Temoignages

Emploi, logement, emprunt : les galères des survivants du cancer

Par Claire Aubé | La Maison du cancer | 02/11/2009 | 18H00

En partenariat avec La maison du cancerEnfin ! Avec cinq mois de retard, le deuxième plan cancer vient d'être lancé par le président de la République ce lundi. S'il prolonge en partie le premier plan avec le renforcement du dépistage ou le financement de programmes de recherche ciblés, il innove sur un point : la prise en compte de la vie après le cancer.

Bonne nouvelle : on vit mieux et plus longtemps aujourd'hui après avoir eu un cancer. Mais le traitement social de la maladie a évolué beaucoup moins rapidement que son traitement médical. Une fois sortis de la phase de soins intensifs, les anciens malades (on n'ose parler de guérison, avant une période très longue) traversent, seuls, un désert d'information, avec de nombreux cactus administratifs sur leur chemin.

La reprise d'une activité professionnelle, un parcours compliqué

Un exemple : la difficulté à combiner la pension d'invalidité avec les revenus du travail. Une fois que l'on comprend ce à quoi on a droit -attention, maux de tête garantis- , on se heurte à des « effets de seuil » tels qu'ils en découragent presque le retour au monde professionnel. Comme le résume Marina, 35 ans, soignée d'une leucémie depuis sept ans :

« Soit je retrouve un travail à temps plein qui fait peser un risque sur ma santé, soit je travaille à mi-temps et ma pension d'invalidité a de bonnes chances de sauter, soit je gagne au loto, soit je me trouve un riche mari. » (voir la vidéo)



Le retour au monde professionnel peut passer par les mi-temps thérapeutiques. Une vraie solution, à condition que les entreprises jouent le jeu. Le problème, c'est qu'elles ne savent pas vraiment gérer ces salariés perçus comme « intermittents. » Carole, 31 ans, assistante en ressources humaines, témoigne de cette situation :

« J'ai le sentiment de ne plus être complètement salariée, de ne plus avoir de statut social. Je n'ai plus d'entretien d'évaluation, par exemple. Or ce n'est pas parce que je suis malade que je n'ai pas envie d'évoluer.

Je fais pourtant les mêmes choses, j'occupe les mêmes fonctions que les autres… mais en réalité, je ne bénéficie pas des mêmes droits. Les entreprises ne sont pas prêtes à accueillir quelqu'un comme moi. »

Pour les anciens malades, la seule solution passe souvent par la reconnaissance du statut d'adulte handicapé, qui ouvre un certain nombre de droits. Mais il est stigmatisant, selon les associations, qui réclament la mise en place d'un statut de malade chronique.

La double peine des anciens malades

On pourrait penser que plus on s'éloigne de la maladie, plus ces difficultés s'éloignent. Mais non. A croire qu'une fois que le crabe vous attrape, il ne vous lâche pas de sitôt. Vingt ans après le diagnostic, et en dépit de dispositifs tels que la convention Aéras « pour s'assurer et emprunter avec un risque aggravé de santé », en vigueur depuis 2007 et qui a pour objectif d'élargir l'accès à l'emprunt, les anciens malades ont encore des difficultés pour obtenir un crédit.

Par exemple Antoine, 31 ans, a dû payer des surprimes au moment de son emprunt étudiant, quinze ans après avoir eu une leucémie. Ce qui fragilise d'autant la construction de projets d'avenir : achat d'appartement, création d'entreprise etc…

Difficultés à revenir dans le monde professionnel, soucis administratifs et financiers, mais aussi relationnels et personnels : les anciens malades sont frappés d'une « double peine ». Il est donc urgent d'ouvrir le débat pour trouver des solutions collectives. Par exemple en repensant le rôle du médecin du travail, ou, proposition plus iconoclaste, en refléchissant au rôle que pourraient jouer les grands groupes d'assurance.

D'autant que le nombre de cas de cancer se multiplie. La maladie concernera, demain, un homme sur deux et une femme sur trois (selon le rapport du professeur Grünfeld). Il est temps de sortir du tabou et de la culpabilité individuelle.

En partenariat avec La maison du cancer

En partenariat avec La maison du cancer

11 votes

6666 visites  |  26 réactions

2 commentaires sélectionnés

Portrait de obey

De obey

:| | 23H48 | 02/11/2009 | Permalien

Par exemple Antoine, 31 ans, a dû payer des surprimes au moment de son emprunt étudiant, quinze ans après avoir eu une leucémie. Ce qui fragilise d'autant la construction de projets d'avenir : achat d'appartement, création d'entreprise etc…

Heu, si les banques et banquiers sont des cons, pourquoi leur dire la verite :-) ?.

Portrait de Lapin agile

De Lapin agile

Apprenti sorcier | 01H06 | 03/11/2009 | Permalien

Parce que si un jour elles sont amenées à avoir connaissance de certains antécédents médico-chirurgicaux, antérieurs à la souscription de vos contrats, les compagnies d'assurance peuvent invoquer la nullité de ceux-ci, ne plus couvrir les prêts consentis par votre banque et vous n'aurez que vos yeux pour pleurer et la maison à revendre... maintenant, personne ne vous interdit de mentir, surtout si le jour de la rédaction de votre certificat médical, vous "oubliez" de préciser certains antécédents gênants au remplaçant de votre médecin traitant qui aura bêtement oublié de mettre votre dossier à jour. Finalement, la seule chose vraiment déconseillée dans tout ça, c'est de se faire prendre...
Ce papier pour avoir une idée de ce que ça implique http://www.ffsa.fr/webffsa/risques.nsf/html/Risques_061_0026.htm

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code