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Rachel, productrice laitière pour 900 euros par mois

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 02/06/2009 | 10H04

Rachel, productrice de lait en Bretagne (Audrey Cerdan/Rue89).

Installée depuis dix ans en Bretagne, élevant avec son mari 60 vaches laitières, Rachel désespère de gagner correctement sa vie. Pour Eco89, elle a fait les comptes de son exploitation.


Son mari Bertrand avait racheté 30 hectares de terre à ses parents à Questembert, dans le sud du Morbihan, et Rachel, elle, diplômée en mécanique industrielle, ne se voyait pas faire les 2x8 en usine. Elle a donc passé son brevet professionnel d'exploitant agricole et racheté dans la foulée de quoi agrandir le troupeau initial. « Selon nos calculs, on devait dégager chacun un revenu de 1 500 euros par mois », se souvient-elle.

Seulement, c'était l'époque du lait à 3 francs (0,45 euros) le litre, bien loin du tarif pour lequel les éleveurs se battent (0,29 euros)
. Selon les chiffres de son bilan 2008, le couple ne dégage que 1 800 euros à deux chaque mois. Engagée au syndicat professionnel des Jeunes Agriculteurs
, Rachel se demande comment elle va pouvoir continuer…

« La dérégulation du marché au niveau européen est en train de nous étrangler. Certains industriels nous laissent dépasser les quotas et le prix n'en finit pas de chuter. Ainsi, avec un tarif qui passe de 38 à 21 centimes d'euros en un an, mon exploitation perd 52 020 euros de recettes et là, ça n'est plus possible. On va finir sous le seuil de pauvreté. »


Recettes : 14 586 euros

Le troupeau de race normande, soixante vaches, a l'avantage d'avoir un assez bon rendement et surtout de produire aussi de la viande, ce qui fait normalement un double revenu.

L'aide européenne au titre de la PAC pour cette exploitation est de 2 083 euros
par mois. Mais « le but, c'est de vivre de ses revenus, pas des aides ».

L'exploitation des Guiquerro est autorisée par Bruxelles à produire 340 000 litres de lait par an. Elle ne remplit pas ce quota : « ça nécessiterait de pousser les vaches à manger beaucoup de nourriture concentrée, et ça nous ferait prendre des risques pour leur fertilité », explique l'agricultrice. Elle a donc vendu l'an dernier 306 000 litres de lait à 38 centimes d'euros (moyenne 2008), soit un chiffre d'affaires mensuel de 9 690 euros.

La viande ne paie pas lourd : les vaches sont vendues en moyenne 985 euros pièce pour 400 kilos de viande, soit un peu plus de 2 euros le kilo. En 2008, le couple d'éleveurs a envoyé à la réforme 12 vaches et 21 veaux (ces derniers à 140 euros pièce), ce qui fait un revenu total de 1 230 euros
par mois.

Rachel et Bertrand ont aussi développé une activité de céréales sur une partie de l'exploitation. Le seigle et le blé produits par leurs terres sont vendus à une coopérative qui les transforme en produit fini, des aliments pour animaux, dont une partie repart chez les Guiquerro. Cela représente un revenu de 1 583 euros
par mois.

Rachel est souvent à Paris ces temps-ci pour négocier au nom des Jeunes Agriculteurs, où elle siège au bureau. On lui rembourse ses frais et on lui finance un remplaçant.


Dépenses : 14 586 euros

Nourrir les vaches, cela coûte 4 919 euros
par mois, une somme qui inclut la nourriture concentrée ainsi que les semences et engrais pour la terre. Le couple a emprunté pour acheter les terres et le matériel et rembourse 3 285 euros
par mois, sans compter les intérêts d'emprunt qui s'élèvent à 583 euros
par mois.

Pour ce qui est des semences et de la récolte des céréales, les Guiquerro ont fait le choix de la sous-traitance du matériel et de la main d'oeuvre à une coopérative d'utilisation de matériel agricole (CUMA)
, ce qui coûte 2 166 euros
par mois, mais leur permet de gagner beaucoup de temps :

« Notre choix est de se consacrer uniquement à l'élevage, travailler la génétique… plutôt que d'être toujours dans les travaux des champs. »

La protection sociale coûte 1 333 euros
par mois au couple, versés à la Mutualité sociale agricole
pour la sécurité sociale, les assurances retraite et accident.

