vie de bureau

Fait-il trop chaud pour travailler ?

Par Soline Ledésert | Etudiante | 03/07/2009 | 15H59

Ouvriers sur un chantier à Shanghaï en mai 2009 (Aly Song/Reuters).

(De nos archives) Que faire quand le thermomètre affiche des pics de chaleur sur le lieu de travail ? Ouvrir les fenêtres, râler en chœur, vouloir partir, oui. Mais d'un point de vue réglementaire ? Aucun texte de loi n'indique de seuil de chaleur qui déclenche un arrêt du travail.

Malgré la prise de conscience qu'avait suscité la canicule de 2003 quant aux dangers des hautes températures sur la santé, aucune législation particulière concernant la chaleur au travail n'a vu le jour depuis.

Les plans canicules, dont le plan canicule 2009, formulent des recommandations et prévoient des dispositifs spéciaux de prévention. Ils sont davantage tournés vers les populations prioritairement concernées, personnes âgées et enfants en bas âge. Seule une fiche du plan est destinée aux travailleurs et rappelle les textes de lois et les obligations de l'employeur.

Que dit la loi ?

Le code du travail, dans l'article L4131-1, assure au travailleur un « droit d'alerte et de retrait » si ce dernier a un motif raisonnable de penser que la situation « présente un danger grave et imminent pour sa vie ou sa santé ».

Comme il n'existe pas de seuil de température au-delà duquel un salarié peut quitter son poste de travail en toute impunité, concrètement la définition du danger est laissée à la discrétion des délégués du personnel, du chef d'entreprise ou ses représentants.

Pour les situations récurrentes où persistent un problème de chaleur, l'inspection du travail ou des experts de la santé au travail agrées par l'Etat peuvent visiter l'entreprise. Seulement, ils ne se déplaceront pas sur tous les fronts dès qu'il fera 35 degrés (rassurez-vous, Météo-France prévoit une retombée vers plus de fraîcheur pour les prochains jours).

Sous des chaleurs pénibles, dans les entreprises de plus de cinquante salariés, les employés peuvent faire constater par leur comité d'hygiène et de sécurité des conditions de travail (CHSCT) une température trop élevée dans les locaux de travail et ainsi justifier la présence du danger. Pour les entreprises de moins de cinquante salariés, il faut faire appel aux délégués du personnel qui jouent alors le même rôle que ce comité. Dans tous les cas, il est conseillé de rapporter la situation au médecin du travail ainsi qu'au service des ressources humaines.

Quels sont les devoirs de l'employeur ?

Le code du travail prévoyait jusqu'au 1er mai 2008 que l'employeur renouvelle l'air de façon à garder un air pur et « éviter les élévations exagérées de températures, les odeurs désagréables et les condensations ». Il devait également mettre à la disposition des travailleurs de l'eau potable et fraîche pour la boisson. Aujourd'hui, dans la nouvelle codification en vigueur, on trouve un article, moins précis : « Les équipements et caractéristiques des locaux de travail sont conçus de manière à permettre l'adaptation de la température à l'organisme humain pendant le temps de travail, compte tenu des méthodes de travail et des contraintes physiques supportées par les travailleurs. »

Restent par ailleurs les recommandations formulées par les institutions de santé publique. Les services « prévention des risques professionnels » des caisses régionales d'assurance maladie permettent à l'employeur de remplir son obligation de résultats en matière d'hygiène et de conditions de travail.

De plus, l'Institut national de recherche et de sécurité pour la prévention des accidents du travail et des maladies professionnelles met à disposition, sur son site, un dossier servant de guide pour « l'analyse et l'évaluation des risques dans leur entreprise et dans la mise en œuvre des moyens de prévention ». En particulier, la température de l'air souhaitable dans les locaux, d'après l'INRS, est de 18 à 20 degrés (activité physique légère), de 15 à 17 degrés (activité physique intense), 20 à 23 degrés (dans les douches, vestiaires). Au-delà de 30 degrés, la fatigue devient excessive quelle que soit l'activité.

Faut-il décider d'un degré celsius critique au-delà duquel les travailleurs français quitteraient le boulot ?

La diversité des situations de travail ne permet pas de retenir un seuil arbitraire. S'ajoute à ceci le fait que le danger est médicalement difficile à évaluer tant la résistance à la chaleur varie selon les individus et leur activité. En effet, l'inconfort thermique peut avoir des conséquences des plus bénines aux plus graves. Les risques, au-delà de l'épuisement par la chaleur, sont la déshydratation et, plus grave, les coups de chaleur. Ces risques dépendent fortement de l'âge de la personne, du genre, de la masse corporelle, du régime alimentaire et de l'éventuelle prise de médicaments.

La loi laisse donc le soin aux employeurs et employés de réagir en situation. Jean-Claude Delgenes, qui a fondé en 1989 le cabinet Technologia, spécialisé en évaluation et en prévention des risques professionnels et de l'environnement, juge que le texte de loi en l'état suffit. Selon lui, il faut « laisser une marge de manœuvre aux personnes concernées », et « compter sur les obligations réelles que doivent remplir les employeurs » en matière de risques professionnels.

Canicule info service (appel gratuit) : 0 800 06 66 66 du lundi au samedi de 8 heures à 20 heures.

