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Joseph Stiglitz et cette finance qui nous pigeonne
Par Joseph E. Stiglitz | Economiste | 24/05/2009 | 23H00
Le Nobel d'économie décrypte les techniques d'infantilisation nées des financiers pour régner sur la finance mondiale.

Joseph Stiglitz, vice-président de la Banque mondiale de 1997 à 2000, en a démissionné en critiquant ce qu'il appelait « les fondamentalistes du marché ». C'est dire combien le prix Nobel d'économie 2001, qui a dirigé pendant quatre ans le conseil économique de l'administration Clinton -dernière époque prospère de l'Amérique- s'est montré clairvoyant.
En 2003, il publiait l'essai « Quand le capitalisme perd la tête » (Fayard, 2004). En 2007, l'étude « Irak. Une guerre à 3000 milliards de dollars » (Fayard, 2008).
Interrogé fin novembre 2008 sur la crise qui a dévasté la planète financière, juste après la chute historique de la banque d'investissement Lehman Brothers, Joseph Stiglitz proposait l'analyse qui suit -sans cacher sa colère contre les dirigeants des grands organismes bancaires qui engrangeaient d'énormes dividendes grâce au plan de sauvetage de l'Etat américain.
Cet entretien, jamais publié en France, décrypte les stratégies à l'œuvre chez les financiers pour tromper la société, et comment le « château de cartes » s'est écroulé. Nous avons dégagé ce qui apparaît comme les grandes règles de la puérilisation générale à laquelle nous avons assisté toutes ces années.
Organismes de crédit et banques trompent les gens sur leurs biens, jouent sur leur espoir de s'enrichir
Revenons à l'origine de la crise (…) D'abord, dans un contexte de faibles taux d'intérêt et de régulations laxistes, le secteur des prêts immobiliers a encouragé massivement les gens à emprunter. Nous nous sommes très vite retrouvés avec 950 milliards de dollars d'« extractions hypothécaires » (extraction de liquidités du capital immobilier par un prêt hypothécaire, ndlr). Les gens retiraient de l'argent de leur maison achetée à crédit, et en dépensaient une bonne partie. Ils se retrouvaient encore plus endettés.
Ensuite, il y a eu les « innovations financières », en fait destinées à contourner les normes de prudence qui étaient à la base de la bonne santé de notre système financier. Par exemple, on accordait des prêts hypothécaires à 100%, voire plus. Les gens n'avaient même pas à payer les intérêts dus, si bien qu'à la fin de l'année ils devaient beaucoup plus d'argent qu'au début. Alors on leur disait : « Ne vous inquiétez pas, le prix des maisons va continuer de monter, vous allez vous enrichir. On promettait ce que les économistes appellent un “free lunch”, un repas gratuit.
En même temps, pendant que le prix des maisons grimpait, les revenus des Américains n'augmentaient pas. En fait, le revenu moyen baissait, tout le monde vivait à crédit, encouragé par les banques, tandis que la situation des gens en bas de l'échelle se détériorait. Il n'est pas nécessaire d'être prix Nobel pour comprendre que si les prix des maisons montent, pendant que le niveau des revenus baisse et que le crédit devient faramineux, un problème va surgir. Vous ne pouvez pas dépenser 100% de votre revenu, ou plus, pour vous loger. C'était un pari stupide. Le résultat, c'est le désastre auquel nous avons assisté.
Titrisation ou le principe du pigeon qui se lève chaque matin
A ce moment-là, les financiers ont commencé de reprendre les valeurs des crédits immobiliers –si juteux apparemment. Autrefois, lorsqu'une banque accordait un prêt, elle en devenait responsable, et si c'était un mauvais crédit, elle en supportait les conséquences. Alors elle faisait une enquête.
“Ravages” n°2
Cet article est tiré du n°2 de Ravages, une revue trimestrielle parue pour la première fois début 2008 et bloquée depuis par les problèmes d'un éditeur partenaire. Dans ce numéro, outre Stiglitz, l'autre prix Nobel d'Economie Muhammad Yunus, mais aussi Bernard Stiegler, Paul Virilio, Paul Jorion ou Ruwen Ogien, entre autres, s'expriment sur l'“Infantilisation générale”.
► Ravages n°2, 12€ en librairies.
Mais une autre “innovation”, baptisée “titrisation” contournait la difficulté -on transformait la créance en titre financier sur le marché des capitaux. La titrisation a permis la diversification de la prise de risque dans le monde entier.
Mais la diversification comportait un nouveau danger. J'en plaisante parfois avec mes étudiants, car quand je commence à leur expliquer les avantages de la titrisation certains veulent aussitôt se précipiter à Wall Street pour gagner de l'argent ! Seulement, ils n'ont pas écouté la seconde partie du cours. Le risque vient que la titrisation et la diversification créent ce que j'ai appelé une “asymétrie de l'information”. La personne qui vendait le crédit en sait plus sur ce crédit -sa solvabilité- que la personne l'achetant.
En d'autre termes, des financiers douteux ont commencé de vendre des crédits douteux au monde entier, en vertu du principe selon lequel “il y a un pigeon qui se lève tous les matins”. Ces “pigeons”, ils les ont trouvés partout, la mondialisation ayant ouvert des perspectives entièrement nouvelles pour détecter des victimes ignorantes. Ils en ont trouvé beaucoup dans le domaine des prêts hypothécaires, surtout en Europe, où les pertes des “golden boys” de l'immobilier ont été encore plus grandes qu'en Amérique.