Ils laissent dans leur bilan 500 euros
mensuels de marge de sécurité « en cas de gros pépin » et se prélèvent pour leur vie quotidienne 1 800 euros
par mois.


1 800 euros par mois pour vivre à deux

Ces exploitants agricoles ont les mêmes charges que n'importe quelle famille. Certes, la viande est prélevée sur leur propre bétail, mais Rachel n'a pas le temps d'entretenir un potager, à peine celui de faire ses propres yaourts.

Leur maison, ils l'ont faite essentiellement de leurs mains, ce qui explique qu'ils ne remboursent que 800 euros par mois à la banque.

L'électricité du foyer coûte 75 euros par mois, l'eau seulement 9 euros par mois, « mais on vit sur notre puits ».

A cela s'ajoutent 30 euros d'école privée pour les enfants, 70 euros de cantine, 300 euros de remboursement pour l'emprunt de la voiture, 35 euros d'assurance-voiture et 150 euros d'assurance de la maison et de mutuelle santé. Il paient aussi 40 euros de taxe d'habitation par mois (mais n'ont pas d'impôt sur le revenu à acquitter).

Toutes ces charges s'élèvent à 1 379 euros
par mois, il reste donc 421 euros pour vivre, à quoi il faut ajouter les 112 euros
d'allocations familiales pour les deux enfants (6 et 11 ans). Autant dire que Rachel fait attention à ne pas remplir le caddie du supermarché au-delà de 60 euros par semaine, de limiter l'appétit de consommation de ses enfants et de veiller à ce que Noël et les anniversaires servent à des cadeaux utiles.

Le seul luxe qu'ils s'autorisent, c'est une semaine aux sports d'hiver, à 1 500 euros (sans compter les 150 euros par jour pour le remplaçant de l'exploitation), ce qui plombe le budget. Cet été, ce sera, comme d'habitude, une semaine sous la tente.

Photo : Rachel, productrice laitière en Bretagne (Audrey Cerdan/Rue89).


Article modifié
le 2/06 à 14h21 suite à un oubli dans l'emprunt du couple.

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 10H58 | 02/06/2009 | Permalien

COOPÉRATIVES

Si j'avais un petit conseil à donner à Rachel et à ses infortunés collègues, ce serait de se regrouper fissa en coopératives comme autrefois, en associations genre AMAP rayonnant sur l'ensemble du territoire, pour distribuer leur lait eux-mêmes.

Parce que vivre de leur production en passant par les filières hypermarché and co, c'est mort pour eux (comme pour pas mal d'autres producteurs divers, d'ailleurs) !

Jamais les producteurs en question n'obtiendront le moindre résultat des négociations avec les fameux « intermédiaires ». Le rouleau compresseur est en marche, surtout en ces temps de crise. Plus de pitié pour personne, ils s'en apercevront vite.

Mieux vaudrait pour eux quitter cette grand-route infernale où ils n'ont plus leur place. Et s'égayer dans des petits chemins de traverse plus peinards.

Portrait de steed1

De steed1

prosateur à mi-temps | 12H18 | 02/06/2009 | Permalien

Je ne sais pas si Rachel et son mari auront le temps de rentrer dans le circuit des AMAP, mais je leur souhaite un jour de pouvoir vivre de leur exploitation et non plus des aides européennes. Je leur souhaite un jour de pouvoir quitter l'étranglement que leur imposent les grandes surfaces.

Moi et ma femme avons choisi de nous fournir au maximum ici : http://www.jardindenoisy.fr/qui_sommes_nous.html
ça nous demande un minimum d'effort, et nous savons qu'au moins notre fric vas directement au producteur en éliminant les intermédiaires. Même si c'était aussi cher qu'en grande surface nous y retournerions, mais voilà, en plus c'est moins cher !

pour les autres, si vous le pouvez, quittez un peu vos grandes surfaces, regardez autour de chez vous s'il n'y a pas une AMAP ou toute autre structure qui y ressemble. Retournez voir les agriculteurs, les éleveurs avec vos enfants avant qu'ils ne quittent le paysage…

http://sentiers-battus.over-blog.com/

Portrait de azerty69

De azerty69

ExecutieveBranleur | 12H40 | 02/06/2009 | Permalien

Parler de l'argent des « artisans » et encore plus des agriculteurs est quasi impossible. Et la comparaison avec le citoyen salarié de la ville périlleuse…

Impossible, a lire l'article, de faire la part des choses dans ce cas précis. Alors je vais parler d'une façon générale.

