DéCRYPTAGE

Sanofi Aventis : les rumeurs sur l'insuline « ne changent rien »

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 30/06/2009 | 06H07

Un diabétique s'injecte lui-même son insuline (Lucy Nicholson/Reuters).

Sale temps pour Sanofi-Aventis, numéro quatre mondial du médicament. Après l'annonce jeudi du retrait progressif de son antidouleur Di-Antalvic, le laboratoire a vu son titre boursier dégringoler sur des rumeurs de cancer provoqué par son antidiabétique Lantus (ou insuline glargine) vendredi. Et a dû sortir l'artillerie lourde de la communication ce lundi pour rattraper le mauvais coup porté par l'article paru dans la revue diabetologia.

Opération réussie puisque le titre Sanofi-Aventis qui avait chuté de plus de 12% en fin de semaine à la bourse de Paris s'est refait à +1,46% ce lundi.

Pourtant, renseignement pris auprès d'un des plus grands diabétologues français, l'analyse signée de l'association européenne pour l'étude du diabète n'apporte rien et ne va pas lui faire changer ses prescriptions. Le professeur André Grimaldi, chef de service à l'hôpital de la Pitié-Salpétrière (Paris), resitue cette affaire dans son contexte :

« Ce qui est scandaleux, c'est qu'on apprend la publication de cette étude par les banques, puis par médias, pas par les agences ou les associations professionnelles. Ça me rappelle l'affaire de l'Avandia de GSK : en 2006, cet autre médicament pour le diabète, a été torpillé par un article l'accusant d'augmenter les risques d'infarctus. L'affaire vient de se conclure par un non-lieu pour le labo, mais les médias n'ont pas repris l'information et en attendant, le médicament a été mis au tapis au profit de ses concurrents. »

Un article du Monde a décrit la façon dont la nouvelle a fuité des concurrents de Sanofi en direction des analystes financiers, laissant penser à une tentative de déstabilisation.

Plus de risque seulement chez les obèses

Mais quand on regarde de près et l'étude et le médicament en question, on s'aperçoit qu'il n'y a pas grand chose de neuf.L'étude publiée par l'Association européenne d'études sur le diabète est un suivi rétrospectif de patients diabétiques en Allemagne (127 031 personnes), en Suède (114 841), en Ecosse (49 197) et au Royaume-Uni (10 067).

Ces registres croisent les survenues de cancer chez les patients diabétiques, sans que l'on ne sache rien sur eux, ni s'ils fument, ni leur poids, ni rien de précis permettant d'isoler le risque lié à la prise du Lantus. L'association elle-même conseille aux patients diabétiques de poursuivre leur traitement et plaide simplement en faveur d'un approfondissement des recherches.

Pour le professeur Grimaldi, les conclusions sont d'autant plus complexes à tirer que « tout ce qui entraine un excès d'insuline est un facteur ou un marqueur de cancer ».

Il est essentiel pour lui de distinguer le cas des diabétiques de type 1 (dits insulinodépendants, environ 150 000 personnes en France) et les diabétiques de type 2 (dit gras ou de la maturité) insulinotraités (250 000 personnes), ce que l'étude ne fait pas. Il précise que :

« pour les diabétiques de type 1, il n'y a pas de surrisque liée à l'insuline, mais pour les type 2, l'étude allemande montre que l'insuline glargine ou Lantus serait plus à risque mais on ne connait ni le poids ni la durée du diabète des patients. »

En conclusion, ce professionnel estime que ces articles soulèvent une hypothèse, à confirmer ou à infirmer, mais ne permettent pas tels quels de trancher : chez les diabétiques obèses le cancer pourrait être causé par bien d'autres facteurs. Tout ce qu'il conclut : « pas de panique, cela doit seulement permettre d'approfondir les recherches. »

Un rapport bénéfices/coût limité

Mais le Lantus, c'est une histoire de gros sous pour Sanofi-Aventis : c'est le médicament dont, selon Reuters,

« de nombreux analystes estiment qu'il pourrait représenter la deuxième plus forte vente de cette année, afin de compenser la perte de vitesse de ses autres médicaments phare, Plavix et Lovenox, concurrencés par les produits génériques. 2,84 milliards d'euros de chiffre d'affaire sont espérés en 2009 ».

