Tribune

L'allaitement n'a toujours pas sa place en entreprise

Par olympe blogueuse | blogueuse | 16/10/2009 | 10H23

"The Official Portrait of the Danish Royal Family" par l'artiste James Brennan (Ho New/Reuters).

Cette semaine est la semaine mondiale de l'allaitement maternel, elle a débuté par la grande tétée le 11 octobre à laquelle ont participé 2400 mamans allaitantes.

Pourtant la situation de l'allaitement en France est loin de répondre aux préconisations de l'OMS (allaitement exclusif jusqu'à 6 mois et une alimentation mixte jusqu'à 2 ans).

D'après Le Monde, alors que 75% des femmes françaises souhaiteraient allaiter, elles ne sont que 56% à effectivement le faire. En Finlande ou en Norvège ce sont respectivement 95% et 90% des mamans qui allaitent.

La majorité des femmes souhaitent donc allaiter, mais si vous connaissez de jeunes mamans vous entendrez souvent les mêmes histoires d'allaitement difficile « je n'avais pas assez de lait », « mon lait n'était pas bon », « j'étais trop fatiguée »… Et si tout le monde ou presque est convaincu des bienfaits de l'allaitement, il apparaît souvent comme un parcours de la combattante.

De plus, et c'est encore le Monde qui nous l'apprend « le taux d'allaitement chute à partir de 3 mois. Les mères ne sont plus que 15% à allaiter encore leur bébé de 6 semaines et 5% lorsqu'il est âgé de 4 mois, quand elles sont encore plus de 65% en Suède, par exemple.

En France l'allaitement ne fait pas l'objet d'une politique de santé

Il existe bien un plan national nutrition santé (PNSS) qui se fixe comme objectif de

  • poursuivre l'augmentation de la fréquence de choix de l'allaitement maternel exclusif à la naissance afin de passer d'environ 55% en 2005 à 70% en 2010.
  • Augmenter la durée de l'allaitement maternel chez les femmes qui allaitent.

Mais les actions prévues s'arrêtent à une “ plus grande sensibilisation des familles et des professionnels de santé aux bienfaits de l'allaitement maternel ” ou à favoriser, dans “ les plans de formation des professionnels de maternité, l'apprentissage des éléments pratiques pour la promotion et le soutien des femmes qui allaitent ”.

Or il faudrait commencer par une politique de formation volontariste des personnels médicaux en contact avec les mamans.

Il existe un label “ Hôpital ami des bébés ” délivré conjointement par l'Unicef et l'OMS et relayé en France par la Cofam - Coordination française pour l'allaitement maternel. Il est décerné aux maternités qui respectent un standard de qualité des soins dans l'accompagnement de l'allaitement et de la naissance. 680 maternités sont labellisées en Europe, seulement 7 en France. On ne peut pas dire qu'il s'agisse d » une priorité !

Permettre aux femmes de concilier l'allaitement et la reprise du travail

Le congé maternité post-natal est de dix semaines (seize à partir du troisième enfant), ce qui explique vraisemblablement que la durée de l'allaitement chute à partir de trois mois. Il est compliqué en effet de concilier allaitement et travail jusqu'aux 6 mois du bébé notamment lorsque le lieu de travail est éloigné du domicile ou du lieu ou de garde. Ce qui est souvent le cas, hormis lorsque l'établissement dispose d'une crèche d'entreprise.
Certains médecins prescrivent aux mères qui allaitent un mois d'arrêt supplémentaire (dit pathologique) mais qui n'est pas prévu pour cela. Ils arguent d'une grande fatigue.

Or rien n'est prévu, et à ma connaissance aucune réflexion n'a été engagé sur le sujet. Le PNSS n'en fait d'ailleurs pas état.

Un éventuel aménagement des horaires est à négocier au coup par coup si la femme le souhaite. Car si le droit du travail prévoit bien que « pendant une année à compter du jour de la naissance, la salariée allaitant son enfant dispose à cet effet d'une heure par jour durant les heures de travail », cette heure n'est pas rémunérée.

