Décryptage

Les pro-Hadopi se tirent déjà dans les pattes

Par François Krug | Eco89 | 22/09/2009 | 14H10

Adoptée ce mardi, la loi ne répond pas à la question essentielle : qui touchera quoi ? Les artistes s'inquiètent.

Frédéric Mitterrand lors d'une projection ciné en 3D le 18 septemre 2009 (Charles Platiau/Reuters)

Les professionnels du cinéma et de la musique devaient sortir le champagne, ce sera plutôt les couteaux. Ce mardi, le dernier volet de la loi Hadopi a été définitivement adopté par les députés. Mais voilà : maintenant, il va falloir parler d'argent. Et les artistes réalisent que la réorganisation du marché ne se fera peut-être pas à leur avantage.

Premiers à briser l'union sacrée : les managers de musiciens. La loi Hadopi promet, en contrepartie des sanctions, un développement de la musique en ligne. Sans répondre à la question essentielle : qui touchera quoi ?

Malaise perceptible

Le Forum des managers d'artistes s'en inquiète dans le dernier numéro du magazine professionnel Musique Info. Le texte n'est pas disponible en ligne, mais le blog Digital Jukebox en livre des extraits dans une analyse détaillée du problème :

« Les revenus des artistes issus de ces nouveaux modes d'exploitation restent totalement marginaux (…). Les états de vente et l'assiette de rémunération des artistes, en ce qui
concerne les revenus numériques, sont d'une opacité telle qu'il est quasiment impossible de procéder à des vérifications ou à des audits. »

Le malaise était en fait perceptible tout au long du feuilleton Hadopi. Interviewés sur Eco89, des artistes comme Bénabar et Bertrand Burgalat semblaient soutenir le texte par défaut : il fallait une loi, pourquoi pas celle-là ? Un des dirigeants d'une organisation professionnelle m'avait, lui, expliqué : « On n'y croit pas, mais on attendra que ce soit voté pour le dire. »

Accord sur la chronologie des médias

Dans le cinéma, l'unanimité de façade ne résiste pas non plus à la réalité. Les négociations menées par le Centre national du cinéma (CNC) ont bien débouché sur un projet d'accord sur la « chronologie des médias », le calendrier qui fixe les différentes étapes de la vie d'un film.

Objectifs : accélérer la sortie des films en DVD sans ruiner les salles de cinéma ;
développer la vidéo à la demande sur Internet sans léser les éditeurs
de DVD ; préserver les intérêts des chaînes qui financent le secteur,
Canal+ en tête. Mais là encore, les questions qui dérangent le plus restent en suspens.

La solution miracle de Mitterrand

Par exemple, comment répartir les recettes de la vidéo à la demande, entre les sites qui vendent les films, les producteurs qui les financent et les cinéastes qui les tournent ? Pour l'instant, on se contente de reconnaître qu'il devient urgent de trouver la réponse :

« Les signataires s'accordent sur la nécessité de convenir de règles
générales relatives à la rémunération minimale garantie des ayants droit pour l'exploitation des oeuvres en vidéo à la demande, par catégories de services, et d'un système de déclaration au CNC permettant d'assurer la transparence et le suivi de chaque téléchargement ou visionnage de chaque oeuvre. »

Frédéric Mitterrand, lui, a trouvé la solution miracle : une commission présidée par Patrick Zelnik, le patron du label Naïve, sera chargée de mettre d'accord tous les professionnels de la musique et du ciné. C'était déjà la mission, en 2007, de la commission présidée par Denis Olivennes, celle-là même qui avait abouti à la loi Hadopi. Tout ça pour ça ?

► Mis à jour le 22/09/2009 à 17h55 : après le vote de l'Assemblée, l'expression « doit être définitivement adopté par les députés » a été remplacée par « a été définitivement adopté par les députés ».

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de GrosNounours

De GrosNounours

Etudiant | 14H45 | 22/09/2009 | Permalien

L'accès gratuit (donc pour tous) à la culture, à l'ouverture d'esprit, c'est quand même un formidable bond en avant.

En préambule, le streaming équivaut plus ou moins à du téléchargement gratuit, que la musique soit en ligne ou sur le disque dur, elle s'écoute pareil.

Ors la pluspart des petits groupes diffusent gratuitement leurs albums ou leurs chansons en streaming, cela leur permet de se promouvoir, de faire venir du monde à leurs concert, de se lancer. Et comme chacun sait, on ne pourra jamais télécharger l'ambiance, l'excitation, la vibration, la magie d'un concert ou d'un évènement.

Pour un fois qu'un système privilégie les petits artistes et non ceux qui taxent avidement la culture, c'est bien dommage que le gouvernement tente par tous les moyens de rétablir l'ordre naturel des choses.

Quoi qu'il en soit, tout le monde télécharge, les majors feraient mieux de s'adapter à ce nouveau système économique plûtot que de nier la réalité en tentant de retenir un raz de marrée avec une digue en bambou.

Portrait de AShani

De AShani

Squatteuse de fac | 14H45 | 22/09/2009 | Permalien

C'est pourtant pas faute de les avoir mis en garde. Cette loi est faite pour les élites, dont les artiste ne font, de tout évidence, pas partie.
Ils devraient pourtant le savoir, ces « dits » artistes, que le Gouvernement/Parlement, c'est pas le samu social…

Portrait de brawd

De brawd

contemplateur | 15H25 | 22/09/2009 | Permalien

Après avoir pondu une loi qui est déja dépassée techniquement, voilà maintenant qu'elle ne résoud même pas les problèmes de ceux à laquelle elle était destinée.
Le grand foutoir.
A force de pondre des lois et autres décrets baclés par manque de temps et surtout méconnaissance totale des sujets, nos députés sont les maitres de l'ubuesque juridique. Ces lois vont à l'encontre même des objets pour lesquels ils ont été conçus.
Quand dans une entreprise, l'activité est perturbée et que le produit fini ne correpond pas à la demande du client, le responsable commande une réorganisation ou il démissionne (chiche)

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