Un médicament qui s'est imposé alors que son rapport bénéfices/coûts n'est pas des plus convaincants. Comme l'explique André Grimaldi :

« L'insuline glargine (Lantus) apporte un bénéfice certain aux diabétiques de type 1 mais chez les diabétiques de type 2 le bénéfice est beaucoup plus réduit et limité seulement à un peu moins d'hypoglycémie. Or il vaut 60% plus cher que ses prédécesseurs… Je ne le prescris donc que modérément aux diabétiques de type 2. »

Si pour lui il est « urgent d'attendre », pour Sanofi il est urgent de communiquer. Dans la conférence de presse de ce lundi soir, le labo s'est empressé de répondre à la « confusion et à l'anxiété des patients » en leur expliquant qu'il faut avoir « confiance dans Lantus considéré comme efficace et sûr » et que « le rapport coûts/risques reste inchangé ».

Du coté de l'AFSSA et de l'Agence européenne du médicament, on assure déjà qu'il « n y a pas de danger, qu'il faut poursuivre son traitement, mais que de nouvelles investigations seront menées sur les liens éventuels entre cancer et traitement à l'insuline.

Photo : un diabétique s'injecte lui-même son insuline (Lucy Nicholson/Reuters).

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De Glam

juste ce type, vous savez ? | 10H57 | 30/06/2009 | Permalien

J'utilise la lantus tous les jours, et le chapeau de l'article m'a fichu une belle frousse… c'est malin.

Portrait de Yvon le Zébulon

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L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 11H30 | 30/06/2009 | Permalien

J'ai l'impression que nous vivons dans une société qui adore alimenter les psychoses, peut être pour vendre encore autre chose !

- Vous n'avez selon moi pas plus de chance d'attrapper un cancer avec votre médicament - car la probabilité est comparable à celle que vous auriez de glisser sur une peau de banane posée là exprès par un plombier dont le patron serait en faillite.

Les Anxiolitiques aussi sont à vendre :
Plus les gens seront inquiets et stressés, plus ils auront de chance de développer un cancer, qui n'est qu'un dérèglement de notre système immunitaire….
LE STRESS est un grand destructeur de notre immunité naturelle !

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juste ce type, vous savez ? | 12H52 | 30/06/2009 | Permalien

Oui, enfin faut aussi dire que mon diabétologue lui-même reconnaît que les entreprises font parfois pression auprès des médecins pour qu'ils prescrivent leur dernier produit, même si celui-ci n'est pas encore perfectionné !

Je suis pas de nature spécialement tendue, mais il y a parfois de bonnes raisons d'angoisser un peu : )

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cabot mais pas chien | 22H34 | 30/06/2009 | Permalien

Et que dire des somnifères ! si je vous conseille de prendre de la vitamine C naturelle (acerola) au coucher pour bien dormir, vous crierez « au fou ! » et pourtant c'est le meilleur des somnifères. Mais vous préférez écouter votre sacro-saint toubib …

Portrait de Yvon le Zébulon

De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H00 | 30/06/2009 | Permalien

Au lieu de compter les gens qui « risqueraient » d'avoir des problèmes avec tel ou tel médicament qui lui aura été prescrit…

- comptez le nombre de gens qui ont été sauvés !

Ce n'est pas parce que ce Week End, une personne se serait noyée en se baignant à La Grande Motte, qu'il faut interdire les baignades et l'approche des vaguelettes…à tous…
* Une société d'exagération en tout : voilà ce que nous sommes devenus !

