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Ancien d'HEC, je ne suis pas un « killer décomplexé »

Par Guillaume Narbonne | Ancien élève de HEC | 29/09/2009 | 10H20

La sortie du livre de Florence Noiville « J'ai fait HEC et je m'en excuse » (éd. Stock) et la mise en ligne d'une publicité pour le moins controversée ont mis HEC au centre de l'attention des riverains ces derniers jours. La vision monolithique que le grand public a de l'école et les commentaires des articles que j'ai pu lire me poussent à apporter un nouveau point de vue à travers mon témoignage.

Je suis un jeune diplômé de la promotion 2009. Comme la plupart de mes camarades, je ne fais pas partie d'une quelconque jeunesse dorée. HEC est une école ouverte à toutes les catégories sociales, même s'il est évident que les familles à hauts revenus y sont mieux représentées.

Au cours de mes trois années de cours à l'école et de mon année de stage, je suis passé par des émotions variées face aux enseignements et à leurs applications.

A en croire le titre du livre de Florence Noiville, j'ai l'impression que je devrais avoir honte de mon diplôme et de ce qu'il peut représenter.

Toutefois, et malgré son titre pour le moins racoleur, ce livre ne se présente pas comme une démolition en règle de l'école et de ses diplômés. Il s'agit plutôt d'une dénonciation de l'obsession des résultats financiers, du court terme et des attraits de l'argent facile, sans que cette quête ne soit contrebalancée par une recherche de sens plus profonde.

L'échec d'une génération enfermée dans une logique individualiste

C'est aussi cette impression qui me frappe après avoir visionné le nouveau clip publicitaire de l'école. Ce clip se situe dans la ligne que dénonce Florence Noiville dans son livre. On y voit l'échec d'une génération qui s'est laissée enfermer dans une logique individualiste confortable, avant de se réveiller trop tard et de se poser des questions existentielles.

Se pose la question : à qui la faute ? Selon Florence Noiville et certains de ses camarades de promotion, il est clair qu'HEC a une part de responsabilité dans la débâcle actuelle. Les enseignements de l'école ont détourné les élèves de préoccupations plus larges et plus humanistes. Les cours de finance ne mettent pas assez l'accent sur les conséquences économiques de certains choix financiers, tandis que les cours d'économie ignorent souvent la dimension sociologique ou environnementale des sujets étudiés.

Un des problèmes principaux d'HEC et des autres écoles de commerce est que les étudiants qui y entrent n'ont pas souvent de vocation. Ils se découvrent de nouveaux centres d'intérêt et dessinent leur avenir professionnel sur les bancs de l'école, choisissant souvent la voie qui semble leur promettre les salaires les plus élevés.

C'est pour ces raisons qu'une refondation de l'enseignement est capitale. Il ne s'agit pas d'ajouter des cours d'éthique à l'emploi du temps, mais bel et bien d'intégrer l'éthique dans les matières enseignées, de stimuler l'esprit critique des étudiants, en les incitant à remettre en question des théories jusqu'alors intouchables.

Beaucoup de diplômés n'optent pas pour la finance, le conseil et l'audit

Quelques mois après ma sortie de l'école, quand je regarde autour de moi, je vois beaucoup de jeunes diplômés qui n'ont pas choisi les voies « classiques » de la finance, du conseil ou de l'audit. La crise y est pour beaucoup, mais je pense que c'est également une formidable opportunité pour les diplômés de se lancer dans des projets qui colleront mieux à leur personnalité.

C'est ainsi que beaucoup de mes camarades créent leurs propres entreprises, dans des secteurs qu'on pourrait qualifier de « socialement responsables », pour reprendre un label à la mode. Ces créateurs d'entreprises ont envie de participer à l'économie réelle, celle qui crée des emplois et satisfait des besoins.

Aujourd'hui, les promotions successives d'écoles de commerce font face à l'échec de leurs aînés, et aux conséquences désastreuses des choix individualistes et irresponsables qui nous ont précédés. Dans un contexte mondialisé, une réponse collective est nécessaire pour relever les défis qui se dressent devant nous.

La société dans son ensemble doit participer, et les écoles de commerce doivent jouer leur rôle et dépasser la logique du « make profit, the rest we don't care ». Je ne sais pas si nous serons capables de dépasser l'individualisme, ni si nous serons assez nombreux pour avoir un impact réel sur les choses, mais nous devons essayer. Et nous pouvons apprendre des erreurs de nos aînés. A HEC comme partout ailleurs.