Le retour des alchimistes : transformer le plomb en or
Tout n'était qu'un château de cartes. Et la banque Lehman Brothers, fleuron de Wall Street, qui avait acheté un nombre considérable de ces prêts hypothécaires “pourris”, s'est aussitôt retrouvée particulièrement exposée. Il faut dire que beaucoup d'autres gens étaient impliqués dans la combine.
Les “agences de notation” [chargées de contrôler la solvabilité des créances, ndlr] ont cru qu'elles pouvaient se livrer à une véritable alchimie. Transformer le plomb en or ! Elles s'emparaient de quantité des “titres” classées X puis se livraient à une sorte de tour de magie pour les convertir en produits classés A. Ensuite, elle les présentaient comme des valeurs suffisamment sûres pour les portefeuilles de fonds de pension, ou les banques, ou par Lehman Brothers (…).
Les petits truqueurs mènent la danse
Comment cela marchait ? Les agences de notation financière se faisaient payer par ceux-là même qui émettaient ces produits compliqués. Ils devenaient si peu transparents qu'au final ceux qui les possédaient ne comprenaient pas comment ils avaient été valorisés. Ces produits résultaient de tant de trucages comptables que plus personne ne savait quel titre valait quoi. 
Bientôt, plus personne n'avait confiance. Or les marchés financiers doivent être fondés sur la confiance. C'est la base, le contrat capitaliste. Quand vous confiez votre argent à une banque, vous comptez le récupérer plus tard avec des intérêts. Mais quand les organismes à qui vous confiez votre argent l'utilisent pour acheter des actifs pourris ou partent avec, versent des primes faramineuses à leurs dirigeants, et qu'il ne vous reste plus que des paquets de titres insolvables, vous perdez confiance. Vous comprenez que vous avez été trompés. Et c'est qui s'est passé.
C'est précisément cela qui a abattu Lehman Brothers puis déclenché ensuite la cascade de faillites jusqu'en Europe : la perte de confiance. Plus personne n'avait envie de donner son argent à Lehman Brothers parce qu'ils vous disaient : “Nous ne savons pas ce que valent vos actifs” (…)
Cynisme absolu des riches
Le gouvernement devrait demander des comptes aux dirigeants de Lehman Brothers. J'ai été très critique lors de la mise sous tutelle des gigantesques organismes de crédit que sont Fannie Mae et Freddie Mac parce que le gouvernement Bush a laissé en place l'encadrement dirigeant qui avait mené ces sociétés dans l'abîme.
Un système de responsabilité doit pouvoir dire : “Vous, dirigeants, nous avez mis dans ce pétrin, comment vous faire confiance pour nous en sortir ? ” Regardez le salaire extraordinaire et les primes que touchent ces gens ! Ce sont eux qui ont plongé leur entreprise et le pays dans cette crise très grave.
Pourtant, impossible de les atteindre. Leurs primes colossales leur ont été versées sur la base des résultats 2006 et 2007. Aucune clause de leur contrat ne précise que s'ils occasionnaient des pertes colossales en 2008 et 2009, ils auraient à rembourser quelque chose. Ils ont agi au plus haut niveau d'incompétence, s'enrichissant personnellement, mais d'un point de vue juridique, cela n'équivaut pas à une tentative de fraude.
La plupart d'entre eux s'en sortiront très bien. Bien entendu, vous les entendrez se plaindre : “Nous aurions été bien plus riches si vous nous aviez proposé un plan de sauvetage plus avantageux.” Les gens de la société mobilière Bear Stearns se plaignent tous. Ils gémissent : “Regardez ce qui est arrivé à notre argent ! ” Je connais des gens à la City Bank qui disent : “Si notre stock d'actions était resté au même niveau surévalué, nous serions très riches, alors qu'aujourd'hui nous sommes seulement riches.” Une chose est sûre, tous ces dirigeants incompétents vont s'en aller avec beaucoup d'argent. (…)
Faire payer cash le peuple
Trois millions d'Américains ont déjà perdu leur maison, et on estime que 2 millions encore vont se retrouver à la rue, en ayant perdu toutes leurs économies. Le système financier américain n'a pas joué pour le bien de l'Amérique.
Les marchés financiers ont innové par le passé, avec des inventions comme le “capital venture” qui soutenaient l'innovation, prenaient des risques technologiques, industriels, dans la recherche. Mais ils ont préféré se mettre à “parier” -c'est la seule façon dont on peut décrire leur activité. Des paris avec l'argent des autres, dont nous payons tous les conséquences. Nous perdons nos maisons, puis nos économies, bientôt nos jobs -et en plus, nous payons maintenant des centaines de millions de dollars pour renflouer Fannie Mae, Freddie Mac, Bear Sterns, et qui d'autre encore ?
Nous avons besoin d'une régulation plus forte, nous devons changer nos présupposés -nous aurions dû le faire depuis longtemps. Il faut que les financiers créent des produits utiles, sûrs pour l'économie américaine et mondiale, qu'ils gèrent les risques sérieusement, tout ce qu'ils n'ont pas fait ! (…) Au contraire, ils s'emballaient, ils disaient à ceux qui doutaient de leurs combines “méfiez-vous, vous surréagissez ! Vous allez nuire à l'innovation, qui est l'essence de l'Amérique.”
