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Orelsan : la controverse court toujours… malgré les précédents
Par Chloé Leprince | Rue89 | 15/07/2009 | 16H40
En pleine garden-party du 14 juillet à l'Elysée, Frédéric Mitterrand a pris position, mardi, sur la polémique qui traine toujours autour du rappeur Orelsan. Le ministre de la Culture juge « ridicule » le débat qui a repris du lest avec la déprogrammation de l'artiste aux Francofolies de La Rochelle.
Alors que Jean-Louis Foulquier, le fondateur du festival, a dénoncé l'action sous-marine et le « chantage aux subventions » de la présidente de Poitou-Charente Ségolène Royal, Mitterrand, lui, veut ramener la polémique sur le droit à l'excès et à la violence des paroles pour un artiste. (Voir le clip de « Sale pute », le titre au cœur de la polémique).
Pour le ministre, « Orelsan exprime le dépit amoureux ». Frédéric Mitterrand précise :
« Avec des termes qui ne sont pas les miens (…) mais il a tout à fait le droit de l'exprimer. Je ne trouve rien de choquant ni de répréhensible à la manière dont il le chante. Rimbaud a écrit des choses bien plus violentes et qui sont devenues des classiques. »
Mitterrand repositionne donc le débat sur le terrain de la latitude de l'expression artistique. Qu'importe, d'ailleurs, la piètre qualité des paroles. Il s'affranchit ainsi du chemin dessiné malhabilement par sa prédécesseur à la Culture, Christine Albanel. Cette dernière s'était déclarée « choquée » par les paroles de « Sale Pute » et avait exigé à ce qu'Orelsan, maintenu aux Eurockéennes, de Belfort s'abstienne de chanter ce titre sur scène.
Exhumer Rimbaud à la rescousse d'un rappeur dont les arrangements musicaux et la subtilité des paroles restent à prouver a valu au successeur d'Albanel pas mal de critiques. Sur la Toile, certains imaginent ramener le ministre au « bon sens » et l'invitent à relire le poète.
Dès 1976, Gainsbourg fracassait le crâne de Marilou…
Pourtant, on peut se demander quelle subversion vient réellement se nicher dans le débat. Rimbaud ou pas, les élans de violence par dépit amoureux sont tout sauf rares. Gainsbourg, jaloux, n'expédiait-il pas Marilou sous la neige à coups d'extincteur ? Voilà qui n'a finalement pas à rougir de pâleur face à un Orelsan cocu qui veut « faire péter le rectum » de sa « Sale pute » dont il attend de voir « comment tu fais la belle avec une jambe cassée, comment tu suces quant j'te déboîterai la mâchoire ».
Gainsbourg et Marilou, pour mémoire, ça remonte à 1976 avec « L'Homme à la tête de chou » et ça disait ceci :
« Pour éteindre le feu au cul de Marilou
Un soir n'en pouvant plus de jalousie
J'ai couru au couloir de l'hôtel décrocher de son clou
L'extincteur d'incendie
Brandissant le cylindre
D'acier je frappe paf et Marilou se met à geindre
De son crâne fendu s'échappe un sang vermeil
Identique au rouge sanglant de l'appareil
Elle a sur le lino
Un dernier soubresaut
Une ultime secousse
J'appuie sur la manette
Le corps de Marilou disparaît sous la mousse. »
Apologie du meurtre ? C'est ce que reprochent les adversaires d'Orelsan au rappeur en matière de violence conjugale. Pourtant, Gainsbourg (toujours lui) n'a pas perdu son aura de monstre sacré après avoir chanté « Lemon incest » qui n'a pas fait de lui un chantre de l'inceste pour autant même s'il joue sur les mots (et avec sa fille dans un clip). Voilà comme ça sonnait, pour mémoire :
« L'amour que nous ne ferons jamais ensemble,
Est le plus rare, le plus troublant, le plus pur, le plus enivrant,
Exquise esquisse, delicieuse enfant, ma chair et mon sang »
Dans la bonne vieille culture française, il ne faudrait pas non plus oublier Michel Sardou qui a carrément « envie de violer les femmes » sans perdre son rang au Panthéon franchouillard. C'était dans « Les villes de solitude » :
« J'ai envie de violer des femmes
De les forcer à m'admirer
Envie de boire toutes leurs larmes
Et de disparaître en fumée. »
Sans omettre Johnny Hallyday, à qui on a commandé un concert gratuit en guise de grand messe nationale pour le 14-Juillet, et qui articulait tout de même dans « Requiem pour un fou » :
« Elle a fait de moi un fou, un fou d'amour
Mon ciel c'était ses yeux sa bouche
Ma vie c'était son corps son corps
Je l'aimais tant que pour la garder
Je l'ai tuée ; pour qu'un grand amour
Vive toujours, il faut qu'il meure
Qu'il meure d'amour »
Débat beaucoup plus discret sur le ragga homophobe
La question n'est pas franchement de prendre la défense d'un chanteur dont on peut douter qu'il fasse date. Sans compter que, comme le racontait Rue89 en mai, lui qui s'erige en héraut de la liberté d'expression avait menacé de procès les associations qui le brocardaient.
