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Concerts : les professionnels concurrencent le marché noir
Par François Krug | Eco89 | 27/06/2009 | 09H25

Metallica dans les arènes de Nîmes, la reformation de Blur à Lyon, Coldplay au Parc des Princes : des concerts complets en apparence, mais des places circulent encore. Et pas seulement sur eBay. Désormais, les professionnels organisent eux-mêmes la revente des billets. Et ils veulent légaliser la règle du marché noir : faire fluctuer les prix en fonction de la demande.
La règle officielle, elle, date de 1919. Une courte loi interdisant la revente des billets et calculant encore en anciens francs. Le marché est lui aussi figé : deux grands réseaux, France Billet (Fnac, Intermarché…) et TicketNet (Virgin Megastore, Auchan…), et un challenger sur Internet, Digitick.
Mais sur le marché parallèle, ça bouge. Les vendeurs à la sauvette et eBay ne sont plus seuls. Le site anglais Viagogo, financé notamment par Bernard Arnault et Andre Agassi, débarque en France. Digitick a pris le contrôle de Zepass. Et il y a Starlight, celui par qui le scandale est arrivé.
L'affaire Leonard Cohen
Fin novembre, Leonard Cohen fait son grand retour à l'Olympia. Le prix, de 95 à 161 euros, ne décourage pas les fans. Les trois dates sont vite complètes. Sauf sur Starlight, qui propose des billets à un prix près de trois fois supérieur.
Fureur du producteur, Gérard Drouot. Surprise : la justice le déboute en référé. La loi n'évoque que des spectacles aidés par l'Etat, un département ou une commune : ce n'est pas le cas des concerts de Leonard Cohen. Faute de jugement sur le fond, l'affaire ne sera pas vraiment tranchée. (Télécharger le document)
Gérard Drouot a refusé de répondre à Eco89. Dans Le Parisien, il estimait le profit de Starlight à 45 000 euros. « Loin du compte », nous assure le patron du site, Alban Bennacer, sans révéler son propre chiffre. Gérard Drouot a une autre raison d'être furieux : c'est sur son site que Starlight s'est fourni.
Comme n'importe quel spectateur, le site achète ses billets à la Fnac, aux guichets des salles ou sur les sites des producteurs. Il s'approvisionne aussi auprès de revendeurs étrangers. Au total, il écoulerait « 6 000 à 8 000 places » par an. « On vend la rareté », se défend Alban Bennacer :
« La billetterie éveille la curiosité car le prix est marqué sur le billet. On s'offusque beaucoup moins du prix des tee-shirts aux concerts ou de la marge réalisée sur le vin au restaurant. »
Comme les hôtels ou les avions
Starlight n'a pas à se plaindre de ses marges. Pour cette entreprise individuelle, les frais sont modestes. Les prix, un peu moins. Exemples avec trois concerts complets :
- Metallica dans les arènes de Nîmes le 7 juillet : de 39,60 à 69,30 euros à la Fnac, de 140 à 170 euros sur Starlight
- Blur reformé à Lyon le 5 juillet : 51,80 euros à la Fnac, 90 euros pour l'instant sur Starlight
- Coldplay au Parc des Princes le 7 septembre : de 51,50 à 95,60 euros à la Fnac, déjà 115 euros sur Starlight
Adapter les tarifs à la demande et au calendrier, en toute légalité : plusieurs grands producteurs y pensent. « Comme en hôtellerie ou pour les compagnies aériennes », résumait dans La Scène Daniel Colling, le patron du Zénith et du Printemps de Bourges.
Gérard Drouot lui-même est tenté. L'année dernière, il expliquait à Musique Info Hebdo la stratégie anglo-saxonne :
« Les artistes, les agents et les producteurs offrent au spectateur la possibilité d'aller à un concert au dernier moment, mais avec un ticket deux ou trois fois plus cher, mis en vente sur des sites spécifiques et légaux. Ces sites internet, comme Viagogo, seront l'une des tendances lourdes en Europe dans les mois à venir. »
Michael Jackson dix fois plus cher
Viagogo vient de s'implanter en France. La Fédération française de tennis lui a confié un site d'échange de billets pour Roland Garros : les vendeurs touchaient 95% du prix initial, les acheteurs en versaient 115%. Avec 3 000 billets revendus, c'est « un succès », juge Frédéric Longuépée, directeur de la billetterie du tournoi.
Mais Viagogo est surtout connu pour ses billets au prix fort. A Londres, il s'est ainsi associé au producteur de Michael Jackson pour vendre des places à 500 livres (585 euros), dix fois le prix initial. On comprend mieux qu'il se dise « profondément choqué et attristé » par la mort du chanteur.
