Votre porte-monnaie au rayon X

Sophie, journaliste à Rue89 pour 2284 euros par mois

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 20/10/2009 | 13H43

Sophie Verney-Caillat, rédactrice à Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

Devant l'insistance de certains riverains, je passe à mon tour mes revenus au rayon X. L'occasion de parler de mon métier, de ma boîte et de la vie de maman active à Paris.

Revenus : 2284 euros par mois net

Embauchée à Rue89 il y a un peu plus d'un an, je touche 2242 euros net par mois, treizième mois inclus. C'est peu comparé à mes camarades de Sciences Po employés dans d'autres secteurs, mais beaucoup par rapport aux pigistes et autres « intellos précaires ».

C'est aussi le salaire médian parmi les huit rédacteurs que compte Rue89, et légèrement supérieur à la grille de la convention collective de la presse quotidienne nationale (dans la catégorie « journaliste reporter » le seuil est de 2330 euros brut). Mes plus de cinq ans d'ancienneté de carte de presse me donnent droit d'office à 5% d'augmentation. En tant que cadre, mes cotisations salariales sont assez élevées (mon brut mensuel est de 2903 euros sur douze mois).

Des 2242 euros net reçus de Rue89 est déjà déduite ma participation à ma mutuelle (80 euros), qui, dans mon cas, couvre sans supplément et mon conjoint et mon enfant.

A ce montant il faut déduire les 84 euros de ma participation aux tickets restaurant (mais mon employeur en paie l'autre moitié, ce qui m'avait fait écrire que c'est un peu du « faux-argent »), et ajouter les 28,30 euros de remboursement pour la « carte orange ». Bien que je me sois mise au vélo pour aller au travail, cette somme a continué à m'être versée, ce qui m'a fait gagner, en plus de quelques muscles, un petit pécule. Il faudra s'y faire : mon porte-monnaie varie selon les saisons.

Je touche aussi 83,54 euros de la Caisse d'allocations familiales au titre de la prestation d'accueil du jeune enfant, somme versée selon un quotient familial (j'ai inclu la moitié de cette somme dans mon revenu personnel).

Dépenses fixes : 1739 euros

Comme tous les gens qui vivent en couple, mon budget est faussé : mon conjoint touche plus que moi, ce qui me permet de vivre légèrement au-dessus de mes moyens réels. Architecte libéral, il perçoit 3200 euros net par mois. Il touche aussi 600 euros en moyenne mensuelle de l'école d'architecture où il enseigne une journée par semaine un semestre par an.

Nos revenus sont donc déséquilibrés, et si notre participation aux charges de la vie courantes sont équivalentes, il compense en prenant à sa charge l'assurance voiture et maison (127 euros par mois), la plupart des gros achats, tels que le matériel hi-fi, les vacances, assume souvent les extras que sont restos, achats culturels.

Les dépenses courantes sont assumées à parts égales, prélevées sur le compte commun :

  • Loyer 1476 euros par mois pour 80 mètres carrés : c'est élevé, à peu près au prix du marché qui met le mètre carré de location à 18,9 euros dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Mais ce n'est pas tant que ça si l'on tient compte du fait que ce loyer inclut les charges (chauffage collectif au gaz, gardien). La relative modération du loyer hors charges s'explique par le fait que l'immeuble est situé sur l'un des pires trottoirs parisiens, où les vendeurs de cigarettes à la sauvette disputent la place aux dealers de crack ou Subutex. Barbès tel qu'en sa légende !
  • EDF 36 euros par mois et GDF 13 euros : les charges de chauffage et d'eau chaude étant incluses dans notre loyer, ce qui reste à payer n'inclut que la lumière, les appareils ménagers et les plaques de cuisson au gaz.
  • Internet : nous venons de passer à la fibre optique pour un abonnement qui comprend télé numérique, téléphone fixe et abonnement à très haut débit, le tout pour 29,90.
  • Remboursement voiture : 150 euros par mois. La voiture a été achetée avec un apport des deux tiers, le reste est emprunté et remboursé sur quatre ans.
  • Parking : 76,50 euros. Dans mon quartier, avec un enfant, chercher une place de parking rend nerveux, donc le parking devient obligatoire. Située dans un immeuble HLM de la ville où il restait des places libres, la place n'est pas très chère par rapport à ce qu'on peut trouver à Paris (jusqu'à 150 euros).
  • Garde d'enfant après l'école : 377 euros. Quand on a payé une nounou à temps plein pendant trois ans, on a l'impression que lorsque l'enfant rentrera en maternelle, ce sera un grand bol d'air. Pas si vite : l'école, ça s'arrête tôt, n'a pas lieu le mercredi, et toutes les huit semaines, il y a des vacances. J'ai établi un contrat réduit de moitié à l'assistante maternelle agréée que j'employais jusqu'ici, 25 heures au tarif horaire de 4 euros brut auxquels il faut ajouter les « indemnités d'entretien ». Les charges patronales sont réduites et la CAF apporte un complément.
  • Femme de ménage : 120 euros par mois pour trois heures par semaine.
  • Cantine : 69,6 euros pour les mois où il y a seize jours d'école. Avec un quotient familial supérieur à 2100 euros par mois, on atteint le tarif maximum à la ville de Paris : 4,35 euros le repas.
  • Taxe d'habitation et redevance télé : 570 euros par an, soit 47,5 euros par mois. La taxe d'habitation, bien qu'elle ait gonflé de 9% cette année à Paris, reste basse dans la capitale.
  • Courses : environ 400 euros par mois. C'est élevé, mais l'alimentation est un sujet trop important pour moi, et encore, je ne suis pas une ayatollah du bio. Je vais au minimum au supermarché, j'achète les produits les moins transformés possibles, chez les petits commerçants et au marché.

