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Pour Jorion, « le capitalisme peut être blessé mortellement »

Par Pascal Riché | Rue89 | 05/06/2009 | 16H32

Cette semaine, Parlons Net, club de la presse en ligne dont Rue89 est partenaire, recevait Paul Jorion, anthropologue et sociologue qui s'est taillé une belle réputation pour avoir prédit avec précision la crise des subprimes. Mais malgré son statut de « gourou de la crise », les gouvernants ne le consultent pas, ce qui l'agace visiblement un peu.

Spécialisé dans les sciences cognitives et l'économie, il tient un blog très fréquenté.

Paul Jorion, qui a enseigné en Californie, se décrit aujourd'hui comme un « chômeur de longue durée ». Pour l'interroger, Philippe Labarde de Vendredi (hedbomadaire nourri d'articles du web), Philippe Cohen de Marianne2.fr, Samuel Laurent du Figaro.fr et moi-même. (Voir la vidéo)

Sur le plan politique, Jorion se définit comme « quelque part entre le centre droit et l'extrême gauche ». Le fait est qu'il n'est pas un ardent défenseur du capitalisme, qui selon lui vit ses derniers feux, dans sa forme actuelle.(Ecoutez le son)

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Le système économique de la première puissance mondiale se rapproche peu à peu de celui de la Chine, constate-t-il : « C'est une nationalisation de l'industrie et de l'industrie financière qui est en train d'avoir lieu aux Etats-Unis. »

Paul Jorion, invité de Parlons.net (Pascal Riché/Rue89)

Jorion ne croit pas à la reprise que certains entrevoient déjà : c'est de la « propagande », dit-il :

« La crise sera longue : peut-être cinq ans, peut-être quinze ans… C'est une crise en “W”, mais la deuxième branche du “W” sera pire que la première. (…) Tout le monde fait la claque, tout le monde dit “c'est formidable”… C'est bidon ! »

Obama ? « C'est Bush III ! »

Le réveil de la bourse est un miroir aux alouettes, selone notre Cassandre :

« Elle a remonté de 13% après avoir chuté de 40%. Ça n'est qu'un petit répit, cela va durer dans deux ou trois mois, puis repartir dans un très mauvais sens. »

Pour Paul Jorion, les gouvernements ont mal géré cette crise, « avec une part d'incompétence et une part de méchanceté ». La méchanceté ayant consisté à mettre l'intérêt des banquiers avant celui de leurs débiteurs : « Une autre voie aurait pu consister à faire une croix sur leurs impayés. »

Jorion n'attend pas grand chose d'Obama : c'est « Bush III », raille-t-il. Selon lui, il est illusoire de croire qu'un homme seul, face aux différents groupes de pressions, puisse avoir un impact. Il doute de la capacité des Etats-Unis à changer la donne économique internationale, estimant que Barack Obama est un homme seul face aux groupes de pressions. (Ecoutez le son)

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Jorion prône la rédaction d'une « constitution économique », qui interdirait par exemple les paradis fiscaux ou la spéculation sur les prix des denrées :

« Il est absurde de voir des musées ou des hôpitaux spéculer sur des denrées alimentaires et provoquer des familes à Haïti ou ailleurs. »

La bonne échelle pour refonder le système économique ? Celle que l'économiste Joseph Stiglitz a suggéré : le « G192 », c'est-à-dire un groupe de réflexion englobant l'ensemble des pays, sous l'égide de l'ONU.

Photo : Paul Jorion, invité de Parlons.net (France Info)

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7 commentaires sélectionnés

Portrait de pablico

De pablico

17H41 | 05/06/2009 | Permalien

« le capitalisme est blessé mortellement »

il ne s'est jamais aussi bien porté. Il n'y a qu'à voir les restructurations, et le chômage qui en découle.
la crise, profite…au capitalisme. Les requins s'en donnent à cœur joie.

Portrait de obey

De obey

:| | 17H51 | 05/06/2009 | Permalien

Completement a la masse le pauvre gars.

J'adore les ahuris qui croient encore au grand soir, a mourir de rire.

Je garde l'article les jours de pluie, ca me fera rire. Dans quelques mois ou quelques annees on se rendra compte de la realite de cet article : une sombre merde … mais qui pourra faire sourir.

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 20H08 | 05/06/2009 | Permalien

Bon , hé bien la plupart de ceux qui ont prévu la crise ( je pense aussi à Europe2020) nous disent que ça va durer pendant une dizaine d'années ( voire 15) .
Quels responsables , relayé par quels grands médias auront le courage de nous le dire au lieu de continuer à nous enfumer ?
Quelle confiance peut-on avoir en ceux qui veulent que nous gardions confiance ?

