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XStrata et Anglo American : géants miniers, terrain miné

Par SoBiz | Blogueur | 02/07/2009 | 09H51

Mine de sel de Rio Tinto, en Australie (Tim Wimborne/Reuters)

C'est ce qu'on appelle se prendre un vent. Une veste. Un de ces rebonds de cour d'école qui endolorissent les chicots et plombent le moral du prépubère acnéique.

Le prétendant en question avait pourtant un certain style : Xstrata, cador anglo-suisse du secteur minier, présent à la fois dans la production de cuivre, de nickel, de charbon, de zinc et de vanadium. Un groupe en pleine croissance, qui avait réussi à gober son concurrent canadien Falconbridge en 2006, et à prendre pied en Nouvelle-Calédonie, sur les terres du français Eramet, avec un énorme projet d'extraction de nickel baptisé Koniambo.

Seulement voilà, la proie, Anglo American, se trouvait trop belle pour son boutonneux soupirant. Le cuivre ? Pourri. Le charbon ? Pas mieux. Le zinc ? Tout juste bon à absorber la Jupiler dans les PMU de Gyf-sur-Yvette.

Depuis qu'il s'est séparé de ses activités dans l'or (Anglo Gold), Anglo American ne jure que par le platine, le fer et le diamant (de Beers). Alors, son offre de « fusion entre égaux » et ses « 1 milliard de dollars de synergies » Xstrata pouvait se les carrer dans le lieu sombre et mal famé de son choix. Refermez le dossier.

Pourquoi ces grandes manœuvres ?

Fin de l'histoire ? A première vue seulement. Des râteaux de ce genre, le secteur minier en a déjà connus, dont certains étaient de la poudre aux yeux. Fin 2008, l'anglo-australien Rio Tinto avait réussi à échapper in extremis à l'offre de son concurrent BHP Billiton. L'attaque, sabre au clair et valises de yuan en main, du chinois Chinalco quelques mois plus tard l'a finalement ramené à de meilleurs sentiments vis-à-vis de BHP. Les deux tourtereaux viennent de faire alliance sur le minerai de fer, un business à 100 milliards de dollars.

Pourquoi ces grandes manœuvres ? Parce que la mine est un métier de chien, où seule la taille garantit la viabilité des sociétés. Des coûts d'exploitation énormes et peu flexibles, sauf à fermer des mines ; une rentabilité fortement dépendante du prix du transport, donc du cours du pétrole ; une dépendance aux infrastructures locales, certaines mines sud-africaines ne pouvant être exploitées faute de routes ou de voies ferrées ; et des cours des matières premières qui jouent au yo-yo, de même que les cours de bourse : le cours d'Eramet est passé de 600 euros à 150 en quelques mois.

Même sur le secteur de l'or, un des plus prestigieux, pas facile de rentrer dans ses frais : la teneur en or des gisements diminue de manière mécanique, les coûts de production ont augmenté de 20% en douze mois, et la prospection coûte effroyablement cher.

Alors, on règle ses comptes à grands coups d'OPA - Anglo Gold sur Ashanti, Placer Dome par le canadien Barrick- ou en se rachetant des mines quand on n'a pas les moyens de les exploiter. A moins qu'on ne nationalise carrément tous les gisements nationaux, façon Chavez, comme l'Ouzbek Navoi MMC.

Tous les moyens sont bons pour sortir vainqueur de cette course à la taille critique. Même dégrader un peu ses exigences sur la cible, un peu comme la pêche au gros de quatre heures du matin au Macumba, sueur au front et guiboles flageolantes, quand les créatures de rêve sont parties dans la Golf des jackys à gourmette.

Des besoins gigantesques en Chine

Les Chinois sont les rois du genre : après son vent avec Rio Tinto, Chinalco se serait rabattu sur Anglo American, plus petit et moins cher, tout en gardant un œil sur Rio Tinto, dont il possède quand même 9,3%.

L'intérêt des Chinois est bien compréhensible : bien qu'ils soient les premiers producteurs mondiaux de minerai de fer, cette production est insuffisante pour les gigantesques besoins de leur industrie sidérurgique. Et ils enragent de se faire régulièrement enfler par l'oligopole du fer, BHP, Rio Tinto et le brésilien Vale, lors des négociations pluri-annuelles.

La Chine a eu beau regrouper ses aciéristes pour mieux négocier les prix, ça ne suffit pas : l'oligopsone (peu de clients) ne sera jamais aussi fort que l'oligopole d'en face (peu de vendeurs). Une seule solution, donc : sortir le carnet de chèques, et partir à l'abordage des producteurs. Quitte à se prendre quelques rebonds.

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1 commentaires sélectionnés

Portrait de Sixpatte

De Sixpatte

77583 | 09H39 | 03/07/2009 | Permalien

Bien intéressant, votre article, où l'on se rend compte de l'importance de
la Chine dans tous les secteurs stratégiques. Mais pour en faire quoi au juste ?
Aussi bien que dans les pays développés dont la population regarde ses
dirigeants se goinfrer pendant qu'elle s'appauvrit ?

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