¤ Si vous bouffez une boite entière de haricots,…
…vous ne pouvez jamais savoir lequel vous aura fait péter… !
(boutade, bien sur ! )
………………………………………………………….
Et tant pis si je me répète ici :
Je suis convaincu (et les spécialistes le pensent aussi) que le Stress inutile auquel nous sommes tous confronté - à cause en particulier de la dégradation de notre qualité humaine de vie - multiplie par 10 nos chances de tomber malades….

° La Société fait un très mauvais calcul en altérant notre qualité de vie, car sur bien des points, y compris sur le plan de notre productivité et de notre efficacité…elle est perdante…
…en plus d'avoir des malades de plus en plus nombreux à charge !

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De Lictor

informaticien | 14H08 | 30/06/2009 | Permalien

Pour les médicaments qui sauvent des vies, oui, on peut effectivement considérer qu'un risque faible est tolérable…

Mais tous les médicaments ne sauvent pas des vies !

Certains sont justes des médicaments de confort. Comme la Thalidomide par exemple. Elle n'a jamais sauvé personne, tout au plus a-t'elle soulagé quelques nausées. Par contre, elle a détruit beaucoup de vie.
On peut aussi citer les médicaments qui ne servent pas à grand chose à part engendrer des effets secondaires.

Il y a enfin des médicaments qui sont nocifs en tant que tels, qui ont un action thérapeuthique faible et qui en plus ont de gros effets secondaires. Etrangement, ce sont souvent les plus prescrits…
C'est pas exemple le cas des somniphères. On sait qu'ils ne guérissent pas l'insomnie - en fait, au bout de quelques semaines, ils l'aggravent. Pourtant, ils sont prescrits à tour de bras.
On peut dire la même chose des pillules qui font maigrir. Elles ont de gros effets secondaires dont certains sérieux (carences), elles n'ont pas d'effets durables (reprise de poids dès l'arrêt, souvent avec un bonus). Chacune de ses nouvelles pillules révèle en plus des effets secondaires inconnus sur la durée. Pourtant, elles sont très chères et souvent prescrites.
Même les statines, qui sauvent des vies dans certains cas, sont souvent prescrites à tort et à travers, y compris dans des situations où elles ne servent à rien voire augmentent le risque cardiaque (carence provoquée en coenzyme Q10)..

Sans parler de la surmédication… Quand on voit des personnes agées qui prennent une dizaine de médicaments, on peut se demander si toutes les interactions médicamenteuses ont été envisagées, si les tests sont valides sur des personnes de cet âge (on test rarement sur les très vieux)…

Portrait de Yvon le Zébulon

à Lictor Portrait de Lictor De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 14H24 | 30/06/2009 | Permalien

Tous les médicaments (sans exception) ont des effets secondaires plus ou moins indésirables.

« effets indésirables » est d'ailleurs l'oephémisme qui est utilisé dans la rédaction des notices d'accompagnement.
- Si on prenait la notice au pied de la lettre, on ne consommerait aucune de ces substances médicamenteuses….

…mais avouez que dans le cas de la Thalidomide, vous avez choisi un cas extrême… ! !

Portrait de Lictor

à Yvon le Zébulon Portrait de Yvon le Zébulon De Lictor

informaticien | 15H24 | 30/06/2009 | Permalien

C'est un cas qui illustre bien le déséquilibre qui peut exister : intérêt du médicament médiocre (aucune urgence vitale), population à risque (femmes enceintes en début de grossesse), gros intérêt économique (population énorme, prescrition massive)…

On retrouve exactement le même problème avec les pillules pour maigrir ou les somniphères. Avec un service rendu encore plus faible. Et dans le cas des régimes, une pression marketing énorme sur les patients.