Total des dépenses communes fixes, divisé par deux : 1397 euros.

Mes dépenses personnelles :

  • Impôt sur le revenu : 108 euros par mois. Le montant total d'impôts du foyer fiscal s'élève à 3888 euros par an, ce qui est faible car on est mariés, on a une demi-part supplémentaire liée à l'enfant et on emploie une assistante maternelle agréée. Sur les 324 euros mensuels qu'il faudra payer en 2009, je ne verserai qu'un tiers, étant donné que j'ai le privilège, en tant que journaliste, de déduire 7650 euros de mes revenus au titre de l'allocation pour frais d'emploi.
  • Abonnement téléphone portable : mon forfait trois heures avec sms et internet illimités est à 55 euros, et je le dépasse fréquemment.
  • Carte orange : 28,30 euros restent à ma charge après participation de l'employeur.
  • Epargne : 150 euros par mois sur une assurance-vie.

Total dépenses fixes : 1739 euros.

Epargne et loisirs : 545 euros net et parfois des extras

Comme beaucoup de Français, je vis à découvert : sans jamais être tombée dans le piège des crédits à la consommation, je profite allègrement de l'option « débit différé » de mon compte, qui permet de voir toutes ses factures carte bleue débitées seulement le 4 du mois suivant, une fois que le salaire a été versé. Je pioche dans ma cagnotte d'économies personnelles quand vraiment ça sent le rouge.

Je ne m'achète de vêtements qu'en soldes (80 euros par mois en moyenne), je me fais offrir ce qui me paraît déraisonnable à Noël ou à mon anniversaire, je me limite en produits de parapharmacie et autres dépenses superficielles (30 euros en moyenne), j'emprunte des bouquins ou les achète en poche, préfère les DVD au cinéma à 10 euros la séance sans compter les frais de baby-sitting. Je sors de la ville bien moins souvent qu'à mon goût…

Par ailleurs, j'ai la chance de pouvoir compter sur des revenus exceptionnels :

  • Ecriture : la parution d'un livre sur la cocaïne dont je suis co-auteur avec le psychiatre Laurent Karila devrait me rapporter 400 euros si les 3000 exemplaires tirés sont vendus. Comme nous l'expliquions dans notre enquête sur « comment les écrivains gagnent leur vie », pour écrire, il est obligatoire de gagner sa vie par ailleurs : un auteur touche 10% du prix de vente hors taxes de son livre.
  • Primes : j'ai touché une prime d'intéressement de mon ancien employeur de 530 euros, à laquelle je ne m'attendais plus du tout. Rue89 devrait m'en verser une en fin d'année au titre de l'activité formation.
  • Formation : en novembre, je vais former des étudiants de l'Ecole Supérieure de Journalisme de Lille à l'écriture web, au tarif de 166 euros nets la journée, soit 498 euros la session. Ce sera sur mes jours de congé, donc dans ma poche.

