Votre porte-monnaie au rayon X

Aurore, avocate d'affaires à New York, 10 200 euros après impôts

Par Ariane Nicolas | Rue89 | 06/10/2009 | 11H00

Aurore, avocate d'affaire, en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

Collaboratrice dans un cabinet d'avocats d'affaires depuis janvier 2008, Aurore gagne beaucoup d'argent. Mais elle l'assure, elle « ne continuera sûrement pas longtemps comme ça ». Harassée par son travail, elle pourrait bien profiter de la crise financière pour aller voir ailleurs. Eco89 passe ses revenus au rayon X.

A 27 ans, cette grande blonde est une « expat » » pur jus. Née à Tahiti (sa mère est prof de maths, son père est peintre), elle a grandi à Tokyo puis à Beyrouth. Rentrée en France pour faire ses études supérieures, elle décroche en 2006 un diplôme de droit international à la fac d'Assas, à Paris, qu'elle complète dans la foulée par un master -payant- à l'université de Boston aux Etats-Unis.

« Il y a deux ans, j'ai obtenu le barreau de New York. Après deux stages en France dans des cabinets d'avocats d'affaire, je suis repartie travailler aux Etats-Unis. Mon petit ami est Colombien, New York est plus pratique pour que l'on se voie. »

Rythme de travail jusqu'en septembre 2008 : 80 heures hebdomadaires en moyenne, avec des pics pouvant atteindre 120 heures les semaines où les dossiers s'entassent. Son cabinet, qui emploie près de 400 personnes, tourne à plein, le week-end comme la nuit. Et pas question de prendre plus de trois semaines de vacances par an :

« A New York, c'est très mal vu de vouloir prendre des vacances. En moyenne, les Amércains ne partent pas plus de deux semaines, moi je m'en accorde trois : à Noël et pendant les grandes vacances, quand je reviens en France. »

Habituée à parler de ses revenus « avec pudeur », cette jeune « working girl » n'en fait pas des tonnes. Et souhaiterait même en faire de moins en moins.

« De toutes façons, dans un an maximum c'est fini. Soit je me serai fait virer, soit j'aurai trouvé un autre travail ailleurs, dans une structure plus petite ou carrément dans un autre pays. Travailler à New York, c'est vraiment l'enfer. »

Revenus : 122 300 euros net par an et un abonnement au Blackberry

A New York, les salaires donnent rapidement le vertige. Aurore gagne 180 000 dollars par an, soit environ 122 300 euros annuels. Les taxes et les impôts, qui représentent 40% du salaire de base, sont prélevés à la source. Chaque mois, elle perçoit donc au total près de 10 200 euros.

« Avant le krach boursier, le rythme était très rude. C'est pour cela que nos salaires étaient si hauts. Mais on a vraiment senti la crise passer, j'ai deux fois moins de travail que l'an dernier. Certains jours, je peux me permettre d'arriver à midi. Alors que l'an dernier, c'était 7h30 du matin, point. »

Si les salaires n'ont pas été affectés, les bonus ont en revanche disparu des fiches de salaire.

« En compensation, on a été augmenté de 900 euros par mois environ. Le mois de janvier, où nous recevions nos primes, est redevenu normal. Ça arrange bien les responsables. Ça nous empêche de vouloir partir juste après les avoir reçues, et en même temps ça leur donne plus de marge pour licencier. »

Aurore vient d'obtenir un nouveau visa de travail pour trois ans. Elle est revenue cet été travailler au bureau parisien du cabinet.

« En France, pour le même métier, les gens sont payés deux fois moins qu'à New York. Le rythme est certes un peu plus détendu, mais cela illustre la différence de mentalités qui existe entre les deux pays. »

Si la paie est grasse, les à-côtés sont en revanche quasi-inexistants.

« Mon employeur paie mon abonnement au Blackberry, soit 50 dollars, mais c'est moi qui paie les communications. Idem pour les transports : il ne les rembourse qu'à partir de 20 heures. »

Autre symbole de la crise, les salaires de la boîte, « à peu près équivalents à n'importe quel autre cabinet de cette envergure », sont gelés jusqu'en juillet 2010.

Dépenses fixes : 7 180 euros par mois

Aurore loue un appartement de 50 mètres carrés dans East Village, un des quartiers bobos de Manhattan :

« Mais les prix des loyers à NY n'ont rien à voir avec ceux de Paris. »

Elle ne possède aucun bien immobilier, n'a pas le permis donc pas de voiture et ne fume (presque) pas.

  • Loyer : 2400 euros
  • Nourriture : 300 euros de courses et 1800 euros de restaurants
  • Blackberry : 150 euros d'appels (elle n'a pas de téléphone fixe chez elle)
  • Internet / câble : 150 euros
  • Transports : 80 euros d'abonnement pour le métro, jusqu'à 500 euros de taxis
  • Avion : 1000 euros en moyenne (variable selon les tarifs)
  • Habillement / pressing : très aléatoire, mais sans trop chipoter sur le prix des chiffons, on tombe à peu près à 500 euros par mois :

« Pour le travail, j'ai quatre tailleurs à 400 euros environ, une dizaine de chemises et deux paires de chaussures du même prix. Pour le reste, je dépense assez peu en fringues. Je vais surtout dans les grandes enseignes, comme Zara ou Uniqlo (une marque japonaise bientôt commercialisée en France, ndlr) ».

  • Beauté : 300 euros

Pas d'épargne, tout le reste en loisirs

Jusqu'au krach, Aurore n'avait pas vraiment le temps d'engloutir son salaire. L'argent partait surtout dans les « quelques week-ends qu'elle arrivait à s'accorder ». Depuis, elle profite un peu plus. Une soirée au théâtre avec restaurant et alcool peut vite grimper à 150 euros… Mais impossible pour la jeune femme, qui n'a pour l'instant mis que
5000 euros à gauche, de savoir précisément où part son argent, entre les billets d'avions, les notes de taxi et les plaisirs ponctuels.