Les « pauvres paysans malheureux » ont la facheuse tendance, en parlant d'argent à :
- le logement principal, on ne sait pas trop dans quel proportion il est au foyer ou à l'exploitation. La voiture se gare dans la grange de l'exploitation, tout comme beaucoup d'élément perso se stock dans les lieux de l'exploitation. Même souvent, le logement principal est comptabilisé dans les comptes de l'exploitation.
- L'électricité, l'eau, les voitures… sont plus ou moins comptablement dans l'exploitation ou dans le foyer.
- Les prêts ne sont pas tous des charges. Un prêt pour un tracteur est une charge. Un prêt pour de la terre agricole est un placement, une épargne. Même si c'est un outil de travail, à la retraite, on revend tout ça et on a le « pactole ». Comptabiliser cela en charge, alors qu'il s'agit d'épargne…
- Puis toute la partie au black… La viande, le troc, les arbres que l'on revend au scieur, les droits de chasse…

Et puis on ne compare pas le loyer d'un paysan de la creuse qui travaille sur place, avec le loyer d'un banlieusard parisien qui fait 100 km par jour en voiture pour aller travailler…
Comme on ne compare pas l'implication d'un salarié avec celui d'un agriculteur entrepreneur qui a investit son argent, endetté jusqu'au cou.

Portrait de jean.pierre

De jean.pierre

13H08 | 02/06/2009 | Permalien

t'as oublié le potager ! important le potager hein ! tellement important qu'il est comptabilisé dans les revenus pour le calcul de ceux qui touchent le rmi

seules les voitures dites sociétés sans banquette arriere peuvent rentrer dans la compta ou alors 4x4 mais alors on est dans une autre dimension

l'eau, l'elec 50%

les terres ? beaucoup comme moi sont fermiers donc locataires…

la viande au black ? pas longtemps vu que le bétail est bouclé….l'abattage autre qu familial interdit à la ferme ( controles)

les arbres ? ben oui cest un produit ( quand il y en a et quand ils sont d'essence noble)

droits de chasse ? inconnus au bataillon et les chasseurs ont tendance à rentrer sur les terres cultivés comme si ils étaient chez eux ( voir conflits perpétuels faisant les choux gras de la presse locale)

ah oui c'est vrai ma voiture rentre maintenant dans la grange, je viens de cisailler toute les tubulures de ma stabu car j'arrete les frais)
et avec les tubes je me fais un échafaudage pour refaire mes toits en ardoise déguinglés tant que je peux monter sur un toit ( pas les moyens d'un artisan)

tout ça pour dire que rien n'est simple. autant d'agri, autant de cas

Portrait de johnny76

De johnny76

étudidant au canada | 13H49 | 02/06/2009 | Permalien

Qu'est-ce que c'est de vivre dans un pays où le prix du lait est régulé ?

je suis étudiant au Canada depuis 3 ans… le Canada régule le prix des produits laitiers, répondant au lobby puissant des agriculteurs canadiens…
au supermarché, on ne trouve pas un litre de lait à moins de 2$ et une livre de beurre à 5$… pourtant, le Canada n'est pas un pays où la vie est particulièrement chère (on y vit mieux avec moins). J'ai beau eu faire toutes les épiceries et tous les supermarchés du coin, les prix sont les mêmes, quelle que soit la marque, ou sous-marque.

comment font les familles ? j'imagine qu'elles s'en privent ou qu'elles consacrent un budget considérable à cela par mois.
pour ma part,avec mes 1000$ (600 euros) de subventions parentales par mois, je ne consomme plus de lait, comme la plupart des étudiants et des pauvres, ici.

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