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« Du fric ou boum » : les menaces de salariés paient

Par Soline Ledésert | Etudiante | 16/07/2009 | 15H55

Un salarié de Continental lors d'une manifestation devant la Bourse, à Paris (Charles Platiau/Reuters)

La menace d'action violente, lancée par les salariés de JLG à Tonneins (Lot-et-Garonne), a permis à ces derniers d'obtenir « gain de cause », hier soir. Les primes de licenciement, destinées aux 53 employés licenciés, passeront des 16 000 euros initialement prévus aux 30 000 euros revendiqués. Les salariés de Nortel viennent de déposer les bonbonnes et ceux de New Fabris ont mis bas les bouteilles de gaz.

Cette série de chantages bouscule la manière traditionnelle de négocier. Est-il aujourd'hui nécessaire de convier les médias à un feu d'artifice annoncé pour initier un dialogue avec ses patrons ? La menace de passer à des actions chocs a-t-elle remplacé le coup de fil à l'administration ou la lettre aux élus locaux ?

Retour sur les menaces, les passages à l'acte et les suites de quelques coups d'éclat des dernières années.

1Cellatex. De l'acide dans la Meuse et 12 000 euros d'indemnités

Eté 2000. Les 160 salariés de l'usine Cellatex, société de filature de viscose à Givet (Ardennes), apprennent que leur entreprise est en liquidation judiciaire. Leur dernier patron en poste était autrichien et avait disparu de la scène un an auparavant.

  • Menace. L'utilisation du stock de 46 tonnes de sulfure de carbone, 56 000 litres d'acide sulfurique et 90 tonnes de soude forte qui sont entreposés dans l'usine, accompagnée du slogan « Jusqu'au boum boum boum ».
  • Passage à l'acte. 5 000 litres d'acide déversés dans la Meuse.
  • Les suites. Un protocole de sortie de conflit et des indemnités de licenciement de près de 12 000 euros par salarié, à l'été 2000.

2

Moulinex. « Du fric ou boum »

Novembre 2001. L'usine de Moulinex de Cormelles Le Royal (Basse-Normandie) ferme, les salariés contestent le plan de licenciement massif.

  • Menace. L'explosion de tonneaux remplis de substances inflammables déposés autour de l'usine, accompagnée du slogan « Du fric ou boum ».
  • Passage à l'acte. Un bâtiment incendié et la séquestration de Michel Bove, le délégué interministériel chargé de Moulinex.
  • Les suites. Une augmentation des indemnités de licenciement et des primes additionnelles pour certaines salariés.

3

Metaleurop Nord. Un plan social et des documentaires

Janvier 2003. Les 830 employés de l'usine Metaleurop Nord de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) apprennent au journal télévisé qu'ils sont licenciés sans préavis, suite au redressement judiciaire de la fonderie de plomb et de zinc dans laquelle ils travaillent.

  • Menace. L'utilisation du chlore, du nitrate et d'autres acides stockés dans la fonderie.
  • Passage à l'acte. Des pains de sodium sont déversés dans le canal de la Deûle.
  • Les suites.. Un plan social financé par les pouvoirs publics, des indemnités de licenciement, le reclassement des salariés et un florilège de films et documentaires.

4

Lenoir et Mernier. Les prud'hommes interviennent

Mars 2008 : les 132 salariés du fabricant de boulons Lenoir et Mernier, à Bogny-sur-Meuse (Ardennes), sont licenciés suite à la fermeture du sidérurgiste, qui fut vendu puis racheté, pour finir par faire faillite.

  • Menace. Le déversement du stock de centaines de litres d'acide chlorhydrique dans la Meuse et une petite cuve symbolique posée au-dessus d'une bouche d'égoût.
  • Passage à l'acte. Incendie de la maison-mère et d'un quart d'une des usines.
  • Les suites. La requalification par le conseil des prud'hommes de Charleville-Mézières, en mai 2009, des licenciements économiques en « licenciements sans cause réelle et sérieuse », et un droit à des indemnités entre 1 500 et 43 000 euros pour les anciens salariés.

