-
Un fournisseur du vaccin de la grippe A licencie
LeParisien.fr20/11/09 | 10h14 -
AOL veut supprimer plus d'un tiers de ses effectifs
AFP via LesEchos.fr19/11/09 | 15h57 -
AZF : Total et Thierry Desmarest mis hors de cause
AP via Nouvelobs.com19/11/09 | 15h54 -
Augmentation des dossiers de surendettement de 16%
AFP via LesEchos.fr18/11/09 | 16h15 -
L'ex-PDG de Valeo réclame 2,5 millions d'euros
RTL.fr18/11/09 | 14h45
Bourse carbone : ArcelorMittal, pollueur très bien payé
Par David Leloup | Journaliste | 25/05/2009 | 22H07
Grâce à un lobbying efficace, le groupe dispose d'excédents de « droits à polluer » estimés à 1,2 milliard d'euros.

C'est le monde à l'envers. Alors que les émissions de dioxyde de carbone d'ArcelorMittal sont en hausse depuis 2005, le système européen d'échange de quotas d'émissions, censé pénaliser les gros pollueurs, aurait rapporté plus de 1,2 milliard d'euros en cash et en titres au numéro un mondial de l'acier ces quatre dernières années.
A l'origine de ce hold-up environnemental qui carbonise le principe du « pollueur-payeur », il y a le lancement, le 1er janvier 2005, de l »ETS (Emission Trading Scheme), censée être l'« arme fatale » de Bruxelles pour endiguer le réchauffement climatique.
Avec ce système, les quelque 12 000 sites industriels (électricité, sidérurgie, ciment, papier, verre…) responsables d'environ 40% des émissions totales des Vingt-Sept peuvent acheter et vendre des « droits à polluer », selon qu'ils dépassent ou non leur quota annuel d'émissions attribué par les pouvoirs publics.
L'idée centrale est que les entreprises qui peuvent réduire leurs émissions à bas coût le feront. Et vendront leurs permis excédentaires à celles pour lesquelles des coupes franches dans les émissions sont beaucoup plus onéreuses. La « main invisible » du marché se charge d'orchestrer le tout pour un maximum d'efficience. Voilà pour la théorie.
Grâce au lobbying, des multinationales ont des permis « en trop »
En pratique, le lobbying intensif de certaines multinationales, sur fond de menaces de délocalisation, leur a permis d'obtenir gratuitement des permis surnuméraires dont elles n'ont absolument pas besoin. Des permis qu'elles peuvent ensuite revendre sur le marché ou garder sous le coude pour polluer à l'œil dans le futur.
Et à ce petit jeu d'influences, l'industrie sidérurgique -ArcelorMittal en tête- est championne d'Europe toutes catégories.
D'après les données récemment publiées par la Commission européenne, le numéro un mondial de l'acier a rejeté 64,7 millions de tonnes de CO2 dans l'Union européenne en 2008, alors qu'il a reçu des permis d'émission pour 85,3 millions de tonnes. Cet excédent de 20,5 millions de permis, ou 32%, fait du géant indien le premier bénéficiaire de l'ETS.
Dans le top 10 des sites industriels présentant les plus gros surplus, ArcelorMittal aligne pas moins de quatre installations :
- Gand (Belgique, 4,4 millions de permis en trop)
- Gijón (Espagne, 3,9 millions)
- Brême (Allemagne, 3,8 millions)
- Galati (Roumanie ; 3,7 millions), loin devant Fos-sur-Mer (924 000) ou Dunkerque (401 000) par exemple.
