Tribune

Rémunération des banquiers : « We will Raroc you »

Par Pascal de Lima | Maître de conférences en économie à... | 07/10/2009 | 14H22

Alors que le G20 statuait sur les bonus des traders, proposant des compensations à long terme, il aurait été au moins aussi judicieux qu'il se penche sur la rémunération des dirigeants dont les décisions impactent au moins autant les marchés que celles des traders.

Pour commencer, il faut savoir que la relation entre les risques et les profits, un des concepts fondateurs des métiers de la finance, est aussi naturelle qu'elle est dangereuse.

Des placements risqués qui se retournèrent contre leurs maîtres

Car s'il est bien normal qu'une banque, lorsqu'on lui demande de prendre un risque conséquent, exige en contrepartie une rémunération plus élevée, la croissance des marchés et la complexité des produits financiers ont bel et bien montré que ce raisonnement ne pouvait s'appliquer partout.

Il faut savoir que les banques, soumises à une forte pression de la part de leurs actionnaires, cherchent systématiquement à opérer à des niveaux de rentabilité élevés, même si pour cela elles doivent s'engager dans des transactions risquées ou s'exposer sur des marchés volatiles. Ce risque accru doit être couvert par la banque en mettant de côté des fonds propres dont le calcul est défini par des accords internationaux (Bâle II) et par des règles locales.

Tant que les banques obtiennent les profits demandés tout en maintenant des réserves adéquates de capital, elles n'ont de problèmes ni avec leurs actionnaires ni avec les autorités de régulation.

Avec la « reprise », le retour d'une vison court-termiste

Cependant, la crise financière nous a montré que de fortes volatilités sur les marchés pouvaient créer des drames, que beaucoup de produits dits « sécurisés » ne l'étaient pas, et que les banques qui avaient engrangé des milliards en bénéfices une année pouvaient bel et bien perdre des milliards la suivante.

Ces milliards gagnés grâce à des placements risqués qui se retournèrent contre leurs maîtres et qui les auraient tués sans intervention onéreuse de plus de quarante gouvernements, étaient le résultat de politiques d'investissement définies par des dirigeants qui se fondaient sur des benchmarks de performance dictés par les marchés.

La reprise, que certains disent voir venir, aiguise déjà les appétits et beaucoup d'analystes s'attendent à ce que ces institutions, maintenant qu'elles ont drastiquement réduit leurs coûts, retrouvent les taux de rentabilité d'avant la crise. D'ailleurs les « boards » de ces banques réintroduisent des rémunérations variables qui seront basées sur la performance financière de l'exercice, comme avant la crise, alors que ces schémas de rémunération, court-termistes, n'encouragent pas vraiment une gestion saine à long terme car elles mettent les profits devant la sécurité de la banque, et donc l'épargne de ses clients.

Evaluer la performance relative aux risques encourus

Mais il existe depuis longtemps des indicateurs, formules et ratios qui prennent en compte d'autres variables, et offrent une image plus fidèle de la situation d'une banque et donc de la performance de ses dirigeants. Le Raroc (Risk adjusted return on Capital) offre une piste de réflexion intéressante : cette méthodologie est déjà utilisé depuis longtemps par des entreprises pour allouer du capital et évaluer la performance relative aux risques encourus.

Plus précisément, elle se penche sur chaque « business line » d'une entreprise, ses besoins en capitaux, sa rentabilité et les risques auxquels elle expose l'organisation pour déterminer quelles sont celles qui fonctionnent le mieux.

Pourquoi ne pas appliquer ces principes aux rémunérations des dirigeants de banque ? Nous ne demandons pas de voter une énième loi visant à restreindre la marge de manœuvre des banquiers mais nous nous adressons plutôt aux actionnaires et conseils d'administration : n'ont-ils pas intérêt à ce que leur placement et leurs économies soient stables et croissent régulièrement plutôt que de subir cycliquement des crises de volatilité et de défiance ?

En rémunérant les dirigeants sur des critères qui prendraient en compte la rentabilité mais aussi les expositions à tous les risques et leur cout, on encouragerait une gestion certes plus conservatrice, mais à long terme, plus vertueuse.

Pascal de Lima et François Ladsous, marketing manager au sein de Altran Financial Services

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2 commentaires sélectionnés

Portrait de cat le vieil

De cat le vieil

retraité | 14H49 | 07/10/2009 | Permalien

« la relation entre les risques et les profits, un des concepts fondateurs des métiers de la finance, est aussi naturelle qu'elle est dangereuse. » affirme l'introduction de l'article.
Cette relation est tout sauf naturelle. Ce qui est naturel pour un banquier, c'est au contraire d'éviter tout risque (au point d'être qualifié parfois de frileux, comme les banquiers français avec les PME).
Mais c'est vrai que cet adage, « les taux [élévés bien sûr] rémunèrent le risque » est repris comme une antienne par de nombreux acteurs de la finance américaine internationale et d'autres à la suite.
Mais c'est un raisonnement d'usurier (comme on en voit par exemple chez Balzac), pas de vrais banquiers.
On pourrait même en faire une définition et dire qu'à partir du moment où un institut de prêt définit ses taux en fonction du risque, il pratique l'usure. Le fait que ce soit à grande échelle et en s'en vantant n'y change rien.
Mais le mot est significatif, et explique bien à lui seul la crise et l'impact de la généralisation de ces comportements sur l'économie réelle, au delà de toute interprétation théorique.

Portrait de Pas lolo

De Pas lolo

fasciné | 18H39 | 07/10/2009 | Permalien

« Ce qui est naturel pour un banquier, c'est au contraire d'éviter tout risque (au point d'être qualifié parfois de frileux, comme les banquiers français avec les PME). »

Si vous voulez éviter tout risque (et encore), vous enterrez votre fric au fond du jardin, dans un coffre en platine avec des joints en PTFE renforcé, et en minant les alentours… Ou en bon du trésor à 3 ans max, du fait que les banques centrales sont indépendantes et que le gouvernement ne peut plus vous faire une farce type Poincarré dans les années 20.

Hors de cela, le prêt, ou l'achat d'obligation d'entreprise se fait avec une prime de risque (écart par rapport au taux d'intérêt de l'emprunt d'état) répondant à des critères de risques de défaillance de l'entreprise considérée.
Ces critères, vous les évaluez vous même ou vous vous basez sur ceux publiés par les agences de notation. Et, en gros, ils vous disent à quel taux prêter aux dites entreprises pour que vos benefs équilibrent vos risques.

Le fond de la crise est que nos banques ne se sont pas affranchies de ces fameux critères mais ont payé les agences pour passer du rouge à lèvres à des cochons (traduction littérale). Et faire passer des investissements risqués et à haut rendement pour des placements de famille.

D'où bémol à l'article, tant que les différents acteurs voudront jouer à un jeu rémunérateur sur le court terme, sa solution restera trop partielle pour en être réellement une.
Il faudra que quelques huiles des agences de notation, des banques, et surtout des régulateurs finissent au zonzon, avant que l'on ne puisse réellement construire un système robuste.

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