decryptage

La voiture propre, histoire d'un fiasco français

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 29/08/2009 | 11H53

Dans le rétro avec l'INA

Priorité pour la commission Rocard-Juppé : inciter les constructeurs à développer véhicules électriques et hybrides.

A quoi servira le grand emprunt ? Alain Juppé, qui vient de s'installer avec Michel Rocard à la tête de la commission ad hoc, a déjà mis en haut de sa liste la voiture propre. Interrogé sur France Inter ce jeudi, le maire de Bordeaux a déclaré :

« Pourquoi est ce que la France a pris un tel retard dans la mise en place de véhicules propres ? C'est quelque chose qui me plonge dans la perplexité. Si vous voulez acheter une voiture hybride aujourd'hui vous achetez Toyota, il faut absolument que nos constructeurs rattrapent ce retard. »

On se rend compte grâce aux archives de l'INA que la voiture propre, ça fait cinquante ans qu'on l'annonce comme imminente … et qu'on l'attend. (Voir la vidéo)

Tous les spécialistes attendent la présentation au prochain salon de l'automobile qui s'ouvre à Francfort le 17 septembre, de la voiture « zéro émission » de Renault, en partenariat avec Nissan, et de l'iMiev de PSA développée avec Mitsubishi, deux modèles entièrement électriques. Mais entre les prototypes et la commercialisation grand public, que va-t-il se passer cette fois-ci ?

Le problème n'est pas de savoir faire, mais de vouloir imposer. C'est ce qu'explique Nicolas Bernard, journaliste essais à Auto Plus :

« On sait faire des voitures électriques, mais tant qu'il n'y aura aucune incitation à en produire, les constructeurs ne les développeront pas car elles restent beaucoup plus chères que les autres. Techniquement, elles restent trop longues à recharger et manquent d'autonomie. »

Le diesel, toujours le diesel, mais moins sale

Les constructeurs français ont longtemps misé sur une autre stratégie pour réduire l'une des sources principales de pollution, les émissions de dixoyde de carbone. C'est LA particularité française : avoir misé sur le diesel depuis si longtemps qu'on a mis une éternité à se rendre compte que « tout est à repenser dans la voiture », comme l'exprime Gilles Le Blanc, économiste et blogueur de Rue89 :

« Avec l'aide de l'Etat, tous les efforts ont été portés sur le diesel, dont on a amélioré la technologie, qu'on a exporté comme innovation française (avec le moteur à injection directe HDI, les pots catalytiques…). La prime à la casse du récent plan de relance va dans le même sens : c'est une réponse à court terme mais qui rend le long terme plus coûteux, comme pour le dopage. »

Qui inventera la voiture du futur ?

Pour ce spécialiste des politiques industrielles, on n'a encore aucune idée de ce que ce sera la « voiture du futur ». Depuis dix ans cependant, avec sa Prius hybride, Toyota occupe le créneau de la « voiture de transition ». Et là où Obama débloque 2,4 milliards de dollars en direction de dix-neuf fabricants, la France reste centralisée sur deux constructeurs.

Leur donner des milliards pour qu'ils travaillent à la voiture du futur, c'est un peu une réponse « des années 60 », estime Gilles Le Blanc, pour qui il faudrait encourager de multiples expérimentations.

Nicolas Bernard remarque de son côté que « les voitures électriques restent hors de prix, au moins le double que les voitures normales. Il faudra plus que des incitations fiscales pour qu'elles se vendent », d'autant que le budget électricité sera équivalent au prix actuel du carburant.

Attention aux faux semblants. Car, comme le fait remarquer Bruno Marzloff, sociologue au groupe Chronos :

« La voiture électrique est un risque et une chance. Il ne faudrait pas qu'elle absorbe toutes les énergies stratégiques des constructeurs. Elle donne l'occasion de développer une culture du services en réseau (alimentation électrique) sur laquelle peuvent s'adosser diverses formes de partage, donnant naissance à des services inédits et de nouveaux modèles mais elle ne règle pas la question des équilibres urbains et à la marge celle des pollutions. »

21 votes

34906 visites  |  229 réactions

6 commentaires sélectionnés

Portrait de marre.du.pipe.hole

De marre.du.pipe.hole

12H25 | 29/08/2009 | Permalien

En fait , il existe depuis longtemps , tout une panoplie de modèles « propres » .

La voiture electrique , ça on le sait , elle existe depuis 60 ans ! et ça , on le sait moins…..

