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Adair Turner, ce Seillière anglais soutenu par Attac

Par Augustin Scalbert | Rue89 | 30/08/2009 | 11H47

L'ancien patron des patrons britanniques a pris position pour la création de taxes Tobin, ce qui ravit les altermondialistes.

Adair Turner lors d'une conférence de presse en 2006 (Kieran Doherty/Reuters).

Jonathan Adair Turner, baron Turner of Ecchinswell, a 53 ans et une très longue notice dans le Who's Who : passé chez BP, Chase Manhattan Bank, McKinsey ou Merril Lynch, ancien patron des patrons britanniques, il préside aujourd'hui l'équivalent de l'Autorité des marchés financiers.

C'est à ce titre qu'il vient d'appeler à l'adoption de la taxe Tobin, laissant la City estomaquée. Imagine-t-on, en France, Attac soutenir un baron ex-chef de file du patronat ?

On attend encore les propositions d'Ernest-Antoine Sellière sur la manière de réguler la finance mondiale, mais celles de lord Turner, qui dirigea la confédération de l'industrie britannique (CBI) à la fin des années 90, lui valent un soutien sans réserve de l'association altermondialiste :

« Nous saluons la lucidité d'un des principaux acteurs de la finance globale, Adair Turner, actuel président de l'Autorité britannique des services financiers (FSA).

Comme M. Turner, nous pensons que “si vous voulez faire cesser les rémunérations excessives dans un secteur financier hypertrophié, vous devez réduire la taille de ce secteur ou appliquer des taxes spéciales sur ses bénéfices avant rémunération.

Comme M. Turner, nous estimons que le niveau de rémunération dans les banques vient d'une ‘dérégulation financière caricaturale.

Comme M. Turner nous affirmons que la plupart des transactions de la place financière de Londres (nous ajoutons Paris, Francfort, New York…), et notamment celles accomplies par des traders assoiffés de bonus, sont socialement inutiles’.”

Proche de Tony Blair, le baron Turner est devenu “Adair le Rouge”

Le communiqué d'Attac est long, tout comme les déclarations d'Adair Turner au magazine Prospect, publié jeudi. Retenons-en surtout qu'il envisagerait “bien volontiers des taxes sur les transactions financières, des taxes Tobin”.

Une phrase résume particulièrement ses propos, tenus à un mois du G20 de Pittsburgh : Turner appelle à “une reconstruction massive du système de régulation financier mondial, et pas un petit ajustement”.

Mais qui est donc cet homme qui prend à contre-pied toute la communauté dont il est issu (celle du “big business”) ? Marié, deux enfants, ce fils d'un urbaniste, passé par Cambridge (où il présidait une association d'étudiants conservateurs) a ensuite occupé des postes de haut rang dans l'industrie pétrolière, le conseil ou la finance.

Après cinq ans à la tête du patronat britannique, entre 1995 et 1999, il devient pendant six ans vice-président pour l'Europe de la banque américaine Merril Lynch. La reine le fait baron en 2005. C'est à cette époque que sa proximité avec les travaillistes, et particulièrement Tony Blair, lui vaut le surnom de “Red Adair” (“Adair le Rouge”).

En parallèle, il enseigne -notamment à la London School of Economics- et siège dans divers comités. Quand le patron de la FSA, l'institution chargée de surveiller les marchés financiers, démissionne, en septembre 2008, en pleine faillite de Lehman Brothers, il prend ses fonctions dès le lendemain, un samedi.

Il propose de mettre des éoliennes au bord des autoroutes

Turner est un des principaux promotteurs du système de sauvetage des banques à la britannique, copié depuis par Washington : l'Etat prend une participation et des sièges dans leur conseil d'administration.

Même si ce système n'a pas eu les faveurs de la France, le profil atypique d'Adair Turner est vu outre-Manche comme celui d'un “technocrate de style continental”, selon le mot d'un banquier cité par le Times : à la fois fonctionnaire, universitaire et homme d'affaires.

Prodigieusement intelligent selon ceux dont il dérange le plus les conventions (les “tories”), Lord Turner est coutumier des propositions iconoclastes. Membre d'une commission sur le climat, il a un jour proposé d'installer des éoliennes par dizaine au bord des autoroutes. Logique : les autoroutes ont déjà bousillé le paysage…

Photo : Adair Turner lors d'une conférence de presse en 2006 (Kieran Doherty/Reuters).

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de leo s

De leo s

noyaudecondensationdanslanébuleused... | 11H56 | 30/08/2009 | Permalien

Taxe tobin : Une proposition ICONOCLASTE

qui a été récompensée du prix Nobel.

Portrait de Civitano

De Civitano

(passant) | 14H31 | 30/08/2009 | Permalien

Pas sûr que notre baron-les-Œillères en arrive à un tel changement culturel… je ne le vois pas vraiment commencer à parler de l'« utilité sociale » de certaines transactions financières par rapport à d'autres ! Peut-être est-ce aussi dû au fait qu'Adair Turner est fils d'urbaniste et a été anobli par la reine pour services rendus à la nation, alors qu'Ernest-Antoine est héritier des forges Wendel et baron pontifical de l'époque de Léon XIII ? Je n'ai pas l'impression qu'ils aient vécu le même genre de vie et d'expériences… ni eu les mêmes moyens pour arriver à des postes équivalents.

Portrait de Boréale77

De Boréale77

15H21 | 30/08/2009 | Permalien

TAXE TOBIN = RIDICULE

Je pense que la taxe tobin sert juste à entériner l'ingénierie financière, à ne pas la limiter, à ne pas l'encadrer, et à la déculpabiliser encore plus. Plus d'économie réelle.

Techniquement elle est impossible à mettre en oeuvre. Un impôt au niveau mondial alors qu'on a Clearstream et la Suisse et les paradis fiscaux installés sur le sol des US style le Delaware non mais c'est de ficher du monde. Chiche que dans un mois on en parle plus. Dans une semaine.

C'est le grand n'importe quoi mais taxé. Alors je veux bien mais on arrête l'hypocrisie et on taxe le haschich.

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 17H04 | 30/08/2009 | Permalien

Le personnage de Jonathan Adair Turner est intéressant, parce que nous ne pouvons pas citer chez nous quelqu'un de tel :

Il n'a pas évolué dans un environnement où l'on opposait finances et social : depuis tout petit, si je puis dire, il est convaincu que ça va ensemble.
Ceci explique son pragmatisme, parce que pour lui, ce qui coule de source est un système financier générant du social.
En ce sens, la taxe Tobin n'est qu'un paramètre d'ajustement permettant, au fond, de prolonger ses certitudes sur une certaine vision hégémonique issue de la pensée économique anglo-saxone.

On a ainsi un ralliement « objectif » entre Turner et ATTAC, comme entre Tobin et ATTAC, mais ce ralliement n'a rien d'idéologique.

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