Tribune

La pub ment parfois (et ça ne s'arrange pas sur Internet)

Par Jean-François Lisée | Cerium, Montréal | 05/07/2009 | 11H31

Réclame pour la lessive Omo (DR)

logo cerium(De Montréal) A la pharmacie, l'autre jour, je vois la photo d'une magnifique top model, dont on distingue clairement le non moins magnifique galbe de la cuisse.

Puis viennent les mots : « Débarrassez-vous de la cellulite en dix nuits ! » C'est un mensonge. Je donnerais ma cuisse à couper que la mannequin n'avait pas la plus infinitésimale trace de cellulite il y a dix, cent ou mille jours.

On nous ment. Et nous nous habituons au mensonge. Et les publicitaires s'habituent au fait que nous nous habituions au mensonge. Donc, ils en rajoutent.

Mon seuil de tolérance au mensonge est bas (lire mon bref essai « Le Tricheur », 582 pages). J'admets l'exagération lorsqu'elle est clairement perceptible.

Dans une publicité, le fabricant Samsonite montrait un éléphant s'assoyant sur une valise, qui survivait, intacte, à l'assaut du pachyderme. Un juge a estimé que le fabricant avait eu recours à l'exagération humoristique pour communiquer son argument de solidité. Avec raison.

Mais la top model, elle, n'exagère pas, elle ment.

Pour promouvoir le Velib de Montreal, un faux blog de cyclistes

L'exemple local récent le plus dérangeant fut révélé par Patrick Lagacé dans le quotidien montréalais La Presse.

Pour vanter les mérites des nouveaux vélos municipaux Bixi (version locale des Velib), la boîte de communication Morrow a fait produire par ses salariés un blog où d'imaginaires Mélanie, Jean-Michel et Pénélope s'extasiaient sur ces vélos, affirmant sans honte que leur activité de promotion leur était venue « spontanément » et que leur rencontre était « fortuite ». Ils intervenaient tout aussi spontanément dans les blogs d'accros du vélo et dans les sites de certains quotidiens.

La technique est récente, mais elle n'est pas neuve. Selon le magazine américain spécialisé Advertising Age, les budgets investis dans ces méthodes étaient de 60 millions de dollars en 2005, en progression de 100% par an.

Il est fréquent aux Etats-Unis que les marques emploient des adolescents pour dire du bien de tel produit dans les blogues et les sites de clavardage, en échange de bons de réduction, de t-shirts, de DVD et autres babioles.

Une agence se vante d'avoit 40 000 internautes prêtes à faire de la pub

Personne ne les encourage à révéler leurs liens avec l'entreprise, au contraire. On leur apprend donc le mensonge par omission contre rémunération. Sur le Web, GirlsIntelligenceAgency.com se vante d'avoir 40 000 « agentes secrètes » de la GIA, âgées de 8 à 29 ans, disposées à faire mousser vos produits auprès de leurs amies, dans des soirées pyjamas ou sur Internet.

Heureusement, ces pratiques ont parfois un effet boomerang. Ainsi, Sony a dû battre en retraite lorsque les internautes ont vu qu'un blog faisant l'éloge de sa nouvelle PlayStation était de la pub déguisée.

En France, où on appelle parfois cette technique « marketoche », la société L'Oréal a dû s'excuser d'avoir inventé une utilisatrice d'un nouveau produit Vichy pour la peau s'exprimant dans un blog, lui aussi faussement spontané.

En 2006, la Federal Trade Commission américaine a jugé illégales, par principe, ces pratiques de mensonge par omission.

L'exemple montréalais est cependant inquiétant à d'autres niveaux. L'organisation du mensonge a été mise au service d'un produit public : le Bixi. Le propriétaire de l'agence, André Morrow, n'a rien vu de mal dans cette technique. Une fois informés, les élus municipaux, y compris le maire, Gérald Tremblay, n'ont rien désavoué.

