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Faux arrêts maladie : ce qui se cache derrière les chiffres
Par François Krug | Eco89 | 09/06/2009 | 12H12
Polémique en vue : de nombreux salariés abuseraient de la Sécu. Selon des chiffres révélés par La Tribune et repris un peu partout, 13% des arrêts maladie de courte durée et 11% des arrêts de longue durée seraient injustifiés.
Le problème, c'est que ces statistiques ne disent pas vraiment ce qu'on veut leur faire dire. Et qu'elles cachent une réalité aggravée par la crise économique.
L'art d'interpréter les chiffres
La Tribune s'est procurée un bilan des opérations de la Cnam en 2008 (l'article n'est disponible qu'en accès payant), et résume à la une : « Plus de 10% des arrêts maladie sont abusifs. » Pas si vite.
Comme le précise d'ailleurs l'article, les chiffres ne portent que sur une partie des arrêts maladie : ceux qui ont été effectivement contrôlés par les médecins de la Sécu. Qui s'intéressent en priorité aux arrêts répétés ou longs, plus susceptibles de masquer des abus. Il faut en effet distinguer deux catégories, les arrêts inférieurs ou supérieurs à 45 jours :
- Arrêts courts : 285 000 contrôlés, 37 000 jugés injustifiés, soit 13%
- Arrêts longs : 1,2 million contrôlés, 130 000 injustifiés, soit 11%
Conséquences de ces contrôles : les salariés concernés ont vu leurs indemnités journalières suspendues, et ils ont été renvoyés au travail.
Pourquoi le mal de dos est très surveillé
Pourquoi la Cnam contrôle-t-elle certains arrêts maladie et pas d'autres ? Un porte-parole résume la stratégie :
« Les arrêts maladie sont systématiquement contrôlés lorsqu'ils dépassent 45 jours. Pour les autres, nous avons une politique de contrôle sur les arrêts répétés ou fréquents. »
La Cnam ne s'étend pas sur cette « politique de contrôle ». Selon La Tribune, l'assurance maladie s'intéresse aux salariés tombant souvent malades, « par exemple au moins trois arrêts de moins de 15 jours sur un an », mais aussi à certaines pathologies, comme les lombalgies.
Le mal de dos ? « On l'utilise de manière un peu hypocrite », explique Didier Ménard, généraliste dans la cité des Francs Moisins en Seine-Saint-Denis et vice-président du Syndicat de la médecine générale :
« C'est une justification fréquente et pas trop vérifiable : à partir de 30 ans, une radio montrera forcément qu'il y a quelque chose qui ne va pas. On est parfois obligé de l'utiliser pour masquer d'autres pathologies moins acceptées par l'assurance maladie, comme les états dépressifs liés à la souffrance au travail. »
Les médecins se contrôlent
Le docteur Ménard explique que, comme ses confrères, il est « obligé de s'auto-contrôler » pour limiter la durée des arrêts :
« Avant de prescrire un arrêt, je dois réfléchir à l'argumentaire du courrier que je devrai envoyer à l'assurance maladie. Car, en face, la philosophie est de moins en moins médicale et de plus en plus assurantielle. Un jour, l'assurance maladie a décidé que c'était un poste qui coûtait cher et que, si ça coûtait cher, c'est qu'il y avait des abus. »
La souffrance au travail mal reconnue
Pour Didier Ménard, le débat n'est pas économique mais médical. « La question, c'est de savoir si l'arrêt maladie est une thérapeutique », résume-t-il. Il raconte :
« Hier soir, j'ai donné 15 jours à un patient très dépressif en lui disant : “Tu te fais plaisir.” D'accord, je vais augmenter le budget des indemnités journalières, mais j'évite une hospitalisation et des médicaments (…). Il y a de plus en plus d'arrêts liés à la souffrance au travail, à la crise, aux nouvelles règles de management. Est-ce qu'il faut mieux que j'endorme cette douleur avec des anxiolytiques et des antidépresseurs ? »
Les salariés hésitent à s'arrêter
Fin mai, un amendement de Frédéric Lefebvre
avait vite été enterré par le gouvernement : le député UMP voulait autoriser les salariés volontaires à travailler à domicile pendant leurs arrêts maladie ou leurs congés maternité.
La polémique avait occulté un autre problème : les salariés ne sont pas toujours prêts à s'arrêter. Même lorsque leur médecin le leur suggère, selon le docteur Ménard.
« Moi, j'ai plutôt des problèmes avec les gens qui refusent de s'arrêter. D'abord, parce qu'ils ne toucheront que la moitié de leur salaire. Et la deuxième raison, c'est la peur de perdre son emploi : celui qui s'arrête, c'est celui qui pénalise l'entreprise et il sera le premier sur la liste en cas de licenciements. L'arrêt maladie, ça devient un luxe. »
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De less
12H56 | 09/06/2009 |
J'ai l'impression qu'on prend toujours cette méthode de prendre des cas particuliers pour en tirer des généralités.
Au moins comme ça on pourra dire que c'est de la faute de quelqu'un. On pourra se battre les uns contre les autres. On aura au moins la possibilité de montrer du doigt celui qui est en arrêt.
Ce matin, j'entendais à la radio ceux qui se plaignaient qu'il y avait trop d'arrêt maladie. En exemple une dame qui disait que sur 19 personnes employées elle traitait 5 à 10 arrêts par mois. Elle se plaignait que certain abusait. Pour ma part, ma première réaction a été de me dire qu'il devait être certainement très pénible de bosser dans un tel endroit pour que tout le monde s'arrête comme ça.
A partir du moment où les gens sont reconnus dans leur travail, il ne s'arrêtent pas sans raison.