Mais leurs innovations financières n'ont pas du tout rendu l'Amérique plus prospère. La seule réelle innovation des marchés financiers, c'est d'avoir trouvé comment se remplir les poches aux dépens du pays. Ce n'est pas le genre d'innovations dont nous avons besoin (…).
Ne jamais considérer les répercussions de ses actions sur les autres
Au tout début de la crise, au moment de l'effondrement des sociétés hypothécaires Fannie Mae et Freddie Mac, le gouvernement Bush s'est tourné vers les marchés financiers pour demander conseil. Et cela n'a rien donné.
Non seulement, tous ces financiers nous ont mis dans le pétrin, mais en plus ils ne savaient pas comment en sortir. C'est là un des fautes majeures de Wall Street, ils ne voient pas les répercussions de leurs actions, ils ignorent la situation dans son ensemble, ils sont aveugles aux effets sur le système économique global.
Ils n'ont pas vu qu'il était impossible que les prix des maisons augmentent tandis que les salaires diminuent. Ils auraient du s'interroger : quelles sont les conséquences pour le fonctionnement du système tout entier quand tout le monde emprunte ?
Un financier comprend facilement comment il peut gagner de l'argent, mais il ne voit pas plus loin. Leur clairvoyance, leur compréhension de l'économie, est très relative. Ils savent comment faire de l'argent, dans les bons moments. Ils savent se protéger aux dépens de leurs investisseurs (…) Mais nous parlons d'un système économique bien plus complexe et global, ils ont démontré leur incompréhension totale en la matière. C'est le boulot des économistes, du gouvernement, des politiques de réfléchir à rendre viable l'ensemble du système, pour qu'il profite à tous (…).
Nous avons tout cassé, faites nous confiance, nous allons tout réparer
L'un des grands problèmes de cette crise vient que nous n'avons pas seulement perdu confiance dans les institutions financières, mais en ceux qui étaient censés gérer, diriger notre économie. Pensez que lors du dernier sommet du G8, en mai 2008, avant l'effondrement de cet hiver, les chefs d'Etat ont affirmé : “Nous avons passé le mauvais cap, les choses s'améliorent, tout va bien.” Soit ils faisaient de la vente forcée, soit ils n'avaient rien compris du tout. Quelle que soit la réponse, pourquoi devrions-nous les croire à nouveau ? Ils ont eu “tout faux” quand cette crise s'annonçait, constamment. La crise de confiance est là.
Ensuite la situation économique va encore s'aggraver. La chute des prix de l'immobilier ne fait que commencer. Quand une bulle craque, elle ne revient pas à la normale tout de suite. Les prix s'effondrent d'abord, descendent bien au-dessous de la réalité avant de remonter vers un point d'équilibre.
Deuxièmement, les Etats et les communautés vont faire face à de grands problèmes. Dans l'Etat de New York, les banques dépendaient énormément des revenus du secteur financier. Mais quand les revenus n'arrivent plus, il faut couper les dépenses, les investissements, annuler les programmes prometteurs à long terme, ne plus aider les pauvres : ce qui implique que l'économie réelle s'écroule encore un peu plus (…).
Toutes ces années, l'administration Bush a préféré procéder à des baisses d'impôts, pensant que la baisse d'impôt est à la réponse à tous les problèmes. C'est le dogme républicain. Or la baisse d'impôts est une partie du problème. Comment peut-on prétendre qu'il s'agissait là d'une solution ?
Le problème des Etats-Unis n'est pas qu'on ne consomme pas assez. Cette baisse d'impôts va nuire à l'économie, surtout en temps de guerre. Tandis que les gens vont voir les prix de leurs maisons s'effondrer, les banques seront réticentes à prêter de l'argent à l'économie réelle -et entre elles, car leur état financier leur est inconnu. Elles ignorent quels risques elles prennent en prêtant de l'argent. Nous n'en sommes qu'au début (…).
Moi d'abord
Pendant toute cette crise, les marchés financiers ont voulu protéger leur avenir, même si cela devait tirer l'économie vers le bas. De manière répétée, le Secrétaire au Trésor a convoqué les gens de Wall Street, proposé de les aider, mais la réponse était “non, nous préférons voir l'économie s'effondrer qu'aller vers plus de régulation”.
Les intérêts sont clairement divergents entre la société et eux. Prenez l'exemple de Fanny Mac et Freddie Mae, les premiers organismes à avoir été aidés par de l'argent public. Ils ont aussitôt versé des dividendes à leurs cadres et leurs actionnaires, prenant de gros risques pour l'économie globale. Le gouvernement leur donnait de l'argent pour l'injecter dans le système, et eux retiraient l'argent pour le verser à leurs actionnaires. C'est inconcevable ! Il y a divergence d'intérêts. A l'avenir, nous ne devrions plus nous tourner vers eux (…).
Surtout pas de transparence
Quand les banques Merill Lynch et Citibank ont connu des problèmes au début de la crise, elles se sont tournées vers d'autres sources de fonds, étrangères, y compris des fonds souverains de plusieurs pays. Elles n'avaient pas le choix. Avec l'épargne américaine proche de zéro, elles se sont tournées vers l'extérieur pour trouver des liquidités. Il y a de quoi s'inquiéter.
