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Bonus : que demain plus rien ne soit comme avant
Par Paul Quilès | Ancien ministre PS | 21/08/2009 | 09H35

En quelques jours, plus de 2 000 personnes ont approuvé la « pétition internationale contre les bonus ». « Encore une pétition ! », diront certains. Il est vrai que la question des bonus des traders n'est qu'un des aspects du dérèglement du système financier international, mais il est emblématique des pratiques immorales et dangereuses dont il se nourrit. Il est donc sain de dénoncer, mais aussi de proposer.
Notre démarche vise à montrer que les gouvernements des grands pays -dont les dirigeants vont se retrouver fin septembre au G20, à Pittsburgh- doivent prendre des décisions fortes, pour transformer un système qui conduit à des ravages économiques et sociaux considérables.
Et nous ne sommes pas encore au bout de nos peines, contrairement à ce que suggère une communication lénifiante, qui, depuis quelques jours, tend à faire croire que la crise serait derrière nous et que le monde aurait fini de souffrir de ses conséquences !
Quand Sarkozy voulait « refonder » le capitalisme
Souvenons-nous : il y a moins de cinq mois, le G20 de Londres claironnait solennellement que l'on allait empêcher les pratiques qui avaient conduit au désastre, que le « monde d'après » ne ressemblerait plus au « monde d'avant », que la émoralisation de la finance internationale » était en marche ! Nicolas Sarkozy osait même parler de « refondation du capitalisme ». Rien de moins…
Les dernières turpitudes du monde bancaire international montrent une réalité bien différente. Des banques, aidées par les Etats, parfois sauvées de la faillite par les pouvoirs publics, continuent à agir comme s'il ne s'était rien passé : un trader américain réclame à sa banque 100 millions de dollars, alors que celle-ci a eu recours à des fonds publics à hauteur de 45 milliards de dollars ; la BNP provisionne 1 milliard d'euros pour les bonus, après avoir reçu de l'Etat 5,1 milliards de fonds propres…
Toujours les mêmes pratiques, les mêmes surenchères, les mêmes justifications vaseuses sur le thème de la récompense du « mérite » ou de la « prise de risque ».
Devant cette situation, les dirigeants des grands pays avouent leur impuissance (Barack Obama : « On n'a pas l'impression que ce qui s'est passé ait provoqué un changement de culture ou d'attitude ») ou renvoient la question au niveau international (madame Lagarde : « Il est impossible d'agir au niveau d'un seul Etat, de crainte de créer une distorsion de concurrence avec les autres places financières »).
Prenons les dirigeants mondiaux au mot
Alors, prenons-les au mot et demandons leur d'en finir avec ces comportements, dont les excès et l'immoralité sont de plus en plus souvent dénoncés. Sinon, les déséquilibres de l'économie mondiale vont s'accentuer et ceux qui souffrent des effets de la crise risquent d'être poussés à bout.
Comment pourront-ils longtemps accepter que l'argent des contribuables soit ainsi bradé ? Combien de temps encore supporteront-ils que, malgré les aides de l'Etat aux banques, celles-ci préfèrent engranger des bénéfices et distribuer des bonus, plutôt que de remplir leurs obligations de prêt à l'économie et aux particuliers ?
Des solutions ont déjà été proposées :
- l'instauration d'une taxe sur l'ensemble des réseaux de la finance internationale : les sommes prélevées financeraient les grandes causes mondiales : protection de l'environnement, lutte contre le réchauffement climatique, politique de l'eau, lutte contre la faim…
- le contrôle strict de l'activité des banques par l'Etat, chaque fois qu'il est présent dans leur financement
- la limitation de la rémunération variable des traders, en pourcentage de leur rémunération fixe
- la fixation d'un impôt dissuasif sur les hauts revenus : souvenons-nous qu'aux Etats-Unis, dans les années 1930, le taux marginal d'imposition des revenus supérieurs à un million de dollars était supérieur à 90%
En signant la pétition, vous montrerez que vous ne vous résignez pas à voir les dirigeants des grands pays abdiquer devant ce système dangereux et que vous souhaitez, vous aussi, que « demain, rien ne soit plus comme avant ».
La pétition peut être signée sur le groupe Facebook et sur MesOpinions.com.
Photo : « Great Moment in Mrdoch Journalism » (Cogito ergo imago/Flickr).
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De barbouille
surfeuse | 09H46 | 21/08/2009 |
Ils veulent verser des bonus à leurs traders ? Que l'Etat leur réclame l'argent qu'il leur a versé.
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 10H12 | 21/08/2009 |
J'adore ça : Alors, prenons-les au mot et demandons leur d'en finir avec ces comportements, dont les excès et l'immoralité sont de plus en plus souvent dénoncés.
Je ne sais pas si Quilès se rend compte qu'en demandant bien poliment à nos bons maîtres (avec le chapeau serré entre nos doigts effarouchés par tant d'audace, tant qu'on y est ? ) il mesure assez précisément l'étendue de la reddition du socialisme gouvernemental en France (et ailleurs, mais passons…).
Cette tribune me fait penser à cette profession de foi de Tancredi dans Le Guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». C'est le programme pour le socialisme du XXIème siècle selon Quilès ?
De falstaff
Petit joueur de ukulélé. | 11H27 | 21/08/2009 |
Les bonus ne sont que la partie visible de l'iceberg. On peut bien les supprimer, l'action des banques n'en demeure pas moins problématique et plus généralement le rôle de l'argent dans notre société. D'une valeur d'échange il est devenu un produit, ce faisant il a perdu tout lien avec le concret. Tant que la monnaie ne sera plus totalement reliée à la création de biens ou de services, je ne vois pas comment les crises économiques pourront être évitées.
De Marcantoines
trouveur | 11H30 | 21/08/2009 |
Bravo Mr Quilès.
Les commentaires font état de la position parti socialiste de l'auteur.
Quelle importance que Mr Quilès soit un ancien ministre socialiste, ce qu'il écrit est tout à fait juste et raisonnable pour les trois premiers points.
Je pense que cette pétition aura plus de poids si elle est signée par l'ensemble des sensibilités politiques modérées, de gauche comme de droite.
La régulation du capitalisme financier est obligatoire.
Il est certainement plus concret d'améliorer un système capitaliste déficient que d'idéaliser un système communiste.
L'individu profite des lacunes du système, la société doit donc se protéger par des règles.
Quatrième point. « La fixation d'un impôt dissuasif sur les hauts revenus “ . Pourquoi ? Est-ce immoral de gagner beaucoup d'argent ? Ce qui me semble immoral, c'est de s'enrichir sans que la société y trouve son compte. L'inventeur génial mérite son argent.