5

Continental. 50 000 euros au lieu de 20 000 euros

Avril 2009 : après le rejet par la justice de leur demande de suspension de la procédure de fermeture du site de Continental à Clairoix (Oise), les salariés du fabricant de pneus expriment leur colère.

  • Menace. « Déjà, dès le premier jour, ils voulaient tout exploser et (mettre) le feu à l'usine », avait annoncé Xavier Mathieu, délégué CGT, en parlant des salariés.
  • Passage à l'acte. Le ravage de la sous-prefecture de Compiègne par des salariés de Continental, le 21 avril.
  • Les suites. Indemnités de départ de 50 000 euros pour chacun des 1 120 salariés licenciés, au lieu des 20 000 euros initialement prévus.

Photo : un salarié de Continental lors d'une manifestation devant la Bourse, à Paris (Charles Platiau/Reuters)

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de gyhelle

De gyhelle

16H29 | 16/07/2009 | Permalien

Je vois pas en quoi c'est pire que le chantage à la délocalisation ou à la fermeture pratiquée par tant de boites.

Portrait de Chimulus

De Chimulus

Dessinateur de presse | 16H34 | 16/07/2009 | Permalien

Portrait de Phil2922

De Phil2922

Retraite invalidité | 16H44 | 16/07/2009 | Permalien

En fait ces annonces d'actions radicales faites par des salariés désespérés de voir leur outil de travail supprimé ou délocalisé a pour but, bien sûr de faire une pression supplémentaire sur leurs patrons, de faire venir à eux les médias et çà marche… !

Les syndicats traditionnels, trop occupés à défendre leur appareil, se sont décrédibilisés en prônant un syndicalisme institutionnel sur lequel le patronat s'appuie pour faire passer leurs plans sociaux à la con. Attention, il semble que les salarié(e)s prennent conscience de leur force s'ils restent unis et déterminés face aux décideurs actuels qui doivent commencer à flipper devant l'esprit communard qui peut se répandre rapidement… ! !

http://phil195829.overblog.com

Portrait de Mister K

De Mister K

Arpenteur | 17H15 | 16/07/2009 | Permalien

Article intéressant. C'est une bonne idée d'avoir mené cette recherche et de rappeler les précédents conflits sociaux.

Il faut peut être remarquer que les périodes avant et après octobre 2008 ne sont pas tout à fait comparables. Nous sommes en situation de récession. Beaucoup d'entreprises ont au mieux gelé leurs plans de recrutement et bien souvent réduisent leurs effectifs. Il y a en ce moment un grand nombre de plans « sociaux » (euphémisme) et il faut probablement ce genre d'actions radicales, médiatiques ou symboliques, pour attirer l'attention des medias, et de là des élus. Les salariés qui sont menacés de licenciement économique aujourd'hui ont conscience qu'ils ont un plus grand risque de connaître le chômage de longue durée, surtout à partir de 45-50 ans (pour donner une idée, un ami m'indique que dans les Yvelines la perspective de chômage est estimée 18-20 mois actuellement pour les plus de 40 ans, et qu'elle passerait à 3-4 ans pour les plus de 50 ans).

On comprend pourquoi les salariés se battent encore plus aujourd'hui, avec les moyens du bord, pour tenter de compléter les indemnités au delà du minimum légal. Certes « une prime, ça ne fait pas un emploi » (1), mais au moins çà permet de vivre un certain temps en attendant la reprise que l'on nous promet chaque jour plus proche… !

(1) Il y a tout un tas de déclarations en ce moment sur le thème « une prime, ça ne fait pas un emploi » (ex Wauquiez, mais pas seulement). Serait ce parce que dans les palais dorés de la république on ne risque pas soi même de connaître le chômage ?

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