Revue de web

La Grande-Bretagne déclare la guerre des bonbons

Par François Krug | Eco89 | 08/09/2009 | 15H34

Les barres chocolatées Dairy Milk, emblèmes de Cadbury (Alessia Pierdomenico/Reuters).

La presse britannique appelle au « patriotisme chocolatier » contre Kraft Foods. Le géant américain veut s'emparer du groupe Cadbury, inspiration de « Charlie et la Chocolaterie » et symbole d'un capitalisme plus humain. Pas question de laisser faire, car les confiseries de Cadbury, « c'est peut-être de la cochonnerie, mais au moins c'est de la cochonnerie britannique ».

Cadbury, c'est un pilier de la gastronomie britannique, avec son chocolat Dairy Milk et ses Creme Eggs. Le groupe est aussi omniprésent sur le marché français. Poulain, La Pie qui chante, Carambar, Malabar et les chewing-gums Hollywood, c'est lui.

Bien plus que du chocolat

De la gastronomie, vraiment ? Mais oui, assure la chroniqueuse Hattie Ellis dans The Times :

« Qu'on le veuille ou non, la cuisine britannique s'est depuis
longtemps industrialisée et nos barres au chocolat font partie de notre
patrimoine (…). L'annonce d'une prise de contrôle par des étrangers
me donne une poussée de patriotisme chocolatier. »

Cadbury, c'est aussi un symbole économique. Fondée en 1824, en pleine Révolution industrielle, l'entreprise s'est toujours targuée de pratiquer un capitalisme social, soucieux du bien-être des ouvriers. The Independent résume :

« Cadbury représente bien plus qu'un goût sucré dans la bouche. Il y a de l'histoire sociale dans ces barres au chocolat. Elles nous ramènent aux grands réformateurs de l'ère victorienne, qui travaillaient dur et utilisaient leur argent pour faire le bien. »

A Bournville, la banlieue de Birmingham où Cadbury a été créé, les habitants et les anciens ouvriers confirment. « Ça fait partie de l'héritage britannique et je ne veux pas que ça
change », explique l'une d'eux à la BBC. (Voir la vidéo, en anglais)

« Peur du changement »

Pourtant, si le conseil d'administration de Cadbury a refusé l'offre de Kraft, ce n'est pas vraiment par patriotisme ou par philantropie. Les 11,6 milliards d'euros proposés ont simplement été jugés insuffisants.

Le groupe aura du mal à résister à une OPA hostile, comme l'explique le Wall Street Journal. Après la vente de Schweppes, il a cédé la première place du marché à Mars. Et ses actionnaires pourraient être tentés de faire monter les enchères entre Kraft, Nestlé et Hershey.

La mythologie entourant Cadbury est donc trop belle pour être encore vraie, estime le Financial Times :

« L'hostilité à l'offre de Kraft reflète une peur naturelle du changement. Dans la réalité, Cadbury, entreprise cotée en Bourse et basée à Londres, s'est déjà éloigné de son passé familial et philantropique. Ce dont on a peur, c'est qu'une prise de contrôle par des étrangers brisent le dernier lien avec ce passé. »

« La propagande de Toblerone »

Le quotidien économique écarte l'argument gastronomique. The Guardian, lui, le juge primordial. Son chroniqueur gastronomique s'est livré à une dégustation pour comparer les produits de Cadbury et Kraft. Comme la barre Crunchie et le Toblerone :

« Je n'ai jamais cru à la propagande de Toblerone, ce discours faisant croire qu'il avait été fabriqué à la main par Heidi dans les Alpes. Son goût m'a toujours fait penser qu'il avait été produit dans une usine sur un boulevard périphérique de Kettering [ville industrielle anglaise, ndlr], puis revendu aux Suisses parce qu'ils ne savaient pas quoi vendre d'autre aux touristes à l'aéroport. Crunchie, c'est aussi de la cochonnerie, mais au moins c'est de la cochonnerie britannique. »

Et pas besoin d'être chroniqueur gastronomique pour ressentir un tel patriotisme. Sur le site du Daily Mail, une internaute, Paula, réagit à l'annonce de l'offensive américaine :

« Pouvez-imaginer le goût horrible du chocolat lorsqu'il sera passé sous le contrôle des Américains ? Personne ne fait du chocolat comme Cadbury. Si seulement j'avais assez d'argent pour racheter les actions et empêcher que ça arrive… »

Photo : les barres chocolatées Dairy Milk, emblèmes de Cadbury (Alessia Pierdomenico/Reuters).

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de Atalante

De Atalante

Illusionnée | 15H48 | 08/09/2009 | Permalien

hmm… je préviens d´office : je vais enerver les esprits chagrins pour lesquels hors les graines et les féves bios, point de salut alimentaire. : )

je mange des tas et des tas de cochonneries, pas forcément britanniques, avec une préférence pour tout ce qui contient du chocolat et du caramel, et dépasse les 500 calories aux cent grammes.

Pour autant, après avoir passé un an en Irlande et essayé plusieurs fois la quasi totalité des produits Cadbury, je le clame haut et fort : c´est dégueu. Je mange sans sourciller du chocolat premier prix, gavé de sirop de glucose et autres trucs pas cool, mais le goût du chocolat cadbury, c´est beurk. Ca peut passer à la rigueur lorsque du caramel liquide, des noisettes ou des rains secs en masquent le goût, mais manger des cremes eggs, c´est un châtiment vraiment cruel.

Et comparer le Toblerone de Kraft au Dairy Milk de Cadbury, c´est criminel.
Alors si Kraft peut racheter Cadbury et essayer de leur apprendre à faire des trucs mangeables, j´applaudis ! !

De toute facon, tout ca n´approchera jamais la perfection de Kinder.

Portrait de Swordsaber

De Swordsaber

Etudiant | 17H13 | 08/09/2009 | Permalien

Mais … mais … mais …
C'est trop bon le Toblerone : qu'est ce qu'il raconte ? O_O

Portrait de Anastaze

De Anastaze

☺ | 18H03 | 08/09/2009 | Permalien

En fait il s'agit d'une histoire d'amour pervers puisque Kraft avait déjà vendu Hoolywood à Cadbury en 2000, ainsi que toute son activité confiserie (Krema)

Portrait de The_Reaper

De The_Reaper

Mâle Nécessaire | 05H35 | 09/09/2009 | Permalien

Et après, on dit que le protectionnisme patriotique est une aberration anachronique qui devrait disparaitre sous le poids de la mondialisation heureuse et parfaite.

Et cela, cela vient d'un pays qu'on prenait encore récemment comme « le » modèle économique par excellence, et qu'on devait se plier au libéralisme financier anglo-saxon parce qu'il était « moderne ».

Comme quoi, quand on dit que l'herbe est plus verte ailleurs…

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