Cependant, on peut s'interroger sur l'opportunité d'un débat qui gagne la sphère politique. On ne peut pas dire que Ségolène Royal ait fait grand bruit contre la venue de Beenie man ou Capletown, Jamaicains notoirement homophobes qui exhortent, dans un pays où l'on tire encore sur les gays, à « brûler les pédales » pour ensuite les « vider de leur sang ». (Ecouter le titre en live)
Ces titres de 2003 remportent pourtant encore un grand succès aux platines de pas mal de soundystems. Et, après un appel au boycott en 2005 à l'occasion des tournées européennes de Capleton et Sizzla, le moins qu'on puisse dire est que le gros des associations et des politiques a déserté le terrain, à l'exception peut-être de Dominique Voynet, fraîchement élue à la mairie de Montreuil, qui s'était émue l'an dernier du passage de Sizzla dans sa ville.
Trop confidentiels, les artistes reggae ou ragga ? Mais la rapstar Eminem est elle aussi souvent présentée comme misogyne et homophobe malgré un savant coup de com qui l'avait amené à se produire avec Elton John. Le chanteur Moby l'avait même carrément accusé d'avoir « du sang sur les mains ». Voilà ce qu'écrivait Moby sur son site au tournant 2001-2002 :
« Si vous travaillez pour une chaîne de télévision, pour la presse ou pour la radio et que vous avez fait la promotion d'artistes qui encouragent la misogynie et l'homophobie, vous devriez avoir honte. Vous avez du sang sur les mains et vous devriez réfléchir aux conséquences qui découlent de cette culture que vous avez aidé à créer. »
Et vous, à part Rimbaud, avez-vous des souvenirs au moins aussi subversifs que la violence d'Orelsan à exhumer pour donner chair au dépit amoureux à la suite de Frédéric Mitterrand ? N'hésitez pas à fournir Rue89 en idées et cet article sera mis à jour.
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De velvet
citoyen | 17H24 | 15/07/2009 |
c est fou comme un illustre rappeur inconnu et peu talentueux peu devenir d un coup sympathique quand on voit ces censeurs……
De Thierno Seck
ApprentiSorcier | 18H01 | 15/07/2009 |
Salut à tous
Je ne connais pas Orelsan, je ne l'écoute pas, c'est pas mon style de Rap. J'ai grandi avec le Rap politique revendicatif et soceitale du PBS, Daara J, Bisso, Pee Froiss, Jant Bi et j'en passe les autres groupes de Dakar des années 90.
J'adore le rap, mais pas du genre « Alhamdoulilah ca va », non, je trouve ca nul. Mais passons.
Je suis outré par une chose, les policiers de la « bonne pensée ». J'entends dire, « oui les jeunes de banlieue vont tabasser leurs femmes » aprés avoir écouté Orelsan. Donc il faut censurer. Non mais…
Alors en banlieue, il y aurait des veaux, des moutons, des cons et des idiots qui suivraient à la lettre n'importe quelle idiotie du second degré d'un rappeur marginal. Bravo ! Ca doit etre cool la banlieue, Chiche ! !
je suis trés souvent mal à l'aise quand une certaine France blanche un peu agée parle des « jeunes de banlieue » et de ce qui les touche. Fringues, musique, expression…
Le Rap, il est vrai est en France trusté par des Caids de plateaux, des durs de salons, des faux bandits qui ont des textes hard mais qui en eux mêmes ne sont pas des durs pour beaucoup. Si des gens sont stupides pour penser leurs paroles comme la réalité, tant pis pour eux !