Jean Lasar, porte-parole d'ArcelorMittal, commente :
« Concernant ces excédents de 2008, nous considérons la position du groupe sur l'ensemble de la phase 2 (2008-2012) et même de la phase 3 (2013-2020) de l'ETS, puisque les permis seront transférables d'une phase à l'autre. Pour cette raison, notre politique est de ne pas vendre nos droits d'émission. »
30% de permis en trop chaque année
Reste que cette manne de permis représente des actifs dont la valeur peut être estimée. Si l'on considère que 5% de tous les permis reçus sont cédés à des tiers (qui récupèrent les gaz sidérurgiques pour les brûler) et que l'on tient compte du prix moyen de la tonne de CO2 estimé pour 2009-2012 (29 euros), les excédents de permis engrangés l'an dernier par ArcelorMittal représentent des actifs qui se chiffrent à 488 millions d'euros.
Mais ils pourraient valoir beaucoup plus à l'avenir, puisque les analystes parlent d'un cours de 42 euros la tonne en 2013, et encore supérieur au-delà.
Plus inquiétant, cet énorme cadeau des pouvoirs publics au numéro un mondial de l'acier est tout sauf un accident. C'est la règle. Selon les données officielles des années 2005 à 2007, les excédents d'ArcelorMittal se sont montés à 18,6 millions de permis en 2007, à 17,3 millions en 2006 et -record absolu- à 22,2 millions en 2005. En moyenne, le surplus annuel est de 30%.
Combien tout cela a-t-il pu rapporter ? Tout dépend des dates et donc du cours du carbone auxquels ArcelorMittal a écoulé ses permis excédentaires (qui expiraient tous le 31 décembre 2007, à la fin de la première phase de l'ETS). Interrogé, le sidérurgiste confirme la vente de permis excédentaires entre 2005 et 2007, mais refuse de communiquer les montants perçus.
Il se borne à rappeler que les permis d'émission reçus en 2007 n'avaient pas de valeur, parce que le marché s'est effondré. « A la fin, il était devenu impossible de vendre le moindre excédent », explique le porte-parole du groupe.
Même les actionnaires sont dans le flou
Les actionnaires n'en savent guère plus : les profits générés par les excédents 2005-2007 sont absents des rapports annuels du groupe. Jean Lasar concède :
« Nos rapports ne reprennent pas les quotas qui nous ont été alloués dans le cadre de l'ETS, mais uniquement les transactions sur les marchés carbone réalisées par ArcelorMittal pour “hedger” [couvrir, ndlr] ses besoins au regard de l'ETS. »
« Notre approche à l'égard de l'ETS consiste à anticiper nos besoins pour chaque phase », précise encore le porte-parole. Etant donné qu'ArcelorMittal connaissait dès 2004 le nombre exact de permis qu'il recevrait en 2005, 2006 et 2007 -et qu'il a donc pu anticiper les excédents qu'il aurait chaque année-, il serait étonnant que le sidérurgiste ait été si peu inspiré au point de conserver la majorité de ses excédents jusqu'au crash du marché carbone en 2007.
Selon nos estimations, s'il a géré ses titres carbone « en bon père de famille » (en les vendant au prix moyen annuel) les excédents de 2005, 2006 et 2007 lui auraient rapporté respectivement 489, 237 et 10 millions d'euros. Soit un pactole de 736 millions d'euros.
Les consommateurs d'électricité paient la note
In fine, ce sont les consommateurs d'électricité -ménages et entreprises- qui règlent l'addition. En effet, les centrales électriques qui carburent au charbon et au gaz, véritables usines à CO2, sont les principales acheteuses de permis carbone. Elles en répercutent donc directement le coût à leurs clients.
Paradoxe de l'ETS, ArcelorMittal n'a rien du bon élève pour réduire ses émissions de CO2. Les chiffres de la Commission en attestent : elles ont grimpé de 6,7% en 2006 et de 15,5% en 2007. En 2008, elles ont certes diminué (-12,8%), mais ce repli est essentiellement dû à l »arrêt de plusieurs hauts-fourneaux suite à une baisse de la demande mondiale d'acier, provoquée par la crise économique.
Cela dit, la tendance générale est clairement à la hausse : +7,5% entre 2005 et 2008.
Des permis gratuits jusqu'en 2020 ?