Nous sommes ravis quand les puissances étrangères s'ouvrent à nos fonds, mais quand l'inverse se produit, tout le monde est beaucoup plus nerveux. Aujourd'hui les fonds souverains ont essuyé beaucoup de pertes, consécutivement à leurs investissements dans le système financier américain. Ils seront réticents, quoiqu'en disent certains experts, à investir encore plus d'argent dans les Etats-Unis.
Notre problème a empiré, en devenant le leur. Je les vois mal continuer à investir. J'ai parlé à différents dirigeants de fonds souverains et, pour le dire franchement, ils sont très en colère ! Les Etats-Unis leur parlent depuis toujours de transparence, quand notre propre système financier n'a plus rien de transparent. C'est évidemment bon, la transparence.
Mais les fonds d'investissements comme les “hedge funds”, qui gèrent plus d'un milliard de dollars dans le monde ne sont pas transparents. Dire que les fonds souverains doivent être plus transparents dans leurs investissements, et qu'ils peuvent investir dans des “hedge funds” où personne ne sait ce qu'il se passe, comment appeler cela ? Un jeu. Un jeu pour que les gens aient l'impression qu'on est en train d'agir (…).
Emprunter sans rembourser
Il existe une relation directe entre la guerre en Irak et l'état de l'économie américaine. Les foyers, le pays et le gouvernement, conjointement, depuis cinq ans, se sont lourdement endettés.
D'abord, le gouvernement a emprunté des sommes gigantesques. Notre dette a grimpé cette année jusqu'à 9000 milliards de dollars. Aujourd'hui, avec ce que va nous coûter le plan de sauvetage des banques, la crise de l'économie réelle, plus la guerre en Irak, le Congresionnal Budget Office (CBO) prévoit que la dette monte à 15 000 milliards de dollars.
Il faut comprendre que le gouvernement Bush a emprunté chaque cent dépensé pour la guerre en Irak. C'est la seule guerre connue financée par l'emprunt. Normalement, quand on fait la guerre, on diminue les dépenses, on augmente les taxes, on répartit les dépenses sur plusieurs générations (…)
Or en 2001, au début de la guerre, l'administration Bush a procédé à des baisses d'impôts. Puis à une seconde vague de baisses d'impôts. Résultat, la guerre a été payée avec la carte de crédit - d'où l'énorme dette fédérale. Le pays lui-même a emprunté. Le gouvernement ne pouvait plus se tourner vers les Américains, nous avons emprunté plus de 800 milliards de dollars au reste du monde. Et aujourd'hui, l'Amérique est incapable de rembourser sa dette (…)
Pendant que la guerre nous coûtait tant, les ménages américains empruntaient empruntaient, empruntaient… La Réserve Fédérale, la FED -menée par Alan Greenspan et le gouvernement- encourageait ce principe, en gardant ses taux d'intérêts très bas, ainsi qu'une régulation trop permissive. Ainsi, alors même que nous dépensions tellement d'argent pour importer du pétrole, l'économie fonctionnait car tout reposait sur notre consommation à crédit. Les ménages dépensaient, n'épargnaient plus.
Mais ça n'était pas durable. Un jour, le voile devait se déchirer. L'administration Bush espérait cyniquement que cela se produirait après novembre 2008, mais, comme pour beaucoup d'autres choses, cela ne s'est pas passé comme ils l'avaient prévu (…)
Investir dans la guerre, pas la sécurité sociale
Aujourd'hui, après une enquête indépendante, j'évalue le coût global de la guerre en Irak à 3000 milliards de dollars. (…) Larry Kingsley, “chief economic adviser”, disait qu'elle coûterait 200 milliards de dollars : il a été renvoyé par Bush. L'administration prétendait que la guerre ne coûterait pas plus de 50 à 60 milliards de dollars, et qu'il n'y aurait pas plus de trois mois de combats sur le front. (…)
Qu'aurions-nous pu faire avec 3000 milliards de dollars ? A l'époque, le Président estimait que “nous ne pouvions pas nous offrir la sécurité sociale” comme en Europe. Le fait est que, pour le prix d'un sixième de la guerre en Irak, nous aurions pu mettre en place un système de sécurité sociale viable pour les soixante-quinze ans à venir. Dans les faits, nous avons élargi le fossé social, accru les difficultés des gens pour se soigner, tandis que le prix des médicaments montait, sans même voir que ne pas soigner les gens coûte beaucoup au pays, humainement et financièrement.
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De Gilles31
Mec | 11H10 | 25/05/2009 |
@ Hulk
Les 500 milliards dont tu parles sont financés…non pas par l'Etat mais bien par les salariés pour l'essentielle (l'etat payant pour le reliquat type CMU et autre)
Les 500 milliards de Stiglitz sont juste ce qu'il faudrait pour changer le système de sécurité sociale aux USA et l'assume pendant 75 ans. AU final les salariés paieraient toujours leur assurance médicale mais au lieu qu'elle soit personnelle ou par le biais de leur entreprise, elle serait mutualisé comme en France (du moins en partie) et prendrait en charge les plus nécéssiteux
Ne pas confondre ces 500 milliards avec le coût total de la santé, à charge des citoyens (l'Etat ne faisant qu'organiser l'offre de soin et d'assurance et payer un petit peu pour les exclus) Ce dernier coût serait même probablement inférieur à l'actuel. Rappelons que les USA dépensent 16% de leur pib en frais de santé contre 11% en France
à Un compte supprime
De Iv
Roboticien utopiste | 11H31 | 25/05/2009 |
Eu Europe, on a une sécu plus avancée et plus couteuse qu'aux US, du coup on a moins de pognon pour faire la guerre.