On (cette France assez agée blanche, droite ou gauche) s'interesse au Rap que pour dire a ces jeunes « nous ne vous comprenons pas, alors nous bridons vos aspirations et votre expression ».
Je lis par ci par la dans des forums et discussions, « le Rap, c'est pas de l'art », c'est pas ceci, c'est pas cela. Mais de quoi parle t-on ?
Ayant habité en balieue lointaine de Paris pendant longtemps, je suis surpris par le mépris des penseurs parisiens (gauche et droite réunies). La banlieue n'est pas un regroupement d'idiots et cela doit etre dit clairement. Il faut combattre la caricature !
Orelsan n'est pas un Prophète et son texte doit pouvoir etre compris comme du second degré. Quel idiot va tuer sa femme aprés avoir écouté ce chanteur inconnu . ? On prend les gens pour qui ?
J'encourage les rappeurs a dire de facon crue ce qu'ils ont a dire. Les thèmes ne manquent pas, violences policieres, violences entre jeunes, chomage, mutations sociales, controles au faciés etc..
Que les francais d'une certaine souche ne comprebnnent pas les gouts de certains jeunes, de banlieue ou pas, ne doit pas empecher les jeunes talents d'etre créatifs.
Cette tempete dans un verre d'eau cessera et ce rappeur retournera a son niveau de discretion d'avant.
Courage a ceux qui vivent la censure, l'acharnement Etatique, de l'extreme droite aussi et j'en passe.
Vive le Rap
De Patrick Guergnon
18H23 | 15/07/2009 |
Jim Morrison ( The Doors ) dans « The End »
« Father. Yes son ?
I want to kill you.
Mother, I want to fuck you all night long »
De Mamz
Etudiante | 19H12 | 15/07/2009 |
J'ai écrit un texte sensiblement identique à celui de « sale pute » après m'être fait larguée il y a quelques temps, peut être un peu moins violent mais surement avec la même haine. Ca ne fait pas de moi une misogyne, ou même quelqu'un de violent. Parfois l'écriture est un exutoire qui permet d'évacuer sans forcément passer à l'acte ou l'inciter. Les émotions que l'on ressent dans ces situations ne sont pas raisonnables, elles sont impulsives et violentes, je ne vois pas de problème à ce qu'un chanteur de quelque style que ce soit ai envie de la faire partager. A partir du moment où on comprend le contexte. Il me semble que cette chanson nous met en face d'une réalité qu'on a tous sensiblement connu, le dépit amoureux, et la folie que cela peut entrainer dans certains coeurs. Il arrive parfois de penser « toutes des salopes » ou bien « tous des connards » sans pour autant le penser réellement.
Après je peux comprendre que ça puisse choquer. Mais finalement si il pense vraiment ce qu'il revendique dans ses textes et bien tant pis pour lui, n'écoutez pas et laissez le dans son ignorance crasse. Et s'il ne le pense pas, il a juste trouvé le bon filon pour se faire connaitre. Quoiqu'il en soit tout ca ne mérite pas autant de tapage.
De niodayoda
étudiant pré-CAPA | 19H15 | 15/07/2009 |
« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire. »
http://fr.wikipedia.org/wiki/Voltaire#cite_ref-9
Par contre sur ce que vous dites sur l'incitation à la haine raciale, je trouve que c'est un peu théorique quand même ! il se pourrait qu'éventuellement des chanteurs aient des problèmes parce qu'ils écrivent un texte qui dénoncerait le racisme mais avec du second degré du coup on ne comprendrait pas et…
Quand même !
Alors pour plus d'informations, fondées, l'incitation à la haine raciale est en effet prohibée, par la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881 modifiée, et plus précisément par le Chapitre IV intitulé « Des crimes et délits commis par la voie de la presse ou par tout autre moyen de publication » (disponible ici : http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do ? cidTexte=LEGITEXT0000060707… ou comment le site legifrance donne un nouveau sens à l'heure d'internet à l'adage « nul n'est sensé ignorer la loi » ; -) même si faut encore la comprendre ! )
A noter que depuis la dernière modification législative de ce vénérable texte, soit la LCEN ou loi pour la confiance dans l'économie numérique du 21 juin 2004, sont concernés les « moyen(s) de communication au public par voie électronique » et que les personnes visées ne sont effectivement punissables que :
* si les propos incriminés ont DIRECTEMENT provoqué l'auteur
* que les faits ont été commis ou qu'on a tenté de les commettre
Pour ceux qui aurait la flemme de visiter le lien, morceaux choisis de limitations légales à la liberté d'expression passibles d'une sanction pénale :
- Les atteintes volontaires à la vie, les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne et les agressions sexuelles
- Apologie des crimes de guerre, des crimes contre l'humanité ou des crimes et délits de collaboration avec l'ennemi.