Résumons-nous : alors que ses émissions en 2008 ont augmenté par rapport à 2005, ArcelorMittal a reçu gratuitement pas moins de 78,6 millions de permis carbone excédentaires au cours de ces quatre dernières années. La valeur totale de cette manne, en cash et en titres, atteindrait plus de 1,2 milliard d'euros.
Ces « dividendes du lobbying » vont continuer à tomber ces prochaines années. L'industrie sidérurgique recevra en effet tous ses permis gratuitement jusqu'en 2012 au moins. Dès 2013, 60% d'entre eux devraient être achetés aux enchères.
Mais la Commission européenne publiera, fin 2009, une liste de secteurs où le risque de « fuite de carbone » -c'est-à-dire de délocalisation dans des pays moins regardants sur le plan environnemental- est « significatif ». Ces secteurs continueront alors de recevoir tous leurs permis à l'œil. Et avec les syndicats européens derrière eux, les sidérurgistes sont franchement bien partis pour figurer sur la liste…
Photo : lors de la réouverture du four numéro 6 du site d'Arcelor-Mittal à Seraing, en Belgique (Thierry Roge/Reuters).
12679 visites | 38 réactions
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque






























6
De Xavier Denamur
Restaurateur | 23H42 | 25/05/2009 |
Mermet était cet après midi en ballade a lobbyland. Très flippant. Cet article en sus devrait pousser tous les citoyens a voter le 7 juin.
Votez pour ne pas laisser l'Europe aux mains des lobbies.
Les verts avec Eva joli a leur tête me paraissent pour cette élection les mieux disants mais vous etes libre de ne pas me croire.
De Confrère
consoeur | 08H45 | 26/05/2009 |
Tout cela est peut-être moins bizarre et scandaleux qu'il n'y paraît.
Les quotas ont été distribués en fonction de l'activité industrielle passée et de celle prévue à l'avenir. Si Mittal a eu plus que nécessaire, est-ce la faute au lobbying ou à une activité très inférieure aux prévisions ? De plus de 20 USD la tonne de CO2 à moins de 1 USD fin 2008-début 2009, le « droit à polluer » a beaucoup perdu de valeur. Mittal est parvenu à gagner beaucoup d'argent en vendant les siens au bon moment. Tant mieux ou tant pis. Peu importe. Si l'activité économique repart, elle devra soit réduire ses rejets, soit racheter (au prix fort) des droits à une entreprise qui a fait de véritables efforts de diminution de la pollution. L'efficacité de la directive ETS doit être analysée globalement et sur une longue période. La « carboniser » parce que le groupe X est parvenu à en tirer profit en période de récession mondiale, me semble une erreur.
De Oxymore
Enseignant-chercheur | 08H50 | 26/05/2009 |
Je dirais que cela signe surtout leur « pragmatisme » : si ArcelorMittal et les autres ne bénéficiaient pas de ce traitement de faveur en Europe, il est clair que la production « [migrerait] vers des pays dont les régimes environnementaux sont moins stricts », comme le dit Bob Jones, le porte-parole de Corus Group (Tata Steel). Cf. http://www.reuters.com/article/latestCrisis/idUSL9933905 (en anglais)
Maintenant, cette compréhension du problème ne résout rien évidemment, elle pose en fait de nombreuses questions supplémentaires, entre autres : A quel prix garder une production d'acier en Europe ? L'impact global de l'industrie de l'acier serait-il pire encore si toute la production se faisait en-dehors de l'Europe ? Etc.
De Yakuza8567
Journaliste en environnement | 09H16 | 26/05/2009 |
Les risques de « fuites de carbone » (sous-entendu, la forte exposition à la concurrence internationale du fait d'un dumping environnemental pratiqué par les pays n'ayant pas mis en place de marché du carbone) sont réels, mais peuvent aussi relever du mythe.