De la com menteuse à la fraude électorale, une pente glissante

C'est choquant, car André Morrow est aussi conseiller politique du maire et de plusieurs autres figures politiques. Le danger de contamination est patent :

  1. L'agence de marketing trouve la dissimulation et l'usurpation d'identité acceptables en publicité
  2. L'agence conçoit la communication de responsables politiques
  3. S'il n'y a rien de répréhensible à faire croire aux citoyens que ce qui est faux est vrai, pourquoi ne pas rémunérer de faux blogueurs afin qu'ils disent du bien du maire, du ministre, du chef ?
    Pourquoi ne pas payer des gens pour qu'ils envoient de fausses lettres de lecteurs aux journaux ?
    Pourquoi ne pas payer de faux électeurs pour voter pour son client ?
    Mieux encore, pourquoi ne pas les payer pour voter plusieurs fois, sous plusieurs faux noms ? Une pratique que l'on croyait révolue depuis… à peine onze ans, le dernier cas avéré, au Québec, remontant à 1998, au profit du Parti libéral du Québec, dans Anjou.

Vous avez remarqué à quel moment nous sommes passés de la mise en marché à la fraude électorale ? Vu comment la pente est facile à dévaler ? Il faut empêcher le mensonge de franchir de nouvelles frontières, de contaminer notre cerveau et la société.

Toute pub -commerciale ou politique- qu'on ne peut clairement identifier comme telle doit disparaître, sinon c'est la vérité elle-même qui finira par périr.

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de marlowe75

De marlowe75

prof de fac | 12H40 | 05/07/2009 | Permalien

cet excellent article suscite en moi 2 réactions :
- j » adore le terme « clavardage », que je ne connaissais pas, hybride réussi de clavier et bavardage… ! nos amis québécois sont vraiment inventifs en terme de langage… Faut dire aussi que nous-z-autres pauvres français avons l » Académie…
- surtout, sur le fond : rappelez-vous il y a une trentaine d'année, dans la presse écrite, les annonceurs ont commencé à louer des pages de journaux pour y écrire de « faux » articles (« vraie » publicité), dans une mise en forme identique aux vrais articles du journal ciblé, qui pouvait laisser croire à un article d » information du journal. Très vite, et sous l » impulsion d » associations de consommateurs (type « 50 Millions de consommateurs »… oui, oui 50, à l » époque… ! : -), le législateur a réagi. De nos jours, ces « faux articles » existent toujours, mais ils sont toujours assortis d » un avertissement clair sur la page, genre « (Publicité) » ou « (Publireportage) », avertissement clairement lisible, en général… Une solution analogue à trouver pour le net et ses faux blogs ? en effet, le mensonge par omission reste un mensonge et une tromperie…

Portrait de YggNobel

De YggNobel

Errant | 12H57 | 05/07/2009 | Permalien

Autant je suis d'accord avec le constat de l'auteur, autant je désapprouve la manière de certains commentateurs (et sans doute de l'auteur qui est resté évasif à ce sujet) de régler le problème.
Un comité décidant si une pub a le droit de se faire ou pas, ça ressemble à un comité de censure.
A partir de là, pourquoi ne pas l'étendre à des articles de presse, qui font parfois aussi du publi-reportage ? La frontière aurait du mal à être clairement définie.
Et qu'y a-t-il de plus propice à la manipulation que de faire confiance à un Etat pour décider de la vérité ?

De plus, ce n'est pas en interdisant les mensonges qu'on dit pourquoi ils sont faux. Tout le monde ment, du voisin au politicien en passant par l'ami et le journaliste. Mais ce n'est qu'en exerçant son sens critique qu'on apprend véritablement à les déjouer, mais c'est la mission de l'école et pas de la loi.

édition : correction d'imprécisions/erreurs.

Portrait de Anna Gonda_bloque

De Anna Gonda

consultante en ressources humaines | 13H30 | 05/07/2009 | Permalien

Nous vivons dans un monde de pourris, il faut s'y faire…

Pour les photos, les logiciels de « retouche » sont de plus en plus performants.

