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A Lyon, la bibliothèque pactise avec Google sans états d'âme
Par François Krug | Eco89 | 18/08/2009 | 18H20

La Bibliothèque nationale de France devrait finalement confier la numérisation de ses livres à Google, après s'y être farouchement opposée. Défaite de l'exception culturelle ou victoire du bon sens ? Son ancien président, Jean-Noël Jeanneney, dénonce une « américanophilie exagérée ». La Bibliothèque de Lyon, elle, a déjà choisi. Son directeur explique pourquoi il a confié ses trésors du XVIe siècle à Google.
L'information a été révélée ce mardi par La Tribune. La Bibliothèque nationale de France (BNF) négocie un accord avec Google pour numériser ses réserves et, en contrepartie, les rendre accessibles en ligne sur Google Livres. Contactés, Google et la BNF se contentent de préciser que rien n'est signé.
Google accusé de siphonner le savoir mondial
D'un côté, un pilier de la culture française. De l'autre, un géant américain soupçonné de vouloir siphonner le savoir mondial pour en devenir la principale source d'accès. Voire la seule.
C'est la thèse défendue par Jean-Noël Jeanneney, historien, ancien ministre socialiste et président de la BNF jusqu'en 2007. Il lui a consacré un livre, « Quand Google défie l'Europe », présenté comme un « plaidoyer pour un sursaut ».
Le sursaut, c'était le lancement de Gallica, la bibliothèque numérique en ligne de la BNF, et d'Europeana, un portail fédérant les « résistants » européens. Le gouvernement y a consacré 7,3 millions d'euros l'an dernier, via des subventions du Centre national du livre.
Aujourd'hui, la BNF propose 774 000 documents sur Gallica. Pas grand-chose par rapport à un stock total de 13 millions de livres et d'imprimés. Numériser demande du temps et, surtout, de l'argent.
Patrick Bazin a fait le calcul dès 2006. Le directeur de la Bibliothèque municipale de Lyon voulait numériser près de 500 000 livres anciens, d'incunables du XVe siècle à des ouvrages du XIXe. Coût : plus de 50 millions d'euros.
« Une bibliothèque vivante »
Un appel d'offres est lancé. Seul candidat : Google. La numérisation débutera en septembre, dans un centre créé pour l'occasion dans l'agglomération lyonnaise.
Patrick Bazin résume les avantages de l'accord conclu entre la ville de Lyon et Google :
- Pour la bibliothèque : une numérisation et une mise en ligne gratuites
- Pour Google : plus de références et de contenus, donc plus de trafic et de recettes publicitaires
- Pour les lecteurs : des livres rares accessibles gratuitement sur Google et sur le site de la bibliothèque
Pour le directeur de la bibliothèque lyonnaise, c'est l'occasion de développer un nouveau mode d'accès au savoir. Patrick Bazin mise beaucoup sur le développement de son site :
« Une bibliothèque numérique n'a d'intérêt que si elle est vivante, en permettant de faire des commentaires et de construire des réseaux sociaux avec les chercheurs et les usagers.
Aujourd'hui, l'évolution du savoir se fait par hybridation : le modèle “top-down” [“de haut en bas”, ndlr], c'est fini. Et il ne faut pas qu'une seule bibliothèque numérique, mais plusieurs, y compris avec les mêmes livres, pour multiplier les focus. »
« Tout monopole est un péril »
Joint par Eco89, Jean-Noël Jeanneney estime qu'un accord avec Google serait « un renoncement » et « une idée assez saugrenue ». L'ancien président de la BNF explique :
« Tout monopole dans le domaine de la culture est un péril. Je n'ai rien
contre Google en tant que tel, mais laisser un monopole à une seule
firme commerciale anglo-saxonne est dangereux. »
L'argument économique, lui, serait « vraiment dérisoire » :
« J'avais obtenu 10 millions d'euros pour numériser 100 000 ouvrages par an. Il serait étonnant que la France ne soit plus capable de débloquer des fonds pour le rayonnement de la culture française et européenne. Il y a peut-être un climat d'américanophilie exagérée… »
Les éditeurs, eux non plus, ne sont pas rassurés par les projets de la BNF. En numérisant en masse les réserves de bibliothèques étrangères, Google a rendu accessibles des livres protégés par le droit d'auteur. Un procès l'opposant au groupe La Martinière doit d'ailleurs se tenir en décembre.
On trouve d'ailleurs sur Google Livres une partie de l'édition américaine du plaidoyer anti-Google de Jean-Noël Jeanneney. Un simple « aperçu », nuance le site. Mais qui offre quand même gratuitement un tiers de l'ouvrage.