- Provocation (le texte parle de provoquer, pas d'inciter) à la discrimination, à la haine ou à la violence à l'égard d'une personne ou d'un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée + dans un alinéa suivant (pour quelle raison ? ) « à raison de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap » (là ça me choque cette distinction, et surtout la suite orientation sexuelle et handicap…passons ! )
- Négationnisme (contestation de l'existence d'un ou plusieurs crimes contre l'humanité tels que définis par le statut du tribunal de Nuremberg)
- et aussi pour des peines quand même moins lourde ! l'offense au président de la République…
ça remet les choses dans leur contexte !
De angeledesoli
riveraine | 20H05 | 15/07/2009 |
À propos d'Orelsan : que Frédéric Mitterand le défende au motif que Rimbaud a écrit des choses plus violentes est un mauvais argument : pourquoi ne pas faire dans ce cas l'apologie des tournantes dans les caves au motif qu'Appolinaire a écrit les onze mille verges ?
On se trouve la à un niveau différent de création, même si le crime passionnel (ou l'inceste) est le fondement de nombre de classiques français, et non des moindres.
De même dire que Gainsbourg a fait l'apologie du crime dans Marilou sans que personne n'y trouve à redire est un argument biaisé : le texte de Gainsbourg est poétique et drôle, et la recherche linguistique, les correspondances, relèvent incontestablement de la création artistique, alors que le texte d'Orelsan ne fait qu'aligner des grossièretés dans une sorte de vomi où on a du mal à distinguer la démarche créative.
Certes on peut toujours affirmer que le fait de vomir, (ou de déféquer, même) relève de la création artistique si l'on pousse suffisamment loin le snobisme intello des défenseurs de la liberté d'expression sans limites (parfois les mêmes qui d'ailleurs tournent de l'œil à la simple évocation de Dieudonné).
Mais bon, soit, on peut admettre que le texte d'Orelsan, qui exprime donc le dépit amoureux, peut tout à fait être considéré comme une forme d'expression artistique, et ce parce qu'il est le reflet fidèle de la misère affective et sexuelle d'une certaine catégorie de jeunes.
Et c'est ce qu'a voulu dire notre ministre de la culture quand il explique que chacun s'exprime à son niveau, avec ses mots, avec les outils de langage dont il dispose. Et là, je suis d'accord avec lui. Un autre texte « Saint valentin » illustre encore mieux la pauvreté dans l'expression des sentiments : « Je t'aime, suce ma bite pour la Saint-Valentin » (j'avoue que celle là m'a fait rire ! ! ! ). On se trouve là dans une forme d'art certes primitive, mais respectable, pour qui veut bien le replacer à son juste niveau d'entendement.
Le seul problème dans cette affaire est donc que : soit ce texte est en contradiction avec la loi parce qu'il incite à la violence envers les femmes et la justice doit être saisie (comme ce fut le cas lorsque Nicolas Sarkozy attaqua les rappeurs de Sniper pour incitation à la haine policière) soit on estime que ce texte est tout à fait conforme à la législation en vigueur et on laisse l'artiste se produire où il veut.
Je remarque cependant que l'expression de la haine du flic ou du juif est systématiquement (et légitimement) sanctionnée, alors que l'apologie de la violence envers les femmes trouve toujours des défenseurs… Il n'y a qu'à voir la compassion dont a fait l'objet le héros « romantique » Bertrand Cantat, tellement malheureux, le pauvre, après avoir mis une grosse baffe dans le nez trop fragile de Marie Trintignant. Les filles des cités l'ont bien compris, qui se réfugient sous des amoncellements de foulards ou de burqas pour se protéger des épithètes qui pourraient surgir de la liberté de l'expression artistique.
Et pour conclure, j'aimerais poser une question à notre ministre de la culture : comment aurait il réagi si la chanson incriminée était intitulée « sale pédé ? »