Rien de tel n'est prévu en France, assure le Prodiss, le syndicat professionnel. Sa déléguée générale, Nicole Tortello Duban, explique :
« S'il y a un second marché, il faut qu'il soit correct à l'égard des consommateurs. Faire varier les prix serait peut-être légitime et acceptable, mais pour l'instant, ce sont juste des réflexions. »
Ce « second marché » est déjà en construction. Avec par exemple Avosbillets, qui compte parmi ses partenaires Nous Productions (les concerts de Britney Spears, Nine Inch Nails ou Green Day). Le site joue uniquement sur le calendrier, explique son directeur, Etienne Bréard :
« Sur les concerts à forte demande, il ne faut pas forcément tout mettre en vente, on peut étaler les stocks dans le temps en les proposant au tarif normal. »
La colère de Bruce Springsteen
Le tarif normal, c'est aussi celui pratiqué par Zepass, mais avec des billets d'occasion. La semaine dernière, Digitick a pris le contrôle du site, devenant présent à la fois sur le premier et le second marchés. Une première en France.
Comme Avosbillets, Zepass se veut modeste. Les prix n'y dépassent pas la valeur faciale du billet, même pour des concerts complets comme ceux de Blur et Coldplay. Mais pour acheter ces places, il faut d'abord obtenir un forfait d'accès de 24 heures. Son prix : 2 euros.
Rien de bien inquiétant pour l'instant. Mais aux Etats-Unis, l'alliance entre les vendeurs et les revendeurs provoque la colère de musiciens comme Bruce Springsteen ou Nine Inch Nails. Leurs cibles : TicketMaster, un des leaders du premier marché, et TicketsNow, sa filiale sur le second.
La dernière tournée du « Boss » aurait été l'occasion d'un discret tour de passe-passe. Selon Bruce Springsteen, la quantité de billets vendus chez TicketMaster aurait été limitée volontairement, pour obliger les fans à se tourner vers TicketsNow. Et à payer plus cher.
Le Sénat s'intéresse à l'affaire, car TicketMaster doit fusionner avec le premier producteur de concerts du pays, Live Nation. Le nouveau groupe contrôlerait toute la chaîne, de l'organisation des tournées à la revente des billets. Une préfiguration de ce qui attend les spectateurs français ?
Photo : un homme tient des places pour le concert Live 8 à Hyde Park en juillet 2005 (Toby Melville/Reuters).
- ► La loi du 27 juin 1919 sur le trafic de billets de théâtre et de concert
- ► La proposition de loi du Sénat sur la revente des billets
- ► Une interview du producteur Gérard Drouot dans Musique Info Hebdo
- ► Une interview de Daniel Colling, patron du Zénith, dans La Scène
- ► La pétition "Marre du marché noir" d'un fan de Rage Against The Machine
- ► Nine Inch Nails dénonce les trafics de billets sur son blog (en anglais)
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De jide
jide.romandie.com | 09H53 | 27/06/2009 |
Sachant qu'un concert est loin d'être un produit de première nécessite, je ne pense pas que les prix doivent être cadrés. Par exemple, il y a deux ans au Paleo, les petits malins qui avaient pris 20 place en pensant se faire du beurre en étaient réduit a les brader moitie prix pour limiter la casse.
Ça me fout les boules de ne pas aller à un concert pour une question de fric. Dans l'histoire, c'est à l'artiste de s'entourer de producteurs pas-trop-vereux, s'il respecte son public…
http://jide.romandie.com
De ashsun
The scavenger | 09H57 | 27/06/2009 |
Heureusement que l'ambiance d'un concert ne se pirate pas, sinon on aurait encore mis la désertion des concerts a 500 euros sur le compte des vilains internautes qui n'achètent pas.
De weezeuse
étudiante | 10H22 | 27/06/2009 |
Le problème c'est que les billetteries participent aussi à ce marché noir lorsqu'elles autorisent encore les gens à acheter 20 places d'un coup pour un concert qui serait complet rapidement (comme Muse dernièrement par exemple), ils savent bien que ces 20 places c'est pour de la revente Ebay et pourtant il est très rare qu'ils limitent le nombre de places à 2 ou 4 par personnes, ce serait déjà un bon début.
Je fais très souvent des concerts (en général de groupes peu connus en France) et ça m'énerve de voir que sur une même tournée le billet est à moitié prix en Belgique par exemple, si ils réussissent à faire passer cette loi ça ne va faire qu'empirer les choses et empêcher les gens d'accéder à la culture pour les laisser plantés devant leur télé.
De Scribouillard
étudiant | 10H44 | 27/06/2009 |
Une chose est sure en tout cas, même sans revente à des prix encore supérieurs, le prix des places devient carrément excessif… Maintenant pour les groupes qui ont une bonne popularité, 50€ c'est la norme, et pour être dans les meilleures places, certains n'hésitent pas à demander plus de 100€…
C'est rigolo le rock. Au départ, c'était un truc fait par des jeunes, pour des jeunes n'ayant pas forcément des fortunes.
Maintenant, tout le monde fait du rock, les vieux comme les jeunes, avec pour ambition de gagner du fric. Les concerts rock deviennent des lieux pour gens friqués, si tu as de l'argent, prends les meilleures places, si tu n'en as pas, et bien, tu n'y vas pas, ou tu te contentes des places du fond de la salle.
Et quand j'entends la justification « Oui mais avec le téléchargement illégal, ils sont bien obligés d'augmenter les prix », ça me laisse assez amer… Moi j'achète régulièrement des CDs, et je préférerais pouvoir aussi rémunérer les artistes lors des concerts, mais sans forcément devoir vendre un rein.