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3 commentaires sélectionnés

Portrait de Fifidou

De Fifidou

Thésard en Physique | 11H03 | 29/09/2009 | Permalien

Ah, jeune diplomé…

Je t'engage à refaire le point sur ce que tu penses de ton école dans quelques années. Ou plutôt de tes collègues de promo. Je serais pas loin de parier qu'ils vont s'enfermer dans une logique individualistes, comme tu le dis si bien. Je suis aussi sorti d'une grande école, dont les anciens élèves ont aussi une image de « manager killers », située juste de l'autre coté de la charmante bourgade de Saclay, il y a (un peu) plus de temps que toi. Mon impression profonde c'est que l'environnement professionnel dans lequel tu aterris ensuite te conditionne bien plus que ton école. A l'école, tu es encore là pour « jouer », avec un grand nombre de belles illusions sur l'avenir. Bosser ensuite, dans un sujet très spécifique qui dépasse largement l'enseignement que tu as pu recevoir, est un vrai nouveau départ, où le petit minot sans expérience va devoir s'appuyer sur l'expérience des anciens (pour faire court).
Et là, tu l'as dis toi même : les générations précédentes sont un peu plus « manager killers décomplexés ». Et ce qui conditionne quand même beaucoup le milieu professionnel dans lequel tu vas évoluer, ça s'appelle ton diplôme, non ?
Après, pour moi, le principal reproche que l'on peut faire au système de grandes écoles s'est que l'on peut très facilement passer toute ta scolarité sans avoir connu (ou alors marginalement) aucune mixité sociale. C'est pas avec un stage ouvrier d'un mois coincé pendant des grandes vacances qui peut y changer quelque chose, à mon avis. Mais c'est une difficulté qui sort du cadre de ce propos, et qui demande un débat long et passioné, pour concilier la necessité de la formation d'une élite et son intégration dans la société…

Portrait de le soudanais

De le soudanais

ici et là | 11H04 | 29/09/2009 | Permalien

Pour avoir fait une école de commerce il y a plus d'une dizaine d'années, je peux sans doute nuancer quelque peu les propos entendus ici et là.

Les voies royales étaient à l'époque la finance, l'audit et la comptabilité. Un grand nombre de diplômés s'est retrouvé à La Défense à travailler pour les stars du CAC40. Jamais au cours de notre formation, l'accent n'a été mis sur notre futur responsabilité en tant que managers au-delà de la logique de profit.

En finance, nos professeurs nous apprenaient à contourner certaines règles comptables et nous apprenaient les ficelles de la magouille borderline, nos cours de fiscalités étaient également dans cette optique.

Le seul cours qui nous apportaient une certaine vision humaine était celui qui traitait de ressources humaines. Notre professeur nous avait projeté par exemple un documentaire sur l'expérience de Milgram, mais pour être honnête, une majorité des élèves considérait ce cours comme totalement inutile, la prof étant une hippie sur le retour qui n'avaient rien à faire dans une école de commerce (sic).

Mes (ex)amis qui ont fait HEC sont presque tous devenus des petits cons imbus de leur personne, pédants et ont passés plusieurs années à Londres à bosser dans la finance. Dommage, ils étaient plutôt de bons gars à la base…

Jamais au cours de notre scolarité le concept d'éthique n'a été abordé, parler de syndicats, de responsabilité sociale ou du bien être des travailleurs était totalement hors sujet, moqué par la majorité qui entre soirées de beuverie et de défonce ne pensait qu'à faire la fête avant d'intégrer le marché du travail pour le plus grand profit de l'entreprise. Tout le monde se foutait de la politique, à part une minorité consciente, le reste se contentait de se préparer à profiter le plus possible du système.

Nous sommes quelques un à avoir fini dans l'associatif ou l'humanitaire. Les ONG recherchent activement des profils de managers, et les écoles fournissent une grande partie des admins des ONG françaises, mais ça reste marginal et beaucoup préfèrent le système bancaire, l'audit et le conseil. Vendre du vent est sans doute plus rémunérateur.

Tout au long de notre scolarité les classements d'école étaient auscultés, les salaires d'embauche discutés, comparés – bcp d'élèves avaient un prêt à rembourser il faut dire – mais ce qui nous manquait était une explication sur notre future responsabilité en tant que managers, des gamins de 23 ans étaient alors lâchés sur le marché du travail sans aucun repère, la tête remplie de chiffres de rémunération complètement déconnectés de la réalité d'une majorité de français, et tout ça était considéré comme parfaitement normal.

Les écoles ont une lourde responsabilité, il ne fait pas oulier qu'elle sont également des machines à faire du fric : 30,000 Francs l'année à l'époque, 7000/8000 euros pour une école comme l'ESSEC pour un cursus de 3 ans aujourd'hui, avec des promos de 200 à 400 élèves, ça représente des millions d'euros par an… Sans même parler des masters, MBA et autres formations encore plus « intéressantes », financièrement pour l'école j'entends.

Portrait de kevangel

De kevangel

Chercheur | 12H16 | 29/09/2009 | Permalien

Il y aune chose intéressante dans cet article. Contrairement à ce que disent certains, ça ne sert à rien de rajouter des cours d'éthique, de philo ou de sciences humaines. Ca ne fera qu'ennuyer profondément tout le monde avec des concepts abstraits qui seront bien éloigné des préoccupations des étudiants. Par contre, comme le suggère cet (ancien) étudiant, intégrer à l'intérieur des programmes des différentes matières les conséquences éthiques et sociales de l'économie ou du management seraient très intéressants et plus concret pour les étudiants. Parler des suicides de France Télécom est beaucoup plus utile dans un cours de management que dans un cours de philo. Dès lors on pourrait espérer que les futurs cadres décideurs se moquent un peu moins de leurs employés. Bon c'est vrai qu'il faudra aussi résoudre le problème de l'élitisme de ces écoles qui représentent les classes aisées de la population et ne recrutent quasiment pas d'élèves boursiers.

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