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Ils « compactent » leur vie pour ne plus gaspiller
Par Julie Marceau | Etudiante en journalisme | 10/06/2009 | 11H45

Ils sont de véritables spécialistes des brocantes, marchés aux puces, magasins « d'occase » ou « recycleries »… Eric, Hélène, Laure et Bill « compactent » leur vie tous les jours : ils évitent d'acheter neuf, sauf quand il n'y a pas moyen de faire autrement. Un défi qui se transforme parfois en casse-tête. Ils ont accepté de partager leurs trucs et de raconter leurs difficultés.
Compact est l'un des derniers-nés dans les mouvements de « simplicité volontaire ». Fondé à San Francisco, en 2006, autour du concept de décroissance, le groupe est passé en quatre ans de 10 à plus de 10 000 membres un peu partout dans le monde, selon ses fondateurs américains.
C'est Hélène Noël, professeur des écoles dans le XXe arrondissement, qui a lancé la section française après avoir lu un article du Courrier international sur le mouvement. Depuis 2008, la liste de discussion de Compact France a réuni plus d'une centaine de membres.
Cette ancienne étudiante en commerce, qui a bifurqué vers l'enseignement, déplorait la surconsommation depuis longtemps. Mère de deux enfants, elle raconte :
« Je faisais déjà attention à mes achats, mais je croyais que j'étais simplement différente. Quand j'ai pris connaissance de Compact, j'ai pu m'identifier à un groupe. »
Pour Hélène Noël, il y a une question fondamentale à laquelle doit répondre tout bon « compacteur » avant d'acheter quelque chose : est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Si la réponse est oui, c'est le début d'une longue course au matériel d'occasion.
Et la recherche peut se corser : comment se procurer des médicaments, du savon, du dentifrice, ou de la viande « d'occasion » ? Les « compacteurs » ont donc établi des exceptions dans trois domaines : l'alimentation, l'hygiène et la santé. Mais il reste à s'habiller, communiquer, se déplacer et se cultiver avec du matériel usagé…
Les vêtements
S'il y a une chose dont Hélène Noël et de nombreux « compacteurs » semblent se passer facilement ce sont les vêtements fraîchement sortis d'une boutique. La fondatrice de Compact n'achète jamais rien de neuf, sauf des sous-vêtements et des chaussures pour elle et ses enfants.
Lucile, 8 ans, se dit aussi motivée que sa mère :
« Moi, j'aime quand elle me donne des habits [des vêtements de seconde main qu'Hélène reçoit ou achète, ndlr] J'aime ça, parce qu'à la maison, il y a plus de place pour les essayer alors que dans les boutiques, c'est tout petit ! »
La jeune fille, qui aime surtout la lecture, se fait parfois taquiner à l'école :
« J'ai une amie qui m'a dit que pour mon anniversaire, elle allait m'acheter une nouvelle garde-robe. Ça m'agace un peu, mais je m'en fiche ! »
Pour trouver des vêtements usagés, Hélène Noël et son mari courent les brocantes et récupèrent les habits de leurs proches. Cette femme de 42 ans se défend d'être démodée pour autant : « J'estime que des vêtements de 2008, obtenus dans des brocantes, c'est encore à la mode ! »
Le matériel informatique
Le matériel informatique et de communication est un grand défi pour les « compacteurs », qui s'organisent autour d'Internet. La plupart concèdent acheter des pièces neuves, surtout quand le temps presse.
Eric Bergua, 42 ans, infographiste pour une télévision locale, utilise son environnement autant que possible :
« Quand du matériel informatique est jeté au bureau, je vérifie toujours si cela peut être récupérable pour moi ou mes amis. »
Les livres, magazines, disques…
Dans la famille d'Hélène Noël, le plus difficile c'est de freiner l'achat de produits liés à la culture comme les livres ou les magazines. L'institutrice se rend beaucoup plus fréquemment qu'avant à la bibliothèque.
Elle se procure aussi des livres usagés dans les brocantes ou sur Internet à l'aide de sites comme Amazon ou Ebay, mais ce n'est pas toujours suffisant :
« Je me permets d'acheter des livres neufs de temps à autre ; parce que je me dis que je fais un effort sur plein d'autres trucs. »
Pour Laure Noualhat, « compactrice » et journaliste spécialisée en environnement à Libération, Siné hebdo et Terraeco, il n'est pas question de se priver de journaux ou de magazines : « Je n'ai jamais visé 0% d'achats neufs. Ça fait quand même partie des plaisirs de s'offrir une récompense ! »
Bill Onthewave (un pseudonyme) et sa famille, qui habitent Nantes, sont de nouveaux « compacteurs ». Ce père de 31 ans, qui se sert notamment du site Deezer pour se procurer légalement de la musique, dit ne pas avoir eu de mal à renoncer aux livres, aux magazines ou aux CDs neufs : « On évite les cadeaux matériels pour se concentrer sur des choses affectives. »
Ce travailleur en santé publique dit avoir surtout de la difficulté dans les situations imprévues :
« Quand les enfants perdent un ballon dans le parc, on est bien embêtés pour le remplacer rapidement… »
Bill, qui préfère garder l'anonymat, a demandé à ses proches de respecter sa démarche en évitant d'acheter des cadeaux neufs aux enfants, mais il n'a pas toujours leur soutien : « Ma mère craque régulièrement… mais elle apprécie que la maison soit moins encombrée, et commence à s'y mettre chez elle. »
Les cosmétiques
Les crèmes, le maquillage et autres produits de beauté sont des articles moins attrayants lorsqu'ils ont déjà été utilisés… Plusieurs « compacteurs » présument qu'ils entrent dans la catégorie « hygiène et santé » et font donc partie des exceptions.
