent que 10,5%. Dans celui de la zone euro c'est plus de 25%. L'Allemagne est à 35% ! La France et l'Italie à 26% ! Il y a donc entrainement plus rapide à la baisse, puisque la crise est mondiale. Le PIB allemand, d'ailleurs, baissera de 5% ou 6% en 2009, contre 2,5% à 3% pour la France.

2) Conséquemment la consommation des ménages joue un rôle plus important dans le PIB américain (70% du PIB contre 56% en zone euro mais 65% en Grande Bretagne..). Or, partout, toujours la consommation des ménages baisse moins que les exportations et les investissements. Elle est plus « résistante ». De plus, Obama comme Bush ont accordé des baisses d'impôts aux classes moyennes.

3) Ne pas se faire trop d'illusions. Les consommateurs américains consomment beaucoup à crédit (notamment les salariés bas et moyens dont les salaires ont été encore plus comprimés qu'en Europe depuis 20 ans). Or ils empruntaient plus que les Européens en fonction de leur richesse immobilière et en action, laquelle jusqu'en 2008 était « boosté“par la hausse des prix immobiliers et de la bourse. Cette richesse s'est fortement réduite, donc ils devraient emprunter plus difficilement dans les mois qui viennent.

Mais quand les investisseurs y croiront de nouveau, et Obama inspire confiance, l'économie repartira plus vite qu'en France. Paul Krugman, récent prix Nobel prévoit le début de la reprise économique aux Etats-Unis fin 2009, mais une reprise beaucoup plus lente de l'emploi (en raison des gains de productivité élevés).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 03H45 | 21/05/2009 | Permalien

La crise est inegale. L'Europe comme les US sont de vastes territoires non homogenes, des multitudes de marches. Ne generalisons surtout pas.

Les US beneficient neanmoins d'un marche interieur plus coherent, ne serait-ce que pour la langue. La dynamique interne s'est renforcee avec les evolutions demographiques tournees vers l'interieur du pays plus que les cotes, bassins d'echanges internationaux traditionnels.

Au niveau macro, on peut egalement rappeler que depuis 2006-2007, le calendrier etait ecrit : l'Europe morflera apres les States et mettra plus de temps a se relever. Depuis la fin 2008, un consensus emerge sur le calendrier : les US toucheront le fond mi 2009 et commenceront a la tete de l'eau courant 2010, l'Europe aura 6 a 12 mois de retard (une rechute generale n'etant evidemment pas a exclure pour tous).

Au niveau micro, des champions et des losers emergeront des deux cotes (ex industriels, financiers…). Le risque de zombie banks a la Japonaise semble neanmoins plus grand aux States que dans la zone Euro.

Au niveau regional, et a la difference de l'Europe, certaines parties des US ne se releveront pas. Ainsi, certains comtes n'avaient pas vocation a accueillir des developpements immobiliers non durables - je pense en particulier aux quasi-deserts dans le sud-ouest, des aberrations ecologiques.

Portrait de Korchkidu

De Korchkidu

Grand patron de 0,4 personnes | 21H22 | 19/05/2009 | Permalien

Bonjour,

serait-il possible dans votre explication de rajouter d'autres indicateurs que le PIB comme par exemple le nombre de destructions d'emplois, le nombre de faillites, le nombre de gens à la rue, etc ?

Car, des images que l'on reçois des Etats-Unis, la crise y semble bien plus terrible qu'en Europe…

K.

Portrait de la_chose

De la_chose

. | 07H53 | 20/05/2009 | Permalien

L'argument 1 de Jean Matouk n'en tient pas. Comparer l'ouverture des US et de chaque pays européen individuellement n'a pas de sens, il ne s'agit pas de la même échelle. Chaque état américain commerce énormément avec les autres, et a donc un taux d'ouverture beaucoup plus important. Il me semble que le taux d'ouverture de la Zone Euro vis a vis du reste du monde est autour de 10%, il n'y a pas de différence énorme avec les US.

La situation en Europe est très inégale. Ce qui se passe en Espagne en ce moment est sans commune mesure avec ce qui se passe en France (voir ici par exemple : http://fistfulofeuros.net/afoe/economics-country-briefings/is-spains-une…) le taux de chômage y atteint 20% et continue de grimper. Beaucoup de pays d'Europe de l'est on connue des chutes du PIB de 10 à 15% en rythme annuel au premier semestre 2009, tout comme l'Italie. Les européens ont voulus croire que parce que la crise était partie des US, c'était leur problème. Si il n'y a pas un peu de solidarité européenne, certaines régions du continent vont s'enfoncer très très bas, ce qui ne peu que nuire aux autres puisque nous sommes très interdépendant. Le plan de relance du gouvernement fédéral américain c'est essentiellement ca : redistribuer des états qui s'en tirent bien vers ceux qui s'en tirent mal.

Quand a la reprise, les destructions d'emplois et d'entreprises sont toujours plus rapides que leur création. On peu espérer que les plus productives auront survécu pour permettre une reprise rapide.

Portrait de loredana

De loredana

prof | 18H53 | 20/05/2009 | Permalien

- il faut aussi dire que les USA bénéficient de l'avantage de la monnaie, qui se transforme trop facilement dans une taxe souveraine sur la planète, et qui leur permet de payer leur dettes en monnaie de singe, en continuant d'émettre encore de la dette, sans se gêner, comme le fait Trichet (en espérant que la Chine ne rééquilibre pas ses réserves trop vite)

- il faut aussi savoir que si les USA n'exportent pas, c'est parce que ils ne produisent pratiquement plus rien (sauf armes et ogm), et qu'on voit mal d'où pourrait venir une reprise quel qu'elle soit, en sachant aussi que les défaillances sur crédit immobilier (sans parler des autres) ne s'arrêteront pas avant 2012 : on a de quoi voir venir.

- qu'on puisse prévoir une reprise, cela me sidère (venant de Krugman, qui doit s'être converti à la propagande) : aucune chance que les plans de sauvetage des banques et les plans de relance fonctionnent (où que ce soit) si on n'épure pas les bilans des banques= si la bourse monte ne sera pas par hasard parce qu'on a changé les règles comptables, avec « licence de truquer les bilans“à la clè ?

- la situation de l'Europe et des USA est très semblable d'un point de vue financier, mais l'économie réelle souffre plus chez nous, parce qu'elle, chez nous, ‘existe’ (et pas que comme pyramide de dettes = schéma Ponzi)

ça me sidère aussi de voir le peux de mémoire du public : depuis septembre dernier, les divers ‘économistes’ repoussent la sortie de crise d'un trimestre par mois….

moi, j'ai bonne mémoire !

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