Par rapport aux produits amincissants, spécifiquement, je préciserai que pendant des années, les médecins ont décrié cette formule disant qu'il n'était pas possible de faire rentrer de la crème par les pores de la peau, donc c'était de l'escroquerie.

Pourquoi s'enduit-on alors de crème anti-inflammatoire ? Il y a des lobbies dans tout cela, et chacun veut vendre sa boutique.

Cependant, les tests sur les crèmes amincissantes se sont avérés sérieux… des utilisatrices internautes sont sollicitées pour tester certaines marques et peuvent faire des commentaires tout à fait francs en notant.

De toute façon, toute publicité est à caractère mensonger… certaines sont de l'escroquerie pure, comme le produit de la Banque Postale qui rapportait selon les dires : 30 % en trois ans… Ils ont été condamnés pour cela. Cependant, il faut qu'il y ait à chaque fois des « procéduriers » qui se battent pour faire respecter la loi.

Restons tous en alerte face à la contamination de l'amoralité généralisée, le commerce dit « éthique » ne recouvre qu'une partie de l'économie…

Portrait de ideme

De ideme

candide | 17H31 | 05/07/2009 | Permalien

J'ai du mal à adhérer aux réactions courroucées des internautes. La pub ne ment pas, elle n'a jamais menti. Partout où la pub s'immisce, elle le fait en nous avertissant : aaaaadoudoudoudoudou pour les plus vieux, logo « Pub » pour les autres, pas un flash de pub qui ne s'annonce. Il est très simple de fustiger les mensonges des publicitaires. Tout ce qu'ils cherchent, c'est nous refiler leur camelote, et pour autant que je sache, nous savons tous que c'est de la m…. le plus souvent.
Pour les hommes politiques, c'est un peu pareil, dés qu'ils l'ouvrent, on peut s'attendre au pire. Ils nous parlent de démocratie, mais décident de refaire voter les peuples jusqu'à ce qu'il votent « comme il faut », revotent l'hadopi parce que le premier vote n'était pas le bon… On trouve là pas mal de tricheurs et de menteurs.
Dernière en date, notre Johnny local qui va faire vibrer les foules du 14 Juillet, lui qui a choisi de s'en aller en Suisse, décidant qu'il payait trop d'impôts. Il fait partie de la troupe de tricheurs qui profitent des règles qui les avantagent mais refusent la contre partie liée. Au lieu de les poursuivre pour tricherie, on les supplie de rester en leur offrant 15 milliards ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! Pourtant, c'est simple comme règle : pour gagner 30 briques pour soi, il faut en gagner 100. C'est tout.
Regardons-nous quand même nous même. Je prend le train tous les jours et apprends avec stupéfaction que les trois quart des voyageurs déclarent utiliser leur voiture aux impôts, que beaucoup profitent de leurs connaissances pour que leurs enfants aillent dans un collège ou lycée mieux coté, qui défendent la réforme de l'enseignement public et qui payent des coach privés à leur enfants, j'en connais qui roulent très au dessus de la limite et qui pestent contre ces jeunes qui font des bêtises, qui….582 pages, c'est en effet très bref tant la liste est longue.
Alors, disons que la tricherie est un moyen simple et accessible à tout le monde et que, assez souvent, nous y avons recours. La pub est donc un bouc émissaire assez facile. J'eus préféré que vous parliez de son omniprésence, de l'envahissement des zones populaires par la pub et de son absence des zones résidentielles.

Là où la pub ment, c'est lorsqu'on veut nous faire croire que tel où tel site internet est gratuit parce que payé pas la pub… et que tout le monde fait semblant de ne pas voir que nous payons tous la pub. Autre exemple : la TV privée est payée par les recettes des pubs… je préfèrerais pour ma part payer TF1 par redevance et enlever le coût de la pub dans le prix des pâtes et du pinard.

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