La voiture à energie solaire , depuis 25 ans environ…

La voiture à air comprimé , inventée il y a 30 ans environ , mais on a pas jugé utile de continuer sur cette voie …. A première vue , les bouteilles d'air comprimé prenaient un peu trop de place …

Il y'en a eu d'autres , dont les brevets ont été achetés et dont on a plus entendu parler….

Alors , qui mange qui ? ?

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 12H32 | 29/08/2009 | Permalien

La voiture électrique a deux avantages très distincts :

- le premier avantage est l'absence de pollution directe, par émission de gaz toxiques ou à effet de serre. Cet avantage est important, surtout en zone urbaine. Mais n'oublions pas la pollution indirecte générée par la production et le recyclage des batteries. Et cette pollution sera d'autant plus importante qu'on souhaitera augmenter l'autonomie des véhicules.

- le second avantage est la capacité de récupérer l'énergie de freinage. Or, si ce point nécessite autant d'éléments électriques, il a besoin de moins de batteries. Ce qui rend la pollution indirecte, et l'encombrement lié aux batteries beaucoup moins importants.

Jusqu'ici, les constructeurs ont conceptualisé le véhicule électrique comme un véhicule plus ou moins autonome, ce qui impose un stockage conséquent de l'énergie. Je trouve dommage que l'on n'équipe pas nos véhicules d'un simple système de récupération de l'énergie de freinage, à stockage limité, ce qui ferait baisser la consommation, notamment en ville.

De même, la voie de circulation elle-même pourrait intégrer un système de récupération de l'énergie de freinage, et de restitution de celle-ci. Un système feu rouge / feu vert qui ralentisse / accélère les véhicules. Le surcoût pour les véhicules serait faible, et la grande part des investissements serait à la charge de la collectivité. Une façon de « mutualiser » l'énergie du transport, et ses investissements.

Portrait de umff

De umff

... | 13H05 | 29/08/2009 | Permalien

La voiture propre n'existe pas.

Tout simplement parce que le problème ne vient pas de l'énergie final, mais primaire. L'électricité est fabriquée par une autre forme d'énergie nucléaire en France et charbonnière aux États-Unis comme en Allemagne.

Quel quantité d'électricité devons nous produire en plus si nous devions remplacer le parc automobile (30 millions de véhicules) par des voitures électriques ?

Faisons un calcul pour la France. La consommation actuelle des transports est de 54 Millions de tonnes équivalent pétrole en 2003 (1 tonne équivalent pétrole = 11.600 kWh), soit, à énergie finale constante, environ 600 TWh (1 Twh = 1 milliard de kWh). Certes la chaine électrique est 2 à 3 fois plus efficace que le moteur à essence, et donc pour faire avancer nos voitures électriques il nous faut « juste » de 200 à 300 TWh pour électrifier 30 millions de voitures, soit de 40% à 60% de la production électrique française actuelle.

Si l'électricité est faite avec un combustible fossile, comme le rendement des centrales est de 50% aujourd'hui au mieux, et que la cogénération pose le problème de l'emploi simultané de la chaleur et de l'électricité (en mettre partout supposerait que nous n'ayons de l'électricité que l'hiver ou lorsque nous avons beaucoup d'industries consommatrices d'énergie ! ), nous aurions en fait besoin de 400 à 500 TWh d'énergie primaire pour fournir ces 200 à 250 TWh d'électricité.

« Tout électrique » signifie donc, en gros, une augmentation de 50% du parc de centrales en France, et si ces centrales fonctionnent aux hydrocarbures (gazeux, liquides ou solides) on ne gagne pas grand-chose question CO2. C'est faisable, mais pas totalement anodin !

Pour la pile à combustible c'est identique il y a de gros problèmes techniques.

Portrait de Yamana Y

De Yamana Y

journaliste | 13H06 | 29/08/2009 | Permalien

Quand j'étais gamin - à la fin des années 60 -, TOUTES les bennes à ordure de Paris (forme ronde, couleur vert wagon) étaient électriques. Je me souviens très bien que ce qui faisait le plus bruit, c'était le choc des poubelles : elles étaient métalliques !