De Un vieux
retraité | 14H04 | 09/06/2009 |
Si certains arrêts sont injustifiés strictement médicalement parlant, il s'en trouve parmi ceux-ci qui s'avèrent indispensables psychiquement (deuil, maladie d'enfant, etc…) pour assurer un minimum de secours social à des salariés très mal payés…
Mais ce sont surtout les problèmes de travail qui causent un grand déficit dans les caisses… Beaucoup de pathologies diverses sont souvent psycho-somatiques, et pléthore de dépressions sont induites par la souffrance au travail, du stress toxique au harcèlement moral, en passant par le management sauvage ou inepte…
Il faut être clair : tous les employeurs ou toutes les entreprises ne sont pas concernées, loin de là… Nous en connaissons un grand nombre qui sont exemplaires à ce sujet, de même que nous avons des listes (malheureusement non exhaustives) « d'usines à dépressions »…
Malheureusement, les dégâts sont proportionnels à l'importance des sociétés nocives, et les plus grandes font aussi le plus grand nombre de victimes…
Un service de contrôle de la CNAM sur ces entreprises au taux d'absentéisme et au turn-over important, avec la récupération des indemnités et autres soins médicaux auprès des fautives, se révèlerait, non seulement rentable, mais largement bénéficiaire, tout en contribuant à la bonne santé d'un très grand nombre de salariés…
Parce-que vouloir attaquer cette tranche de victimes du harcèlement en les « renvoyant au travail », comme le STO, c'est provoquer une vague proportionnelle de suicides…
Mais je ne pense pas que Bébéar et consorts, AXA & c°, etc… aient arrêté leur lobbying pour privatiser la sécurité sociale…
De Vincent_C
Bientôt libre | 14H26 | 09/06/2009 |
Dommage que ce ne soit pas 20 ou 30 %
Si les patrons ne sont pas capables de motiver leurs employés, ils n'ont qu'à s'en prendre qu'à eux-mêmes.
J'ai eu un jour un patron qui m'a dit « l'une des tâches auxquelles je m'astreint, en tant que chef de service, c'est de faire en sorte que chacun de ceux qui travaillent pour moi atteigne le niveau maximum qu'il peut, et qu'il veut atteindre ». Étrangement il n'y avait presque jamais personne de malade dans son service.
Encore, une fois, ne nous laissons pas culpabiliser, si les patrons avaient le droit de nous forcer à travailler plus pour le même salaire, certains ne se priveraient pas.
Même quand il n'est pas justifié médicalement, l'arrêt maladie n'est pas un droit, mais reste un symptôme, .
De ssss
ch d'études | 14H27 | 09/06/2009 |
désolé de faire l'avocat du diable mais :
si l'on multipliait les contrôles, le % serait sans doute plus élevé
que cachent ces arrêts ? divers motifs en vérité :
des conflits au travail non réglés, du harcèlement moral etc.
mais aussi du confort et de la facilité (untel prolonge un WE, des vacances, estime que quelques engueulades au boulot c'est insupportable, décide qu'un rhume avec mal de tête ou 37,5° de fièvre nécessite plusieurs jours d'arrêt, etc.)
pourquoi tant d'arrêts : la société s'est médicalisée, l'arrêt maladie est le recours facile pour régler de nombreux problèmes ou pour s'accorder un répit, les médecins sont en concurrence et les accordent d'autant plus facilement qu'ils rechignent à voir leurs patients partir vers des confrères plus complaisants (soit dit en passant les dépenses de santé explosent là où les médecins sont nombreux c à d dans les grandes villes bourgeoises et sur la cote d'azur… et vive l'équité devant l'accès aux soins ! )
dans cet article il me semble que l'auteur accorde trop de crédit au pt de vue des médecins qu'il interroge et qui justifient, en quelque sorte, leurs pratiques
De einna
14H29 | 09/06/2009 |
bien sur il y a des abus, il ya des simulateurs. bien sur parfois les prescripteurs accèdent à la demande d'arrêt de leur patient mais cet arrêt de travail peut aussi être une manière pour le patient de supporter un mal être qui évitera décompensation, hospitalisation.
Ne faudrait-il pas aussi s'interroger sur le pourquoi de ces arrêts de travail ? sur la notion du travail, de l'entreprise ? Ne faudrait-il pas se demander pourquoi certains salariés n'en peuvent plus de leur emploi ? La question déborde la prescription et va aussi du côté de la société et de son malaise. Vaut-il mieux quelqu'un en arrêt de travail de temps à autre ou cette même personne qui se désocialise ?
Sinon que ces 10% ne cachent pas le fait que 90% n'abusent pas..
De didier1
retraité | 11H24 | 10/06/2009 |
Pour répondre à ta question « à moins que les contrôles soient fait au hasard » ? J'ai une réponse d'une collègue de ma camarade qui travaille à la cellule fraude de la Cpam de mon département. En fait, il s'agit bien de contrôles ciblés donc effectués sur des assurés dont le dossier présente des anomalies (en gros des assurés qui pourraient tricher). Sur ces contrôles qui sont en fait assez peu nombreux 13% donnent lieu à remise en cause de l'arrêt. Dans ce département à peu près 5% des dossiers sont contrôlés. Les 95% restant étant considéré comme « sains » à priori.
Nous arrivons donc ici à un taux de tricheurs de 0,65% de l'aveu de la responsable de la cellule fraude (à revoir légèrement à la hausse d'après elle car comme ne sont contrôlés que les dossiers « suspects », il est possible que parmi les assurés présentant moins de 3 arrêts par an, certains bénéficient d » arrêts de complaisance.
Ceci correspond bien à ce que me disait le responsable d'une boîte de transports publiques du même département qui se plaignait d'avoir dans son entreprise 8 personnes qui abusaient de congés maladie. Il faut préciser que cette entreprise comporte 500 employés ce qui nous donne 1,6 % d'arrêts abusifs