Question séléctionnée par Eco89

L'économie est-elle vraiment une science ?

Question posée par watashi_baka | ... | 27/05/2009 | 19H00
La réponse de Victor Joanin

Watashi_baka se pose la question au vu des divergences entre économistes et de leur capacité à anticiper la crise économique actuelle.

Préliminaire : qu'est-ce qu'une science ? Selon « Le petit Larousse illustré » (édition 2005, consultable à la rédaction), une science est un « ensemble cohérent de connaissances relatives à certaines catégories de faits, d'objets ou de phénomènes obéissant à des lois et vérifiées par les méthodes expérimentales ».

« La réponse tient dans notre part de liberté »

Première piste, l'économie obéit-elle à des lois ? En d'autres termes, est-il possible de formaliser des objets et des mécanismes économiques sous forme mathématique ?

« L'économie fait partie des sciences humaines et sociales, qui dépendent des passions humaines et ne peuvent être mathématisées, argue Angèle Kremer-Marietti, épistémologiste. Par exemple, un achat est passionnel. Les mathématiques ne servent à rien, ils ne sont que des repères objectifs très limités. »

Pour elle, les choix économiques des individus ne constituent pas des objets scientifiques.

« Si l'économie n'est pas une science exacte, c'est tant mieux ! Cela voudrait dire que nous sommes des automates. La réponse tient dans notre part de liberté. »

En outre, la méthode de l'expérimentation est inapplicable en économie :

« En général, on ne peut pas utiliser la méthode de l'expérimentation en économie, sauf en psychologie, explique Charles Wyplosz. On ne va pas créer une petite crise ou deux pour la science ! C'est l'expérience qu'on tire de l'histoire qui compte. »

« Les économistes observent et collectent des données réelles : les statistiques »

Guy Sorman insiste lui sur l'importance des mathématiques :

« Les économistes observent et collectent des données réelles : les statistiques. Celles-ci effacent les passions individuelles et décrivent des comportements de masse, répétitifs, dans toutes les cultures. A partir de ces données, nous construisons des modèles. Ensuite, nous testons ces modèles imparfaits, nous les soumettons à la critique et nous les faisons évoluer. »

Pour Guy Sorman, l'économie est une science car les économistes emploient le langage universel des mathématiques :

« Ceci conduit à de vastes zones de consensus entre économistes, par exemple sur la relation entre inflation et quantité de monnaie, sur la relation entre salaire et chômage. Il est à noter que les économistes d'obédience différente se parlent, ce qui implique qu'ils parlent de la même chose et utilisent le même langage. »

Pourtant, on parle bien de « sciences économiques » au pluriel : la discipline est « découpée » en de nombreuses théories, comme l'explique l'épistémologiste Claude Mouchot dans son plaidoyer pour l'appellation d'« économie politique » :

« L'économie classique, l'économie néoclassique, l'économie marxiste, l'économie keynésienne… sont autant de sciences qui rendent compte de certains aspects de la réalité économique, en en négligeant d'autres. On peut dire que chacune de ces sciences “ découpe ” son objet dans la totalité du réel économique et social. »

« Toute théorie comporte, ipso facto, un caractère idéologique »

Ces découpages, selon cet épistémologiste qui plaide pour l'appellation d'« économie politique », sont relatifs aux idéologies :

« Privilégiant certains aspects du réel en en négligeant d'autres, toute théorie comporte, ipso facto, un caractère idéologique : les tenants d'une théorie ne l'ont pas choisi pour des raisons “ objectives ” au sens des sciences de la nature ; bien au contraire, ils l'ont choisi car elle portait avec elle les valeurs politiques qu'ils désirent défendre. »

De plus, il arrive que ces différentes sciences soient contradictoires. Leur synthèse est impossible, sans quoi « au moins certaines théories auraient été unifiées. » Il s'agit d'« une évidence historique : la multiplicité de fait des théories économiques en est en quelque sorte une preuve concrète. »

Face à toutes ces opinions divergentes, que conclure ?

On dira faute de mieux que, touchant à beaucoup de disciplines et intimement liée à la politique, l'économie est finalement assez insaisissable, telle une pieuvre qui expulse son encre à chaque fois qu'on s'en approche. Néanmoins, si l'on en croit Charles Wyplosz, ce n'est qu'une question de temps :

« L'économie n'est pas encore arrivée à un état d'élaboration très pointu. On est au niveau de la physique ou de la chimie d'il y a deux siècles. »

5 commentaires sélectionnés

Portrait de la_chose

De la_chose

. | 16H27 | 13/05/2009 | Permalien

L'économie est elle une science ? Une question qui va apporter son lot de commentaires argumentés et réfléchis a tous les coups !
En tout cas je ne pense pas que le degré de consensus qui existe soit un critère pour en décider. Une science ou les théories ne seraient pas contesté en permanence et remise en cause régulièrement serait morte.
Je crois qu'il y a des approches scientifiques à l'économie et d'autres qui relèvent plus de la philosophie ou du dogme et une assez forte méfiance d'un camp pour l'autre au sein des labos. Les travaux empiriques sont extrêmement nombreux et il est aujourd'hui à peu près impossible de publier un papier théorique sans l'appuyer sur un exercice statistique ou une étude de cas.
Finalement juger l'économie sur sa capacité à prédire le futur est sans fondement. Le but de l'économie est d'éclairer et de comprendre les interactions et les choix des individus.

