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Licenciés de Leclerc pour avoir réintroduit la grève ?
Par Victor Joanin | Etudiant en journalisme | 29/05/2009 | 14H34
Le centre Leclerc du Méridien, à Ibos, non loin de Tarbes, est un endroit un peu particulier. Au sein de cet hypermarché qui emploie 560 personnes, les délégués du personnel sont invisibles, et le syndicat n'existe plus depuis sept ans. Aucune grève en trente ans.
Alors, quand la direction prend connaissance de la mobilisation du 19 mars, et de la banderole déployée par ses employés (« Salariés du Méridien : Les prix Les salaires les plus bas »), elle voit rouge.
Convoqués par la direction
Peu après la manifestation du 19 mars, la totalité du personnel est convoquée en petits groupes par la direction. Apparemment pour réinstaurer le dialogue, parler d'avenir, rassurer en quelque sorte. Selon les salariés, l'objectif est tout autre : repérer les individus les plus impliqués dans le mouvement.
Trois d'entre eux, employés à l'espace culturel de l'hypermarché, reçoivent le 12 mai une convocation préalable à licenciement. Motif invoqué : des ventes en baisse dans le secteur du disque.
Pourtant, les années 2006 et 2007 avaient été fructueuses dans les hypermarchés Leclerc du département, qui appartiennent tous à la même famille. Le centre du Méridien avait permis de dégager 2 430 000 euros de dividendes à l'issue de chaque année.
En outre, le centre du Méridien doit être prochainement agrandi (le projet a été accepté en commission d'équipement commercial), comme vient de l'être celui de Lormond, à Tarbes.
Enfin, les dirigeants ont décidé d'accorder aux salariés de plus de dix ans d'ancienneté une prime, de 500 à 1000 euros, pour fêter les 50 ans du magasin. Un extra d'une valeur totale de 450 000 euros.
Tous ces signes positifs rendent les salariés de l'établissement sceptiques : ils en sont certains, les motifs invoqués pour ces licenciements ne sont qu'un prétexte.
C'est en tous cas ce qu'affirme Yves Rolland, délégué syndical du Leclerc de Tarbes. Pour lui, « l'objectif est de casser le mouvement et d'instaurer un rapport de force avant les élections du comité d'entreprise de novembre ». Contactée par Eco89, la direction du Leclerc n'a pas souhaité faire de commentaire.
« Les gens ont peur »
Un collectif de soutien, créé à l'initiative de syndicats (CGT, CFDT, FSU, PS), de partis (Parti de gauche, Front de gauche, NPA, Gauche unie, LO) et d'une association (Attac), passe rapidement à l'action. Le mercredi 20 mai, une mobilisation réunit 250 personnes sous le slogan « Liberté syndicale » :
« Ici, les gens ont peur, raconte Florence Andrieu, l'une des trois personnes menacées de licenciement. Après la manifestation du 19 mars, il planait comme une menace. On a surveillé mes horaires, on m'a écarté de certaines de mes fonctions. Je veux parler de pression, d'humiliation, d'atteinte au droit de grève et à la liberté d'expression. »
Florence Andrieu compte bien aller aux prud'hommes. Le collectif de soutien est également prêt à poursuivre l'action : un nouveau rassemblement est prévu ce vendredi à Idos.
« Si vous n'êtes pas contents, vous allez voir ailleurs »
Les propriétaires, les frères Brice et Davy Saint-Laurent possèdent les quatre Leclerc des Hautes-Pyrénées : Tarbes, Ibos, Lourdes et Orleix, comptant environ 1200 salariés. Au total, ils dirigent tout les deux 45 entreprises selon infogreffe, dont 39 dans les Hautes-Pyrénées, ce qui fait d'eux les premiers employeurs du département.
Les quatre établissements leur ont été confiés par leur mère Jacqueline, qui les avait elle-même hérités de son père en 1996 et menait la barque jusqu'à peu avec son frère Jean-Claude. Leur soeur, Nicole Bélit, dirige un centre Leclerc à Pau, et détient au total 12 entreprises.
Hasard ou pas, l'article publié sur le site du quotidien local, La Dépêche du Midi, ne mentionne nulle part le nom de Leclerc. Les médias locaux évitent de parler de l'affaire. L'enseigne est l'un des plus gros annonceurs de la région. Difficile de résister à leur « potentat local », confie un journaliste local :
« Leur crédo, c'est si vous n'êtes pas content, vous allez voir ailleurs. Et je peux vous dire qu'il sera alors très dur de retrouver du travail dans le coin. C'est pour cela que personne n'ose parler. »
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De nemo3637
Déchoukeur | 16H50 | 29/05/2009 |
La vie est dure partout mais notamment dans les Hautes-Pyrénées. Les relations sociales, dans ce département dont la capitale Tarbes ne dépasse guère les 40000 habitants, sont encore empreints de féodalisme et de soumission.
Certes le PCF y a été - est encore - très influent, mais là encore, il pratiquait une politique de clientélisme.
Qui ne se souvient d'Erraçarret, le dernier maire communiste, poursuivant en personne, les vagabonds qui avaient le malheur de stationner dans son centre ville ?
L'urbanisme de Tarbes est globalement…un désastre.
Le centre commercial et culturel, du coup, s'est déplacé à Ibos, à près de 10 km du centre de Tarbes, à l'enseigne de Leclerc.
Même la cafet » est attrayante, magnifique belvédère des Pyrénées.
Cela dit la librairie du Méridien, à Ibos était bien géré, bénéficiant d'un personnel compétent et éclairé. Pas étonnant que l'entreprise ait été bénéficiaire.
Les gars, les filles, je pense à vous. Allez Zuzu décarcasse-toi !
De leo s
noyaudecondensationdanslanébuleused... | 12H57 | 30/05/2009 |
Pour ce qui est des actions mises en oeuvre pour empêcher les licenciements, il en est une, entre autres, particulièrement intéressante :
Il s'agit d'écrire une lettre personnelle à la direction.
Mon voisin m'a montré celle qu'il avait envoyée. Il en a lu nombre d'autres, qu'il trouve bien mieux écrites. Cette diversité le ravit.
Il se risque quand même à vous faire part de la sienne
Monsieur le Directeur
De magasins Leclerc
Ibos
Monsieur le Directeur
- Comptez (en moyenne) 100 euros laissés, depuis plus de 20 ans, aux caisses du magasin Leclerc Ormeau, ceci chaque semaine.
- Ajoutez y les passages réguliers à la station service.
- Ajoutez le prix des livres dont le nombre fait ployer les planches de notre bibliothèque.
- Ajoutez y l'extrême reconnaissance que j'éprouve devant le magnifique travail effectué par les professionnels de votre librairie.
- Ajoutez les innombrables spectacles vus au Parvis.
- Ajoutez des dizaines de dizaines de films.
- Ajoutez y mes souvenirs de jeunesse quand dans une autre ville, ma mère faisait des ménages chez le gérant du magasin Leclerc.
- Ajoutez y le poids de mon age.
Vous saurez alors ma somme de colère d'apprendre que vous avez l'intention de licencier trois de vos employés qui défilaient avec des milliers de Bigourdans le 19 mars 2009 dans les rues de la ville.
Je vous prie de croire à mon attachement au livre, au code du travail et au respect des droits des salariés.