Il est quand même invraisemblable qu'aujourd'hui, les bus, les camions-poubelles, l'ensemble des véhicules municipaux, ne soient pas tout électriques…

Je cherche depuis quelques moins à acheter un scooter électrique. Le problème, c'est que les bornes sont encore assez peu nombreuses à Paris (et beaucoup d'entre elles sont dans des parkings… payants ! ), et que je n'ai de prise ni au pied de mon immeuble, ni à mon travail.
Dommage…

Portrait de mioumiou

De mioumiou

13H37 | 29/08/2009 | Permalien

La voiture électrique n'a aucun avenir, ni même la voiture à Hydrogène. Le nerf de la guerre c'est l'énergie qui va générer cette électricité ou cet hydrogène (qui ne se trouve pas dans la nature de façon naturelle comme le pétrole). Aucune source d'énergie ne peut rivaliser avec l'or noir pour l'instant. Un produit aussi énergique et facile à manipuler la nature à mis des millions d'années à le fabriquer. Nous allons l'épuiser en l'espace d'un siècle et demi.
En réalité, il n'y a aucune solution après le pétrole et le gaz. N'en déplaise aux tenants de la théorie du complot (gouvernements et compagnies pétrolières qui cacherait des technologies nouvelles …).
Le problème n'est pas technologique, la technologie n'a jamais crée de l'énergie.
Soyons réaliste et voyons le choses en face. La seule solution c'est un changement dans nos habitudes de consommation pour épargner le peu de pétrole qui nous reste. Puis la décroissance (économique, démographique, militaire …)
Le siècle prochain sera dur, très dur, des guerres éclateront, des famines tueront des millions de personnes, la population mondiale passera le cap difficile de l'équilibrage. La terre sans pétrole n'est pas assez grande pour nous faire vivre tous malheureusement.
Nous allons certainement développer des techniques de transformation de l'énergie solaire, tectonique, volcanique, maritime … mais ce ne sera pas assez pour 8 milliard d'individus mais pour beaucoup moins que cela.
Nous avons vécu un siècle magique et unique dans l'histoire de l'homme mais ce modèle n'a été viable que grâce au pétrole. Après lui une autre histoire s'écrira et elle ne sera pas tendre pour tout le monde.