Portrait de setori

De setori

retraité | 17H05 | 14/05/2009 | Permalien

Il y a plusieurs « sciences » : de la matière ,des nombres,humaines entre autres.Les sciences humaines (histoire ,sociologie,psychologie,psychiatrie,économie etc..)ont ceci de particulier qu'elles peuvent difficilement et quelques unes ,jamais,reproduire le phénomène qu'elles étudient .Les conditions de l'étude sont « médiates » ,et donc l'a-postériori est plus facile que l'a-piori.Grâce à des modèles mathématiques elles essaient d'extraire des constantes dans leurs études mais la matière est trop » fluante « pour que la fiabilité y soit à 100/100 assurée.

Portrait de egide

De egide

Littéral | 17H08 | 20/05/2009 | Permalien

L'économie, c'est comme la médecine, on peut leur appliquer des sciences et des techniques qui permettent de comprendre les fonctionnement de systèmes et d'organisations complexes.

Mais il n'existe pas une théorie économique qui serait incluse dans l'économie même. Il faut des point d'observations et d'expériences qui sont par essence extérieurs à l'économie pour pouvoir en rendre compte.

Simplement contrairement au corps humain, l'économie est complètement un artefact.

Cet artefact est constitué lui-même de très nombreux autres artefacts qui se ressemblent tout en ayant des caractéristiques différentes.

Ces artefacts sont plus ou moins en interaction les uns vis à vis des autres.

Aussi, ce qui ressemble le pus à l'économie, ce sont des modèles économiques.

Or le défaut intrinsèque à tous les modèles, c'est qu'ils ne sont qu'une représentation « simplifiée » de l'économie, qu'ils ont besoins pour être un tant soit peu utile, renseignés avec de nombreuses variables plu ou moins établis statistiquement ou par des mesures souvent partielles.

Si on considère que les systèmes économiques sont des systèmes logiques composés de très nombreuses asertions dont certaines sont assez complexes, de plus, si on admet, ce quii est de la pure spéculation que ces systèmes logiques n'ont pas de contradiction en eux-mêmes, cela impliquent forcément par théorème (celui de Gödel) que ces systèmes contiennent une infinité d'assertions indécidables

Ces assertions indécidables deviennent parfois des postulats dont leur importance est fondamentale, car on leur affecte une valeur logique afin que le système soit dynamique mais par pure convention.
Selon la valeur du postulat, le comportement du système peut être très différent.

Certain affirme que le postulat s'impose « naturellement », c'est à dire que celui qui décide de la valeur du postulat a réuni pour pour faire valoir sa solution d'un rapport de force et de conviction qui lui permet d'avoir une meilleur maitrise des processus qui découle de l'application de ce postulat.

Si hadopi prétend diffuser des œuvres et la protection des droits,
quand est-il de hadicpig, la haute autorité de diffusion des capitaux et e la protection de l'intérêt général ?
Ha, ça existe pas !

Pas de Droit objectif pour les échanges financiers ?
Pas de contrôles administratifs ?
Anonymat absolu des titulaires des comptes,
Pas d'action judiciaire ?
Pas de recours ?

Mme Lagarde encore un effort pour être une grande argentière !

Portrait de Anaximandre

De Anaximandre

Sous la voûte étoilée | 22H42 | 15/05/2009 | Permalien

L'économie ne peut à l'évidence être considérée comme une discipline scientifique. En effet, le scientifique étaye sa théorie sur l'expérience, qui par principe est reproductible à l'infini. Ce n'est et ne sera jamais le cas de l'économie, malgré les tentatives des économistes de parer leur discipline d'un semblant de rigueur mathématique au travers de l'économètrie.

« La seule fonction de la prévision économique est de rendre l'astrologie respectable ». John Keneth Galbraith.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 10H48 | 19/05/2009 | Permalien

commencons par definir l'economie.

selon moi, l'economie couvre l'ensemble des sciences et techniques permettant d'apprehender un systeme ou une activite au sens large (individus, societe, entreprise, organisme vivant…)

de fait, l'economie s'appuie sur des mathematiques, des sciences sociales, de l'histoire, de la psychologie, de l'ethnologie…

c'est ce qui fait son charme et c'est pourquoi j'avais prefere cette voie a une solution hemiplegique dans mes etudes (mi « sciences », mi « litteraire »).

l'economie est fondamentalement une matiere noble, et nous ne sortirons de la depression actuelle qu'en lui redonnant tout son sens : ni en poursuivant dans la fuite en avant actuelle, ni en refusant de comprendre ce qu'elle signifie pour l'avenir de cette planete
http://blogules.blogspot.com/2007/07/mondialisation-du-free-market-au-fa…

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