A débattre

Medef : Laurence Parisot en campagne pour sa réélection

Par David Servenay | Rue89 | 01/09/2009 | 15H38

L'université d'été du Medef s'ouvre sur le thème des temps nouveaux, mais la patronne resterait bien à son poste…

Laurence Parisot en mars 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

La semaine commence bien pour Laurence Hélène Suzanne Parisot, qui a fêté ses cinquante ans lundi. Dès mercredi et pour trois jours, dix ministres et une quarantaine de patrons vont disserter à la 11e université d'été du Medef, sur le thème « A la recherche des temps nouveaux ». Un bon début pour la présidente du Medef, qui veut être réélue au printemps prochain. Malgré de nombreux ennemis…

Comme d'habitude, elle a travaillé ses fondamentaux : l'image et la communication. Pour l'image, la patrone des patrons a choisi une référence proustienne pour illustrer la (presque) sortie de crise. Le message ? Celui d'un patronat moderne, à l'écoute de la société et surtout, qui a des idées.

Pour la com, Laurence Parisot a lancé sa Medef TV sur le web. Un peu comme la PR TV diffusée par l'Elysée. Un nouveau site internet tout en images, avec ses espaces de partage et son inévitable compte Twitter. Pour info, le Medef cherche des blogueurs pour couvrir sa manifestation…

La bataille « Industrie vs. Services »

Dans la coulisse, Laurence Parisot sait que la partie n'est pas gagnée. Depuis son élection à la tête du Medef, en juillet 2005, la propriétaire de l'IFOP a entamé des batailles incertaines :

  • contre le gouvernement sur les rémunérations des dirigeants ;
  • contre la vieille garde de l'Union des Industries et des Métiers de la Métallurgie (UIMM) sur le financement occulte de la vie sociale ;
  • contre le 1% Logement et ses dérives ;
  • contre ses propres troupes du Medef en licenciant plusieurs cadres.

De tous ces combats, celui qui oppose les services (banques et assurances) à l'industrie (métallurgie) est probablement le plus destructeur. Pour le soutien d'un Michel Pébereau (patron de BNP Paribas) ; combien de peau de bananes glissées par les caciques de l'industrie ?

A l'UIMM, la nouvelle direction de Frédéric Saint-Geours conserve une distance prudente, mais sans s'interdire de promouvoir l'outsider qui osera contrer les ambitions de la « présidente ».

Y-a-t-il un challenger crédible ?

Comme à chaque période de crise, deux stratégies émergent dans les rangs du patronat pour faire valoir le point de vue des employeurs :

  • le traditionnel paritarisme à la française, conjuguant paternalisme de bon aloi, relations syndicales courtoises et aides de l'Etat aux secteurs en crise ;
  • la branche moderniste, anglo-saxonne, développant une vision néo-libérale pour déréguler les derniers pans de l'économie française verrouillés par un statut public.

Pour Parisot, l'équation à résoudre est d'apparaître suffisamment « traditionnelle », alors qu'elle a pris de nombreuses positions libérales, par exemple dans le débat sur l'âge de la retraire, à repousser à 63,5 ans. Mais sans être non plus trop proche des syndicats et trop « tradi ».

D'où le « coup » de l'université d'été « littéraire » où elle a convié une ex-otage colombienne (Clara Rojas), un moine boudhhiste (Mathieu Ricard) et un ex-métallo président (Lech Walesa), façon d'indiquer qu'au patronat aussi, on reste « ouvert sur le monde ».

Paradoxalement, c'est peut-être la crise qui va la sauver. Car son plus sérieux concurrent -Denis Kessler, PDG de la Scor, groupe de réassurances-, bien connu pour ses prises de position contre le modèle français issu du Conseil national de la résistance, n'est plus très en phase avec l'époque.

Geoffroy Roux de Bézieux, nouveau président de l'Unedic, ne semble pas avoir suffisamment d'expérience pour le job. D'autres candidats potentiels hésitent, car la présidence du Medef reste un poste bénévole.

Difficile, pour certains, de renoncer à leur salaire et avantages. Seuls les jetons de présence sont admis… même si tous les frais (voiture avec chauffeur, réception, déplacements) sont pris en charge.

Le procès perdu contre l'UIMM

Malgré le renfort d'un avocat estampillé défenseur des bonnes causes, Laurence Parisot a été déboutée de sa plainte en diffamation. L'enjeu -un euro symbolique- n'est pas une éventuelle condamnation, mais bien plutôt de savoir qui a menti ?

Plusieurs enquêtes -dont celle sur le scandale de l'UIMM de Guillaume Delacroix- accréditent l'idée que Laurence Parisot a été mise au parfum des us et coutumes séculaires du patronat depuis longtemps. Dès 2005, avant son élection à la tête du Medef.

C'est d'ailleurs la voie suivie par les juges de la XVIIe chambre du Tribunal de grande instance de Paris qui ont donné raison à Daniel Dewavrin. L'ancien président de l'UIMM avait affirmé que Laurence Parisot était au courant des enveloppes de billets distribuées par l'Union. La présidente du Medef l'a attaqué en diffamation, mais elle a été déboutée. Elle a fait appel du jugement.

L'affaire aux Prud'hommes contre l'ancien directeur du Medef

Même méthode suivie dans le conflit qui l'oppose à Jacques Creyssel. L'ancien directeur général du Medef a été brutalement licencié en juillet 2008, pour faute grave. L'affaire est aux Prud'hommes, elle fera l'objet d'une procédure en départage… dans un an.

En attendant, Laurence Parisot -qui peut être rancunière- peut toujours prétendre qu'elle a eu raison d'écarter des collaborateurs de longue date.

Gagner du temps… tel est la tactique adoptée pour repousser au plus loin des conflits venimeux pour celle dont la famille est classée par l'hebdomadaire Challenges, 414e fortune de France en 2009.

Cela lui permettra de présenter un bilan sans taches, du moins sans qu'elles ne soient visibles.

Photo : Laurence Parisot en mars 2009 (Philippe Wojazer/Reuters).

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 17H15 | 01/09/2009 | Permalien

Si Denis Kessler prend la suite, c'est la guerre civile en 6 mois.

Portrait de padiran

De padiran

Chroniqueur mondain | 22H57 | 01/09/2009 | Permalien

Comment Parisot a t'elle pû passer deux tempêtes ausssi importantes que :
- La crise de la caisse noire de l'UINM, alors qu'elle vient de la branche « service » du Medef. Ces 2 branches sont ennemies héréditaires
- La crise financière, alors que représentante des assurances, services et banques, elles devaient demander à ces dernières d'arrêter d'étrangler l'industrie en coupant les crédits
Dans le radeau de la méduse du Medef, c'est certainement celle qui après avoir bouffé le dernier compagnon de naufrage, arriverait au port en se faisant glorifier
Parisot n'a pas dit un mot de la crise financière, des dérives des banquiers, traders et autres « voyous de la finance (pour reprendre le langage sarkosyste).
Parisot n'a pas dit un mot des faillites des grandes, moyennes et petites entreprises à cause de la fermeture des robinets financiers
Parisot n'est au courrant de rien et surtout pas des valises de billets qui servaient à fluidifier les relations sociales.
Qui à dit que la femme au travail serait à égalité avec l'homme le jour ou une femme incompétente sera nommée à un poste à responsabilités ? .
Ouf, c'est enfin arrivé.

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