http://www.oleocene.org/

Portrait de Devin

De Devin

Ingénieur | 22H51 | 29/08/2009 | Permalien

Bonjour

Soyons pragmatiques. Tout d'abord les classiques erreurs techniques dans l'article de départ :
- la phrase d'A. Juppé : « Pourquoi est ce que la France a pris un tel retard dans la mise en place de véhicules propres ? C'est quelque chose qui me plonge dans la perplexité. Si vous voulez acheter une voiture hybride aujourd'hui vous achetez Toyota, il faut absolument que nos constructeurs rattrapent ce retard. »
o => première erreur : une voiture hybride n'est pas une voiture propre ! ! ! ! Jusqu'à nouvel ordre, elle a d'abord et avant tout un moteur thermique (l'électrique n'est là qu'en appoint) et rejette des polluants (HC, CO, NOx.. ; ) et du CO2 (guère moins qu'une voiture Diesel).
o Deuxième erreur : « la France a pris un tel retard » : comme d'hab » on se regarde le nombril franco-français. Ce n'est pas la France qui a pris du retard sur l'hybride, mais Toyota qui a pris de l'avance sur tout le reste de la planète.
- « Les constructeurs français ont longtemps misé sur une autre stratégie pour réduire l'une des sources principales de pollution, les émissions de dioxyde de carbone »
o le CO2 (dioxyde de carbone) n'est pas un polluant, c'est un gaz à effet de serre ! Ca devient fatigant, depuis le temps qu'on cause du sujet, de trouver encore de genre d'erreur dans un article posté sur un site d'information.
- « C'est LA particularité française : avoir misé sur le diesel » : ce n'est pas une particularité purement française, mais européenne. Voir les allemands, notamment VW qui a démocratisé l'injection directe avec ses premiers TDi. Mais que voulez-vous, on aime bien se gargariser de nos soi-disant particularité hexagonales.
- « Avec l'aide de l'état, tous les efforts ont été portés sur le diesel » :
o ça sent le vieux complot ! Citez-moi un pays industrialisé dont l'état ne cherche pas à aider ses industries.
o Les constructeurs français, allemands ou italiens ont en effet porté leurs efforts sur le Diesel à injection directe, et à juste raison car c'est la technologie qui a permis les plus spectaculaires gains en consommation de carburant (et donc en émissions de CO2) en une dizaine d'année à un coût acceptable par les clients. Et on devrait s'en plaindre ? ? ! !
- « … le diesel, dont on a amélioré la technologie, qu'on a exporté comme innovation française (avec le moteur à injection directe HDI, les pots catalytiques…) ». => Encore une série d'inepties (l'auteur est apparemment économiste, mais n'y connaît visiblement rien à la technique ni à l'histoire de l'automobile) :
o L'injection directe est un principe d'injection, utilisé sur les camions ou les tracteurs depuis des décennies, mais plus bruyant que l'injection indirecte utilisée sur les voiture jusqu'aux années 90. On peut le mettre en oeuvre avec des pompes distributrices, des injecteurs pompes ou du « common rail »
o HDI n'est que l'appellation commerciale de PSA pour les moteur à injection directe common rail. Strict équivalent du DCi de Renault, du CDi de Mercedes ou du Multijet de Fiat.
o L'injection directe n'est pas un « innovation française » et n'a jamais été exportée comme telle. La première tentative sur voiture fut faite par Fiat dans les années 80 avec la Croma, mais sans succès. Et c'est VW qui l'a finalement démocratisée avec le moteur TDi à pompe distributrice (équivalent du DTi de Renault) dans les années 90. Le common rail ayant été sorti en premier par Fiat, qui avait poursuivi des travaux démarrés chez RVI.
o « Les pots catalytiques » : vieux système développé d'abord aux USA (Californie) dans les années 60/70, puis étendu au Japon et enfin à l'Europe dans les années 80. Aucun lien avec l'injection directe, encore moins avec une quelconque innovation française (le PDG de PSA dans les années 80 était farouchement contre ! )
- « Leur donner des milliards pour qu'ils travaillent à la voiture du futur, c'est un peu une réponse “ des années 60 ”, estime Gilles Le Blanc, il faudrait encourager de multiples expérimentations. » : rien n'est moins sûr. On n'est plus au début du XXème siècle. Développer une automobile demande des investissements en argent, en technologies, ou moyens industriels énormes. Il est nettement plus intelligent de regrouper les efforts que de disperser les subventions à droite et à gauche. Et notons que l'état n'a jamais donné « des milliards » à l'industrie automobile. Quelques centaines de millions au grand maximum (et ne me ressortez pas les 2 prêts de 3 milliards accordés à PSA et Renault, et qui rapporteront du 6% minimum à l'état : un prêt n'est pas un don ! ).
- « Nicolas Bernard remarque de son côté que “ les voitures électriques restent hors de prix, au moins le double que les voitures normales. Il faudra plus que des incitations fiscales pour qu'elles se vendent ”, d'autant que le budget électricité sera équivalent au prix actuel du carburant. » :
o encore une erreur : le budget électricité sera nettement moindre que le budget carburant. C'est le budget « batterie + électricité » qui serait proche du budget carburant, d'où l'idée de ne pas vendre les batteries (trop cher en une fois), mais de les louer. C'est du moins l'objectif dans un premier temps, le but étant d'arriver à un budget moindre. La hausse inévitable du prix du pétrole se chargera de toute façon d'inverser la tendance.
o Les voitures électriques sont en effet pour l'instant d'un prix prohibitif. Alors que faire ? On baisse les bras ? Ben non. Il est clair qu'avec la montée en cadence les prix vont diminuer, comme pour toute technologie nouvelle : aussi il faut effectivement des incitations fiscales pour amorcer la pompe sinon ça ne prendra jamais. C'est bien pour cela que le gouvernement a voté une subvention de 5000 Euros aux voitures électriques. Et aussi sans doute parce qu'un certain Boloré, grand ami du président, c'est lancé sur le créneau : je m'étonne toujours que les journaux ne fassent jamais le rapprochement…
o
Sur l'hybride :
- Il faudrait se poser quelques questions :
o Pourquoi Toyota n'a-t-il pas étendu sa technologie miracle (qui fait fantasmer tous les bobos) au reste de sa gamme (Auris, Avensis, Rav4…) ? Si on prend (juste un exemple ! ) l'injection directe Diesel, le groupe VAG avait proposé le TDi sur toute sa gamme en quelques années, idem pour PSA avec le HDI ou Renault avec le TDi puis le DCi.
o Pourquoi la Prius est-elle en France le véhicule le moins vendu de la gamme Toyota ? Je croyais que tout le monde ne rêvait que de ça…
o Pourquoi les autres constructeurs (pas français, donc forcément plus intelligents) ne sont-ils guère plus avancés sur l'hybride ?
- Toyota l'a fait car :
o Ils voulaient s'acheter une image écolo pour effacer leur image de constructeur de 4x4. Force est de constater qu'ils y sont très bien arrivés car ils vendent toujours beaucoup de 4x4 mais tout le monde l'a oublié…
o Ils cherchaient une solution pour diminuer la conso pour le marché américain qui est allergique au Diesel. Si les américains avaient adopté le Diesel comme l'Europe, il n'y aurait sans doute jamais eu de Prius…
o Ils en avaient les moyens et pouvaient se permettre de vendre à perte pendant un bon moment pour s'acheter une image.
- En clair, ce n'est pas rentable à l'heure actuelle et les constructeurs automobiles, comme toutes autres entreprises privées de n'importe quel secteur, n'ont pas vocation à perdre de l'argent pour le bien de l'humanité, arrêtons de leur faire un faux procès.
- Avec un pétrole beaucoup plus cher cela pourrait le devenir : seul le coût motive les acheteurs. Il n'y a qu'à voir la ruée sur les Diesel en France ou en Espagne depuis l'instauration du bonus/malus. Une bien bonne chose, soit dit en passant, qui a fait chuter la consommation moyenne de CO2 des véhicules produits en 2008 ou 2009 de façon impressionnante, et en tout cas nettement plus efficace que la commercialisation de la Prius. Si vous voulez baisser la conso, ne cherchez pas longtemps : tapez au portefeuille, il n'y a que ça qui marche. Une étude avait mis en évidence une belle corrélation entre le prix du carburant et la conso moyenne des voitures dans différents pays de la planète.
- Ceci dit l'idée d'un système de récupération de l'énergie au freinage est bonne, et on va voir se généraliser sous peu le stop&start qui est un micro-hybride pas trop coûteux, donc raisonnable. Le full hybride (voiture pouvant rouler uniquement en électrique pendant un certain temps) est nettement moins rentable. D'ailleurs la première concurrente de la Prius, la Honda Insite est plutôt un mild hybride. Et n'est guère plus performante qu'un Diesel classique.
- PSA annonce vouloir sortir un Diesel hybride : sans doute le top en conso, mais à quel prix, et tout en continuant à émettre des polluants et du CO2. Ceci dit c'est sans doute la seule alternative au tout électrique si on veut une bonne autonomie, au moins dans une phase de transition.