Ainsi, ces cimentiers qui, promis juré vont trop souffrir à cause de la concurrence de pays devenus plus compétitifs, alors que plus de la moitié de leur production est déjà hors Europe (Lafarge, par exemple). Pareil pour la chimie, alors qu'il suffit de quelques manip techno pas très compliquées à faire pour réduire ses émissions de protoxyde d'azote, gaz au pouvoir de réchauffement global 310 fois supérieur à celui du CO2 : ça en fait, du quota facilement et peu chèrement gagné !
Toutefois, le marché du carbone européen mis en place par la directive ETS doit encore évoluer.
De 2005 à 2007, cela n'a été qu'une période test, avec allocation gratuite des quotas. L'allocation a été plus importante que les émissions réelles, sous l'effet des lobbies !
Les choses sérieuses ont commencé en 2008, et jusqu'en 2012 (deuxième période). Resserrement des allocations, mise aux enchères des quotas dans certains pays (10% d'entre eux, en Allemagne). Mais pas en France -la proposition a été rejetée par les sénateurs l'an dernier presque jour pour jour : ils n'y comprennent rien ! Seulement, avec la crise, moins de production, donc moins d'émissions, donc effondrement du cours.
Les choses vraiment sérieuses devraient vraiment commencer en 2013 : ) (2013-2020, 3e période) : mise aux enchères intégrale progressive des quotas. Objectif de 100% d'achat des quotas pour toutes les entreprises soumises à l'ETS en 2020.
Un petit paquet de secteurs, ceux soumis à forte concurrence internationale, devraient y échapper en 2013, et continuer à en recevoir gratuitement. La Commission doit en dresser la liste d'ici la fin de l'année, puis nommer d'ici fin 2010 les entreprises qui auront des quotas gratuits. Les lobbies sont en train d'activer à fond leurs réseaux bruxellois. On parie qu'Arcelor et la sidérurgie y figureront ?
De Yakuza8567
Journaliste en environnement | 10H14 | 26/05/2009 |
Encore une fois, l'Europe a bon dos.
Rappelons, une fois de plus, que c'est la France qui dans les années 1990 a rejeté une taxe carbone européenne, qui aurait eu l'avantage de taxer les émissions réelles selon un prix fixé à l'avance, et non par le marché, dont nous subissons aujourd'hui un des effets pervers démontrés par cet article.
Rappelons que ce sont les Etats membres qui allouent les quotas aux entreprises. Rien ne les empêche d'être stricts. La France, pour son premier plan national d'allocation de quotas (2005-2007) s'est fait rappeler à l'ordre deux fois par la Commission. Deux fois, parce que trop généreuse, trop conciliante. Qu'y peut Bruxelles ?
En Belgique, les énergéticiens ont fait augmenter le prix de l'électricité pour les consommateurs, du fait de la « pression carbone », alors qu'ils avaient des quotas gratuits. Qu'est-ce qui a empêché le gouvernement belge de réagir ?
En France, les sénateurs ont rejeté une proposition du gouvernement pour taxer les énergéticiens : environ 25% des quotas alloués à ce secteur auraient pu être achetés par dès le début 2009. Qu'y peut Bruxelles ? L'Allemagne l'a fait, elle : 1 milliard d'euros généré en 2007, pour l'Etat.
De David Leloup (auteur)
Journaliste | 21H14 | 26/05/2009 |
J'ajouterais juste que si le cas d'ArcelorMittal est particulier, la période couverte n'est pas peu ordinaire. De 2005 à 2007 les affaires tournaient bien pour le sidérurgiste. Ce n'est qu'au quatrième trimestre 2008 que la crise a démarré :
- 2005 : 110 millions de tonnes produites
- 2006 : 118
- 2007 : 116
- 2008 : 103.3
Ce n'est que depuis quelques mois seulement que les usines ferment « temporairement » pour atteindre effectivement aujourd'hui 50% de la capacité de production du groupe.
Quant à l'ETS, il va devoir être réformé rapidement, sans quoi il perdra le peu de crédit que certains lui accordent encore.