Quand au fait que « tout employeur employant plus de cent salariées peut être mis en demeure d'installer dans son établissement ou à proximité des locaux dédiés à l'allaitement », il serait instructif de connaître le nombre de mises en demeure.

D'autres détails sont également à prendre en compte comme le fait par exemple que les mamans qui allaitent ont besoin d'un endroit réfrigéré pour stocker le lait qu'elles tirent pendant la journée. A-t-on déjà vu un syndicat s'emparer de ce sujet, qui concerne pourtant la moitié des mères ?

C'est qu'en France, l'allaitement reste suspecté d'être un retour en arrière pour les femmes (lire à ce sujet le texte de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau « Allaitement et féminisme »). Elisabeth Badinter reste le chantre de cette théorie. En octobre dernier, dans Elle elle se déclarait « inquiète » de constater « qu'on va se ré-enfermer dans le modèle oppressif de la maternité ». Ou encore :

« Le discours sur la protection de la nature est devenue une morale (…). Cela pèse assez fort sur un certain nombre de comportements comme le retour de l'allaitement : toute femme qui accouche dans une maternité publique fait face à une pression stupéfiante pour allaiter. »

Et de conclure : « On est en pleine régression. » Propos qu'elle a repris à peu de choses près quelques semaines plus tard dans Marianne.

De quoi faire hésiter les centrales syndicales à s'emparer du sujet. Elles ne voudraient certainement pas apparaître comme les défenseuses d'une pratique rétrograde pour les femmes.

Mais Elisabeth Badinter est d'une génération qui est descendue dans la rue pour obtenir des droits, pour disposer de la maitrise de sa fécondité et accéder à d'autres perspectives qu'être mère au foyer.

Or pour les jeunes femmes d'aujourd'hui, ces questions n'en sont plus. Elles veulent tout : travailler, mais aussi avoir le temps d'accueillir leurs enfants. Et les voilà tiraillées entre leurs exigences professionnelles, l'autonomie financière, voire des perspectives de carrière auxquelles elles ne souhaitent pas renoncer et le désir de s'occuper de leurs enfants, qui sont nés parce qu'elles les ont désirés et qui sont d'autant plus précieux qu'ils ne seront pas nombreux.

Elles sont également sensibles aux arguments qui disent que l'allaitement est une pratique écologique et en rupture avec la société de consommation. D'ailleurs c'est en voyant les dépenses publicitaires des multinationales fabriquant les laits maternisés qu'on comprend que l'enjeu est de taille.

Certaines femmes voudraient bénéficier d'un arrêt plus long, d'autres voudraient concilier les deux, d'autres enfin préfèrent donner le biberon. Actuellement, elles n'ont visiblement pas le choix, il serait temps qu'elles fassent entendre leur voix sur ce sujet, qu'elles soient entendues par les pouvoirs public et relayées par les partenaires sociaux. Et qu'ils en profitent aussi pour accorder aux hommes un congé paternité qui leur permettent réellement à eux aussi de s'occuper de leurs enfants.

Photo : « The Official Portrait of the Danish Royal Family » par l'artiste James Brennan (Ho New/Reuters).

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6 commentaires sélectionnés

Portrait de Marie-Sophie Keller

De Marie-Sophie Keller

Rue89 Eco89 | 14H38 | 16/10/2009 | Permalien

Parce que les dix semaines de congé post-partum ne sont pas compatibles avec l'allaitement préconisé de six mois.

Portrait de Lapin agile

De Lapin agile

Apprenti sorcier | 17H21 | 16/10/2009 | Permalien

En dehors de la comptabilisation des horaires qui me semble bancale car impossible à généraliser (mais bon, passons), la « conciliation entre allaitement et entreprise » se pose bien avant 6 mois : le congé maternité est de 16 semaines pour une première grossesse, avec en général 10 semaines après l'accouchement, soit 2 mois et demi (la reprise du travail de Dati 5 jours après son accouchement est un scandale)… soit peu de temps après que l'allaitement a pris un rythme de croisière pour les mamans qui ont persévéré jusque là.