Sur le Diesel :
- Ben non, il ne faut pas y voir un méchant complot des pétroliers. Si les constructeurs européens ont développé el Diesel, c'est qui présentait un énorme potentiel de réduction de conso, et ce sont les clients qui ont fait le reste en en demandant toujours plus. On n'a jamais mis un pétard sur la tempe d'un client pour le convaincre de choisir un moteur diesel plutôt qu'un essence, il ne faut pas prendre tous les gens pour des idiots.
- Les particules : effectivement, c'est un problème, mais la solution existe : le filtre à particules. Et s'il est encore optionnel sur pas mal de voitures, il va le devenir de fait à partir des nouvelles normes Européennes Euro V. Que voulez-vous, si le client à le choix, même s'il jure la main sur le cœur vouloir protéger la planète il refuse à 99% de payer plus pour polluer moins, et un FAP, ça coûte… La seule solution passe, comme toujours, pas la réglementation (et la fiscalité, mais on reste dans le domaine de la loi). Voir la fantastique diminution des polluants émis depuis la création des premières normes européennes, souvent au grand dam des constructeurs car cela leur imposait de lourds investissements et des surcoûts aux véhicules. Donc arrêtons de nous focaliser sur un lobby automobile qui serait tout puissant, arrêtons aussi de critiquer les constructeurs qui ne feraient pas de progrès assez rapides, et réfléchissons plutôt au bulletin que nous mettons dans nos urnes quand nous élisons nos représentants.

Sur les véhicules propres :
- Soyons clairs : aucun véhicule n'est totalement propre car il faut le construire, produire sa source d'énergie, et le recycler. Mais on peut se mettre d'accord pour désigner par cette expression un véhicule n'émettant ni polluant, ni gaz à effet de serre lors de son fonctionnement. On notera qu'une charrette à cheval n'en est pas un car un cheval émet du méthane (gaz à effet de serre nettement plus néfaste que le CO2) ! ! !
- Arrêtons aussi la focalisation sur l'automobile. Aucune activité humaine n'est vraiment propre : construire une maison, un aspirateur, un vêtement, un plat cuisiné dans un restaurant, un livre… TOUT ou presque consomme de l'énergie et des matières premières. Donc soit on parle de l'automobile, soit on parle des activités humaines dans leur ensemble mais il faut alors le préciser. Restons-en déjà ici à l'automobile, c'est assez compliqué comme ça.
- Lobby du gouvernement qui perdrait l'argent de la TIPP ? Dites-vous bien que l'arrêt du pétrole est inévitable, et qu'il sera toujours facile de créer une autre taxe équivalente. Je n'ai aucun doute sur la créativité de nos grands argentiers dans le domaine (on n'a pas de pétrole mais on a des idées ! ), et tant mieux d'ailleurs car il faut bien financer d'une manière ou d'une autre notre démocratie (c'est un bien précieux, et il faut savoir en payer le prix).