Mais certains sites Internet sont étonnants : Donnons.org a récemment publié une offre de fond de teint dont « le flacon est presque plein » ! De quoi offrir du choix aux plus fervents « compacteurs »…
Le transport
Les adeptes du « compactage » sont tous très sensibles à l'environnement (l'une des raisons d'être du mouvement) et utilisent donc le vélo ou les transports en commun le plus souvent possible. Compact est encore jeune et les propriétaires de véhicules n'ont pas nécessairement eu à les remplacer encore…
L'entretien de la maison
Il y a des objets irremplaçables comme les ampoules… mais les « compacteurs » font tout pour garnir et faire fonctionner leur maison à l'aide d'objets récupérés. C'est le cas d'Hélène Noël qui a déniché avec son mari des meubles, des outils et même des jouets dans les brocantes, les marchés aux puces et à l'aide d'Internet.
Sur le Net
Internet est sans aucun doute l'un des outils les plus prisés des « compacteurs ». En plus des sites mentionnés plus haut, Laure Noualhat note Consoglobe, Freecycle et Recupe.net qui permettent d'avoir accès à une myriade d'articles usagés (appareils ménagers, livres, CDs, DVDs, vêtements…)
Si aucun compacteur ne peut se targuer d'acheter 100% « usagé », la fondatrice de Compact France rappelle que l'objectif n'est pas absolu : « L'idée est de faire un simple effort. »
Photos : Hélène Noël, fondatrice de la section française de Compact et sa fille, Lucile, 8 ans et déjà « compacteuse » (Julie Marceau), Laure Noualhat, journaliste et compacteuse (DR)
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De tobernite
13H02 | 10/06/2009 |
Les décroisseux que je préfère ont coutume de dire : ou bien on apprend tout de suite à vivre simplement, ou bien on prendra l'obligation de simplicité en pleine figure, et ce sera une manière désagréable de découvrir que la croissance ne peut pas durer éternellement. Ils ont raison. De toutes manières, on y gagne en plaisir car rien ne vaut LE vêtement ou LE film dont on rêvait depuis des mois, quand on le trouve enfin dans le circuit de 2ème main.
Et si l'on en profitait pour décloisonner la société un peu plus, entre les pauvres (ci-devant prolétaires) et les cadres (ci-devant petits-bourgeois) ? Les uns pratiquent la récupération des objets depuis toujours et les autres possèdent l'art de bouffer bio pour pas trop cher … ça peut donner de bons échanges, pas vrai ?
De ces choses là sont rudes
retraité | 13H02 | 10/06/2009 |
Oui c'est pas mal, mais que vont devenir ceux qui fabique du neuf ?
Ils vont perdre leur travail et être obligé d'acheter de l'occasion encore plus pourrie que ces gens qui n'ont pas trop l'air d'etre pauvre ( Un salaire de professeur des écoles, ce n'est pas rien, et en plus eux, ont largement le temps de fouiner ! )
C'est le type même de démarche où il faut voir plus loing que le bout de son nez.
De Strelok
Humain | 15H11 | 10/06/2009 |
Tout bêtement, en ce moment il y a un snobisme à acheter d'occasion et à économiser, c'est la mode.
Ca leur passera vite (pour ceux qui font ça par choix et par soi-disant « conviction », pas les pauvres qui sont obligés de le faire, évidemment).
Car personne ne peut nier que d'utiliser un objet neuf, tout beau, qu'on déballe et dont on est le premier utilisateur procure un certain plaisir, que ne donnera jamais une occasion…
De bozox
16H17 | 10/06/2009 |
Eh bien moi j'éprouve du plaisir à savoir que je continue l'histoire d'un objet, qui continuera son histoire après moi quand je l'aurais revendu ou refilé à quelqu'un d'autre, sans devoir à chaque fois regaspiller tant de ressources. Je ne suis pas à plaindre financièrement et en effet je ne le fais pas par nécessité, mais oui, ma télé cathodique, mon frigo, mon autoradio, le vanity de ma fille, sa poussette, son chauffe-biberon, mon lecteur DVD, mon appareil photo, mon vélo, ma voiture, les piéces détachées de ma voiture sont d'occasion. Je ne suis membre de rien du tout, et je fais ça depuis au moins 10 ans, pour quelle raison ça me passerait ?
De Armelle Vincent
Journaliste | 20H52 | 10/06/2009 |
J'ai rencontré les fondateurs de Compact, un couple d'homosexuels charmants à San Francisco l'an dernier dans le cadre d'un reportage pour GEO. Ils circulent dans des voitures fonctionnant à l'huile de cuisine usagée et n'ont rien acheté depuis des années. Ils font quelques exceptions pour les sous-vêtements et les pneus par exemple. Leurs enfants n'ont pas de jeux video. Ils ne sont pas gâtés et ils ont déjà conscience du gaspillage. Ils étaient tous très épanouis. C'était rafraîchissant.