Notez toutefois que la guerre d'Irak n'a été qu'un moyen de détourner de l'argent public dans la poche d'industriels amis de l'équipe gouvernementale. En Europe ces détournement existent également mais la facilité à déclencher une guerre contre un pays pour le faire n'est pas la même. Je suis sur qu'à scruter attentivement les budgets de pas mal de projet de construction ou de recherche, on découvrirait des sommes comparables atterrissant par magie dans les bonnes poches…
à Iv
De Gilles31
Mec | 11H56 | 25/05/2009 |
@ LV
Tu te goures. La santé coûte plus cher, et je crois que les américains sont ceux qui dépensent le plus dans l'OCDE en frais de santé. (16% du PIB contre 11% en France)
Ce que les américains ne paient pas en impôts et taxes sociales, ils le paient autrement depuis leur portefeuille. Mais bon il est de bon ton de louer le faible taux de prélèvements obligatoires….sans compter le coût réel pour l'usager (pardon..le client)
à Gilles31
De Iv
Roboticien utopiste | 13H05 | 25/05/2009 |
La question n'est pas en l'occurence de savoir quel pourcentage du PIB, mais quel pourcentage du budget de l'Etat, de l'argent public.
Et oui, je suis d'accord avec toi, il est bon de rappeler qu'un système de santé privé coute plus cher au final à la société.
à Un compte supprime
De aeiouy
des salopards pourissent notre vie | 13H40 | 25/05/2009 |
Dans le même genre d'idées folles :
La FAO estimait - estime encore ? - que 80 milliards de $ suffiraient à éradiquer la misère dans le ..
… monde.
De Asse42
Royalais | 00H54 | 25/05/2009 |
Cet article décrit bien ce qu'est le capitalisme libéral : tout pour l'individu, le môa. C'est la résultante de mai 68. La libération des chaînes étatiques ont entrainé une soif de liberté. Cette soif est à son paroxysme. Elle est même totalement décomplexée. On n'hésite plus à l'afficher.
Et qu'est-ce qu'on peut opposer comme système à cela ? Le communisme ? Franchement vous en connaissez beaucoup qui croit encore aux soviets et à l'égalitarisme ?
Non l'opposition naturelle c'est le socialisme. Le vrai. L'humanisme. Celui qui pense que tout individu doit pouvoir s'épanouir au maximum parce que sa richesse individuelle permettra d'enrichir le collectif ; que pour cela il faut permettre à tout le monde de le pouvoir en mettant en place un socle solide pour acquérir les bases de son développement par la volonté collective ; et cela dans un soucis de fraternité donc de respect d'autrui.
Si on part du principe que nous sommes des êtres humains, que nous sommes des êtres voués à nous développer grâce à notre interaction avec d'autres humains ainsi qu'avec notre environnement naturel, alors il n'est pas envisageable d'imaginer un autre avenir pour l'humanité. Sinon c'est la destruction, la guerre, la poursuite des tensions, la haine, le rejet des autres, le choc des civilisations.
C'est pourquoi je crois qu'il nous faut revenir à la source du socialisme républicain. Le vrai, celui qui n'est pas inféodé aux USA ou plus largement aux anglo-saxons. C'est pourquoi je ne suis pas un social-démocrate. Je me revendique comme socialiste républicain patriote et internationaliste en même temps. Car je ne veux pas dominer le monde. Je veux un monde humain et fraternel et il ne peut se construire que sur les trois valeurs fondamentales de notre république : Liberté, Egalité, Fraternité. C'est la seule opposition crédible au libéralisme débridé triomphant.
http://la-loire-soutient-segolene-royal.over-blog.com/
à Asse42
De ker
01H06 | 25/05/2009 |
Ni tribun, ni tyran, ni representant vive le communisme, mort a l'etat !
à Asse42
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 02H13 | 25/05/2009 |
« Celui qui pense que tout individu doit pouvoir s'épanouir au maximum parce que sa richesse individuelle permettra d'enrichir le collectif. »
On dirait du Adam Smith dans le texte, qui comme chacun sait était un socialiste notoire… Y en a qui doutent vraiment de rien…
à Dissonance
De Asse42
Royalais | 10H57 | 25/05/2009 |
Adam Smith n'a pas dit que des conneries et sa volonté de libéraliser l'individu n'est pas à jeter. C'est son utilisation et sdon interprétation qui diffère.
Pour le libéralisme la libération de l'individu doit se faire contre l'oppression collective qui entrave.
Pour le socialisme le développement individuel est permis pour tous par la mise à disposition des moyens collectifs.
Ce sont donc deux théories qui prônent la liberté individuelle telle que la voulait Smith mais pas avec la même finalité. La première c'est la jungle, la seconde c'est une société humaine.
à Asse42
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 15H01 | 25/05/2009 |
En matière de liberté, je préfère Voltaire à Smith, question de cohérence.
à Dissonance
De Iv
Roboticien utopiste | 13H13 | 25/05/2009 |
Adam Smith a également écrit « Théorie des sentiments moraux » autour de la question « pourquoi beaucoup de gens agissent d'une façon apparemment contraire à leur intérêt économique ? ». Tel les humanitaires, le pourquoi de la charité même anonyme, etc… Ce livre a eu moins de succès que son classique « Richesse des Nations » car il n'a pas réussi à développer de théorie numériquement exploitable, l'altruisme étant un phénomène plus complexe à mettre en équation que la loi de l'offre et la demande.
