Decryptage

Le coup de folie du trader enflamme le prix du pétrole

Par François Krug | Eco89 | 04/07/2009 | 10H12

Affolement sur le marché pétrolier, mardi. En quelques minutes, sans explication, le cours du baril de brent s'est emballé, atteignant son record de l'année. La faute à un trader un peu trop joueur, et qui a raté son coup : il a fait perdre 10 millions de dollars à son employeur. En février, un autre avait provoqué une perte équivalente après un déjeuner trop arrosé.

L'affaire a été révélée par le Financial Times, et confirmée par l'employeur du trader, PVM Oil Associates. En une heure, le baril est passé de 71 à 73,5 dollars. Selon le Financial Times, le marché a échangé pendant cet intervalle « l'équivalent du double de la production quotidienne de l'Arabie saoudite ».

Le calme est revenu quand on a enfin découvert l'explication. Un trader isolé avait décidé de jouer un gros coup, semble-t-il sans l'autorisation de ses patrons. Résultat : une perte de 10 millions de dollars pour PVM.

« Pour ne pas être le dernier à réagir, on achète »

Le trader n'est pourtant pas le seul coupable. Il n'a fait qu'enclencher un mouvement, et tous ses confrères ont suivi sans chercher à comprendre. Explication de Francis Perrin, directeur de la rédaction de la revue Pétrole et Gaz arabe :

« Le trader est peut-être à l'origine de la moitié de ce mouvement. Le reste relève du réflexe moutonnier. On ne sait pas pourquoi les prix montent mais, pour ne pas être le dernier à réagir, on achète. »

Pour Francis Perrin, il faut distinguer « l'écume », ce qui s'est passé mardi, et « la vague » :

« En février, les prix tournaient autour de 32 ou 33 dollars. Ils ont commencé à augmenter de semaine en semaine, jusqu'à évoluer autour de 70 dollars. »

Cette hausse ne s'explique pas non plus par un seul facteur. Principale explication, selon Francis Perrin :

« Les marchés pétroliers ont fait le même pari que les marchés boursiers. Ils anticipent à tort ou à raison une reprise de l'activité économique, ou pensent que le plus dur est passé. Il faut donc être prêt avant les autres. »

10 millions de dollars envolés après un déjeuner bien arrosé

Des facteurs « plus objectifs » expliquent aussi la hausse. Fin 2008, l'Opep a décidé de réduire sa production pour maintenir les prix. En mai, les ventes d'automobiles ont bondi en Chine. La baisse des stocks de carburants aux Etats-Unis est interprétée comme un signe de reprise économique.

Et ces facteurs relancent la spéculation, explique Francis Perrin :

« Ils encouragent le retour des acteurs financiers sur le marché pétrolier. Avec la perspective de reprise aux Etats-Unis, le pétrole peut redevenir un placement. »

La brusque hausse de mardi serait donc anecdotique. Mais elle fournit un nouvel exemple de la dérive de certains traders. Comme l'avait déjà raconté le Financial Times, en février, un trader de Morgan Stanley a tenté de cacher à ses patrons une perte de 10 millions de dollars sur le marché pétrolier.

Il faut dire que l'explication n'était pas très glorieuse. Ce trader sortait d'un déjeuner de trois heures et demie, au cours duquel il n'avait pas bu que de l'eau. De quoi affecter son jugement même s'il « n'avait pas l'air ivre », a conclu l'enquête des autorités financières.

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de spleenlancien

De spleenlancien 78672

manant, de passage sous le soleil. | 10H25 | 04/07/2009 | Permalien

Comme dirait Benabar : On devrait pas trader bourré .

Portrait de Jacques BOLO

De Jacques BOLO

Auteur-Editeur | 10H46 | 04/07/2009 | Permalien

Tout ça est un peu bidon, un trader bourré aurait pu tout aussi bien faire gagner 10 millions de dollars. Ce qui n'est d'ailleurs pas important sur le marché des matières premières. On ne parle pas ici de faire le plein pour sa bagnole. Et comme le prix du brut a doublé depuis le début de l'année, les montants en jeu sont bien plus importants (il s'agit bien de toute la production de brut mondial).

Si le prix du pétrole augmente, c'est d'abord sans doute parce qu'il avait trop baissé, et ensuite parce que la demande augmente de toute façon (malgré la crise) dans les pays émergents.

On ne peut pas critiquer les traders d'un côté et avoir une vision exclusivement boursière (et anecdotique bidon) de l'autre. Sinon, on finira par penser qu'il n'y a pas que le niveau des actions qui baisse.

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 11H13 | 04/07/2009 | Permalien

Rien d'étonnant : c'est un système qui est naturellement fait pour s'emballer. La preuve : les prises d'options automatisées par informatique, et réagissant à la variation des cours est interdite, parce que les temps de réponse étaient tellement rapides que tout s'emballait tout de suite…
Avec un trader (bourré ou pas) en manuel, le phénomène est un peu atténué.

Portrait de affreuxjojo

De affreuxjojo

12H19 | 04/07/2009 | Permalien

Pour comprendre ces emballements financiers, il suffit de relire Rabelais et l'histoire du mouton de Panurge. Le trader est grégaire. Il bouge en troupeau. Si l'un trouve une bonne herbe verte, ils y vont tous. Si l'un saute dans un gouffre, les autres suivent. Dans un cas comme dans l'autre, la capacité de jugement individuel et de comportement autonome est très limité. Une différence cependant : le montons est rustique, vit en terrains pauvres, produit de la laine et une viande appréciable. Le trader est exigeant, très couteux et n'apporte rien à personne.

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