Un médicament est toujours nuisible. Même la paracétamol est mortel (en surdosage), l'aspirine peut provoquer des effets secondaires sérieux (maladie de Widal notament).
Normalement, on doit mettre en balance ces effets secondaires inévitables avec la gravité de la maladie et les effets positifs du médicament. On a perdu de vue ce principe fondamentaux avec certains médicaments…

Portrait de Marc de café_bloque

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cabot mais pas chien | 22H38 | 30/06/2009 | Permalien

Je parlais justement des somnifères un peu plus haut, et du meilleur pour dormir : la vitamine C naturelle, l'acerola , eh oui !

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 13H57 | 30/06/2009 | Permalien

Décidément, je ne fais pas partie de ce monde.
Des tas de types se mettent à flipper parce qu'un médicament aurait une chance de leur fourguer un cancer tout en leur assurant d'être en bonne santé.
Tandis qu'un autre tas de types en toute conscience absorbent des substances qui vont à coup sur leur filer un cancer et qui en plus n'apporte rien à leur santé.

Portrait de thetomil

De thetomil

simple internaute | 09H25 | 01/07/2009 | Permalien

Je suis diabétique de type 1 et je suis traité à la lantus (1 injection quotidienne) depuis 2 ans et demi.

Je n'ai donc pas un avis de spécialiste, je ne connais pas cette étude et n'ai aucun moyen de juger de ses conclusions.

Je suis pas là pour faire de la pub ; je veux simplement dire qu'il s'agit d'une insuline particulièrement efficace. C'est une insuline qui s'injecte toutes les 24 heures et qui lisse la glycémie, indépendamment des pics induits par les repas. L'effet est extrêmement stable sur la glycémie, les dosages sont assez précis et permettent de s'adapter à l'activité, sportive notamment. Entre autres, je suis parti faire le camp de base de l'Everest avec et je n'ai eu aucun souci.

Là où les insulines rapides (cad faites pour écraser les pics glycémiques des repas) sont parfois difficiles à maitriser et peuvent causer des hyper/hypoglycémies embêtantes, la lantus est super fiable.

Bref, c'est un médicament qui me permet de vivre complètement normalement en me préservant des risques du diabète, c'est à dire des effets directs de l'hyperglycémie (acidocétose : coma mortel) et ses complications (cécité, amputations, dysfonctionnement rénaux, etc). Sans ces insulines, je meure en quelques semaines à quelques mois.

Donc même si elle augmente le risque de cancer, je préfère ça que mourir à courte échéance ou que mener une vie de reclus à ne pas pouvoir faire de sport, pas voyager, pas sortir quand je veux, etc, comme c'était le cas avec les insulines de cochon utilisées autrefois.

Cette incartade biographique est juste là pour relativiser le discours de ceux qui sortent un peu vite leur bannière anti-OGM ou un discours anti-firme pharmaceutiques un peu trop rapide selon moi, même si évidemment des abus existent.

Moi aussi je suis dubitatif vis à vis des évolutions des biotechnologies. Moi aussi je suis a priori méfiant vis à vis des multinationales.

Mais ça rend service parfois : le jour où leurs usines s'arrêteront de produire de l'insuline, je mettrai une petite croix rouge dans mon calendrier 6 mois après, et je pourrai être sur que je n'arriverai pas jusque là.

Pourtant écolo dans l'âme, permettez-moi de douter qu'on puisse inventer des « alter-insulines » produites dans des petites coopératives bio.

Alors au nom de tous les gens dans mon cas, il faut proportion garder.

Portrait de Yvon le Zébulon

De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 12H09 | 02/07/2009 | Permalien

La lutte contre le cancer passe surtout par l'améloration de nos conditions de vie, interprétées dans le sens humain de la chose.

- Cassez vous les bonbons toute votre vie parce que le voisin a laissé trainé son chien ou que vous avez subi une file d'attente à la poste….et votre cancer, vous l'aurez !

° Comme disait Pierre Desproges,…
« Ca fait tellement longtemps que j'attends “mon cancer”, que je ne vais tout de même pas partir sans lui !

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