Plus récent et plus abouti, on pourra lire sur le même thème « Vers un monde sans pauvreté » du prix Nobel de la Paix Muhammad Yunus. On comprend de mieux en mieux les phénomènes d'altruisme, les dynamiques de la dominance et de l'estime de soi, de la compassion. Il y a un nouveau système à inventer et il est en gestation en marge de l'économie capitaliste classique.
à Iv
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 14H50 | 25/05/2009 |
Vous l'admettez d'emblée, « théorie des sentiments moraux » n'a pas suscité le même intérêt que « richesse des nations » chez les capitalistes naissants.
Dans les faits, les théories de Smith ont servi l'idéologie capitaliste, et précisément celle employée par Asse42 pour « définir » le socialisme. Par quel mécanisme ce qui produit un désastre chez les uns pourrait produire un miracle chez les autres, voilà la question que je me pose.
à Dissonance
De Iv
Roboticien utopiste | 17H27 | 25/05/2009 |
C'est très facile à expliquer : « richesse des nations » comporte des théories capable de formuler des hypothèses que l'on a pu vérifier, des prédictions sur les prix acceptés ou non par les différents acteurs, etc… tandis que la théorie des sentiments moraux mettait en avant l'existence d'un phénomène, a commencé à le théoriser mais n'a pas pu produire d'hypothèses vérifiables.
Adam Smith n'est pas à mon sens un créateur du capitalisme, c'est un simple observateur de ce qui arrive lorsque telle ou telle condition est remplie. Il se trouve qu'il est plus facile de mesurer des rentrées d'argent que des choses telles que la bonne volonté d'une personne.
Pourtant, des théories sont aujourd'hui en gestation, une science économique de l'altruisme est en train de se mettre en place pour expliquer pourquoi des choses telles que le micro-crédit fonctionne. Ces théories sont de merveilleux outils pour encourager et développer de telles initiatives.
à Iv
De Dissonance
demandeur d'emploi ou pas | 18H28 | 25/05/2009 |
Le micro crédit n'est pas le nouvel éden que vous semblez imaginer. Des critiques argumentées et construites existent, comme par exemple celle de dire que le micro crédit n'est qu'un réajustement de la logique capitaliste.
L'application du crédit classique aux populations les plus pauvres avait pour conséquence de littéralement détruire ces dernières. Le micro-crédit permet pour sa part de les soumettre plus durablement.
Comme un parasite ayant compris que de tuer son hôte ne le servait pas à long terme, la finance met en œuvre ce mécanisme pour pérenniser la vie de ses si nombreuses vaches à lait.
Pour autant, la qualité de vie des parasités n'est pas vouée à être améliorée par le jeu du micro-crédit. Plutôt leur durée de vie, qui elle, tend effectivement à être rallongée, mais toujours dans cette odieuse perspective d'asservissement financier.
En somme on peut considérer le micro crédit comme un n-ième cataplasme sur une jambe de bois. La question fondamentale à laquelle entend répondre ce nouvel outil n'est pas pertinente : Au lieu d'envisager comment pallier à l'incapacité des populations à s'auto-financer, les économistes seraient bien inspirés de se demander pourquoi ces populations sont dans une telle situation.
Et de produire les solutions en conséquences. Mais cela risquerait de remettre gravement en cause le modèle lénifiant du capitalisme libéral, voilà le nœud du problème.
à Dissonance
De Iv
Roboticien utopiste | 19H00 | 25/05/2009 |
Le micro-crédit n'est pas la part la plus intéressante de l'oeuvre de Yunus, mais c'est la structure de la banque qui les propose qui est, pour reprendre votre expression, le nouvel éden que j'imagine.
Bien sûr, une banque classique proposant aux pauvres des micro-crédits dans une logique de profit ne ferait qu'assujettir des populations déjà miséreuses, ferait passer la fortune de beaucoup de zéro à un chiffre négatif.
Cependant, les banques classiques ne se sont pas intéressées à ce marché parce qu'il n'est pas rentable. Entre en scène la Grameen Bank, mise en place par Yunus qui a des objectifs de résultats mais de résultats en terme de réduction de la pauvreté, pas en terme de profits. Elle n'a pas le droit de distribuer de dividendes, tous ses profits doivent être distribués aux employés et aux investissements. Les actionnaires en sont les principaux clients. Il s'agit d'un modèle entre l'oeuvre de charité et l'entreprise classique.
Le micro-crédit a quelque caractéristiques intéressantes mais peut en effet amener à un sur-endettement de gens vulnérables. Ce n'est pas le problème qui est intéressant mais la solution qui y a été apportée.
à Iv
De dodu
Ménagère surdiplomée | 11H35 | 26/05/2009 |
« Entre en scène la Grameen Bank, mise en place par Yunus qui a des objectifs de résultats mais de résultats en terme de réduction de la pauvreté, pas en terme de profits. Elle n'a pas le droit de distribuer de dividendes, tous ses profits doivent être distribués aux employés et aux investissements. Les actionnaires en sont les principaux clients. Il s'agit d'un modèle entre l'oeuvre de charité et l'entreprise classique. »
Ca ressemble surtout au système de la tontine , mais à plus grande échelle
à Asse42
De A peu pres
trappiste | 03H01 | 25/05/2009 |
Cher « loire-soutient-segolene »
Moi aussi je la trouve très belle, mais ce n'est pas le sujet.