Car si l'épargne est loin d'être une priorité, Aurore avoue « avoir besoin de sortir beaucoup » pour évacuer la pression du travail et profite des heures de libres en supplément pour se faire plaisir. Elle dépense ainsi près de 450 euros par mois en théâtre et cinéma. Quan au sport, il ne lui côute rien, son immeuble possède une salle de gym.

« Il faut bien voir qu'à New York, le train de vie n'a rien à voir avec celui d'une capitale européenne. On gagne beaucoup plus, tout est plus cher, mais surtout on y travaille beaucoup moins longtemps. Les jeunes Américains y passent leurs premières années de boulot, histoire de rembourser le crédit qu'ils avaient pris pour payer l'université. Mais après, la plupart quittent la ville pour reprendre une vie normale. »

Aurore est la cousine de l'auteure.

Photo : Aurore, avocate d'affaire, en septembre 2009 (Audrey Cerdan/Rue89).

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5 commentaires sélectionnés

Portrait de roro49

De roro49

etudiant | 12H47 | 06/10/2009 | Permalien

Comment fait-elle pour travailler 120h par semaine ?
si la semaine est de 5 jours elle travaille 24h/24
si la semaine est de 6 jours elle travaille 20h/24
si la semaine est de 7 jours elle travaille 17h/24
j'en conclue donc qu'elle est obligée de bosser 7/7 et en sortant du boulot elle va direct se coucher pendant 7h.
Pour tenir un tel rythme il ne faut sans doute pas tourner à l'eau claire, surtout avec la pression d'un tel métier.
et tout ça pour gagner entre 20 et 25€ euros de l'heure
autant faire le meme travail à 45h ou 50 par semaine en france même si il est moins bien payé

Portrait de Venezuela

De Venezuela

vit aux Pays-Bas | 15H33 | 06/10/2009 | Permalien

Les salaires dans les cabinets d'avocats d'affaire parisien sont très élevés (je le sais, j'y ai commencé ma carrière).
J'avais des semaines où je commençais à 9 heures le matin pour terminer à 4 heures le lendemain, je me suis tirée au bout de 4 ans.
Non la formation d'avocat n'est pas plus dure en France, dans le système anglo-saxon (Grande-Bretagne, USA, …) les meilleurs font du droit, dans le système français les meilleurs font des sciences.
Moi, cette nana m'est sympathique : elle est internationale et elle fait marcher le commerce.

Portrait de ecofin

De ecofin

(economiste universitaire) | 16H52 | 06/10/2009 | Permalien

je pense qu'il y a une erreur dans l'article.

parler de salaire « net » cree une confusion car c'est un concept different aux etats-unis.

en france, salaire superbrut = cout pr l'employeur, salaire brut = superbrut- cotisations employeurs, salaire net = salaire apres cotisations sociales employe, salaire net net = apres impots en plus.

aux USA, il y a le salaire sur la fiche de paye qui est grosso modo le brut, et il y a le « take-home pay » qui est net net.

a priori ici, salaire annonce par l'employeur = 180k$ = brut

salaire net net = apres impots locaux, impot federal, et social security taxes = doit etre d'environ 120k$ soit 10k$ par mois soit 6.8k eur environ

ou alors son net net est de 180k$, mais je ne crois pas, car ds ce cas son brut serait a + de 250k$, je crois pas que ce soit le salaire typique

conclusion, elle ne recoit pas 10k eur net net par mois, et le trou dans le budget s'explique aisement…

on peut s'interrroger sur l'utilite de ces articles ou souvent le budget ne s'additionne pas au revenu a la fin ! !

Portrait de psych0Dad

De psych0Dad

sociopathe | 18H01 | 06/10/2009 | Permalien

Je n'ai jamais vraiment travaille en France. Je suis parti aux Etats-Unis presque immediatement apres mes etudes, il y a 15 ans. Je me retrouve assez bien dans ce temoignage, meme si mon rythme de travail n'est pas aussi infernal et mon salaire pas aussi eleve.

Mais le contraste avec les France est saisissant. J'ai des amis francais, couple de fonctionnaires, qui a deux gagnent le tiers de mon salaire (mon epouse ne travaille pas) mais qui sont tres contents de leur mode de vie. Ils passent du temps avec leurs enfants, ils ne sortent pas beaucoup.
En comparaison je n'ai pas beaucoup de vacances, mais j » « optimise » le temps que je passe en famille. Croisiere ou voyage avec toute la famille pour les vacances annuelles. Restaurant, musee ou cinema presque tous les week ends. Je travaille plus, je gagne plus, mais je consomme plus aussi.

Portrait de Vatech

De Vatech

BoBo | 18H02 | 06/10/2009 | Permalien

A maxine, je dis que oui c'est possible. Je ne suis pas avocat d'affaires mlais banquier d'affaires et je travaille avec les avocats. Ces gens-là sont ceux qui travaillent le plus au monde (en tous cas je ne connais pas pire…). Les horaires sont proprement ahurissants.

Un exemple : nous avons bouclé une opération de fusion-acquisition de 2 sociétés récemment. Eh bien les négociations ont durés jusqu'à 4 heures du matin (début à 9h du mat, soit 19 heures de boulot) et cela par 3 fois ! !

Dans mon métier cela ne se produit que quelques fois par an, mais pour les avocats d'affaires c'est quasiment leur quotidien lorsque l'économie va bien…

Donc croyez moi, ses horaires sont très crédibles ! !

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