Portrait de Suhrkamp

De Suhrkamp

21H46 | 05/06/2009 | Permalien

Quand j'écoute ce monsieur, j'ai l'impression d'entendre Paulo anarcho-patriote ! !
Bah ! Vous mourez tous avant le capitalisme !
En attendant on peut toujours rêver. Car c'est cela que font les anti-capitalistes de toutes espèces : ils RÊVENT !
Je suis sûr que la plupart d'entre eux ne sont même pas fichu de ranger leur chambre, et ils veulent planifier l'économie de la planète !
Oui à l'ONU en plus, à l'échelle de la planète ! Rien que ca.
En fait j'ai compris, ils rêvent tous de devenir bureaucrates onusien ! Parce qu'il va en falloir, et des armées de bureaucrates, surtout pour planifier les économies déjà industrialisées !
ONUS on va l'appeler : Organisation des nations unis socialistes. Le rêve !

Portrait de Bardamu

De Bardamu

difficile | 23H29 | 05/06/2009 | Permalien

Nous assistons en direct à l'émergence d'un néo-millénarisme qui amusera beaucoup les historiens futurs…

Les prophètes se bousculent pour annoncer la fin des temps, les Cassandre pullulent pour prédire la disparition prochaine du capitalisme honni (comme si le capitalisme était une idéologie)…

Les vieux bolchos relèvent la tête, ce qui leur fait soulever le couvercle des poubelles de l'histoire où ils se morfondaient jusque là et entrevoir la lumière radieuse du Grand Soir tant attendu… joie, pleurs de joie…

Et dans vingt ans, ils ne seront même pas ridicules, car ils nieront tous avoir participé à ce déferlement de stupidités.

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 00H00 | 06/06/2009 | Permalien

Jorion est sans doute un des analystes économiques les plus lucides en France. Et c'est bien pour ça qu'il est peu médiatisé.
Là où l'on peut trouver carence c'est ensuite dans la vision politique de la plupart de ces brillants économistes (eux le sont vraiment ! ).
Ils savent nous dépeindre le tableau comme Balzac le faisait de la société de son temps. Et à travers l'auteur des Paysans où en retirait une claire vision de la société, de l'évolution du travail et de son exploitation. Mais Balzac n'était lui-même en rien un révolutionnaire !
Pour la plupart de ces analystes lucides, la lutte de classes n'existe pas, ou a une influence négligeable sur l'évolution de la société. Ils n'envisagent pas une subversion mais plutôt des réformes A L'INTERIEUR du système capitaliste. Ce qui, c'est vrai, devient de plus en plus difficile, sinon vain.

Portrait de Unstern

De Unstern

12H09 | 06/06/2009 | Permalien

@ Obey (18 : 51)

Le « grand soir », c'est une notion politique, et Jorion ne s'avance pas sur ce terrain. Il affirme seulement que le système tel qu'on le connaît actuellement (le capitalisme financier) va bientôt s'effondrer sous la pression de ses contradictions internes. Comment ? on n'en sait rien. Mais plus on s'obstine à pratiquer la politique de l'autruche et plus (probablement) le réveil risque d'être violent…

En matière économique, Jorion sait de quoi il parle (et vous, peut-être pas). Avec Todd, Roubini, Lordon et quelques autres, il est l'un des rares à avoir annoncé la crise dès 2003-2004.

En septembre 2004, en pleine apothéose de la « mondialisation heureuse », Nouriel Roubini a décrit en détail les six phases d'une crise financière et économique majeure qui selon lui était imminente.

Les participants du colloque où il faisait son speech lui ont ri au nez. (Visiblement, vous n'étiez pas du nombre.)

Bon. Mais nous en sommes maintenant à la phase nº 5, et depuis 2007 les quatre premières se sont succédé avec un ordre impeccable.

Aujourd'hui, la FED et le Trasure Secretary consultent en permanence Roubini — ce qui est d'ailleurs bien inutile puisqu'ils sont décidés à ne pas appliquer ses recommandations et qu'ils continuent à espérér comme des malades dans une impossible reprise.

Ce qui est certain, c'est que les participants de ce fameux colloque de septembre 2004 doivent rire un peu moins aujourd'hui. Et que les analyses de Jorion sont depuis longtemps prises avec le plus grand sérieux, malgré sa position très marginale dans le monde des chercheurs en économie.

Donc, si vous tenez tant que ça à rire bêtement de cette intéressante vidéo, surtout faites-le maintenant, hein.

Parce que cet hiver il sera trop tard.

 ; -)

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