à A peu pres
De Emma Indoril
Nérévarine | 07H34 | 25/05/2009 |
La Loire ?
à Asse42
De Emma Indoril
Nérévarine | 07H33 | 25/05/2009 |
Et si on les tuait ?
à Emma Indoril
De barbouille
surfeuse | 09H25 | 25/05/2009 |
je ne trouve pas l'idée si mauvaise. Après ils ont tué l'economie de plusieurs états. Ca mérite bien une injection.
à Asse42
De Monard
08H40 | 25/05/2009 |
« Tout pour le moa , c'est la résultante de mai 68 “ .Outre que c'est idiot , en 68 les mouvements mondiaux se battaient pour autre choses que le moa justement lié à la société de consommation, ou contre la guerre du vietnam , je ne vois pas ce que cette affirmation vient faire dans cet article de Stiglitz ….
Amalgame stupide ,argument sarkozyste, qui montre une méconnaissance de l'histoire . Si SR est défendue par des gens comme vous, elle a du mouron à se faire .
à Monard
De Asse42
Royalais | 10H53 | 25/05/2009 |
Monard
Merci d'ouvrir le débat avec respect….
Ce que je veux dire c'est qu'en 68 les peuples se sont battus pour leur liberté d'agir, de penser. C'était une lutte contre la domination étatique. Oui ou non ? De cet esprit libertaire a découlé le libéralisme qui pense que pour se construire il faut enlever tous les freins, toutes les charges. Sans distinction et sans savoir si ces charges sont utiles à l'ensemble de la collectivité ou pas.
Donc l'esprit de 68 a été le point de départ du libéralisme triomphant tel qu'il est devenu aujourd'hui. L'excès est l'ennemi du bien.
à Asse42
De Gilles31
Mec | 11H28 | 25/05/2009 |
@ Asse42
Vous confondez, ou voulez confondre, le respect du à l'individu , ses choix personnels à l'individualisme pur et dur ….môa d'abord, tout pour moi et les autres je m'en cogne.
C'est exactement ce que Sarkozy lors de son meeting à Bercy a voulu faire passer, avec succés vu qu'il d'adresse à une horde de neuneus ne connaissant rien à Mai68 et très contents d'avoir des boucs émissaires sur qui cracher toutes leurs difficultés (réelles ou imaginées) dans une ambiance de show son et lumière avec un Chef à adorer.
Mai 68 n'est pas que français en plus. Il s'agit d'un mouvement qui a épris Occident et Europe orientale contre les tyrannies et pour l'émancipation des individus, prenant des sens différents suivant les pays (France, USa, Tchécoslovaquie…). Pas pour l'individualisme pur et dur
Fait chier que le politique soit la chasse gardée de crétins ignares démagogues qui voient dans le moindre événement seulement de quoi l'instrumentaliser. Un peu d'intellos au pouvoir changerait les choses..enfin j'espère
à Asse42
De extralucide
retraite | 12H34 | 25/05/2009 |
Donc, notre petite révolution française a influencé toute la planète ? Il faudrait un peu sortir de votre patelin et éviter de croire tout ce que sort notre nabot.
De ker
01H04 | 25/05/2009 |
150 ans apres marx… quelle decouverte. quelle clairvoyance !
Pour eviter des dizaines d'annees de pensee laborieuse a Mr stiglitz et le ridicule de recevoir un autre prix nobel, je lui souffle la conclusion de Marx : si l'ont veut se debarasser du pouvoir arbitraire des capitalistes, il est necessaire que ceux qui produisent exproprient sans aucune compensation ceux qui detiennent le capital, les capitalistes, en s'appropriant les moyens de productions.
De Terence
02H27 | 25/05/2009 |
He si, il y a eu une autre guerre financée par l'emprunt, vous allez rire, la guerre d'indépendance américaine.
« Necker tente de mettre de l'ordre dans les finances, réalise des économies. Sa politique d'emprunt ne fait qu'aggraver le mal. … »
« Voulant se justifier, en 1781, Necker publie un Compte rendu au roi, qui fait apparaître un excédent de dix millions (il a négligé toutes les charges extraordinaires, en particulier celles résultant de la guerre d'Indépendance américaine… “
On sait comment ça a fini…
Comme me disait un trader : nous venons de franchir la Bérézina.
Après c'est la campagne d'Allemagne, la campagne de France…
Et au bout Waterloo…
Et après la réaction. Quel programme !
De nemo3637
Déchoukeur | 03H14 | 25/05/2009 |
Article remarquable et analyses connues mais exposées ici bien tardivement sur Rue89 qui préfère passer régulièrement des papotages ou les chroniques de Jean Matouk.
De temps à autre on doit quand même trop sentir la brise de la vacuité du point de vue économique.
La faillite de GM annoncée pour ces prochains jours, l'état de banqueroute de 44 états des Etats-Unis, celui de la Grande-Bretagne - en situation technique de cessation de paiement - le déclassement par Standard & Poor's de la dette du Royaume Uni, et l'Irlande … et des USA, anticipe la chute du dollar, perdant déjà son triple AAA symbole de confiance.
Quand aura lieu l'effondrement du système monétaire international ?
Avant ou après les vacances d'été ? C'est une question de quelques semaines.
Qui nous parle de cela ? Ce sont des fantasmes ?