Bref, ni « forçate » du web ni journaliste assise sur ses privilèges, j'ai surtout la chance d'être dans un lieu où s'invente, jour après jour, la presse de demain. Et pour rien au monde je ne laisserais ma place. J'arrête là sinon vous croirez que je fayotte.

Mis à jour le 22/10 à 11h 03 : une erreur de calcul m'a fait faire une erreur dans la division des impôts. Je ne paie que 108 euros d'impôts sur le revenu par mois et non 216 comme indiqué par erreur. Mes excuses.

Photo : Sophie Verney-Caillat, rédactrice à Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

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7 commentaires sélectionnés

Portrait de Klamm

De Klamm

Journaliste | 15H01 | 20/10/2009 | Permalien

Bravo à toi sophie et à toute l'équipe de rue89...pour le bel effort de transparence.
On devrait demander à des "journalistes" comme Etienne Mougeotte ou Jean-Pierre Elkabbach de faire pareil, on aurait sûrement de jolies surprises...

Portrait de Jalex78

De Jalex78

chercheur | 17H08 | 20/10/2009 | Permalien

Chercheur dans un organisme de recherche natl public, je gagne également 2200 euros par mois. Je vis avec ma femme et mon fils dans un charmant 38m2 mais comme on dit : c'est provisoire...

Je ne suis pas trop à plaindre quand je vois le salaire des techniciens qui travaillent avec moi, surtout les cdd qui ne savent pas ce qu'ils feront dans 18mois à la fin de leur contrat.

Très intéressant cette série d'article où l'on découvre des poseuses d'ongles, des éleveurs de chiens ou des détectives à 5k par mois et des maîtres de conf, des enseignants à 1500 euros... Et on essaie encore de nous faire croire que pour gagner de l'argent il faut faire des études :)

Portrait de vim00

De vim00

chercheur | 17H09 | 20/10/2009 | Permalien

Bonjour,

juste un petit mot pour contribuer au debat, avec l'exemple de ma situation personnelle:
40 ans, un doctorat en neurosciences (bac + x...), nombreux sejours ds des labos etrangers, retours en France où j'ai obtenu un poste de chercheur à l'INSERM, je suis actuellement à l'institut pasteur.. Bref, tout cela pour le mirifique salaire net de ... : 2174 euros/mois... Et je paye une modique contribution fiscale de 3120 euros/an.. Et il parait que je dois m'estimer des plus heureux....

Portrait de icietlà

De icietlà

journaliste exploité | 17H10 | 20/10/2009 | Permalien

M X journaliste à C....FM pour 1300 euros net par mois! Loyer+assurances+courses......Rien à la fin du mois, aucun budget loisir.....

J'ai dix ans de carte de presse, et je suis dans une Radio musicale appartenant à un un grand groupe radiophonique. Je me suis retrouvé là dedans après un paquet d'années de contrats à France 3 et encore avant à radio France..Mais à l'époque de cavada, ceux qui n'avaient pas bac+5 ne pouvaient être embauchés , ils ne devaient pas non plus rester sur le planning ou bien piger....voili, voila......PLUS BELLE LA VIE!

Portrait de vol19

De vol19

awash | 20H04 | 20/10/2009 | Permalien

Dans tous les cas, voici une information qui communique dans le même temps, dans ces périodes de mauvaises nouvelles en série, il semble en tout cas, une certaine réalisation d'un niveau de maturité économique, social de Rue89. Quelque part tant mieux!
Autant le grand argent des argentiers et des multinationales mérite la corrosion, autant à l'autre extrême, on ne réalise pas la difficulté de créer une petite entreprise, sur un concept nouveau, à visée éducative et critique et d'arriver à ce que celà tourne, de payer les salaires et charges en fin de mois, surfer sur les égos des uns et des autres.
Celà mérite aussi d'être souligné... Créer de la valeur dans une grande et une petite structure et selon les secteurs, leur nouveauté, ce n'est pas toujours comparable.

Portrait de Ulysse191

De Ulysse191

Artiste et dans la Pub | 21H52 | 20/10/2009 | Permalien

Bravo pour cette transparence: elle vous honore!

Votre salaire est intéressant, et votre travail également.

Pour travailler dans les médias (radio + presse), je confirme que votre salaire est médian.

Par contre, là où je suis étonné, c'est qu'avec un tel salaire, voire un tel salaire global (avec celui de votre mari, donc), vous soyez souvent dans le rouge!