Photo : ouvriers sur un chantier à Shanghaï en mai 2009 (Aly Song/Reuters).

Rectifié le 3/7 à 18h27. Passage sur la nouvelle codification en vigueur (cf. commentaires)

Ressorti de nos archives le 19/08/2009 à 16h40 l'occasion d'une grosse vague de chaleur dans la rédaction.

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8 commentaires sélectionnés

Portrait de flixp

De flixp

16H25 | 03/07/2009 | Permalien

je confirme les terrassiers et les couvreurs ont des températures mini et maxi pour bosser. Aussi certains autres corps d'état ne peuvent travailler du fait des matériaux utilisés. L'été de la canicule, on a eu un paquet de peintures à reprendre.

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De skayrldomski

fonctionnaire | 16H31 | 03/07/2009 | Permalien

Enseignant en maternelle (4/5 ans) ; la température est montée à 32,5°C dans la classe avec ventilateurs.
Quelques enfants se sont plaints de nausées, tous étaient dans un état apathique. J'ai eu des saignements de nez…
J'ai donc téléphoné à mon Inspection Départementale où l'on m'a dit que rien n'était prévu si ce n'est de mettre les enfants dehors à l'ombre.
J'ai téléphoné au maire de la commune qui m'a proposé d'envoyé la classe dans la salle commune de la maison de retraite, salle climatisée.

Portrait de Piouaille

De Piouaille

Etudiant | 16H39 | 03/07/2009 | Permalien

Dans certains corps de métier on décale tout simplement les horaires de travail : on commence plus tôt (parfois très tôt, genre 7h00), et on termine plus tôt (genre 13h00). C'est tout bête mais ça permet d'éviter les plus gros pics de chaleur. Bon ce n'est pas possible partout mais c'est une bonne idée je trouve.

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De nico69

vigneron | 16H45 | 03/07/2009 | Permalien

nous dans les vigne on fait 5 heure midi et ca se passe pas mal

Portrait de Benjamain

De Benjamain

03H58 | 04/07/2009 | Permalien

ici à Melbourne en janvier dernier il faisait 46 degrés à l'ombre, et tout le monde travaillait, j'étais dehors à ramasser des fruits et j'ai brûlé.

Et vous savez quoi, ça ne leur as même pas traversé l'esprit de prendre une journée de congé, et pourtant personne ne s'habitue à cette chaleur, que faut-il en conclure ?

Portrait de Folie ordinaire

De Folie ordinaire

07H49 | 04/07/2009 | Permalien

je suis infirmier. Dans l » hopital, public, ou je travaille, dès qu » ul fait un peu chaud, la temp grimpe facilement au delà des 30°. De plus, les tenues de travail, en synthétique, nous transforment tous en petits saunas ambulants.Vous ajoutez une douche dont l » entretien est à la charge de l » agent qui veut s » en servir, car jamais désinfectée, des sorties fréquentes sous le cagnard du fait de la structure en pavillons de l » établissement. Le manque de personnel, deux infirmers et 1 femme de ménage pour une moyenne de 25 hospitalisés toutes patholigies mentales confondues, font de chaque journée un peu chaude un cauchemar. Il y a dix ans, les ventilateurs étaient réservés aux administratifs qui ne bougeaient pas de leur chaise. Maintenant chacue service en posséde un, qui est affecté aux malades pris d » un coup de chaleur. Le cadre du service passe presser la cadence bien compassionnellement avant de rejoindre son burau au son vzntilateur semble rivé au sol. Ah oiu, le Directeur a droit à la clim, lui.
Les derniers batiments construits tout en metal et verrière, bénéficie d » un pièce climatisée par construit où nous transportons les invalides au rythme des modifications celsussiennes ?

Portrait de cricri34

De cricri34

TP | 09H58 | 04/07/2009 | Permalien

Bonjour,
Hé bien moi je suis du sud (Montpellier) et pas d'Espagne, je travaille dans les TP et je peux vous dire que la plupart des entreprises se moquent bien des 40°C à l'ombre en ce moment…
On bosse en plein soleil de 8h00 à 17h00, avec les tracto (non climatisés je précise) ,les camions et la pelle , dans des chantiers sans la moindre ombre puisque tout reste à faire.
L'eau fraiche elle sort de nos glaciéres perso, et c'est tout.
C'est un travail avant tout (ça nous permet de vivre ma famille et moi) mais il faut rétablir la vérité, il n'y a que ceux qui sont confrontés au probléme qui peuvent être oblectifs.
Les choses mériteraient grandement d'être améliorées parceque travailler dans ces conditions est trés dur, et il ne faut pas s'étonner si le secteur à du mal à recruter par chez nous.
Rentabilité quand tu nous tient ! ! !

Portrait de piellute

De piellute

étudiant | 11H28 | 04/07/2009 | Permalien

bien vrai, comme tous les cuistos d'ailleurs. En 2003 dans les cuisines horriblement mal foutues d'un resto saisonnier où j'ai fait bossé, les 3 fours à pizza ont fait friser régulièrement la température avec les 50°. Avec une limite pour ce genre de profession le service ne serait plus rendu car là pas moyen de décaler les horaires.
Et sans y avoir travaillé je pense que les TP c'est encore pire, le soleil qui tape direct c'est pire que la chaleur…

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