Mis à jour le 18/08/2008 à 20h après une interview de Jean-Noël Jeanneney
Photo : projection stéréographique d'une vue du bouquiniste « La caverne des livres », à Auvers-sur-Oise (Gadl/Flickr)
- ► Gallica, la bibliothèque numérique de la BNF
- ► Europeana, le projet de bibliothèque numérique européenne
- ► La page de recherche de Google Livres
- ► L'accord sur la numérisation conclu par Google et la ville de Lyon
- ► Le rapport de Bruno Patino sur le livre numérique
- ► S.I.Lex, le blog d'un conservateur de la BNP passionnée par le numérique
- ► La Bnf se livre à Google, par Pierre Assouline
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De Anomie
Vivant | 18H38 | 18/08/2009 |
De toute façon, la bibliothèque numérique de Google référence déjà l'intégralité des ressources qui se trouvent en ligne ; plutôt que de lui en empêcher l'accès, il faut simplement essayer de la concurrencer en offrant un service publique (avec une coopération européenne il y a de quoi faire tout de même) qui ne fait pas de profit (donc pas de publicité) dessus. D'ailleurs une coopération des services publiques Européens avec d'énormes associations qui militent pour le « Free » comme la Fondation Wikimedia (Wikisource) serait la bienvenue. Finalement, tant mieux si Google accélère le processus de numérisation ; il faut simplement s'organiser contrôler et contrebalancer son monopole.
De Asse42
Posteur Royaliste | 19H39 | 18/08/2009 |
Voilà un exemple de plus de soumission au dogme de la rentabilité financière à tout prix, et donc à la puissance US. C'est le même problème que pour le GPS et Galiléo. Est-il normal de tout laisser entre les mains des américains sans vouloir les concurrencer ? Pourquoi ce renoncement de l'Europe ? Après on s'étonne de la montée d'un anti-américanisme primaire.
Moi j'en ai marre d'être soumis à Google, IBM,microsoft, Yahoo,etc…sans qu'il n'y ait aucune réaction européenne. Au lieu d'ériger en dogme la concurrence libre et non faussée, ne pourrait-on pas ouvrir des perspectives communes en Europe ? Voilà un projet pour l'avenir. Plutôt que de s'en remettre toujours aux multinationales US.
De chinchilla1967
plate | 20H00 | 18/08/2009 |
Les scans de google sont parfois limite du point de vue de la qualité.
De Enlendil
Etudiant | 01H19 | 19/08/2009 |
La différence c'est qu'aux USA un étudiant a une idée, il la développe, la met en place, en quelques années crée un buzz et voila une nouvelle référence mondiale. Et le type est vraiment apprécié de tous.
En France dès que quelqu'un a une idée on le scrute, on le critique, on lui met des batons dans les roues… Et si ça marche quand même on le détestera car ce sera devenu un riche, un « notable »…
Il y a une très net différence d'appréciation entre USA et France. Il est toujours plus facile de critiquer la bibliothèque de Lyon par exemple que de trouver, créer et mettre en place un modèle concurrenciel qui fonctionne. Pas étonnant par exemple que seul Google réponde à l'appel d'offres. Et pourtant ça critique quand même qu'on l'ai choisit.
De Vincounet
Comptable | 09H28 | 19/08/2009 |
Il est clair que tant que les oeuvres restent gratuites dans leur integralité, le fait que Google se fasse du bénéf dessus grace a la publicité ne me préocupe pas du tout.
Beaucoup sont ceux qui critiquent cette « alliance » alors qu'il n'ont jamais mis les pieds a la BNF.
Je serais d'accord avec Anomie pour un service public, mais dans la conjoncture actuelle, cela m'etonnerai que les gouvernement de l'U.E depensent de l'argent pour numeriser les oeuvres alors qu'il ont deja tant de depenses liées a la crise.
De shillom
09H51 | 19/08/2009 |
Dommage que Gallica ait autant de problèmes. Lenteur de connexion, Erreurs 503, impossible de considérer le site comme fonctionnel.
Du coup, pas vraiment d'alternative à part… Google.
Je suppose aussi que les éditeurs ne donnent pas directement les versions numériques de leurs publications à un organisme public comme la BNF. Dommage ca simplifierait bien la tâche.
De Sid_Mo
Cadre dirigeant de PME | 19H47 | 19/08/2009 |
Je ne peux que rejoindre votre point de vue.
Anecdote : Je viens de faire une recherche sur Google Books pour trouver le Bréviaire des Politiciens de Mazarin. Impossible sauf en extraits avant de l'acheter dans une librairie ! Le document que je cherche a été rédigé au XVIIème siècle. Sauf que les éditions que l'on me propose ne sont que des commentaires du texte par quelque exégète autorisé. Dont je me contrefous. Je veux juste le texte qui est libre de droit. Rien. Et ça, c'est pas la faute à Google ! Dès que c'est libre de droit ou qu'ils n'ont pas de droits commerciaux dessus, ils laissent en libre accès.
Avant de leur cogner dans la tronche, faisons mieux. Et en attends, ben, vive le P2P ! (Sid TRES mécontent)