Une bien mauvaise gestion de vos finances, ou non??? Alors que vous avez plus d'argent que nombre de gens. Vous allez me dire que vous avez les frais pour votre enfant, mais ça n'est pas un argument suffisant, à mon sens.

Pour votre bonheur, et celui de votre petite famille, vous devriez revoir votre manière de gérer un budget, plutôt que de revoir votre (excellente) manière de travailler.

Et si vous pouviez dire à Marie-Sophie de répondre aux (nombreux) mails que je lui envoie, ça serait vraiment extra! Merci d'avance, et encore bravo pour vos talents rédactionnels...

Portrait de lally

De lally

professeur | 23H02 | 20/10/2009 | Permalien

Hello Sophie

La taxe d'habitation que vous payez est vraiment peu importante pour Paris intramuros. Quand je vois ce que nous payons mon homme et moi cette année pour 45 m2 dans une ville de 80 000 habitants: 991 euros cette année avec la redevevance TV, votre 500 et quelques euros à payer à Paris, ça fait sourire.

Votre salaire n'est pas énorme compte tenu que vous vivez à Paris, ville réputée plus chère pour le coût de la vie.
Mais votre appart est aussi cher mensuellement qu'un appart de grandeur équivalente en province. Ce qui est une chance immense et vous permet des économies que vous pouvez replacer pour l'éducation et les frais de la maison ou du petit bout de chou.

Après bien sûr si on regarde votre salaire + celui de votre compagnon c'est sans comparaison avec la majorité des gens qui lisent rue89 et qui vivent comme moi en province. Même en ayant choisi les jobs respectifs et en exerçant avec passion.

Vous divisez votre revenu de couple par deux voire trois pour trouver le revenu mensuel de la plupart des couples français avec un enfant ou des couples sans enfants tels que mon compagnon et moi .

Ce qui nous sauve, c'est que nos métiers sont vraiment nos passions et que nous y prenons énormément de plaisir même si nous ne sommes pas payés à proportion de nos investissements professionnels.
Ce plaisir d'exercer un job passionnant fait partie des bases d'équilibre de notre couple.
Sans la passion de nos métiers respectifs, je ne pense pas que nous aurions pu supporter aussi bien la précarité que les privations durant tant d'années.

Vous arrivez heureusement à un équilibre du budget suffisant pour vous permettre de vivre correctement, même avec quelques économies.
C'est énorme par rapport à bien des ménages français.
Donc je vous souhaite que ça continue et que ça s'améliore.

De mon côté, au même âge que vous (et avec la même apparence de jeune fille qui m'a autant desservie que vous professionnellement), même si sur 12 mois je dois gagner 1100 à 1200 euros mensuels, je me considère comme privilégiée.

J'exerce un job d'enseignante en arts plastiques et arts appliqués qui me plait infiniment même si vacataire-précaire et avec une pléthore d'élèves et de classes et de programmes différents à enseigner.
Je me lève chaque jour avec plaisir pour enseigner.

Si je regarde mes camarades de promo des Beaux-Arts, la plupart n'ont pas pu faire carrière dans le secteur artistique.
Seulement 10 sur 40 arrivent à vivre dans un domaine artistique ou de communication ou enseignement lié à l'art.
Et au niveau des filles, je fais partie des 5 qui ont encore une activité artistique rémunérée. Les autres (une quinzaine) ont pour la plupart fini dans d'autres jobs sans aucun rapport avec notre formation beaux-arts ou bien après quelques années, elles ont abandonné toute activité pro pour se consacrer à des enfants et au foyer.

Donc j'ai malgré la précarité et mes 5 années d'études supérieures et une prépa sans compter une expérience de DA en agence de pub durant 5 ans, beaucoup de chance.
Ce qui me permet de relativiser les difficultés que je rencontre.

Mon compagnon est dans le même ressenti.
Même s'il a un petit salaire de 1500 euros par mois après avoir passé 4 années d'études supérieures et des années de galères dans plein de petits boulots, une formation autodidacte pour faire le boulot qu'il aime, il a la satisfaction de faire vraiment le job qui le passionne, contrairement à une majorité de ses camarades de promo.

Même si ça remplit pas beaucoup le porte-monnaie, ça aide à vivre, mine de rien. :-) Et pour notre génération qui a commencé sa vie pro souvent d'une façon précaire et vit encore de façon précaire, c'est précieux.

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