Portrait de framboise92

De framboise92

Je refleurirai un jour ! | 18H24 | 16/10/2009 | Permalien

En temps qu'institutrice, j'ai calculé pour allier l''allaitement avec mes congés.
ça a marché !
(dont le premier où j'ai dû voir un médecin assermenté pour rallonger d'un mois). Pas de problème, j'ai eu une remplaçante..
Pour ma deuxiéme, j'ai repris fin juin et j'ai mis ma fille dans la salle des profs. En douce.La gougoutte à la récré avec un petit pot.
Tout s'est passé hyper bien.
Mais quand le travail reprend, la fatigue est incompatible avec l'allaitement. Même en mangeant des lentilles, du Galactogil ou en buvant de la bière sans alcool., il faut du repos ! Des siestes !
Mais au bout de 6 mois et 7 mois et demi…pas mal, tout de même !
Après on dira que les profs allaiteuses sont feignasses LOL
Quant à mes grossesses, j'ai pris des congés pathologiques. Et ça n'a pas démonté l'EN pour autant ! A la fin, c'était intenable en maternelle !

Un vrai bonheur que d'allaiter !

Portrait de solstice

De solstice

pigiste | 18H33 | 16/10/2009 | Permalien

Ouéééééé !

On en fait pas une religion, on dit juste qu'on a fait ce choix et qu'il nous a épanouies !

Mais des crèches sur le lieu de travail permettraient aux mères qui le désirent de faire un vrai choix, sans céder à la loi du marché (de l'emploi et des vendeurs de poudre à gaver)

Portrait de femmedesbois

De femmedesbois

d'amour et d'eau fraîche | 21H12 | 16/10/2009 | Permalien

Certains posts font état d'une véritable haine contre l'allaitement et les femmes en général qui s'occupent de leurs bébés (je pense à Lally surtout) alors qu'il vaudrait mieux lutter pour avoir un congé de maternité plus long, un vrai congé de paternité (15 jours c'est peu) et des aménagements d'horaires pour les parents d'enfants petits.
Ne pourrait-on pas, aprés le congé de maternité, travailler qu'à mi temps puis passer au plein temps plus tard ? tout ceci modulé en fonction du choix de chacun. Je pense que l'interêt de l'enfant passe avant tout.
Ensuite l'allaitement ou le biberon, ce serait un vrai choix…

Portrait de lally

De lally

professeur | 22H35 | 16/10/2009 | Permalien

La plupart des femmes n'ont pas accès quand elles travaillent en entreprise à 6 mois d'arrêt maternité après leur accouchement. Donc c'est deux mois et demi d'arrêt pour une majorité d'entre elles. Si allaitement, ça ne dépasse pas ce stade. Après c'est biberon et nourrice.
Les femmes qui allaitent sont des fonctionnaires, des salariées qui disposent dans leur entreprise de conventions collectives avantageuses, ou les femmes en profession libérale qui peuvent se le permettre.

Les autres, c'est le minimum syndical.

Oui c'est dur dans les premiers mois y compris au-delà des deux mois et demis parce que même si la femme est en arrêt maternité, elle se tape non seulement des séances d'allaitement quasiment toutes les deux heures jour et nuit, mais aussi tout le boulot ménager et de gestion du foyer.
Monsieur rentre le soir pour gazouiller avec bébé 10 minutes et mettre les pieds sous la table. La perception de la parentalité à ce stade reste pour les hommes très ludique et agréable.
Beaucoup moins pour les femmes.

Après, qu'il y ait des aménagements possibles avec l'entreprise pourquoi pas. Vous avez l'ORSE qui bosse sur ces questions.
Et leur travail est très intéressant.

http://www.orse.org/

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