Sur la voiture électrique :
- Il faut faire le distingo entre la source d'énergie et le type de moteur : une voiture à énergie solaire, ou à pile à combustible, fonctionne avec un moteur électrique ! ! !
- Il existe d'autres types de moteur :
o A gaz, essence, Diesel, carburants issus de la biomasse… => tous émettent des polluants.
o A air comprimé : rendement et performances médiocres, encombrement de la réserve d'air, sécurité lors du chargement en air comprimé, infrastructure à mettre en place…
o Turbine à hydrogène : n'émet que de l'eau (sympa), mais il faut produire l'hydrogène, le transporter et le stoker dans des conditions de sécurité acceptables, ceci durant toutes les phases d'utilisation du véhicule. Dur !
- Le moteur électrique se développera inévitablement à plus ou moins long terme : technologie simple et qui sera peu chère à grande échelle. Pour l'histoire, c'est ce qu'on pensait déjà à la fin du XIXème siècle avant que le moteur thermique ne fasse des progrès phénoménaux en terme de performances et d'autonomie et n'enterre l'électrique pour plus d'un siècle ! Rien ne sert de courir… Reste la question de la fabrication et du stockage de l'électricité.
- Réjouissons-nous que Renault, constructeur français (dingue, non ? ) ait décidé d'investir fortement dans le domaine avec son partenaire Nissan, et en passant notamment de multiples accords avec des pays, des régions, des villes, des producteurs d'électricité, de batteries…. Donc en clair en y mettant le paquet. Mais je suis sûr que les éternels grincheux y trouveront à redire (ce serait Mercedes, ou mieux Toyota, qui le ferait, ce serait forcément génial, et les français des idiots à la ramasse, mais si c'est Renault il faut critiquer, forcément…).

Perspectives :
- Des voitures à moteur électriques. Les batteries ont déjà connu des progrès énormes, et on est sans doute loin d'avoir tout exploré dans le domaine.
- Des véhicules à moteur thermique, roulant à base de carburant de synthèse (à base de biomasse, de charbon…) : inévitables encore longtemps pour les besoins de forte autonomie, comme pour les avions ou les zones mal desservies en infrastructure nécessaire à la voiture électrique.
- Ici ou là des trucs adaptés aux ressources locales : alcool au Brésil, gaz en Iran ou Algérie, peut-être hydrogène en Islande (des sources en émettent un peu dans ce pays fortement volcanique)
- Des hybrides de tout ça à des niveaux d'hybridation divers.

Production de l'énergie :
- La question se pose pour l'automobile, mais aussi pour toutes les activités humaines, dans l'optique notamment d'un fort développement du reste de la planète.
- Du nucléaire, mais les capacités ne sont pas illimitées, et les risques liés aux déchets loin d'être résolus…
- De l'éolien, de l'hydraulique (barrage, courants marins…).
- Du solaire dans d'immenses étendues. NB : mais sûrement pas de « voiture solaire » ! N'importe quel scientifique vous démontre en 3 secondes que l'énergie reçue du soleil par une surface équivalente à celle d'une voiture est largement insuffisante pour faire avancer une voiture normale. OK au mieux pour un proto ultra léger (bonjour la sécurité en cas de choc), ultra profilé (donc une place et pas de bagage), sans accessoires (clim, radio, direction assistée…), avec des perfos minables, et dans des zones si possible très ensoleillées. Donc totalement invendable, ou juste pour le fun entre potes en Australie pour changer du surf.
- Des ressources fossiles (il reste encore pas mal de charbon), mais il faut bosser dur la dépollution au niveau de la centrale. Ceci dit il est nettement plus simple de le faire à la sortie de quelques milliers de centrales qu'au cul de plusieurs dizaines de millions de véhicules par année !
- Des carburants de synthèse à base de biomasse.
- Et surtout, il faut bosser grave sur les économies d'énergies, mais c'est un vaste débat qu'on ne va pas traiter ici.

Sera-ce suffisant ? Rien n'est moins sûr, mais malheureusement nous n'avons guère d'alternative.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code