Depuis le 21 janvier l'administration Obama a fait émettre 6360 milliards de dollars en bons du Trésor. Pendant la même période la planche à billets à fonctionné pour émettre 2000 milliards de dollars. Il faut ajouter à cela 1900 milliards de dollars de déficit budgétaire.
Le scénario est celui d'une crise en forme de u très large pendant plusieurs années. Mais on pourrait finir aussi avec une hyperinflation car les Usa et la Grande-Bretagne n'auront d'autre choix que de faire marcher la planche à billets.
Mais il y a aussi une bonne raison à ne pas vouloir regarder ces graves questions. Touchant de plein fouet la société capitaliste, elles obligent à immanquablement évoquer une alternative à celle-ci. Et là, pour beaucoup, c'est tout bonnement insupportable, revenant à imaginer, comme tenterait de le faire le citoyen de l'Antiquité, un monde sans Rome.
Evoquer cette « fin du monde » ou plutôt cette « fin d'un monde » ce serait être projeté en Enfer, en Barbarie (le totalitarisme soviétique…).
à nemo3637
De Le Yéti
yetiblog.org | 08H33 | 25/05/2009 |
Excellente analyse, Nemo.
(Mais tu es vache de dire que Rue89 préfère « les papotages » à une analyse critique de la situation. D'abord parce qu'ils ont fini par le mettre en une, l'article de Stiglitz. C'est ce qui importe.
Ils sélectionnent même tes commentaires !
Enfin, en toute modestie, ils acceptent de publier toutes mes tribunes dont l'esprit va dans le même sens que le tien. Se poser en victime contre tous ne renforce pas forcément un point de vue ; -) )
à nemo3637
De Oeillet rouge
rêve générale | 10H05 | 25/05/2009 |
D'accord avec vous Nemo, cet article de Stigliz expose très bien les mécanismes qui ont contribué à faire entrer l'économie mondiale en récession hors de tout contrôle.
Je fais une réserve cependant : Sitiglitz dit la nécessité de « réguler » le monde de la finance. Et il explique en même temps que les banquiers ne veulent pas en entendre parler…
En effet, la dérégulation est une des règles intrinsèques du capitalisme. En gros, tous les coups sont permis pour contrer la baisse tendancielle du taux de profit (décrite par Marx) et s'enrichir. Tout le système est fondé sur l'exploitation et l'accumulation du capital. Si l'argent est utilisé pour la satisfaction des besoins des populations (services publics, sécurité sociale, salaires, etc…), il ne va plus aux dividendes des actionnaires et donc ces derniers perdent…et il n'est plus possible de jouer…
Dans le cadre du système capitaliste, la régulation est donc un mirage. Il faut non pas réguler mais ériger d'autres règles, d'autres lois au niveau des Etats et des unions d'Etats (Europe) qui énoncent comme principes élémentaires la primauté de l'homme contre l'accumulation du capital, celle de la coopération contre la concurrence libre et non faussée.
Par exemple :
- Si vous redonnez beaucoup plus de pouvoir de contrôle aux Etats, en nationalisant intégralement et durablement les banques - et non pas seulement momentanément pour socialiser les pertes -
- si vous prêtez de l'argent aux entreprises qui créent de la richesse et de l'emploi (à travers des organismes publics de crédit par exemple) et non à celles qui licencient ou délocalisent pour abaisser le coût de la main d'oeuvre (ce qui fait monter le cours des actions),
- si vous interdisez les paradis fiscaux et supprimez les boucliers fiscaux, alors c'est ce système d'accumulation et d'appropriation des richesses par quelques uns que vous remettez en cause.
Ces trois mesures ne sont pas des actes de régulation, mais des actes qui modifieraient le système en profondeur et remettraient en cause le système capitaliste lui-même.
à Oeillet rouge
De nemo3637
Déchoukeur | 13H45 | 25/05/2009 |
Je trouve vos critiques pertinentes. Elles amèneraient, vous vous en doutez, à un large débat. Sur les mesures à prendre - il faut regarder la crise à l'échelle mondiale et non pas à l'échelle française, ni même européenne - elles semblent souvent à présent trop tardives.
Il faut, dans le cas d'une crise pareille, avoir en tête les souffrances de la plus grande partie des populations et voir simplement comment pourvoir à la satisfaction de leurs besoins sans dogmatisme, dans l'intéret général.
Un « coup de rein » fait de révolte et de reprise en main de l'économie est nécessaire, impliquant une prise de responsabilité individuelle. Je ne crois pas en l'Etat salvateur et à un arsenal de nouvelles lois, vision qui supposerait un fonctionnement intégrant une passivité certaine du peuple.
A propos de Rue89 et de certains qui y écrivent leurs idées et démonstration de « rustines », c'est vrai, il ne faut pas être trop vache. Dans le cas du site lui-même, il se doit d'intéresser le plus grand nombre. Ce n'est pas un site spécialisé dans l'économie, même s'il y a ici une rubrique. Néanmoins il publie les divagations - ou pensées profondes, cela dépend des points de vue - de tous ou presque…dont les miennes.
Ce qu'on peut quand même reprocher à Rue89 c'est de publier régulièrement les articles des mêmes bloggeurs qui, pour ce qui touche à la société et à l'économie, vont toujours dans le même sens du papotage et de la rustine. Je ne serai pas assez vache ici, encore une fois, pour citer des noms.